Layton était rentré à l'hôtel accompagné de Luke quelques heures après avoir jeté un œil au dossier d'Aurelia. Il avait réussi, il ne sait comment, à prétendre que tout allait bien mais que ces informations lui permettraient d'avancer pleinement dans l'affaire. Il voulait garder le mystère, d'ailleurs, c'était un des aspects de sa personnalité : il ne communiquait jamais ce qu'il trouvait avant que le moment ne soit propice. Mais ce qu'il avait appris deux heures auparavant, il était incapable de passer outre.

Luke était couché, et le professeur regagna son lit à son tour, il était déjà bien tard. Il se mit à méditer. Il est vrai que les personnes avec qui il faisait ses enquêtes le connaissaient sous l'aspect du gentleman respectable, qui ne montre jamais ses faiblesses, poli, très intelligent. Mais derrière ce chapeau se cache un autre homme, comme le soulignaient certaines personnes à qui il avait parlé durant ses enquêtes.

Justement, cinq mots du dossier qu'il avait consulté dans l'après-midi faisaient ressortir ses faiblesses : cela allait fortement l'aider pour l'enquête, mais il se torturait l'esprit à tenter de comprendre. Peut-être tout cela n'était qu'un mauvais rêve, après tout ?

Cela l'étonnerait beaucoup. Il fut si agité mentalement qu'il ne parvint à trouver le sommeil que lorsque la nuit était déjà bien avancée.

Le lendemain matin, il eut beaucoup de mal à se lever, Luke était quant à lui déjà prêt depuis de longues minutes.

« Je suis désolé de te faire attendre, mon garçon.

- Oh mais ce n'est rien, professeur ! répondit le petit d'un ton enjoué.

- Je vais me dépêcher de me préparer puis on fera à nouveau le point sur notre affaire afin de savoir que faire aujourd'hui. »

En réalité, Layton avait déjà sa petite idée mais préférait attendre les conclusions de Luke. Son apprenti était si doué qu'il ne doutait pas une seule seconde que ce qu'il avancerait serait de qualité.

Il mit une vingtaine de minutes à se préparer puis rejoignit Luke dans la chambre.

« Nous pouvons descendre déjeuner.

- D'accord, professeur ! »

Les deux descendirent afin de prendre leur petit-déjeuner qui venait d'être servi à leur hôtel. Ils prirent place l'un en face de l'autre et Luke commença.

« Alors, professeur, il est temps de faire le point sur tout ce qu'on sait depuis le début, non ?

- En effet, et je te laisse l'honneur de commencer, dit Layton en souriant.

- Eh bien… Le jeune garçon sortit son éternel petit carnet de sa poche et relut ses notes. On est arrivés dans cette ville qui est isolée de tout, et on a directement été confrontés à un de ces mystérieux enlèvements dont Aurelia, la fille qui nous a envoyé la lettre, nous a expliqués en détail après plusieurs jours. On a également appris que les personnes enlevées sont retenues dans un mystérieux sous-sol. A présent, vous savez son identité mais elle reste pour le moins… spéciale.

- Tu as résumé le plus important, en effet. Layton eut un léger tremblement à l'entente du mot « identité » mais espérait que cela soit passé inaperçu. A présent, reprit-il, je te laisse deviner où nous devons nous rendre, et j'ajouterais également qu'on peut avoir une idée sur la personne orchestrant ces enlèvements.

- Euh… Luke réfléchit. Je pense qu'on devrait suivre le passage que la mystérieuse femme a emprunté l'autre soir pour parvenir à trouver ce sous-sol ! s'écria-t-il.

- Ton enthousiasme fait plaisir à voir, mon garçon, et en effet, je pensais à la même chose.

- Alors allons-y ! »

Layton finit sa tasse de thé et se leva, suivi de Luke. Lorsqu'ils furent à l'extérieur de l'hôtel, le professeur prit la parole.

