Les deux hommes se lancèrent dans un combat qui pourrait s'avérer long : leurs épées s'entrechoquaient dans un bruit prononcé, bien que la ville assiste à un tout autre spectacle : la terrible machine avec laquelle Claire avait prévu de détruire la ville était en train de se dresser entièrement de sa sombre cachette.
Descole n'y portait pas attention : Layton, quant à lui, jetait des coups d'œil furtifs autour de lui pour vérifier qu'ils n'étaient pas en danger là où ils se battaient. Le gentleman masqué était bien plus agile que Layton au combat à l'épée : il avait pris l'habitude de se battre durant les dernières années de sa vie bien que son adversaire ne soit pas en reste non plus, il avait pourtant bien du mal à suivre les mouvements de son ennemi.
Jean Descole profitait des moments d'inattention d'Hershel pour reprendre l'avantage mais le professeur esquivait les coups tant bien que mal. Ce dernier porta un coup dans la direction de Descole à l'aide de sa barre en métal ; cet objet était le seul que Layton était parvenu à trouver pour tenter de faire le poids. L'idée de combattre était loin de le réjouir et il n'avait donc pas pu s'y préparer, c'est pourquoi il n'était pas en position de force dans ce duel.
D'ailleurs, à force de porter des coups et d'entrechoquer son arme avec celle de son ennemi, elle commençait à sérieusement se détériorer : une partie de la barre se tordait et allait certainement abîmer fortement l'arme, ce qui ne pourrait que porter préjudice au professeur.
Cela faisait déjà de longues minutes que les deux hommes se battaient corps et âme et ils commençaient à s'essouffler tous deux, mais aucun ne semblait renoncer avant d'obtenir une quelconque victoire, surtout pas Descole. Layton était, quant à lui, à bout de forces et ne souhaitait qu'une chose : arrêter avant qu'ils se fassent tuer par la machine qui commençait déjà à lancer des missiles à travers la grande ville de Genovia.
« Descole ! cria Hershel afin de se faire entendre à travers les bruits assourdissants qui les entouraient. Ce combat est ridicule et ne nous mènera à rien de bon !
- Je ne peux pas rester sans rien faire alors que j'ai tout perdu par ta faute ! » répliqua Descole, dans un excès de colère.
L'homme masqué porta un coup violent dans la direction de Layton que celui-ci ne parvint malheureusement pas à éviter : ce coup violent lui arracha une partie de sa veste ainsi que de son haut et le blessa à l'avant-bras.
Les coups que portaient Descole semblaient illustrer son courroux et étaient portés par une haine mortelle envers le professeur qui, lui, n'avait jamais pensé qu'il en arriverait là. En était-il seulement responsable ?
- Je t'en prie, il y a bien d'autres moyens de régler cette affaire ! supplia Layton. Tes accusations sont injustes, réfléchis-y bien !
- La vengeance est la seule chose qu'il me reste à présent… lâcha Descole d'un ton glacial.
Ce furent ses derniers mots : contrairement à ce que le professeur souhaitait, il continua le combat et ne ralentit en aucun cas ses coups.
Hershel décida tout de même de continuer à se battre, quoi qu'il en coûte : il ne voulait pas sortir mortellement blessé de ce combat, du moins il ne comptait pas lâcher prise avant que Descole abandonne malgré qu'il sente la douleur sur son avant-bras s'amplifier de plus en plus.
Les missiles continuaient d'être envoyés dans chaque coin de la ville ; les deux hommes échappèrent même de justesse à l'un d'entre eux qui avait été lancé en direction de l'endroit où ils étaient. Quelques flammes pouvaient s'entrevoir plus bas, et les gens ouvraient leur fenêtre afin de chercher à comprendre ce qu'il se passait : c'était comme un spectacle qui leur était improvisé, un spectacle qu'ils ne pouvaient pas estimer.
Un sordide spectacle.
Aurelia venait de garer la voiture qu'elle avait empruntée à l'entrée de la ville de Spiritus et ne perdit pas de temps avant de sortir de celle-ci.
Elle claqua sa portière et Luke fit de même après s'être détaché. La jeune femme avait roulé tellement vite qu'il se sentait tout retourné.
« Luke, il faut vite que je t'emmène à l'abri. Si je le pouvais, je serais restée avec toi mais il est de mon devoir d'aller aider Hershel et mon père… dit la jeune femme, une once de panique dans la voix.
- Je comprends, mademoiselle Aurelia… Vous êtes sûre qu'ils s'en sortiront ? demanda-t-il les yeux brillants.
- Je te le promets. »
La jeune femme lui fit signe de le suivre après avoir verrouillé la voiture : elle se mit à courir à la recherche d'un hôtel du centre-ville.
Le plan de la ville de Spiritus était on ne peut plus différent de sa ville voisine, Genovia. L'endroit où se trouvaient Aurelia et Luke était petit et il n'y avait presque pas de commerces, très peu d'agitation dans les rues et de vieilles petites maisons çà et là dans la cité.
L'atmosphère leur semblait tellement paisible ici qu'ils auraient pu s'y arrêter une journée entière. Aucun danger ne régnait et ils étaient tant coupés du monde qu'ils devaient certainement ignorer ce qui était en train de se produire à approximativement dix kilomètres de là.
