Aurelia était rentrée chez elle en panique pour récupérer des affaires quelques temps après avoir été témoin de la lecture du dossier, afin de s'échapper quelques jours de cette ville. Elle espérait simplement que personne ne la verrait et qu'elle réussirait à atteindre une ville voisine… Ce qui risquait d'être peine perdue : le village le plus proche était à environ quatre kilomètres plus loin, lui aussi perdu en plein désert.
Elle prit quelques vêtements dans un sac à main dont elle ne s'était jamais servie ainsi que quelques affaires de toilette. Il fallait vite qu'elle parte avant que Layton ne la trouve ! Elle savait qu'elle n'échapperait pas aux explications.
La jeune femme se sentait responsable même si elle n'avait pas choisi son passé. Elle savait pertinemment que Layton devait en ce moment souffrir par sa faute, mais… cette histoire avait pris un tournant si inattendu qu'elle ne savait plus où donner de la tête.
Du haut de ses dix-sept ans, elle avait déjà acquis une maturité incroyable tout comme son intelligence mais son plus gros défaut était de remettre la faute contre elle. Elle avait tellement été contrainte à se débrouiller seule que ce n'était plus un problème, et les gens qu'elle croisait lui donnent vingt ans.
Un quart d'heure plus tard, elle était partie. Elle avait choisi de passer par la forêt qui longeait l'appartement qu'elle avait loué il y a un mois, en s'installant ici : elle savait très bien qu'elle finirait par s'en aller, alors il n'y avait pas de raison de payer cher une maison qu'elle vendrait à peine trois mois après.
Niveau argent, elle n'en manquait pas : sa mère morte lui a légué toute sa fortune et sa famille appartenait à une classe sociale plutôt élevée.
En effet, sa mère est morte lorsqu'elle avait sept ans.
Préférant chasser ces pensées, elle se mit à réfléchir à un endroit où elle pourrait loger pour être en sécurité. « Je finirais bien par trouver, de toute manière » pensa-t-elle.
Il était déjà bien tard, près des vingt-deux heures, et la nuit était tombée. Ce soir, pas grand monde n'était dehors, ce qui pourrait semblait bien étrange.
Elle prit la direction de la forêt et elle fut loin de la ville une demi-heure plus tard. Il faisait nuit noire, c'en était presque effrayant…
La jeune femme désorientée ne tarda pas à atteindre les collines, où l'on pouvait encore voir le désert. De nuit, il était difficile de distinguer correctement la beauté de ce paysage. « C'est une vue magnifique lorsque le soleil se couche » pensa Aurelia.
La mystérieuse ne savait pas réellement où aller, elle était comme… errante, elle se sentait perdue à quelques kilomètres d'une ville qui était la sienne et désormais sous une menace terrible que personne ne semblait prendre au sérieux, sauf elle. Ce qui est évident, puisque personne ne connaît la vérité !
Elle fit quelques pas en arrière et s'adossa contre un arbre. La vérité… Et elle, connaissait-elle la vérité sur ce qu'elle avait vu lorsqu'elle était encore toute petite ?
La petite fille, âgée de 4 ans, se tournait dans son lit. Elle posa son regard d'un brun particulier sur le radio réveil que sa mère avait installé dans sa chambre : vingt-et-une heures trente. Malgré son jeune âge, elle savait déjà parfaitement lire l'heure, elle était très intelligente.
Cela faisait une heure qu'elle était couchée, contre son gré : elle ne parvenait pas à dormir. Il était pourtant, à ses yeux, très tard.
Elle décida finalement de se lever en toute discrétion pour espionner ce qu'il se passait en bas. Lorsqu'elle avait eu l'ordre de se coucher, elle avait entendu des voix d'hommes assez menaçantes, et cela la tracassait énormément. Il y avait eu des cris, et puis plus rien.
La petite se pencha à travers les escaliers et vit que les deux hommes tenaient fortement sa mère par chacun des poignets. En se concentrant, elle put entendre une conversation effrayante :
« Je ne vous ai pas donné le droit de discuter les ordres.
- Je refuse de vous suivre, vous m'entendez ! se défendait la jeune rousse.
- Vous préférez que je me serve de votre fille ? lança un des hommes, qui semblait l'avoir aperçue, avec un sourire niais.
- Non, je vous en prie… Laissez ma fille en dehors de ça ! Elle n'a rien à voir là-dedans, et ne doit rien savoir !
- Elle ne saura rien uniquement si vous m'écoutez. Rejoignez notre organisation : vous travaillerez la nuit, votre mari ne saura rien, et votre fille non plus. Je sais que vous êtes très intelligente et que vous pouvez mettre cela à profit pour nous aider. Je me trompe ?
- Je… bégaya-t-elle, je ne sais pas.
