Attention : Ce chapitre contient des spoilers pour PL3, bien que légers. Je ne pouvais pas le dire avant, et je pense que vous avez bien compris pourquoi à présent. En espérant que vous avez déjà joué au jeu.
« Eh bien, Aurelia ! On dirait bien que le vent a tourné, à présent. »
La jeune femme qui réussit à se remettre tant bien que mal de ses émotions, reprit quelque peu conscience et s'avança jusqu'à être à la hauteur de sa mère, les sourcils froncés par l'odieux comportement de celle qui se trouvait désormais face à elle. Dans l'un de leurs derniers combats.
« C'est absurde, ça ne peut plus continuer. Relâche-le immédiatement ! ordonna la jeune femme.
- Mais enfin, Aurelia ! On est à deux doigts d'accomplir ce qu'on a toujours voulu, notre vengeance, cette éternelle vengeance. Tu ne vas quand même pas m'ordonner de cesser tout ce qu'on a entrepris ?
- La vengeance, toujours la vengeance… soupira-t-elle tandis qu'elle commença à tourner autour de Claire dans la petite pièce, Luke lui lançant un regard de détresse. Mais dis-moi, comment peux-tu te permettre de mettre ce projet à mon nom ? Ce n'était que ton idée !
- Sottises ! s'écria-t-elle soudainement, perdant son habituel calme face aux accusations que Descole lui avait déjà porté. Tu mens, tu n'as toujours été qu'une misérable petite menteuse. Tu as menti devant ce cher Hershel Layton, tu mens à ce mioche, tu te mens à toi-même et tu le sais pertinemment.
- Il est vrai que je n'ai pas toujours été quelqu'un de parfait et que je regrette fortement certains de mes actes, c'est pourquoi j'ai décidé de tirer une croix sur cette coopération. Tu peux très bien te débrouiller sans moi et il est strictement hors de question que j'assume les conséquences à présent » lâcha la fille de Claire d'un ton glacial.
Claire avait tellement changé depuis l'enfance d'Aurelia qu'elle ne parvenait toujours pas à réaliser ce qui se tenait devant elle. C'était devenu un monstre ! Quoi qu'elle dise, elle ne pourrait lui faire entendre raison. Personne ne serait assez fort pour cela… Pas même Hershel Layton.
Evidemment qu'elle connaissait son identité. Elle l'avait toujours su et devoir coopérer avec lui était un choc pour le moins violent, mais elle avait réussi à s'y faire.
Elle ignorait que c'était réciproque.
La jeune femme s'agenouilla devant Luke et le libéra des liens que Claire avait faits ; celui-ci la remercia plutôt deux fois qu'une en sautant dans ses bras, ce qui arracha un léger sourire sur les lèvres d'Aurelia. Cet enfant était vraiment attendrissant et elle s'était attachée à lui, à force de travailler ensemble. Elle ne tolérerait pas qu'il lui arrive du mal quand sa mère mettrait tout en exécution.
Elle avait si peur… Mais que pouvait-elle donc bien faire !
Le jeune garçon se détacha de l'emprise d'Aurelia quelques secondes plus tard et remonta son pantalon avant de repositionner correctement sa sacoche sur ses épaules. Il vint se poster devant Claire, qui arborait un rictus quelque peu sadique sur le coin de ses lèvres.
« Vous n'avez vraiment pas de cœur ! Pourquoi faites-vous subir tout cela ? râla-t-il, une larme au coin de l'œil.
- Tu comprendras quand tu seras plus grand, petit…
- Je suis déjà grand, je le suis suffisamment pour comprendre ! » répliqua-t-il avec une once de fierté dans la voix.
Claire rit d'un air moqueur à ces paroles. Elle ne désirait plus répondre, c'était une perte de temps totale.
Aurelia fixa tout à coup une vieille chaise repliée dans un coin sombre de la petite pièce et ferma automatiquement les yeux. Elle fut assaillie de visions plus terrifiantes les unes que les autres.