Leur recherche d'un hôtel ne fut pas trop ardue : il n'y en avait qu'un seul dans cette petite ville et son architecture se distinguait légèrement des autres bâtiments qui le jouxtaient.
« Entrons vite, il n'y a pas de temps à perdre » ordonna la jeune blonde.
Le duo pénétra dans le hall de l'hôtel assez rapidement et se dirigea vers l'accueil. Ce fut Aurelia qui prit la parole, étant la responsable de Luke et celle qui allait s'occuper de le mettre en sécurité.
« Bonjour jeunes gens, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? »
Entendre quelqu'un les qualifier de « jeunes gens » l'agaçait car Aurelia n'avait pas l'habitude d'être traitée d'une personne jeune au vu de la maturité qu'elle avait acquise ces dernières années. Bien que cette appellation la fasse froncer les sourcils, elle préféra ne rien dire et se dépêcher de réserver ce qui était nécessaire pour placer Luke en sécurité.
« Bonjour monsieur, dit Aurelia à l'adresse de l'homme assis à l'accueil. J'ai besoin d'une réservation quelque peu particulière…
- Eh bien, allez-y, je vous prie.
- J'aimerai réserver une chambre pour ce garçon et moi ainsi que pour deux autres personnes qui ne sont pas encore arrivées.
- Je vois. Quand est-ce que leur arrivée est prévue ? demanda l'homme en naviguant sur son ordinateur afin de réserver tout en l'écoutant.
- D'ici deux voire trois heures, je dirais. Ce n'est pas sûr…
- Aucun problème, je vous laisse régler votre commande et vous pourrez vous rendre dans votre chambre, numéro 135 » conclut-il en souriant.
Aurelia ne se fit pas prier et se dépêcha de payer la somme qui était inscrite sur le ticket que lui avait passé l'hôte de l'hôtel. Luke et elle le remercièrent et montèrent rapidement dans la chambre qui leur était attribuée.
La jeune femme referma la porte derrière elle et Luke balaya la chambre du regard.
Les deux lits étaient recouverts de draps en soie rouges, les murs ornés de la même couleur étaient quant à eux simples : il y avait deux tableaux disposés çà et là et une frise bordeaux traversait les quatre murs de la grande pièce. Également, le parquet était verni. L'hôtel avait beau être petit, leurs chambres semblaient avoir été faites et décorées avec beaucoup de soin.
« Oh, c'est beau ! Et qu'est-ce que c'est grand… s'exclama-t-il, émerveillé.
- Luke, s'il te plaît… Tu auras tout le temps de t'extasier sur la beauté de cette chambre une fois que je serai partie, le reprit Aurelia.
- Excusez-moi, c'est juste que… Cette décoration change tellement que j'en avais presque oublié la raison de notre présence ici, s'expliqua-t-il.
- Bien. Je vais te laisser seul et l'annoncer à l'accueil, mais avant ça, j'aimerais te demander une faveur si tu le veux bien.
- Je vous écoute, mademoiselle Aurelia.
- N'essaie pas de t'enfuir, de chercher à joindre qui que ce soit à Genovia et reste bien sagement dans cet hôtel. Je te promets que je serai vite revenue, ce n'est que pour ton bien, est-ce que tu le sais ? » demanda-t-elle.
La jeune fille s'était agenouillée devant Luke qui lui, avait pris place sur le plus petit lit de la pièce. Elle tentait de le rassurer, n'étant elle-même pas très rassurée par ce qui allait se produire lorsqu'elle reviendrait auprès du professeur.
Lorsqu'elle était avec Luke, elle ressentait beaucoup de compassion pour ce petit qui semblait déjà très avancé pour son âge mais qui ne l'était malheureusement pas suffisamment pour affronter les dangers causés par Claire.
« Oui… Je vous le promets. De toute façon, je n'ai pas le choix. »
Aurelia sentait que Luke aurait préféré revenir en arrière et accompagner le professeur même là où il était, mais par politesse le jeune garçon n'avait pas souhaité le faire entendre. Il avait beaucoup muri ces derniers mois et n'était plus à même de s'énerver s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait.
« Merci beaucoup, Luke. Sois courageux, d'accord ?
- C'est promis. Faites attention à vous et au professeur, vous aussi !
- Ne te fais pas de souci. »
Aurelia s'en alla en lançant un grand sourire au petit garçon qui le lui rendit immédiatement.
En descendant, la jeune femme se dépêcha d'expliquer la situation sans donner la raison de son absence et chargea le personnel de l'hôtel de veiller sur Luke, ce qu'ils acceptèrent.
Soulagée, elle put s'en aller et retourner rapidement à Genovia bien que laisser Luke si loin de ses repères ne la rassurait pas à cent pourcent.
Elle espérait qu'il ne leur arriverait rien, tous autant qu'ils étaient.
La jeune femme courra à une vitesse incroyable afin de rejoindre sa voiture le plus vite possible : jamais, dans sa courte vie, elle n'avait fait autant de choses en moins d'une demi-heure. C'était pour elle un réel défi et elle comptait bien le relever, ce ne ferait qu'une victoire de plus et elle comptait aider à tout prix Hershel dans sa course pour arrêter les agissements de Claire : après tout, bien qu'elle l'ait fait venir par pure manipulation, il n'en reste pas moins que s'il est présent à Genovia, c'est pour sauver l'avenir de la ville et Aurelia compte bien l'aider à aller au bout de l'une de ses véritables missions. Découvrir la vérité et rendre la vie sauve, ce n'était que ce qui importait, au fond.
