Mathieu n'aimait pas un certains nombres de choses. Être loin de son frère. La télévision. Les chats. Les gens en général. La masse. La solitude. L'injustice. Le collège. Le jeudi soir.
Ca, c'était à cause de leurs parents. La veille de la rentrée en sixième, ils leur annonçaient que Mathieu, avec sa mémoire, allait faire bilingue. Allemand et anglais. Son frère aussi d'ailleurs. Mais espagnol et italien.
« Vu que vous êtes toujours ensemble, et que vous le serez ensemble, en reprenant notre entreprise, ce sera plus simple pour vous. Vous commencerez l'arabe, le chinois, le japonais, que vous vous partagerez, dans quelques années. »
Le plus souvent, le binôme se retrouvait à une salle au plus loin l'un que l'autre. Mais le jeudi après midi, le Patron n'a pas cours. Mathieu se retrouve donc seul, à enchaîner les heures de langue, au collège. Là où ils ne s'entendent avec personne d'autre qu'eux même.
Il s'empressa de fermer son sac alors que la fin des cours sonna, et quitta la classe. Il passait à peine le portail de sortie qu'il s'arrêta. Devant lui se déroulait une scène un peu trop récurrente à son goût.
Un gamin, particulièrement frêle -encore plus que lui, c'est tout dire!- larmoyait, entouré de quatre adolescents. Mathieu reconnut le plus chétif comme étant un garçon de sa classe. Les autres se trouvaient être des quatrièmes, qui s'amusaient souvent à embêter les plus jeunes. Violemment, dans ce cas là. Tous les autres enfants passaient, si bien qu'il ne restait qu'eux cinq.
Bien que petits, les deux jumeaux se mélangeaient si peu aux autres qu'on ne leur faisait jamais de misère. Le regard meurtrier du Patron devait être un responsable également. Aussi Mathieu aurait-il pu juste continuer à marcher sans s'inquiéter de la suite.
Il s'agenouilla pour saisir une pierre. Il s'avança en baissant son écharpe sous ses lèvres. Quand un des asseyant baissa sa main, frappant le visage du bambin, il lui balança sa roche. Courant rapidement vers eux, il saisit la main du petit pour l'entraîner à courir avec lui.
« Eh !
- Arrêtez vous sales gosses ! »
Mathieu entendait les pas s'approcher d'eux, aussi il tourna rapidement sur sa gauche, dans une impasse. Il bondit dans une benne à déchet, ramenant à lui son camarade. Il posa sa main sur son visage pour le faire taire.
« Vous êtes où ?
- Si je te retrouve le jumeau, je te défonce !
- Ils sont pas là, on se casse les mecs. »
Quand le silence revint, Mathieu ouvrit la benne. Après un regard vers la périphérie, il s'en extirpa.
« Merci, balbutia le gamin dans son dos. »
Il se retourna pour lui faire face, mais ne lui répondit pas.
« Tu... Tu es lequel ?
- Ca n'a pas d'importance. L'un ou l'autre, c'est la même chose. »
Une goutte de pluie lui tomba sur le nez. Il leva les yeux au ciel et sourit légèrement. Pas besoin de les reconnaître. Ils étaient semblables. Comme la pluie.
« Tu es Mathieu n'est-ce pas ? »
Son regard s'abattit sur le petit brusquement.
« J'ai juste n'est-ce pas ? »
Il hocha la tête, ce qui lui valut un grand sourire. Suivi d'un « aïe ». Mathieu ne se soucia pas de la dent de lait que son camarade arracha en larme.
« Comment tu as su ? »
Le petit baragouina dans sa douleur.
« Réponds !
- Je vous reconnais, c'est tout. »
Cette réponse ne plu qu'à moitié à Mathieu, qui détourna les talons pour rentrer chez lui. L'orage grondait au dessus de sa tête, alors qu'une saucée trempait ses vêtements.
Clic. Clic. Clic.
« Qu'est-ce que... »
« C'est quoi... »
« C'est dégueulasse... »
Clic.
« N'empêche... »
Clic. Clic. Un regard discret de droite à gauche. Personne. Il mit ses écouteurs. Des gémissements et quelques mots japonais suivaient les images colorées.
« Merde... »
« Qu'est-ce qui m'arrive... »
« Pourquoi mon... »
Un croisement de jambe. Un nouvel onglet. Un recherche.
« Érection... »
« Masturbation... »
« Pénétration... »
« Non de Dieu ! »
La porte d'entrée qui grinça le fit sursauter. Les pas de son frère, au rez de chaussé, agaçait les lattes du parquet, qui répondaient avec ardeur. Il s'empressa de vider son historique, avant de sauter sur ses pieds pour rejoindre son frère.