- Bien. Je vous laisse y réfléchir un jour de plus. Demain, 22h, nous repasserons et nous ne laisserons pas de troisième chance. Est-ce clair ? insista l'autre homme.
- Oui, oui, c'est clair… »
Les deux brutes la lâchèrent et s'en allèrent, claquant la porte au passage. La jeune femme sursauta, elle était en sueur. Ce cauchemar durait depuis bien longtemps, mais jamais ils n'avaient été si menaçants que ces derniers jours. Personne ne savait la vérité : ni son mari qui devait l'attendre dans leur chambre à coucher, ni sa fille, si jeune qu'elle refusait de l'exposer au danger. Elle était pourtant contrainte d'accepter… Et ce choix la détruisait.
Aurelia sentit son cœur s'accélérer, elle dut se contrôler pour ne pas faire une crise d'angoisse en pleine nature. Ces souvenirs la terrorisaient chaque soir au point de ne plus vouloir s'endormir : elle en faisait des cauchemars, et les images des affreux moments qu'elle avait vécu, celui-ci à part, la hantaient tout au long de la journée.
Elle avait seulement dix-sept ans, mais sa jeunesse avait été brisée, et jamais cela ne pourrait se réparer. Cela resterait un traumatisme d'enfance.
Il était prêt. Ils étaient prêts. Il avait enfin finalisé son plan afin d'en apprendre plus. Ce plan était… diabolique, inhumain. Ce serait certainement comme cela que Layton le qualifierait s'il l'apprenait. Il finirait de toute manière par l'apprendre, et il était temps qu'il fasse son entrée en scène.
Raymond vint le trouver dans son salon pendant qu'il était plongé dans ses pensées.
« Monsieur, il est temps de s'en aller. Le Bostonius est paré au départ.
- Parfait, Raymond. Eh bien, ne tardons pas. Partons immédiatement. »
Il souffla sur les deux bougies qui s'éteignirent, et remit d'un geste sa cape brune virant au gris sur son dos. « Il est temps » se dit-il tout bas, un rictus sur les lèvres.
Il pénétra quelques minutes plus tard suivi de Raymond, dans leur vaisseau volant et se plaça à l'avant. Le majordome ne tarda pas à faire démarrer l'appareil, en direction de Genovia. Ils seraient arrivés d'ici une heure, forcément : leur moyen de transport était si pratique.
« D'ici une heure, je la reverrais, après toutes ces années » pensa-t-il. Il agissait mal, mais qu'importe : il avait tout sacrifié, et rien ne pouvait le blesser à présent, pas même ça.
En effet, une petite heure plus tard, ils atterrirent non loin de Genovia.
« Je me tiens à votre disposition, monsieur, pour le plan dont vous m'avez parlé. Je vous attendrai ici même.
- Merci, Raymond. Votre aide m'est extrêmement précieuse. »
Il sortit du petit avion et se trouva près d'une forêt. De loin, l'entrée de la ville ne pouvait pas se manquer : c'était le seul endroit éclairé, malgré l'heure tardive. Il était plus de minuit. Soudain, il se dressa : il crut entendre des pas dans à quelques mètres de lui. Qui s'aventurerait donc si tard à cet endroit, qualifié d'effrayant aux yeux des autres ?
Il préféra vérifier : en effet, une silhouette féminine se trouvait là. Elle avait l'air terrorisée. Lorsque l'antagoniste eut fait quelques pas de plus, il ressentit ce qu'il croyait être de la surprise. Une heureuse surprise. Mais il ne fallait pas qu'il laisse ses émotions prendre le dessus : il les avait refoulées depuis bien longtemps. Il venait pourtant de faire l'impensable en reconnaissant la personne : retirer son masque.
Non, impossible ! Cet homme, là, à quelques mètres d'elle… En temps normal, elle aurait pris la fuite. Mais elle s'était figée, elle était incapable de faire le moindre mouvement. Son cœur battait à une vitesse si folle qu'elle pensait qu'il allait sortir de sa poitrine. Elle avait l'impression de faire un autre de ces nombreux cauchemars. Lorsqu'elle eut repris ses esprits, bousculée par l'émotion, elle prit la fuite mais ne tarda pas à se faire attraper. L'homme l'agrippa plutôt violemment, et la tint contre lui, ce qui l'empêcha donc de s'enfuir, et il l'emmena malgré elle dans la direction opposée. Aurelia était en train de comprendre : elle se faisait enlever. Mais pourquoi ? Elle dut faire un effort monstre afin de réussir à s'exprimer, une fois qu'elle fut vraiment certaine de l'identité de la personne : il n'y avait plus de doutes. C'était bien lui.
« Lâche-moi, je t'en prie ! Tu ne me reconnais pas ? C'est Aurelia, je suis ta fille ! »