« Tu vas m'aider à mettre tout cela en place. Cette vengeance n'en sera que plus merveilleuse. »
« Tout va partir en fumée, tous leurs souvenirs, tout ce qu'ils ont entrepris, toutes leurs vies vont disparaître en quelques minutes. Je vais enfin pouvoir faire ressentir à ces gens ce que je ressens depuis des années… »
« Si j'apprends un jour que tu as eu le malheur de te retourner contre moi, tu vas souffrir. Est-ce bien clair ? »
« Où étais-tu passée, bon sang ?! Je peux savoir ce que tu manigances depuis trois bons jours ? »
« Ce plan ne doit en aucun cas être dévoilé ! »
Lorsque la jeune fille rouvrit les yeux, sa mère l'observait d'un air moqueur, cet air qu'elle adoptait la majeure partie de son temps.
Elle avait compris. Elle aussi.
Toutes ces phrases qu'elle venait d'entendre… Ces mots… Ils la blessaient comme d'innombrables coups de couteau.
C'étaient les phrases qu'elle lui avait dites chaque fois qu'elle s'était rendue dans cette pièce. Mais pourquoi avait-elle tout oublié, et pourquoi se rappeler de tout si soudainement ?
Bien des mystères entouraient la ville, Aurelia en était un à elle seule et était elle-même victime de tout cela.
La victime ainsi que l'accusée !
« Je vois à ta mine déconfite que tu dois certainement te remémorer de certaines choses pour le moins… troublantes, n'est-ce pas ? déclara l'antagoniste de l'histoire.
- Mais… Pourquoi ? Tu m'as trahie, tu as joué avec mes actes et mes souvenirs ! Pourquoi as-tu fait ça ? Je suis ta fille, nom de Dieu ! s'écria Aurelia, une larme s'échappant de son œil et glissant le long de ses joues.
- Tu jouais un rôle important dans toute cette histoire. Jamais je n'aurais pu accomplir certaines choses sans ta présence, Aurelia, répliqua Claire, le visage sans expression.
- Et puis-je savoir de quelles choses il s'agit ? »
Le professeur Hershel Layton tenait la cape de Descole en main. Il ne disait mot… Que pouvait-il bien dire, seul dans une forêt si obscure ? Personne n'entendrait, de toute évidence.
Il s'était douté depuis quelques temps déjà que ce ne pouvait être que lui qui les avait dupés. Une fois de plus. A partir de l'instant où Aurelia s'était présentée une seconde fois à la porte de leur chambre d'hôtel en pleine nuit, prétextant ne jamais y avoir mis les pieds, il avait admis que quelque chose ne tournait pas rond.
Le professeur garda la cape de Descole avec lui : il la posa sur ses épaules et fit en sorte qu'elle tienne, puis il continua son périple dans cette sinistre forêt.
La forêt où tout se jouait dans l'ombre, dans ses plus sombres recoins.
Il cherchait désespérément l'endroit où ils étaient déjà allés tous les trois afin de retrouver Aurelia : ces fameuses grilles, où ils avaient été incapables de pénétrer. Où pouvait-elle bien être, sinon à cet endroit ?
Il était persuadé qu'une fois qu'il y arriverait, il obtiendrait bien plus que des réponses à ses questions…
Descole était resté immobile depuis le départ de Claire. Cela devait faire vingt bonnes minutes qu'elle s'en était allée, déjà.
Il ne comprenait pas, il voulait comprendre à quoi rimait tout ceci ! Elle semblait tout savoir, tout insinuer, des mystères que même lui était incapable d'élucider. Ou alors, était-ce parce qu'il ignorait tout du début jusqu'à à la fin ?
Malgré la profonde obscurité, il parvint à se souvenir du chemin que Claire avait emprunté lorsqu'elle tenait Luke en otage. Il comptait évidemment s'y rendre sans plus attendre : quelque chose l'attendait là-haut.
Il avait toujours son masque sur lui, c'était bien plus prudent. Claire l'avait reconnu avec mais il n'avait pas pris le temps de lui demander pour quelle raison.