Dans dix minutes, elle allait être de retour et le véritable destin de cette belle ville basculerait.
Hershel et Descole étaient à l'apogée de leur combat : les coups fusaient mais étaient tous esquivés, et chacun d'entre eux ne portaient aucunement attention à leur état physique. Le plus important était d'en sortir sain et sauf.
Cependant, une silhouette qui ne leur était pas inconnue arriva sur le toit du bâtiment et était face à Descole, ce qui déstabilisa le gentleman masqué et le fit lâcher son arme à terre. Layton fut alors lui aussi contraint à cesser le combat et se retourna pour voir quelle était l'identité de la personne qui les avait rejoints.
« Aurelia, peux-tu m'expliquer ce que diable tu fais ici ?
- Je viens vous redonner la raison à vous deux, ou devrais-je dire, te raisonner, papa ? » lança la jeune femme déterminée, en s'approchant de Descole qui demeurait immobile.
C'était la première fois qu'Aurelia appelait son père par ce diminutif depuis bien longtemps, et cela les choquait tous les trois.
Depuis que la réelle nature du plan de sa mère lui avait été révélée, l'idée de la mort ou du désastre l'horrifiait et elle ne voulait pas avoir deux parents prêts à se battre ou capables de tout détruire sur leur passage.
« Souhaites-tu donc finir comme ma mère ? lui demanda-t-elle.
- Aurelia. Ne réalises-tu donc pas ce que cet homme nous a causé ? rétorqua-t-il en se tournant vers son meilleur ennemi.
- Hershel Layton n'est en aucun cas responsable de notre désarroi, bon sang ! s'emporta-t-elle. Ce pauvre homme n'a fait que ressentir des sentiments similaires aux tiens et ignorait tout de la double vie de ta femme ! Es-tu à ce point si inhumain, capable de haïr un homme dont la vie a tout pris, exactement comme toi ? »
Les deux hommes demeurèrent silencieux un long moment. Aurelia avait su dire les mots justes, et elle espérait que cela permette à son père de réaliser l'erreur qu'il était sur le point de commettre.
Aurelia prit place entre les deux hommes et leur fit signe de cesser avec sa main.
« Je refuse de vous entendre encore une fois vous battre pour une cause perdue. Il est temps d'aller nous mettre à l'abri et de dire à tous ces gens dans la rue de faire de même. N'est-ce pas le but premier de tout cela, au fond, avoir la paix ? Suivez-moi, maintenant, je vous en prie. » ordonna-t-elle.
Obnubilés par la décision de la jeune femme de dix-sept ans, ils ne trouvèrent rien à redire et s'exécutèrent car il était temps de fuir ; les flammes avaient déjà rongé certains bâtiments et l'incendie causé par les missiles sortants de la machine géante avait pris de l'ampleur alors que les deux hommes étaient trop occupés à se battre.
La machine qui s'élevait à cinq centaines de mètres dans le ciel était terrifiante : tout semblait avoir été minutieusement préparé depuis bien longtemps et son aspect était clairement annonciateur de la destruction de la ville. Les missiles fusaient de chaque côté de l'immensité qui dominait Genovia. Ceux-ci étaient certainement stockés au préalable au cœur de la machine, mais leur vitesse était tellement rapide qu'il était impossible de savoir où donner de la tête.
« Comment une machine de cette taille a-t-elle pu demeurer dans les fins fonds de la forêt ? » se demanda malgré tout Layton.
Lorsqu'ils sortirent de la tour où ils se trouvaient et qui faisait office du plus haut bâtiment de Genovia, le spectacle qui se jouait devant eux les immobilisa tant ils furent terrifiés.
Les rues étaient parsemées de débris, des débuts d'incendies se déclaraient un petit peu partout et il était très difficile de s'aventurer où que ce soit sans risquer un accident.
« On n'a aucun moyen de se mettre à l'abri ni même de rassurer les gens, ici ! cria Aurelia, qui commençait à perdre son calme habituel.
- Il ne faut surtout pas paniquer et rester groupés, répondit Layton qui essayait de s'en convaincre lui-même.
- Courir partout ne réglera pas le problème, dit soudainement Descole. Ne perds pas ton calme et tout ira bien, continua-t-il à l'adresse de sa fille qui fut choquée par ce changement soudain de comportement.
- Vous allez tous me suivre, nous allons essayer de trouver un endroit isolé et d'ordonner à un maximum de gens de faire comme nous. Allons en direction de la Grand-Place, maintenant ! » ordonna le professeur.
En prenant garde à rester groupés et en regardant comme il se doit autour d'eux, le trio s'avança avec prudence en direction du centre-ville. Ce ne fut pas aisé puisque de nombreux habitants étaient sortis en ayant en tête une idée complètement folle : se cacher à d'autres endroits de la ville. Comment pouvait-on donc bien se mettre en sécurité dans une ville qui était en proie à la terreur ? Il ne semblait pas y avoir d'issue possible !
Alors que le trio s'enfuyait, Layton se rapprocha d'Aurelia. Il ne restait qu'une seule question sans réponse et celle-ci le concernait.
« Aurelia, où est Luke ? demanda-t-il, inquiet.
- Oh, professeur, j'aurais dû vous le dire… Je l'ai emmené dans un hôtel de la ville voisine et j'avais prévu de retourner le chercher lorsque ce chaos prendrait fin.