« Il me semble que plusieurs chemins sont valables pour nous rendre à ce sous-sol. Je propose tout de même qu'on emprunte celui qu'on connaît.

- Je suis d'accord, professeur, répondit Luke. J'espère qu'il n'est pas trop effrayant, tout de même…

- Aurais-tu peur ? lui demanda le gentleman, le sourire aux lèvres.

- Moi, peur ? Jamais ! Ce n'est pas digne de l'apprenti du fameux Hershel Layton. »

Cette remarque fit rire Layton et ils commencèrent à marcher en direction de l'Ouest de la ville, là où était situé le restaurant de l'avant-veille et d'où ils avaient vu cette femme s'enfuir. Lorsqu'ils y arrivèrent, Layton vit en effet qu'à travers la forêt, un chemin semblait mener quelque part.

Les deux ne perdirent pas de temps et l'empruntèrent, malgré les quelques remarques de Luke qui semblait ne pas être rassuré par cet endroit bien trop sombre à son goût. « Il est encore jeune, c'est normal qu'il ait peur de cet endroit » pensa Layton. Lui-même avait peur de ce qu'ils pourraient découvrir mais il ne laissait rien paraître.

Alors qu'ils marchaient depuis déjà 5 bonnes minutes, une voix qu'ils connaissent les fit cesser leur marche.

« Professeur Layton, Luke ! Attendez, je vous en prie ! »

Cette voix était celle d'Aurelia, qui semblait quelque peu différente de d'habitude. La jeune fille s'approchait d'eux, hors d'haleine.

« Où comptez-vous aller, comme ça ? s'exclama-t-elle d'un ton réprobateur.

- Bonjour, Aurelia, répondit Layton.

- Bonjour, oui… Répondez à ma question, je vous en prie.

- Nous tentons d'en savoir plus.

- J'imagine que vous voulez faire la lumière sur cette affaire d'enlèvements au plus vite.

- C'est bien cela, et l'autre soir il me semble avoir aperçu une femme qui pourrait y être mêlée emprunter ce chemin.

- Vous voulez bien que je vous accompagne ? demanda la jeune fille.

- Ce n'est pas une mauvaise idée. »

Elle fut contente de cet accord et se joignit à eux, ainsi ils continuèrent à marcher de longues minutes avant d'atteindre un escalier menant à un sous-sol.

« C'est si sombre… constata Luke.

- Allons, n'y fais pas attention, mon garçon. J'ai comme le pressentiment que quelque chose se cache plus loin. »

Luke ne dit rien de plus, connaissant les habituels pressentiments de son mentor, et enfin ils arrivèrent à la fin de ce long chemin souterrain autour duquel il n'y avait que des murs gris, leur marche raisonnait quelque peu tant l'endroit était vide. Les trois observaient, parfois on pouvait voir quelques gouttes d'eau tomber d'au-dessus de leurs têtes. Enfin, au loin, un portail noir qui dominait cet endroit se fit apercevoir.

« Regardez devant ! s'exclama Aurelia.

- Je pense pouvoir affirmer que nous avons trouvé où les victimes sont retenues prisonnières, s'enquit Layton d'une voix calme tout en hochant la tête.

- Vous en êtes certain, monsieur Layton ? demanda Aurelia.

- Presque certain. »

Le trio tenta d'abord d'ouvrir les grilles, mais quoi qu'ils fassent, celles-ci refusaient de céder. Elles étaient entièrement closes, la personne qui les avait verrouillées devait faire preuve d'une énorme précaution. « Cela ne m'étonne guère… » pensa le gentleman.

« Il n'y a pas d'autre moyen d'accéder à ce qu'il se cache l'autre côté, alors ? tenta Luke, qui tenait vraiment à avancer.

- Je crains bien que non. Mais rien n'est perdu.

- Mais professeur… Et si j'escaladais pour aller jeter un coup d'œil ? Vous pourriez, vous deux, ajouta-t-il en regardant Aurelia, me rejoindre ensuite.