Elle lui avait pourtant dit…
« Tu me croyais morte ces dix dernières années, mais je ne l'ai jamais été. J'ai également appris des choses, tu me sous-estimes… »
Cela lui revenait, à présent. Evidemment qu'une femme capable de planifier un plan machiavélique visant à détruire une ville prospère et d'une si grande taille aurait pu en apprendre sur un homme tel que lui, s'étant fait remarquer d'assez nombreuses fois dans les journaux ! Cela avait dû être on ne peut plus simple pour elle.
Descole accéléra le pas afin de se rendre aux grilles. Il connaissait cet endroit : auparavant, sous l'apparence d'Aurelia, il y avait accompagné le professeur ainsi que son apprenti.
Fort heureusement, il n'était pas bien loin et les atteint assez rapidement. Celles-ci étaient grandement ouvertes.
« Intéressant… » susurra-t-il pour lui-même.
Il ne perdit pas de temps et pris le même chemin qu'Aurelia avait emprunté quelques minutes plus tôt. Il pénétra ainsi dans la petite pièce où il avait précédemment fait face à son ancienne femme, tentant de lui arracher quelques réponses qui auraient pu l'aider. En vain.
Atteindre sa destination finale était d'une simplicité enfantine : toutes les portes étaient déjà ouvertes, cela ne lui prit que très peu de temps avant de trouver la lumière au bout du tunnel…
Ce qu'il ignorait, c'est qu'il était suivi de très près. Bien trop près.
Layton avait réussi à retrouver son chemin grâce à un grand sens de l'orientation, et avait lui aussi pu arriver assez rapidement à la hauteur des grilles.
Il était le dernier.
Les grilles étaient bien évidemment ouvertes.
« Tout compte fait, cela semble évident. » se dit-il.
Il avança alors au-delà, en prenant le soin d'observer les alentours. Cet endroit semblait assez vieux, quoique aménagé…
En effet, puisqu'il finit par pénétrer dans la pièce centrale. Elle était vide mais il pouvait entendre des voix venir de l'autre côté d'un long tunnel, où il semblait facile d'accéder bien qu'il faille faire attention en le traversant.
Plus que quelques mètres.
« Je ne suis pas entièrement responsable de tes actes, ma chère Aurelia. Sache-le, annonça Claire.
- Vraiment ? Alors pourquoi en ai-je l'impression ?
- C'est ce dont tu tentes désespérément de te convaincre. Tu n'as jamais réfuté l'idée de m'accompagner dans cette destruction, tu y prenais même du plaisir.
- Hm, j'imagine que je peux l'admettre » dit-elle en réfléchissant à certains éléments.
Sur ce point, Claire n'avait pas tous les torts. Il était vrai que la jeune fille était d'accord pour mener un plan semblable à celui-ci, mais c'était bien avant qu'elle ne découvre toute la vérité…
« Attends un instant ! s'exclama la jeune fille. Aurais-tu oublié de mentionner qu'au départ, je ne connaissais pas tes réelles intentions ?
- En effet, acquiesça-t-elle. Tu t'étais pourtant engagée à me suivre jusqu'au bout… A présent, j'apprends que tu tentes d'aider Hershel Layton à mettre un terme à tout cela. Quelle immense déception ! avoua-t-elle en s'appuyant sur le mot immense.
- Je ne puis te laisser faire une telle chose et tu le sais parfaitement. M'imagines-tu capable de supporter une telle accusation, lorsque ton acte diabolique apparaîtra dans tous les journaux écossais et bien au-delà même ?
- Ne dit-on pas, "telle mère telle fille" ? la questionna-t-elle, un rictus aux lèvres.
- Je ne veux en aucun cas ressembler à celle que tu es devenue ! » cria Aurelia.
Cet affrontement, bien qu'il ne fut que verbal et pas le moins du monde violent comparé à ce qui allait suivre, la blessait au fin fond d'elle-même. Elle tentait pourtant tant bien que mal de ne rien laisser paraître… Il lui fallait encore une réponse à une de ses questions. Celle qui la taraude depuis quelques minutes déjà
« Comment as-tu effacé ces souvenirs ?