« T'es trempé, fit-il remarquer.
- Il pleut. Je vais me doucher.
- Ca a été ? Tu sens bizarre.
- C'est rien. Tu viens te doucher avec moi ? »
Habituellement, le Patron aurait dit oui. Mais pas avec ce que son entre-jambe lui jouait comme tour actuellement.
« Je vais me coucher, je suis fatigué. »
Mathieu caressa la joue de son frère.
« Tout va bien ?
- Je t'expliquerai plus tard. »
Même si son expression ne changeait pas, le Patron y déduisait de l'inquiétude.
« Tu vas attraper froid comme ça. »
Sur ces mots, il se dirigea vers leur chambre. Il se déshabilla, et observa quelques instants avec curiosité son sexe. Il ne l'avait jamais vu aussi long.
Il posa un doigt investigateur dessus. Dur. Agréable. C'était ça alors une érection. Il passa sa main le long de son entre-jambe, comme il l'avait lu et vu. Les images du hentai sur lequel il était tombé lui revenait en tête. C'était bon. Vraiment bon. Exceptionnellement bon.
Ses jambes le portaient avec difficulté, il dut s'asseoir. Toutes ses artères tambourinaient dans son corps. Ses yeux se fermaient pour mieux se souvenir des sons, des positions, des gestes des personnages de fiction.
C'était sale. Il ne savait pas pourquoi, mais ça lui paraissait démesurément abjecte. Son entre-jambe se renchérit encore de quelques formes fermes.
Et l'eau qui coulait dans la pièce au bout du couloir. Son frère sous le douche. Nu comme lui. Faisait-il la même chose parfois ? Maintenant ? Cette idée se fixait dans sa tête.
Mathieu. La main entre ses jambes. Gémissant. Prononçant quelques mots brouillons. Connaissant le même plaisir que lui.
Il voulait lui faire éprouver ça. Tout ce nouveau panel de sensations. Lui faire aimer ça.
La douche s'arrêta. Le plancher se crispa. Quand Mathieu entra dans leur chambre, il trouva le Patron sous les draps. Il s'installa contre lui. Le corps de son frère lui paraissait terriblement chaud.
« T'as de la fièvre ?
- Je te laisserais me câliner si j'en avais ? »
Sa voix enrouée ne rassurait en rien l'anglophone.
« Patron, il t'arrive quoi là ?
- Je... »
Pour le première fois, il n'osait pas parler à son frère. Malgré ses envies, une peur montait en lui. Une peur d'être jugé. Parce que Mathieu était presque comme lui. Et il était presque comme Mathieu. Presque.
Il croisa les jambes en se tournant vers son frère. Il croisa son regard. Il y manquait quelque chose, qu'il trouvait dans le sien quand il se regardait dans la glace.
« Je suis tombé sur un site trop bizarre.
- Sur internet ?
- Oui. Je te montrerais plus tard.
- Pourquoi pas maintenant ? »
Un coup de tonnerre répondit à sa place. Ils se blottirent un peu plus l'un contre l'autre. Le Patron cachait difficilement son érection à son frère. Ce dernier ferma simplement les yeux.
« Dans la classe, l'un des élèves a su dire que j'étais Mathieu.
- Au hasard ?
- Non. Il le savait. »
Le Patron fronça les sourcils. Son excitation tombait sans même qu'il s'en aperçoive.
« Comment ?
- Je sais pas.
- Pourquoi il t'a interpellé ? Il te voulait quoi ? De quoi avez vous parlé ?
- Il se faisait agresser, je l'ai secouru. »
Le ton de Mathieu s'endurcissait au fur et à mesure que celui du Patron s'énervait.
« Tu t'es jeté dans une baston ?
- J'ai l'air de m'être battu ? Ils étaient plus vieux et plus grands, je leur a juste balancé un cailloux.
- Mais t'es taré ?! Et si ils t'avaient fracassé ?!
- Je suis plus vif qu'eux, ils ne m'auraient pas eu, la preuve.
- Tu sais qui ils sont.
- Des quatrièmes. Mais t'en mêles pas, tout s'est bien fini...
- Pourquoi tu l'as aidé ? C'est qui ? Tu lui parles beaucoup ?
- Calme toi !
- Pas question ! Tu t'es mis à danger à cause de lui ! Pour lui !
- J'allais pas le laisser se faire tabasser.
- Tu aurais pu ! Ils vont revenir te faire du mal !
- Je m'enfuirais encore. »
Le Patron serra les poings. Il devait changer de stratégie.
« C'est quoi le nom de ce gamin ?
- Jeremy. »
Quel nom de merde. Et puis, pourquoi son frère le connaissait-il?