- Je vois. Je vous remercie, c'est bien aimable à vous. J'espère qu'il va bien et qu'il aura le courage de patienter encore quelques heures…
- Il me l'a promis, répondit-elle.
- Merci encore, Aurelia, je ne m'attendais pas à tant de votre part. »
Aurelia sourit légèrement au professeur : après tout, c'était normal de prendre soin de ce jeune garçon. Le professeur tenait à lui plus que tout et si jamais quelque chose lui arrivait, il ne se le pardonnerait jamais.
Dès qu'une occasion se présentait pour le petit groupe d'Aurelia, Descole et Layton accéléraient le pas et traversaient les rues plus rapidement : tout n'était pas encore impraticable, mais il ne fallait pas traîner.
« Nous y sommes presque, dit le professeur. Je compte bien évacuer le plus de monde possible ! »
Cependant, il n'en était lui-même pas convaincu : il essayait avant tout de rassurer les autres. Il y avait bien un endroit où ils auraient pu se rendre, mais rien ne garantissait que l'entrée ne fût pas elle aussi condamnée par les flammes ou par les nombreux débris. S'il voulait parvenir à sauver quelques personnes, il fallait avant tout que le temps leur soit suffisant, ce qui semblait peine perdue d'avance… Pourtant, le centre-ville se dressait à présent devant eux et n'avait plus rien à voir avec celui qui avait pu être vu quelques heures plus tôt : la plupart des bâtiments entourant la place étaient sur le point de s'effondrer, le feu progressait et il n'y avait que très peu de gens, malheureusement ils semblaient comme pris au piège sur cette place qui leur était plus que jamais menaçante.
Quel que soit le point de vue adopté, la ville de Genovia était en panique. Les touristes ainsi que les habitants couraient dans les rues, s'agitaient, criaient à l'aide. Ils étaient tous à la recherche d'un endroit où ils pourraient s'écarter de la folie ambiante, en vain. Certains préféraient rester à la fenêtre de leur maison plutôt que de chercher à fuir, puisqu'ils savaient déjà ce qui allait les frapper. Cela ne les surprenait même pas. Ils n'étaient plus à ça près, sans doute, puisqu'ils regardaient ce terrible spectacle se dérouler sur les yeux sans ressentir un quelconque sentiment. Ils étaient paisibles, ils attendaient leur heure sans sourciller.
En plein centre-ville, au milieu de ce chaos, un trio hors du commun venait d'arriver. Deux hommes, une femme.
Pour les personnes qui les observaient, ils semblaient venir d'un autre monde et ressentir quelque chose de différent. Ils ne semblaient pas terrifiés, pourtant ils se battaient pour faire taire cette peur qui grandissait plus que jamais en eux.
Ils voulaient arrêter ce qui se tramait, essayer de rétablir la paix, arrêter le massacre. Mais à quel prix ?
« Je vais sauver la ville, faites-moi confiance et tout ira bien. Je sais que vous le pouvez.
- Si je vous ai fait venir ici, professeur, c'est parce que j'ai toujours été persuadée que vous pourriez rétablir les choses comme il se doit.
- Je ferai de mon mieux. » conclut le professeur.
Descole était silencieux depuis de longues minutes : il avait l'habitude de se retrouver face à des situations dangereuses, mais elles n'avaient jamais pris cette ampleur, c'est pourquoi il préférait suivre les conseils du professeur avant d'intervenir.
Sa fille l'avait plus ou moins ramené à la raison et il avait tenté de se convaincre qu'il était inutile d'en vouloir à Hershel pour cela, bien qu'il garde encore une certaine rancœur envers lui.
Le professeur quant à lui, se démarqua encore une fois des autres après avoir donné pour ordre à Aurelia et Descole de rester en retrait. L'homme au chapeau noir partit vérifier avec la plus grande prudence si l'endroit qu'il avait entête depuis cinq bonnes minutes était facile d'accès ou non : il s'agissait de la vieille cave accessible grâce à des marches irrégulières près desquelles ils étaient allés se réfugier lors de la première rencontre avec Aurelia. Fort heureusement, l'endroit était encore accessible : cela ne faisait pas partie des cibles de Claire pour le moment et cela paraissait logique : il était assez compliqué de le voir en un coup d'œil.
Le professeur descendit les marches en prenant garde à ne pas tomber et vérifia s'il était facile ou non de pénétrer dans la salle. En effet, c'était encore faisable mais il fallait à tout prix qu'ils se dépêchent. Hershel avait peur de faire une erreur : et si, une fois ce passage emprunté, il serait impossible d'en échapper ?
Quoi qu'il en soit, ils trouveraient bien une solution mais le temps pressait.
Le gentleman repartit en courant sur la Grand-Place, toujours méfiant. Il se plaça au centre et mit les mains en porte-voix afin de donner des conseils aux quelques personnes qui se trouvaient dans les alentours : il n'y en avait pas une masse, mais ce serait toujours mieux que de ne sauver personne.
« Écoutez-moi tous ! cria Hershel avec le peu de voix qu'il avait. Faites-moi confiance, je suis là pour vous sauver. Je sais où vous emmener, je vous prie de me suivre immédiatement et de conseiller au plus grand nombre possible de faire de même ! »
Les habitants ainsi que les touristes ne se firent pas prier et ne doutaient pas de la motivation du professeur : il était en train de prendre des risques pour sauver des gens qu'il ne connaissait pas et cela prouvait bien des choses.