- Je ne les ai pas effacés mais enfouis, répondit Claire. C'était un jeu d'enfant que de prendre cette substance à base de plantes et de t'en faire boire deux à trois gorgées chaque fois que tu quittais la pièce. Ainsi, tu oubliais une partie de ce qu'il s'était passé tout comme le fait d'avoir pu être droguée. Je prenais suffisamment de précautions pour y arriver ! s'exclama-t-elle.
- Oh… » murmura-t-elle, surprise par ces révélations.
Aurelia n'avait jamais semblé plus troublée que cela avant de se faire enlever par Descole. La pièce dans laquelle il l'avait retenue captive lui avait fait ressurgir quelques doutes, qui n'étaient confirmés qu'actuellement.
Elle se souvint de l'un des premiers soirs, lors de l'arrivée de Layton et Luke à Genovia… Ce fameux soir où elle leur avait raconté sa captivité auprès de Claire, pour les berner. Tout n'était que sottises, évidemment ! Jamais elle n'avait été prisonnière ici, elle y avait simplement passé une grande partie de son temps à élaborer un plan en compagnie de sa mère.
Cependant, certains éléments relevaient tout de même de la vérité. Elle avait bien entendu des bruits louches venant des pièces voisines, mais sans parvenir à en savoir plus à cette époque-là.
La seule chose qu'elle savait, c'est que sa mère enlevait des scientifiques de renom. Elle pensait que c'était pour semer le trouble et rien de plus mais elle avait été si loin de la vérité…
Celle-ci lui était apparue devant les yeux le lendemain de son long récit auprès des deux protagonistes. C'est à ce moment-là qu'elle avait décidé d'agir, et elle s'était juré de se donner les moyens d'y parvenir, quoi qu'elle risque.
Alors que la jeune fille était perdue dans ses souvenirs, elle entendit des bruits provenant du tunnel d'accès à la pièce où elle se trouvait actuellement.
« Je crois bien que l'heure est venue… N'est-il donc pas ? » lança Claire, son regard s'étant posé à l'entrée de la petite salle.
Aurelia tourna à son tour le regard, persuadée de savoir ce qui l'attendait.
Forcément, elle ne se trompa guère : Descole venait de pénétrer dans la salle, suivi de peu par Layton. Celui-ci se figea en croisant le regard de Claire.
« Quelqu'un pourrait-il m'expliquer à quoi rime tout ceci ? bafouilla le professeur.
- Je suis enchantée de te revoir, Hershel, intervint Claire.
- Claire ? C'est… C'est bien toi ? demanda Layton.
- C'est bien moi, oui.
- Mais... Comment est-ce possible ? Il y a bien plus de dix ans, l'explosion… Je te croyais partie à jamais ! lança Hershel, fortement troublé et ainsi incapable de la regarder pleinement dans les yeux.
-Eh bien, ce n'était qu'un mensonge. Tout ce qui compte à présent, c'est ce que nous vivons tous et les désirs de vengeance, n'est-ce pas... Jean ? » lâcha-t-elle en s'approchant de Descole.
Descole était en proie à la surprise, mais surtout à l'incompréhension. Que comptait-elle donc faire, en les réunissant tous dans cette même pièce ? L'explosion que mentionnait Hershel, elle lui rappelait vaguement des choses… Il avait, malgré lui, peur de savoir quelles étaient réellement ces choses. Son ex-femme avait bien plus d'un aveu à faire, et ce ne saurait tarder.
Claire s'approcha de chacun des deux hommes avant de reprendre du recul, afin de tous les voir clairement.
Ils étaient tous les trois alignés : sa fille, Hershel et lui-même. Ces trois-là avaient tous un rôle très important à jouer dans l'histoire, rôle qui leur serait révélé très prochainement.
Luke, lui, avait préféré rester derrière le professeur, ce qu'il faisait dans ce type de conflits. Le jeune garçon avait bien compris que ce n'était pas quelque chose qui le concernait et laissait faire les adultes.