« T'es jaloux Patron ?
- Oui. T'es à moi. Juste à moi. Rien qu'à moi. »
Mathieu l'observa avec une étrange fascination. Son frère ne lui disait que rarement aussi clairement leur appartenance. Il lui démontrait plutôt.
« T'inquiètes pas. Je ne m'approcherais pas de lui. »
Le Patron sourit avec insolence avant d'enlacer son frère.
« Y a pas intérêt. »
Son visage se raffermit dans son dos. Les Némésis de son frère retourneraient sans doute l'agresser sous peu. Il devait toujours rester avec lui. Être deux fois plus vigilant. Deux fois plus effrayant.
« Demain, on s'habille comment ?
- Hum... Tu as une envie particulière ?
- Chemise noire ?
- T'adores vraiment les chemises... Je préfère les t-shirt moi...
- On fera le week end en t-shirt.
- Ou alors on s'habille différemment. »
Le Patron se tendit. Mathieu lui caressa le dos.
« Je déconne. »
Le lendemain, les deux frères allèrent comme toujours en cours. En entrant dans le classe, le Patron jeta un coup d'œil sur le trombinoscope. Un réflexe qu'il se promit de conserver à partir de maintenant. Il y trouva le dénommé Jeremy.
Il releva la tête pour l'identifier dans la salle. Seul, assis près d'une fenêtre, le gamin dont la bouille lui semblait encore plus jeune que la sienne observait fixement son frère. Ses yeux bleus translucides s'animaient d'admiration devant Mathieu, qui l'ignorait royalement.
Le Patron se décida de le piéger. Il s'avança vers lui.
« Alors depuis hier, ça va ? Ils ne t'ont pas retrouvé ? »
Son expression copiait parfaitement celle de Mathieu. Jeremy face à lui fronça les sourcils avec incompréhension.
« Mathieu t'en as parlé ? Demanda-t-il de sa voix fluette. »
Le Patron écoutait ce timbre pour la première fois. L'hentai de la veille lui revint en tête. Il se refusa de penser à ça en classe. Ce n'était pas assez discret. Et le problème actuel, c'était la relation de ce petit bien trop pur et de son frère.
« Je suis Mathieu.
- Pourquoi tu mens ? »
Le Patron était pris au dépourvu. Aucune arrogance dans la bouche du gamin. Juste une vérité honnête, aussi transparente que son regard azur.
Une main vint se poser sur l'épaule de l'usurpateur.
« Tu viens t'asseoir ?
- J'arrive. »
Alors que Mathieu se détournait de son jumeau, celui-ci glissa un papier près de leur camarade. Dessus, son adresse mail, et un « écris moi ce soir » ordonné.
Jeremy s'installa devant son ordinateur, et entra dans sa boite mail. Il n'avait que neuf ans, mais ses talents, notamment en logique et informatique lui avait valu de sauter une classe. Les autres élèves le martyrisaient pour ça. Parce qu'il était intelligent, mais foncièrement innocent et faible.
Les deux jumeaux, eux, qui bien qu'effrayant, ensorcelaient les esprits de leur camarades de classe, les captivaient, si bien qu'on ne leur faisait jamais rien. Un caractère froid accordé à deux visage d'une chaleur réconfortante. Leur ambivalence charmait. Sans compter leur note presque aussi bonnes que les siennes.
Alors pourquoi le duo populaire sans le conscientiser s'intéressait soudain à lui ?
Il tapa l'adresse mail de celui qu'on dénommait « le Patron ». Pas d'information sur son prénom. Un mystère que le petit se ferait un plaisir de découvrir.
« Bonsoir, c'est Jeremy. »
Il ne comptait pas écrire plus. Il ne savait pas ce que le jumeau lui voulait. Il envoya le message, puis commença à jouer à un jeu de stratégie en ligne. Une heure plus tard, son ordinateur émit un son caractéristique d'un mail. Il se déconnecta.
« Salut gamin, c'est le Patron. Mathieu a été bien gentil de t'aider, ça n'aurait aucun sens que je te casse la gueule derrière du coup, même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque. Qui sont les connards qui ont osé agressé mon frère ? Je veux leur nom et leur classe. Leur facebook même si possible. Leur adresse. Tout ce que tu as. »
Il n'eut pas besoin de cinq minutes pour trouver et envoyer toutes les informations, ajoutant une question à la fin : « Pourquoi ? ».
Un peu de patience. Puis un mail.
« Je vais les défoncer. »
Jeremy paniqua.
« Comment ?! Mais ils vont te faire mal ! »
« Je suis le Patron. Je gère. Dis moi juste comment tu as eu toutes ces infos. »
Les membres du gamin tremblaient.