Bien malheureusement pour le trio, Claire surveillait l'endroit depuis cinq longues minutes et savait exactement quoi faire et à quel moment afin de se débarrasser d'eux.
Alors qu'Aurelia et Descole rattrapaient le professeur en courant à toute vitesse, un projectile encore plus gros que tous ceux qui avaient été lancés jusque-là semblait foncer sur eux.
Les missiles envoyés jusqu'à présent étaient commandés au hasard du haut de la machine, mais celui-ci se distinguait clairement de tous les précédents et il était évident qu'y échapper dans le peu de secondes qu'il restait serait difficile, voire impossible.
Le bruit étant assourdissant, toutes les personnes cherchant à se mettre en sécurité et suivant le professeur ne prirent pas de risque et s'en allèrent en gesticulant dans tous les sens. On pouvait même entendre quelques prières sortir de la bouche de certains d'entre eux : leur destin se jouerait dans les cinq secondes à venir.
Le trio, lui, n'osait pas lever les yeux de peur de voir l'abomination qui allait les frapper.
Enfin, le projectile s'écrasa sur toute la surface de la place dans un bruit assourdissant : il était immense, il faisait bien plus de vingt mètres de long et son épaisseur ainsi que son poids étaient inimaginables.
Le professeur vit qu'Aurelia était la plus proche de l'horreur et tenta de se jeter au sol afin de rouler avec elle dans les bras pour lui éviter de finir écraser en dessous de l'engin, mais il n'y parvint malheureusement pas et ce fut la pauvre jeune femme qui fut frappée la première. La violence de l'atterrissage l'avait propulsée à plusieurs mètres et elle semblait gravement touchée.
Le sauvetage d'Aurelia fut la dernière chose que le professeur avait pensée avant de tomber également au sol, tout comme Descole et les autres qui se trouvaient dans ce rayon d'une centaine de mètres.
Les uns comme les autres étaient inconscients voire au bord de la mort : la place était en proie à un état encore plus terrifiant et indescriptible que cinq minutes auparavant. Les flammes s'intensifiaient encore au vu du choc du nouveau projectile, et cette fois, il n'y avait pas que les bâtiments de touchés mais également tous ces gens que le professeur avait voulu sauver.
Tous ces gens pour qui Hershel Layton aurait pu se sacrifier tant il voulait leur sécurité.
Il avait échoué, pour la première fois de sa vie et cela ne serait pas sans conséquence.
« Il n'y a plus d'espoir. »
De longues heures plus tard...
Le professeur ouvrit les yeux avec difficulté, avant d'apercevoir le plafond au-dessus de sa tête plus blanc que jamais. Il se demanda quelques instants où il est, avant de réaliser : l'hôpital.
Jamais il n'aurait pensé s'en sortir, pas après le choc qu'il a eu. Ses souvenirs étaient d'ailleurs très flous, cependant, le gentleman avait suffisamment de forces pour regarder autour de lui : une jeune fille était elle aussi couchée à l'autre bout de la salle, elle semblait encore inconsciente.
Des fils lui étaient reliés de partout, les machines à côté d'elle faisaient un bruit assourdissant.
« C'est Aurelia, pas de doute. »
Soulagé de voir qu'elle semblait aller bien malgré qu'elle soit encore endormie, le professeur voulut s'approcher d'elle.
Avant ça, il eut un réflexe : il tâta ses cheveux et s'aperçut qu'il ne portait pas son habituel haut-de-forme.
Il se redressa, n'étant pas relié par le moindre fil à l'exception d'une compresse appuyée sur son bras, il était assez libre de ses mouvements.
Il prit le chapeau qui était posé sur son chevet et le mit sur sa tête, ce qui lui afficha un léger sourire malgré l'identité de celle qui le lui avait offert.
Cette personne était malheureusement la cause de sa présence à l'hôpital.
En se levant du lit, il fut pris par de violentes douleurs dans son avant-bras : le coup d'épée que Descole lui avait infligé. Il l'avait oublié tant les évènements qu'il avait été contraint de vivre ensuite l'avaient préoccupé. Une compresse semblait elle aussi appliquée sur cette blessure, ce qui avait dû arrêter le saignement.
Il ignorait depuis combien de temps il était allongé ici, mais cela n'était pas sa priorité : il s'empressa d'aller voir Aurelia. Il lui était difficile de déterminer si la belle blonde était endormie ou dans le coma, mais il espérait que ce ne soit pas la seconde solution.
A l'instant où il s'approcha d'elle, une infirmière entra dans la pièce suivie d'une silhouette qui lui était familière : Jean Descole.
Il était donc lui aussi présent dans cet hôpital mais semblait n'avoir pas été blessé.
« Monsieur Layton, c'est bien cela ? demanda l'infirmière en regardant le professeur.
- En effet, c'est bien moi.
- Je vois que vous n'avez pas perdu de temps avant de revêtir ce chapeau et de vous lever, dit-elle, sa bouche ornée d'un sourire quelque peu ironique. Je me dois de vous rassurer, reprit-elle, vous avez, tout comme monsieur Descole se tenant derrière moi, eu de la chance : vous n'avez eu que quelques égratignures et le choc provoqué par le projectile qui a failli vous assommer n'a eu pour effet que de vous faire perdre connaissance. Votre vie n'est donc pas en danger et vous êtes libre de circuler dans cet hôpital, nous ne faisons que vous garder en observation quelques heures de plus.