« Vous rappelez-vous tous, de ce terrible incident qui s'est produit il y a onze ans maintenant ? Je veux bien entendu parler de l'explosion de l'Institut de recherche Multidimensionnelle.
- Comment oublier ce terrible jour ? » acquiesça Layton.
Descole hocha la tête positivement, ne souhaitant pas répondre à cette question avec des mots. Il ne ferait de toute façon que répéter Layton. Layton qui d'ailleurs, commençait vraiment à l'agacer bien qu'il ne sache pas encore pour quelle raison.
Claire commença alors son récit, une pointe de mélancolie dans la voix. Elle semblait avoir changé totalement de comportement en deux secondes à peine, mais cela cachait forcément quelque chose.
« A l'époque, je travaillais là-haut et je prenais très à cœur le projet de machine à voyager dans le temps que je devais aider à mettre au point. J'étais une femme heureuse, mariée et également la mère d'une adorable petite fille insouciante. »
Claire s'arrêta un instant et lança un regard à Aurelia, qui se tenait entre les deux hommes.
« J'étais, on peut le dire, le parfait contraire de celle que je suis devenue. Mais tout cela n'est lié qu'à une seule chose… le désir de vengeance, lâcha-t-elle en serrant les poings.
- Pourrais-tu au moins expliciter comment t'es venue cette idée absurde de vengeance ?
- Oh, mon cher Hershel, elle n'est pas du tout absurde, soupira Claire. Ils m'ont tout pris… Vois-tu, lorsque l'Institut a explosé, une grande partie de la population me pensait morte. Toi de même. Mais je me suis enfuie, et j'ai partagé une dernière année de ma vie avec un autre homme… »
L'ambiance devint pesante, tandis que Claire posait cette fois-ci son regard sur Descole qui était toujours en proie à l'incompréhension totale bien que d'autre part, savait que sa colère n'était pas bien loin.
Ils étaient presque arrivés au bout de toute cette mascarade, elle n'aurait qu'à continuer son récit.
« J'ai fait, à l'époque, quelque chose dont je n'ai jamais été pleinement fière. Mais à présent, je dois avouer que je n'y porte plus vraiment une grande importance, si je puis le dire si poliment. J'étais amoureuse de deux hommes, et il m'était bien trop douloureux de choisir l'un deux. Je ne me voyais pas finir ma vie avec un seul, et j'ai bien trop repoussé mon choix, au point d'être contrainte à quitter lâchement l'un de ces deux hommes après la dure tragédie qui a secoué toute l'Angleterre, et qui n'est autre que l'explosion de l'Institut. J'imagine que vous commencez à comprendre où je tente d'en venir… N'est-ce pas, Jean ? demanda Claire, un léger rictus se dessinant au coin de ses fines lèvres.
- Comment as-tu… Je ne comprends pas ! s'écria-t-il dans le mensonge puisqu'il comprenait parfaitement bien ce qu'elle insinuait. Si tu nous dis cela à nous trois, ce n'est pas pour rien… Es-tu en train de me dire que tu entretenais une liaison adultère avec Hershel Layton ? lança-t-il, froidement en jetant un regard mêlant haine et surprise à l'homme qui se tenait à côté de sa fille. Regard qui leur paraissait invisible à tous.
- Je vois que tu comprends vite… Il faut avouer que ce n'était pas si compliqué. Mais attendez ! Vous n'avez pas encore tout vu. Une fois que j'en aurais fini avec ces révélations puériles, je pourrais enfin mettre à exécution mon plan final…
- Non ! Je t'en prie ! intervint Aurelia, qui était restée silencieuse jusqu'à présent. Tu ne peux pas faire cela, tu m'entends ?
- Je ne crois pas t'avoir demandé ton avis, ma chère Aurelia…
- Tu te méprends, tu ne peux réaliser à quel point tes actes vont te coûter cher… Mais puisqu'il en est ainsi, continue donc, conclut-elle les larmes aux yeux.