- C'est risqué. Je ne peux pas vous laisser aller voir ça seule, et en dehors les risques que vous encourriez si vous y alliez, vous pourriez vous blesser.

- Oh, je vois. Tant pis, alors…

- On trouvera un autre moyen, je vous le promets » déclara Layton à l'intention de son jeune apprenti et de la jeune fille qui les accompagnait.

Luke avait bien du mal à le croire, mais il finit par se raisonner.

Après une courte concertation, ils décidèrent tous trois de rentrer à l'hôtel. Que faire d'autre ? Il était déjà bien tard, et rien ne servait d'attendre dans cette sorte de grotte, au risque qu'ils se fassent découvrir tous trois et que leur plan tourne mal.

Alors qu'ils avaient presque rejoint la ville, un quart d'heure plus tard, ils remarquèrent que très peu de gens étaient de sortie. Pourtant, à dix-neuf heures un mois de juin, qui plus est à Genovia, ce n'était pas commun.

« Il y a si peu de monde dehors… Vous pensez qu'une autre horreur va avoir lieu ? proposa la jeune fille.

- Je dois avouer que je n'en ai aucune idée, Aurelia. Nous le saurons bien assez tôt, je propose d'ailleurs que nous demandions à Elizabeth, la gérante de l'hôtel, de nous changer de chambre pour avoir une meilleure vue sur la Grand-Place.

- Excellente idée ! confirma Luke. »


Descole jouait pour le moment à merveille son rôle, et il était fier de lui. « Jamais Layton ne se doute si tôt d'un détail pareil » se dit-il à lui-même. Et il n'avait pas tort.

Alors que sous l'apparence de sa fille, il marchait avec les deux protagonistes, il réfléchissait pleinement à certains éléments de son passé. Eléments qui ne faisaient que ressurgir depuis qu'il avait appris le retour d'Aurelia. Il aurait aimé, comme il savait si bien le faire, laisser cela derrière lui à jamais, mais tout ne se passe pas comme prévu…


Cela faisait désormais plus d'un mois et demi que Jean et la jeune femme se connaissaient. Leur relation avait pris un tournant légèrement inattendu. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés le 17 mai, ils avaient peu d'espoir de se revoir un jour : heureusement, cela ne s'est pas passé comme prévu.

Le surlendemain, ils se sont croisés en ville et ont passé le reste de l'après-midi ensemble. Finalement, tout a pris de l'ampleur, ils ont noué des liens et actuellement, en ce 5 juillet, ils partagent quelque chose de passionnel : la joie d'être en couple. Cela fait déjà deux semaines, à vrai dire.

Il l'avait invitée à dîner dans un restaurant chic de la ville de Londres, et le repas s'était merveilleusement bien déroulé. Ils avaient beaucoup parlé, beaucoup ri. Elle allait passer la soirée et la nuit avec lui. C'était un jeune couple, comme ceux qu'on voyait souvent dans les rues : rieur, qui respirait la joie de vivre, qui aimait la vie. Chacun avaient une raison de se réveiller le matin, une raison qu'ils ne voulaient pas éphémère. Une raison pour laquelle ils se battraient tout autant l'un que l'autre.

Il était vingt-et-une heures à présent, et ils rentraient chez Jean main dans la main.

La soirée qu'ils s'apprêtaient à passer allait rester dans leur mémoire, et ce à jamais. Ce serait un souvenir si merveilleux que jamais ils ne se priveraient d'y songer.


Arrivés à l'hôtel, ils s'arrêtèrent auprès d'Elizabeth afin de demander ce changement de chambre dont il était question.

« - Bonsoir Elizabeth. Serait-ce possible d'avoir une chambre disposant d'une meilleure vue, ne serait-ce que pour ce soir ? questionna Hershel.