- Merci beaucoup, mademoiselle, répondit Layton après que la jeune infirmière ait fini d'expliquer. Puis-je vous demander par quel miracle nous avons tous les trois atterri ici ?
- Un habitant de la ville de Genovia nous a téléphoné alors que la machine ne faisait que s'élever dans le ciel, ce qui nous a permis d'arriver très peu de temps après le dramatique incident sur la Grand-Place. Nous vous avons transportés vous ainsi que d'autres blessés par hélicoptère bien que le risque ait été élevé.
- Je vois, c'est une grande chance que nous avons là… acquiesça le professeur, encore troublé. Savez-vous ce qu'il en est de cette patiente ? demanda-t-il en posant son regard sur Aurelia.
- Eh bien… C'est bien plus compliqué pour elle. Comme vous avez pu le voir, elle est reliée à de nombreuses machines. Je suis désolée de vous l'annoncer mais… il y a de fortes chances qu'elle ne survive pas. Je suis sincèrement désolée mais le choc a été bien trop violent pour elle, annonça l'infirmière d'une voix triste.
- Que lui est-il arrivé ? intervint Descole qui était resté muet jusqu'à présent.
- Le projectile lui a frôlé la tête et la violence de celui-ci ainsi que de l'explosion lui a causé de sérieux dommages cérébraux. Elle est victime d'une hémorragie interne et nous n'avons trouvé aucune solution pour la soigner, il est trop tard. »
Cette annonce choqua fortement Descole et Layton qui se tenaient à présent côte-à-côte. Le père d'Aurelia était incapable de dire quoi que ce soit de plus. Sa fille semblait paisiblement endormie devant lui, mais c'était loin d'être le cas.
Jean Descole repensa à tout ce qu'il lui avait fait subir ces derniers jours et il se surprit à être encore une fois envahi par les sentiments. Des sentiments qu'il lui était encore compliqué de définir : le regret, la haine, la honte, ou tout simplement un profond malaise ?
Que pouvait-il bien faire à présent, alors que sa fille demeurait entre la vie et la mort ? Il était bien trop tard pour rattraper le temps qu'il avait gâché.
Comment des médecins d'une telle capacité pouvaient ignorer de quelle façon la sauver ? C'était irresponsable et totalement ridicule !
« Vous devez certainement avoir une solution ! ragea Descole d'une voix forte. Comment pouvez-vous affirmer qu'elle ne s'en sortira pas ?
- Monsieur, je peux vous assurer que nous avons fait notre possible pour chercher une solution mais c'est trop tard, elle est bien trop atteinte pour changer les choses. J'en suis sincèrement désolée. »
Descole serra les poings afin de résister à l'excès de colère qui grandissait en lui. Il était incapable de réaliser ce qui allait se produire et souhaitait qu'un miracle sauve Aurelia, mais c'était bien trop demander…
Ils avaient déjà échappé à bien trop de drames pour continuer sur la voie de la chance.
L'infirmière quitta la pièce en ordonnant aux deux hommes de surveiller la jeune femme et de l'appeler en urgence si jamais quelque chose n'allait pas.
C'est à cet instant que le professeur et Descole entendirent un bruit provenant du lit d'Aurelia : on aurait dit un léger gémissement.
Les deux se précipitèrent vers elle : ses yeux peinaient à s'ouvrir.
« Aurelia, est-ce que vous m'entendez ? demanda le professeur, inquiet.
- Oui… répondit-elle faiblement.
- Comment est-ce que vous vous sentez ?
- Je… Je n'ai plus de forces et… je ne sais pas. J'ai très mal à la tête… »
Ces mots prononcés d'une voix incroyablement faible, la jeune fille tenta de se redresser mais son père l'en empêcha.
« Je peux savoir ce qu'il te passe par la tête, Aurelia ? Reste allongée ! ordonna Descole.
- Je ne veux plus être allongée…
- Vous n'avez pas le choix, cela pourrait aggraver votre état, répliqua Layton en lui faisant signe de se recoucher.
- Cela fait… quinze minutes que je suis réveillée mais… les médecins ne l'ont pas vu. Je ne veux pas qu'ils s'occupent de moi, je veux partir d'ici ! » se défendait Aurelia.
Le ton de sa voix semblait si faible, si triste que les deux hommes ressentaient une compassion énorme pour elle : il était clair qu'elle appelait à l'aide mais personne ne pouvait l'aider. La jeune femme ne semblait avoir plus rien en commun avec celle qui les accompagnait quelques heures plus tôt.
Elle semblait ignorer ce qui l'attendait et il était préférable de ne pas le lui dire.
« Layton, j'aimerais parler avec Aurelia. Je te prie de t'en aller, imposa Descole d'un ton sec.
- Bien, c'est d'accord. Je reviendrai plus tard. » répondit celui-ci qui partit de la pièce en jetant un rapide coup d'œil à chacun d'entre eux.
Descole avait souhaité être seul avec elle pour échanger quelques propos avec sa fille avant qu'il ne soit trop tard mais il ne savait réellement que dire. Elle était si faible, si vulnérable, qu'elle aurait pu partir à n'importe quel moment.