- J'étais en effet, en couple avec Hershel d'un côté, et mariée à Jean de l'autre. Aucun d'entre vous ne l'a jamais soupçonné. Comment aurais-tu pu le soupçonner, Jean ? Tu n'étais jamais présent, il était inévitable que j'aille voir ailleurs…
- Te rends-tu compte de ce que tu dis ? As-tu conscience de tous les sacrifices que j'ai réalisés pour toi ? J'ai quitté tout ce que j'avais sauf ma famille afin de t'aider à fuir après la catastrophe, et j'essayais d'être présent au mieux pour éduquer notre fille… ragea-t-il.
- Je n'ai que faire de tout cela, à présent »
Descole allait être incapable de retenir sa rage si Claire ne mettait pas un terme à ces révélations rapidement. Le regard qu'il lançait par moments à Layton était glaçant et haineux, mais celui-ci ne pouvait le remarquer puisqu'il portait son masque.
Le professeur n'avait pas prononcé un seul mot depuis dix bonnes minutes, à présent. Il laissait Claire raconter tout ce qu'il n'aurait jamais voulu entendre, tout ce qu'il avait déjà compris il y a plusieurs jours lorsqu'il avait tenu le dossier de la jeune femme qui l'avait poussé à venir ici. Ces deux lignes qui l'avaient fait perdre pied quelques minutes :
« Mlle FOLEY Aurelia, née le mardi 11 avril 2000 à Londres, de parents madame FOLEY Claire et monsieur DESCOLE Jean. »
Il savait pertinemment depuis ce jour qu'il allait finir par apprendre ce qui se cachait derrière cette naissance mais espérait le repousser longuement…
Il avait commencé à douter de la personne qui était responsable de tout ce qu'il se passait en ville à partir du moment où « Foley Claire » lui était apparu devant les yeux, sur l'acte de naissance de Aurelia contenu dans le dossier qu'il avait tenu. Ce dossier qui constituait l'un des plus grands chocs qu'il n'eut jamais ressenti depuis de longues années, et qu'il n'oublierait certainement jamais.
Il n'osait intervenir tant que Claire n'aurait pas fini son long récit.
Il était si bouleversé qu'il n'avait même pas fait la moindre remarque sur la présence de Descole. A l'accoutumée, il aurait pointé son doigt accusateur vers cet homme masqué et aurait révélé tout ce qu'il avait appris, mais là… Il ne s'en sentait pas capable.
Que pouvait-il bien dire, de toute façon ? Même s'il le voulait, il se sentait incapable de dire le moindre mot et son regard était comme vide. Il eut l'impression qu'il allait se mettre à pleurer comme le jour où il avait appris la terrible nouvelle, la « mort » de Claire. Cela l'avait tant dévasté qu'après en avoir pleuré de longues semaines, il n'avait plus versé la moindre larme. Cela faisait dix ans, et malgré les chocs qu'il avait connus dans sa vie de professeur et depuis qu'il avait dû se reconstruire seul, les larmes lui étaient souvent montées aux yeux mais jamais elles n'avaient coulé le long de ses joues.
« Alors que j'étais ton épouse, Jean, poursuivit Claire, je travaillais la nuit dans une organisation à laquelle on m'avait forcé d'adhérer. Des hommes étaient venus à notre domicile à plusieurs reprises, lorsque personne ne pouvait rien y faire pour m'obliger à les aider. Ils connaissaient mes compétences et menaçaient de s'en prendre à vous si je ne les aidais pas. Quelle idiote j'ai été ! soupira-t-elle, prenant un air exaspéré. J'ai évidemment cédé ; alors, mon intelligence et mes capacités de déduction leur ont été très utiles afin de mettre un terme à leur sombre projet. Ils voulaient créer une machine capable de faire de nombreuses découvertes archéologiques, mais ce n'était pas une machine qui pourrait faire le bien, vous vous en doutez tous. Vous devez d'ailleurs avoir entendu parler de tragiques incidents qui ont eu lieu deux ans après l'incident de l'Institut, à de nombreux endroits sur le territoire anglais. En fuyant avec toi, dit-elle en regardant Descole, j'ai également fui mes responsabilités : la machine n'était pas entièrement terminée, ce que ces pauvres imbéciles n'ont jamais remarqué, c'est pourquoi leur plan n'a pas pu être qualifié de réussi et cette machine de malheur a provoqué une certaine catastrophe à l'endroit où ils l'ont utilisée. Enfin, ils nous ont retrouvés, tu le sais bien.