- Je pense que oui : pas mal de clients sont partis ces derniers jours. Vous souhaitez une vue sur la Grand-Place, j'imagine ?

- C'est exact, si ce n'est pas trop vous demander… continua poliment Layton.

- Il n'y aucun problème : tenez, dit-elle tout en cherchant quelques instants dans un des tiroirs de son bureau où étaient inscrites quelques indications.

Voici la clé de la chambre 107. Je pense que vous pourrez profiter pleinement de la vue.

- C'est très aimable à vous madame, merci, répondit le professeur tout en la gratifiant d'un sourire.

- Oh, un instant ! les rappela-t-elle alors qu'ils commençaient à partir vers leur nouvelle chambre. Qui est cette jeune fille ? demanda-t-elle en désignant d'un mouvement de tête la belle blonde.

- Je m'appelle Aurelia, je suis ici dans le but d'aider le professeur Layton à résoudre l'affaire qui plane sur notre ville depuis un long moment déjà…

- Je vois. Eh bien, je ne vois pas de problème à ce que vous restiez dormir quelques jours ici, si cela peut vous arranger, proposa Elizabeth en souriant. La chambre est suffisamment grande pour trois.

- Merci beaucoup. »

La gérante ne semblait pas connaître Aurelia, malgré toutes les bonnes choses qui se disaient d'elle en ville. Mais cela était excusable : il lui arrivait rarement de quitter son poste lorsque les conditions seraient préjudiciables pour apprendre quoi que ce soit.

Le trio composé de Layton, Aurelia et Luke monta rapidement dans leur chambre afin d'écouter ce que leur « mentor » avait à leur dire : Luke avait bien compris qu'il savait quelque chose et qu'il allait certainement leur en faire part ce soir-là.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce, les réactions ne se firent pas attendre.

« - Mais professeur, elle est immense ! s'écria Luke en s'appuyant sur le mot immense.

- En effet, mon garçon. Je pense que nous avons là une des chambres les plus luxueuses de cet hôtel. »

Aurelia regardait autour d'elle, subjuguée elle aussi par la beauté de cette pièce. Les lits étaient très grands et recouverts d'une jolie parure, quelques cadres étaient disposés çà et là sur les murs. La fenêtre, très grande elle aussi, accordait en effet une vue générale et assez précise sur la place, ce qui ne pouvait qu'arranger nos héros.

« - Je propose qu'on refasse le point, mais en compagnie d'Aurelia cette fois-ci et de ce que nous avons appris de nouveau. Je vous laisse donc l'honneur, annonça-t-il en posant son regard noir sur la jeune fille.

- Oui… hésita-t-elle. Eh bien, nous savons que des enlèvements tous aussi effrayants les uns que les autres ont lieu bien qu'ils se soient calmés ces derniers temps, et il y a de très fortes chances que les personnes soient retenues prisonnières quelques mètres après les grilles que nous avons trouvées closes lorsque nous y sommes allés.

- Exactement, dit-il en hochant la tête. Cependant, quelque chose me tracasse depuis quelques jours déjà, Aurelia.

- Je vous écoute ? demanda-t-elle alors que son cœur rata un battement, craignant qu'il aborde le sujet du dossier.

- Lorsque vous nous avez raconté votre horrible enlèvement, vous ne sembliez pas vouloir nous préciser où est-ce que vous étiez retenue.

- Je n'en ai pas le moindre souvenir, pour être honnête… avoua-t-elle en baissant la tête.

- Vraiment ? C'est étonnant.

- Croyez-moi, sinon il y a bien longtemps que j'aurais fait cesser cette folie. Le soir même de votre arrivée à tous les deux, si cela avait pu être envisageable. Cependant, lorsque nous sommes arrivés près de ces grilles, j'ai ressenti quelque chose de… familier, mentit-elle, mais cela, Layton l'ignorait encore.