« Ma mère… Claire… Elle n'est pas si terrible qu'elle veut en avoir l'air, tu sais, commença Aurelia. Si elle a fait tout cela, c'est uniquement parce qu'elle… souffre.
- Tu dis des sottises. J'ai commis des crimes affreux envers les gens également ces dernières années, mais je n'ai jamais tué qui que ce soit !
- Elle est aveuglée par la souffrance et l'envie de… vengeance qui la ronge… Je sais qu'une partie de moi ne peut s'empêcher de la détester, mais je… j'essaie de la comprendre, il n'y a rien d'autre à faire, soupira-t-elle en tentant de regarder son père alors que ses yeux ne tenaient pas ouverts.
- Comment une femme telle qu'elle a-t-elle pu en venir à risquer la prison ? lui demanda-t-il. C'est tellement insensé ! murmura-t-il pour lui-même.
- Elle l'a déjà dit avant l'affront final ! Elle a adhéré à des organisations… La destruction de cette ville lui a été ordonnée par l'une d'entre elles. La dernière qu'elle a adhérée…
- Ces organisations ont causé notre perte, en quoi est-ce logique ?
- Je ne sais pas, je… Elle voulait assouvir sa vengeance en montrant qu'elle était plus forte que tout cela mais…
- Mais ? » répéta Descole en fronçant les sourcils.
La jeune blonde avait les yeux qui se fermaient petit à petit ; sa bouche était entrouverte et elle semblait incapable de continuer la phrase qu'elle avait commencée. Qu'est-ce que cela voulait donc dire ?
« Aurelia, réponds-moi ! »
Layton était en train de se promener dans le corridor de l'étage de l'hôpital. Le gentleman se posait de nombreuses questions sur son avenir et sur la catastrophe survenue à Genovia.
Il s'était juré de sauver tous ces gens, mais au final, qu'est-ce qui leur était donc advenu ? Il l'ignorait et il s'en voulait malgré lui. Il avait failli à sa tâche pour la première fois depuis dix bonnes années.
Cela faisait dix ans déjà qu'il était professeur d'archéologie et qu'il lui arrivait de partir résoudre certaines affaires déroutantes, que ce soit avec ou sans son fidèle apprenti. Il était toujours parvenu à faire la lumière sur tout ce qu'on lui soumettait et jamais personne n'avait fini aux portes de la mort.
Peut-être que cette affaire aura été la plus difficile de toute sa vie, et que dès le début, il avait quelque chose à y perdre ?
« Cela n'aurait jamais dû arriver » se répétait-il en boucle depuis cinq minutes déjà, quand il aperçut trois policiers arriver au fond du couloir où il se trouvait. Devant eux, une femme rousse s'avançait peu sûre d'elle.
Ce ne pouvait pas être…
Malheureusement, si. Claire était bien là. Comment était-ce possible, et pourquoi se rendait-elle soudainement à l'hôpital ? Il était absurde qu'elle s'inquiète pour les trois personnes qu'elle avait tenté de tuer quelques heures plus tôt !
Les questions que se posait le professeur n'obtiendraient certainement pas de réponse claire, c'est pourquoi il tenta de chasser les pensées qui l'obsédaient de la tête.
« Je suis vraiment désolée, papa… Les choses n'auraient pas dû… se finir ainsi… Pardonne-moi.
- Aurelia ! Regarde-moi ! »
Les plaintes de Descole étaient lancées en vain. La jeune fille avait définitivement fermé ses yeux.
Son père, en proie à la désillusion, lui prit la main pour la première fois depuis des années. Il la serra contre lui sans avoir la force de dire le moindre mot : cela ne ferait pas remonter le temps, quoi qu'il fasse.
Il aurait aimé la sauver, l'écarter du danger alors qu'il était encore trop tard. Au lieu de cela, il fuyait avec Layton sans regarder autour de lui.
Cette affaire avait révélé bien des choses pour tout le monde, mais avait aussi fait perdre tant de choses.
Descole avait retrouvé le goût des sentiments autres que la haine et le désir de vengeance mais se sentait à présent vide.
Sa fille, à qui il avait causé tant de tort sans même le réaliser quelques jours plus tôt venait de le quitter sous ses yeux, et il avait été totalement impuissant face à ça.
Sa fille, pour qui il aurait tout donné il y a dix ans, celle qui faisait son bonheur quotidien avec la femme qui avait causé sa mort.
Ce n'est pas juste ! Il avait eu le sentiment de retrouver le bonheur qu'il éprouvait dix ans auparavant dès qu'elle était venue lui faire entendre raison.
Tout n'était qu'un éternel recommencement : tout lui était rendu puis volé, et enfin il se retrouvait seul avec pour seule compagnie son désir de vengeance.
Contre qui pouvait-il donc se venger à présent ? Sa vie avait toujours fonctionné ainsi et semblait ne pas changer.
Soudain, l'homme masqué entendit des pas lourds se rapprocher de la chambre, puis la porte s'ouvrit dans un bruit fort.
« Laissez-moi voir ma fille ! »
Cette voix. Il l'aurait reconnue entre mille. Cette pensée le révulsait au plus profond de lui-même, si bien qu'il se sentait incapable de se tourner vers la porte pour confirmer que c'était bien la responsable de la mort d'Aurelia qui se trouvait derrière lui.