- Tu veux bien entendu parler du jour où ils ont fait interruption dans l'appartement que nous nous étions trouvé quelques mois plus tôt et où ils ont tiré de sang-froid à deux reprises sur Aurelia et toi, sans que je ne puisse faire quoi que ce soit ? la questionna Descole, d'un ton morne.
- Evidemment. Tu dis avoir fait bon nombre de sacrifices pour nous, mais qu'as-tu fait au final ? Tu n'es même pas resté jusqu'au bout alors que nous agonisions à l'hôpital ! l'accusa Claire.
- Je me sentais incapable de vous savoir proche de la mort ! Ces fichus médecins m'ont menti, comment pouvais-je donc bien savoir que vous alliez vous vous en sortir ? J'ai quitté le pays tant j'avais perdu espoir de mener une existence normale à nouveau ! C'est de leur faute si je suis devenu l'homme froid et sans cœur que je parais actuellement ! N'est-ce pas, Layton ? »
Descole sortit du rang et vint se placer face à l'homme au chapeau qui ne réagissait plus depuis vingt minutes, désormais.
« Je ne te croyais pas capable de faire cela… Ma haine envers toi s'avère finalement bien plus justifiée que je ne le pensais ! s'exclama-t-il.
- Descole… Je n'ai jamais voulu cela » dit-il enfin.
Il semblait avoir retrouvé l'usage de la parole, mais ces mots s'avéraient bien minces pour la suite de l'aventure.
« Je l'ignorais ! Tout cela me blesse autant qu'à toi, et je refuse de te laisser m'en rendre responsable ! lâcha-t-il en haussant le ton, ce qui étonna son apprenti qui était muet depuis le début.
- Tu partageais ta vie avec la femme que j'aimais, et je n'ai jamais rien suspecté… Quelle immense déception !
- Bien, cela suffit. Nous avons suffisamment jacté pour ce soir, intervint soudainement Claire. Il est temps de mettre un terme à cela et de me venger de ceux qui m'ont tout pris, avec des moyens similaires…
- J'ai bien peur de comprendre exactement où cela va nous mener, Claire, la coupa Hershel. Et j'ai également peur de devoir t'en empêcher.
- Oh, vraiment ? se moqua-t-elle. Personne n'a jusqu'à présent réussi à me stopper, crois-tu vraiment en être capable ? Essaie donc ! »
Claire s'enfuit à l'instant où elle prononça ces mots vers une pièce qui se referma après qu'elle y ait pénétré. Personne ne put la rattraper : la porte semblait avoir disparu et il n'y avait qu'une seule clé pour y accéder. Cette même clé était malheureusement dans les mains de Claire et il était trop tard pour changer le cours des choses.
Alors qu'elle fut partie, Layton et Descole remarquèrent que Luke et Aurelia s'étaient absentés. Ils n'avaient rien remarqué et étaient certains de leur présence à peine deux minutes auparavant…
Hershel faisait malgré tout confiance à Aurelia : tout n'était pas encore résolu, mais il se doutait qu'elle ne lui ferait pas de mal. Après tout, elle avait tout risqué pour retrouver sa mère et afin, libérer son apprenti.
Elle avait certainement dû l'emmener à l'abri, c'était la seule personne qui connaissait la totalité du plan sanglant de Claire, et c'était donc la seule capable de savoir que faire.
Aurelia s'était éclipsée lorsque Hershel était intervenu pour tenter de faire changer le cours des choses. Elle avait, avant que les deux hommes n'arrivent, murmuré une phrase à l'oreille du petit garçon, lorsqu'il l'avait serré dans les bras :
« Je te ferais un signe lorsqu'il faudra qu'on s'en aille : il est bien trop risqué de rester ici et je sais exactement où me rendre afin de te protéger. »
Le jeune Luke n'avait pas rechigné et avait attendu patiemment le signe d'Aurelia.