- Hm… réfléchit le professeur. Je pense pouvoir être en mesure d'affirmer que nous savons où agit la personne responsable de tout cela. »

Un long silence s'en suivit. Lorsque le professeur disait affirmer des choses, il ne se trompait jamais. Aurelia prit la parole.

« - Je peux vous aider… proposa-t-elle.

- Qu'avez-vous en tête ? lui demanda le gentleman.

- Je peux aller enquêter de mon côté. Il y a des chances pour que les grilles s'ouvrent ce soir, à mon souvenir…

- C'est dangereux, mais je ne peux nier le fait que c'est une bonne idée. De plus, je vous juge suffisamment responsable pour gérer ça.

- Je pense qu'on n'a pas de souci à se faire, professeur ! compléta son jeune apprenti qui était jusque-là resté témoin de la scène.

- Je me contenterai de voir si elles s'ouvrent. Si ce n'est pas le cas, je partirais, continua Aurelia.

- C'est d'accord. Comme proposé par la gérante, ce serait une bonne idée si vous restiez pour cette nuit.

- Eh bien, je ne vois pas d'inconvénient… Merci de m'accepter et d'accepter mon aide, professeur. »

Le gentleman sourit et indiqua qu'il était l'heure de se coucher. Les journées défilaient à une vitesse folle, ces temps-ci : c'était souvent le cas pendant une enquête, d'ailleurs.


Il jouait son rôle à merveille. Malgré les mensonges au sujet des suites de l'enlèvement qu'il avait dû débiter, ceux-ci étaient restés crédibles, à son sens.

Cela faisait une bonne demi-heure que les protagonistes s'étaient endormis et c'était le moment pour lui de mettre la tâche qu'on lui avait confié à exécution : il n'avait guère le choix, mais comptait passer au Bostonius sous sa réelle apparence avant de retourner à ce mystérieux sous-sol.

Il fut parti immédiatement de la chambre d'hôtel et arriva au repaire partagé avec Raymond cinq minutes plus tard. Il était, comme d'habitude, debout près des commandes de l'appareil, à l'affut de n'importe quel bruit.

« Bonsoir, Raymond, lança Descole qui avait repris son apparence entre temps.

- Oh, bonsoir monsieur. Est-ce que votre plan se passe comme prévu ? l'interrogea le vieil homme.

- Oui, merci. »

La discussion ne fut guère plus longue car il descendit immédiatement voir sa fille. En ouvrant la porte, il la vit, comme d'habitude, recroquevillée sur elle-même sur le petit matelas, elle paraissait à bout de forces.

Elle ignorait tout de ce qu'il se passait, elle ne savait à vrai dire même pas que son père prenait son apparence et qu'il pouvait le faire si facilement.

« C'est toi… arriva-t-elle à murmurer. Tu pourrais au moins te soucier de mon état.

- Ce n'est pas ma priorité ces temps-ci. Ma priorité est de savoir ce qu'il se passe ici et de perturber les petits agissements de Layton, répondit-il d'un ton agacé, comme souvent lorsqu'il évoquait son ennemi.

- Alors il n'y a plus que cela qui compte, à présent ? Être le méchant de l'histoire ? » demanda la jeune fille, sentant les larmes monter.

Il n'avait en effet plus rien avec le Jean Descole qu'elle avait connu dix ans auparavant, celui avec qui elle a vécu, celui qui s'occupait d'elle et qui prenait son rôle de père à cœur.

Avec son masque qu'il avait laissé sur ses yeux ce soir-là, sa cape sombre et ses airs de méchant, on pourrait penser que jamais il n'a été capable d'aimer : c'était pourtant loin d'être vrai, bien que ce type de souvenirs le contrarie fortement.

« Je ne peux pas te contredire, dit-il d'un ton sec après un long silence.

- Je vois. Eh bien, tu n'as qu'à faire ce qu'il te plaît, puisque rien ne t'importe. Pas même le malheur de ta fille… » continua-t-elle à voix basse, comme si elle se parlait à elle-même.