« Je les ai trouvé sur internet. Sur le compte de l'école. »
Pas de réponse pendant un long moment. Il recommença même à jouer. Jusqu'à ce qu'un nouveau message ne s'affiche.
« T'as l'air doué en informatique toi. Demain, tu viens chez nous. Mathieu sera pas là. A demain gamin. »
Au mail se joignait un horaire et une adresse. Jeremy déglutit. Dans quel plan allait-il encore tomber ? Des larmes lui montaient aux yeux. Alors pour oublier, il se concentra sur ce qu'il faisait le mieux : jouer au jeux vidéos.
Le dojo où le Patron s'entraînait connaissait cette semaine-ci des travaux. Son cours de karaté fut donc annulé. Par contre, le club d'échec de Mathieu se donnait rendez vous comme toujours. Aussi son frère et lui se retrouvaient séparés ce samedi. Il allait en profiter, pour une fois.
En attendant Jeremy, il se baladait sur internet. Un spam lui proposa une vidéo japonaise, à nouveau. « Boku no Pico ». Il fronça les sourcils, se souvenant avoir entendu des élèves plus âgés en parler. Il ferma son volet avant d'enclencher la vidéo.
« Mais... Il a à peine notre âge... »
L'animé l'entraîna dans les méandres de sa conscience, qui prenait de plus en plus de place sur son inconscient. Des idées insoupçonnées lui montaient en tête. Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Il n'en savait rien. Que devait-il en penser ? Il l'ignorait.
Quand la vidéo s'acheva, il s'intéressa aux commentaires. Progressivement, il comprit qu'il n'y avait rien de normal à avoir une sexualité éveillé à cet âge. A son âge. Il se mordit la lèvre.
Son frère n'avait jamais exprimé un seul désir semblable. Peut-être était-il précoce par rapport à lui ? Les remarques négatives concernant le manga achevèrent pour l'instant l'idée de vouloir y immiscer Mathieu. Mais une nouvelle inquiétude naquit en lui.
Mathieu l'excitait. Donc il excitait sans doute d'autres personnes. Et si d'autres lui faisaient ça ? Si d'autres le forçaient à faire ça ? Pire, si il aimait faire ça avec d'autres ?
Il vit un lien pour un second épisode, sur lequel il hésita à cliquer. Peut-être était-ce pas encore de son âge. Peut-être n'avait-il pas encore besoin de ça.
Le sonnette résonna dans l'immense maison avant qu'il ne se soit décidé. Il raya les traces de ses sites précédents.
Il passa sa main dans ses cheveux, les plaquant en arrière, avant d'aller ouvrir la porte. Le regard étonné de Jeremy l'agaça de suite.
« Je préfère les cheveux en arrière, c'est plus classe. C'est tout.
- Je pensais que vous étiez tout le temps tout pareil.
- Tu t'es trompé Einstein. »
Il l'entraîna vivement à l'intérieur.
« Pour ces connards, on va faire en sorte de s'en débarrasser de la meilleure manière. Sans être inculpés.
- C'est à dire ? »
Il lui adressa un sourire démoniaque. Son rictus déforma son visage tant et si bien que Jeremy crut voir, pour la première fois, le vrai visage du Patron.
Des réactions? Des idées quant-à la suite?
Vos avis sur Jemery?
Vos avis sur ce que va faire le Patron?
J'espère ne faire découvrir à personne les Boku no Pico ! Si c'est le cas, j'en suis "désolée"
Je remercie les gens qui ont commenté !
Certaines d'entre vous m'ont envoyé des messages qui m'ont énormément touché. Il semblerait que j'en ai "converti" à mon grand trip du moment : le Matron.
(J'ai même été sacrée prêtresse de ce couple par l'une de vous, trop adorable).
Je vais pas vous dire que c'est le plus beau compliment qu'on m'ait fait, parce qu'on m'a déjà dit : "Je t'aime". Mais quand même.
Quand j'écris, ce que j'aime, c'est vous faire ressentir mes propres émotions, vous faire parcourir mes horizons. Si vous aimez ce que je fais, au point de transformer votre "ultime geetron" en un "geetron, mais j'aime le Matron", ou votre"vénéré Matoine" en "Matoine, mais j'aime le Matron", c'est que je réussis à vous transmettre mon ressenti, et à vous le faire comprendre. C'est tout ce dont j'ai besoin en tant qu'auteur pour être motivée.
Merci mil fois.
Pour citer un youtubeur, je vais vous dire : "Je connais des gars en dépression, que toi public tu as sauvé". Je crois que comprends ce qu'il veut dire.
Un petit jeu, répondez par commentaire : qui a dit cette phrase, dans quel contexte?