Les deux étaient à présent en route pour la ville la plus proche et la plus sauve qu'ils pouvaient trouver : Aurelia avait emprunté la voiture de l'une des employées de la mairie avec qui elle avait noué certains liens amicaux. Cette femme en question lui avait confié les clés, et ils venaient de démarrer : ils comptaient bien s'enfuir de cette ville qui deviendrait prochainement un enfer.
Aurelia avait pu se permettre d'apprendre quelques notions de conduite, et bien qu'elle ne fût pas en âge de passer le permis, elle savait parfaitement comment conduire une voiture d'une si petite taille. C'était de toute façon leur seule chance d'échapper à tout cela.
« Luke, je te promets que tout va bien se passer. Tu n'as pas à être effrayé ! le rassura Aurelia.
- Je vous fais confiance… J'espère que le professeur va vite revenir.
- Ne t'en fais pas, tout rentrera prochainement dans l'ordre » répondit-elle.
Ce qu'elle ignorait, c'est que c'était loin d'être le cas.
La petite voiture rouge approchait des cent kilomètres à l'heure et suivait la route pour atteindre la ville voisine de Genovia, Spiritus.
Une ville où il y avait encore un peu d'espoir.
Ils y seraient certainement d'ici dix minutes.
Descole ressentait une haine profonde envers l'homme à ses côtés mais il n'avait guère le temps d'y faire quoi que ce soit : un bruit assourdissant les fit sursauter : cela ressemblait au bruit d'une grosse machine. En effet, le mur à côté d'eux allait s'effondrer.
« Il faut vite que nous nous échappions de cette pièce ! insista le professeur.
- J'imagine que je n'ai pas trop d'autre choix… » murmura Descole.
Layton montra la sortie à Descole, qui s'empressa de le suivre.
Il voulait évidemment rester en vie : il fallait qu'il se venge à son tour.
Quand ils eurent traversé le tunnel étroit, Descole attrapa une épée qui était rangée dans la première pièce de ce lugubre endroit où tout s'était joué et où tout allait se jouer. Il prit garde de la cacher sous sa cape qu'il avait retrouvée dans la pièce également et continua de courir, suivant Hershel qui accélérait.
Les deux hommes traversèrent à une vitesse semblable à celle de l'éclair la forêt en prenant garde de ne pas tomber à cause de nombreuses branches qui trainaient encore sur le sol humide et boueux, jusqu'à atteindre l'entrée d'un bâtiment situé peu après la Grand-Place, le bâtiment le plus élevé de toute la ville de Genovia.
« Il faut monter, nous serons plus à l'abri là-haut pour le moment ! » cria le professeur.
En effet, la machine commençait à se dresser hors de la forêt et à détruire les nombreux arbres qui l'entouraient. Elle était d'une grandeur incroyable et semblait si menaçante…
« Si nous n'avions pas couru, nous aurions certainement été écrasés par cette immensité » pensa l'homme masqué.
Mais Descole n'était pas terrifié le moins du monde. Il en avait bien trop vécu pour avoir peur d'une machine comme celle-ci et était persuadé qu'il parviendrait à s'en sortir.
Il espérait simplement que Raymond n'était pas resté dans le Bostonius, qui avait certainement dû être écrasé à l'heure qu'il était.
A cette pensée, il entendit un bruit d'avion qui se mêlait à celui de la machine et aperçut le Bostonius qui venait de s'envoler de justesse. Cela lui arracha un léger sourire.
Alors qu'ils avaient monté de nombreuses marches avant d'atteindre le toit du plus haut bâtiment de la ville, Jean Descole brandit son épée hors de sa cape et la pointa face au professeur Hershel Layton qui n'eut d'autre choix que de trouver un outil adéquat pour faire le poids.
Il fallait qu'ils s'affrontent une dernière fois.