L'ignorant, il remonta lui chercher quelque chose pour qu'elle puisse se nourrir et boire, lui apporta une dizaine de minutes plus tard sans dire mot. Il repartit ensuite, toujours aussi silencieux, cette fois dans le but de se rendre à ces fameuses grilles.

Arrivé à ce mystérieux sous-sol qu'il avait déjà emprunté trois heures plus tôt, il regarda autour de lui à nouveau afin de voir si quelque chose avait changé. En effet, lorsqu'il y pénétra entièrement, il put apercevoir un changement auprès des grilles. Il ne voyait plus de cadenas : elles semblaient être simplement refermées, sans aucun système de sécurité. Il accéléra le pas afin d'arriver à leur hauteur plus rapidement et regarda bien autour de lui avant de baisser la poignée qui pourrait permettre aux grilles de s'ouvrir. En effet, celles-ci s'avancèrent dans un léger crissement désagréable : elles n'étaient donc pas verrouillées. « Étrange, de prendre si peu de précautions » pensait-il. Il ne tarda pas à entrer.

Deux mètres après ces grilles, il se trouva dans une pièce si sombre que ses yeux eurent du mal à s'habituer à la pièce. Lorsque cela fut fait, il pouvait voir un couloir sans fin devant lui, et tout au fond de celui-ci, une lueur faible. « Il s'y passe donc bien quelque chose… Layton n'est pas si bête. » se dit-il ironiquement.

Il se devait de continuer pour mener tout ceci à terme, et ne comptait pas rebrousser chemin, cela n'était pas digne de lui, d'autant plus qu'il n'était qu'à deux-cent mètres environ de la vérité. Vérité qu'il ignorait encore totalement.

A force de persévérance, il finit par voir la lueur se rapprocher de plus en plus. Ce sombre couloir lui paraissait faire deux kilomètres, et lorsqu'enfin, il vit la fin, il ne put s'empêcher d'être soulagé.

Son masque enlevé car il doutait que quiconque pouvait nuire à son identité se trouve ici, il entra dans la pièce finale, la pièce où tout allait se jouer.

Cela ressemblait à une cave aménagée depuis peu, quelques bruits de machines étranges pouvaient se faire entendre difficilement, comme si cela venait d'encore plus loin, mais il lui était impossible d'affirmer où. Sur le sol, il y avait un simple parquet qui n'était que peu discret, il ne masquait pas les pas : il craqua dès qu'il posa son pied droit dessus.

Son regard balaya la partie gauche de la grande pièce et s'arrêta sur une silhouette familière, qui était de dos. C'était une femme, dotée d'une longue et belle chevelure, presque similaire à celle de sa fille. Elle portait un pantalon sali, sûrement par les recherches qu'elle semblait mener ici, et un haut de couleur bleue.

Il eut une hallucination et crut d'abord que c'était Aurelia, devant lui, mais il ne tarda pas à revenir à la raison.

Entendant les pas de Descole, la mystérieuse femme finit par se retourner : à cet instant, le cœur de Descole dut rater au moins deux battements.

Celui de l'inconnue aussi, d'ailleurs.

Elle était là. Celle dont tout le monde à Genovia avait peur sans savoir de qui il s'agit, celle qu'Aurelia craignait au plus haut point.

Mais était-elle seulement dangereuse ?

Lui, en tous les cas, pouvait affirmer mille fois le contraire. Du moins, c'est ce qu'il pensait encore à ce moment-là.

Les deux se dévisagèrent pleinement durant de longues et interminables secondes, le visage trahi par les émotions qui les subjuguaient autrefois.

Elle était bien la seule pouvant lui faire ressentir quelque chose.

Aucun d'entre eux ne savait réellement que dire, mais Descole finit par se lancer, la voix mal assurée.

« Cela fait bien longtemps… Claire. »

Ce n'était que le commencement.