Comment pouvait-elle avoir le courage de venir après tout le tort qu'elle a causé ?
Layton était entré dans la pièce en même temps que les policiers qui veillaient à ce que Claire ne tente pas quelque acte que ce soit qui pourrait porter préjudice.
L'infirmière venait de les rejoindre elle aussi, prévenue par le professeur il y a peu.
« Est-ce qu'elle est…
- Notre fille est décédée il y a quelques minutes, la coupa Descole d'un ton inexpressif.
- Impossible ! » cria Claire.
La mère d'Aurelia commença à se débattre de l'emprise des policiers ; ce fut en vain car les menottes l'empêchaient de faire quoi que ce soit.
« Madame, je vous ordonne de vous calmer, dit l'un d'entre eux.
- Puis-je savoir, messieurs, comment cette femme a su que nous nous trouvions ici ? » intervint soudainement Layton.
Appeler la femme avec qui il avait partagé sa vie si froidement lui aurait presque procuré un pincement au cœur, mais il tentait de passer outre.
« Nous avons été informés que les blessés au cours de cette tragique soirée avaient été transportés dans cet hôpital et madame Foley a dit y avoir de la famille, nous lui avons donc accordé cette courte visite, répondit l'un des trois policiers.
- Cinq minutes, compléta le second.
- Cette femme n'a rien à faire ici, riposta Descole en serrant les poings. Elle est l'unique responsable de la mort de notre fille : elle a tenté de nous tuer tous les trois de sang-froid !
- Qu'elle ait quelque chose à faire dans cette pièce ou non, nous le lui avons accordé alors elle restera le temps qu'il lui est donné. Son jugement arrivera après » répondit sèchement le premier.
Les policiers semblaient ne pas se préoccuper de l'état moral de chaque personne présente dans la pièce : ils n'étaient là que pour surveiller Claire, rien de plus, et cela mettait Descole hors de lui.
Ce dernier s'avança vers son ex-femme dans un nouvel excès de colère.
« Comment oses-tu être dans cette chambre en prétendant être affectée, alors que tout ce que tu vois n'est que le résultat de tes actes ? insista Descole, en colère.
- J'ai commis la plus grande erreur de ma vie en voulant me venger de la sorte et j'en suis à présent consciente, répondit Claire d'une voix calme.
- Tu ne peux pas réaliser ces choses-là en si peu de temps.
- J'ai tout perdu, Jean, et je ne suis pas la seule ! se défendit-elle.
- Ce ne sont que des sottises, je ne veux plus en entendre plus ! » conclut-il en sortant de la chambre d'hôpital.
Layton n'avait jamais vu l'homme qui était son ennemi il y a encore quelques heures dans cet état et cela l'étonnait beaucoup. La présence de Claire dans la pièce le rendait mal à l'aise, il ressentait également une forte rancœur envers elle mais une partie de lui avait du mal à savoir s'il devait lui pardonner un jour ou non. Cette femme restait malgré tous les terribles actes qu'elle avait commis, celle qu'il avait aimée.
L'infirmière sortit le lit où reposait Aurelia de la pièce et le professeur la regarda une dernière fois : elle semblait se reposer paisiblement, allongée sur ce lit. C'était la dernière fois que le professeur la verrait, et il regrettait fortement de ne pas avoir pu lui dire au revoir comme il le fallait.
Au cours de cette affaire, bon nombre de mystères ont été mis à jour tout comme des secrets inavouables, mais quelque chose d'important a été perdu. Chacun des deux hommes ont appris quelque chose, ont échoué ou perdu quelqu'un qui leur était cher.
Chacun d'entre eux allait s'en vouloir éternellement pour quelque chose qui n'a pas été fait, mais les erreurs et les blessures du passé ne pourront malheureusement pas disparaître.
Le temps était écoulé pour Claire qui ne rechignait plus : sa fille était sortie de la pièce et elle était encore sous le choc, incapable de la poursuivre ou de se débattre. A quoi bon ?
Après dix longues années passées dans l'ombre, elle venait de réaliser à quoi tout cela l'a menée et la route à prendre avant d'apercevoir de la lumière s'annonçait bien longue. Elle ne pourra certainement plus jamais redevenir la femme douce, aimante et pacifiste qu'elle était autrefois.
Enfin, Claire fut escortée hors de l'hôpital : les trois policiers allaient la mener en prison afin qu'elle paie de ses terribles actes. Descole et Layton prirent la décision de l'y accompagner, bien que le chemin s'annonce long avant d'atteindre la ville de Londres où elle serait incarcérée.
Il fallait qu'elle paie et enfin, tout le monde pourrait prendre un nouveau départ et tenter d'oublier les erreurs du passé.
Cela risquait de prendre du temps, mais il n'y avait pas d'autre choix.
Le professeur, accompagné de Descole, réussit à signer les papiers de sortie assez facilement afin de quitter l'hôpital dans la soirée. Il voulait rentrer le plus tôt possible à Londres, mais il fallait d'abord qu'il aille chercher Luke à une centaine de kilomètres de là.
Descole, quant à lui, préféra trouver un moyen de retrouver la trace de Raymond afin de retourner dans la capitale anglaise, seul.
Le professeur, complètement remis du choc subi il y a quelques heures, montait à présent au volant de sa voiture, seul.
Il roulait vers son avenir, avenir qu'il tenterait de rendre encore meilleur, quoi qu'il en coûte.
