Le vent devenait froid au fur et à mesure qu'octobre passait. Mathieu cachait son visage derrière son écharpe. Il suivait difficilement les pas de son frère, qui avançait étonnamment vite vers l'école. Ses doigts gelés vinrent saisir sa main pour ne pas perdre trop de terrain.

« On mettra des gants demain, proposa le Patron.

- Merci. »

La main de son frère, parfaitement entrelacée avec la sienne, le réchauffait. Contrairement à lui, le Patron n'avait que très rarement froid.

Mathieu monta son regard sur son jumeau. Il adorait le voir avec cette impatience heureuse. Chacun de ses traits exprimait cette joie sadique, qui apparaissait avant que ses bêtises ne se révèlent aux yeux du public. Ils adoraient ça, le public.

Il dévia son intérêt vers l'école devant eux, où les étudiants s'agglutinaient.

« La cour est blindée, fit remarquer Mathieu. »

En effet, la majorité des élèves, toutes classes et âges confondus, se massait au centre de la cour. Parmi les rires, des voix s'élevaient :

« Arrêtez de regarder !

- Putain décrochez ce truc !

- Qui est le connard qui a fait ça ?!

- C'est toi le gamin ?!»

Mathieu écarquilla les yeux en reconnaissant la voix de ses agresseurs précédents. Il se tourna vers son frère, qui serra un peu plus ses doigts sur le dos de sa main. Son sourire se colorait d'une satisfaction qu'il connaissait très bien. Le Patron l'avait vengé.

« Faut que t'admires ça Math'. Je me suis surpassé. »

Il l'entraîna à travers la masse, jusqu'à se retrouver au premier rang. Les quatre sales gosses tentaient vainement de cacher des images, coincées dans le tableau d'affichage. L'un d'eux tenait Jeremy par les cheveux. Il remarqua soudain les jumeaux et se tourna vers eux, projetant le gamin au sol.

« C'est vous ?! Vous et le petit bâtard ?!

- Je vous tuer bandes de... »

Alors qu'ils s'approchaient des jumeaux, piétinant Jeremy, le Patron se mit devant son frère. Il leur fit un sourire discret, avant de hurler assez fort pour attirer un surveillant devant eux.

« C'est quoi le problème ici ?! »

Protégé par un rouquin. Le Patrons s'en serait bien passé. Mais pas question de mettre son frère en péril pour une quelconque fierté.

« C'est eux ! Ils nous ont menacé ! Ils ont dit qu'on a mis les images ! Alors que c'est pas vrai !

- Quelles photos ?

- Ne regardez pas, s'écria un des jeunes en se plaçant devant le tableau d'affichage. »

Le surveillant le fit se décaler, et se figea. Son teint pâlit encore un peu plus. Dans la cour, des « oh » et des « ah » s'élevaient. Jeremy profita de l'absence d'attention pour se glisser dans la foule.

« Qu'est-ce que ça veut dire... Jeune gens... Nous sommes dans une école privée, catholique, ce genre de comportement...

- C'est pas vrai monsieur ! »

Des sanglots montaient dans la voix des quatrièmes. Le Patron se sentit frissonner. Ils avaient honte. A cause de lui. Ils avaient peur. A cause de lui. Il adorait ça. Ca chauffait entre ses jambes. Il ne comprenait pas vraiment. Mais il aimait ça.

« Patron... »

La voix intimidée de Mathieu lui paraissait tellement loin de son esprit agité de passions. Il se forçait à ne pas sourire. Il devait faire semblant d'être choqué. Sinon son plan tombait à l'eau. Sinon ça ne chaufferait plus entre ses cuisses.

« Vous... vous êtes dégueulasses ! Lança-t-il en enlaçant son frère. »

Mathieu fronça les sourcils, contre son frère. Quelque chose poussait contre sa cuisse. C'était dur. Il ne comprenait pas. Il ne s'en soucia qu'un instant avant de remonter les yeux vers les photos. Il les détailla, essayant de s'expliquer ce qu'il y voyait. Elles lui paraissaient sales. Amorale.

Le corps de deux des adolescents s'enfournait comme dans les peintures grecques auxquelles il avait déjà eu à faire en histoire. Les deux autres, dans un méli-mélo inhumain de jambes et de bras s'alimentaient de leurs entre-jambes. On les reconnaissait très bien sur les photos.

Mathieu ignorait comment son frère avait réalisé cela. Mais ça l'impressionnait. L'effrayait un peu aussi, parce qu'il ne comprenait pas les images. Le Patron lui expliquerait.

Il cacha sa tête sur l'épaule de son frère et geint :

« Enlevez ça ! Je vous en supplie ! Je... Je veux pas voir ! »

Le surveillant tenta de séparer la masse des élèves, appelant à l'aide ses collègues.


Les cours débutèrent avec près de quarante-cinq minutes de retard. Les enseignants, outrés par la nouvelle, se tortillaient avec embarras. Certains d'entre eux demandaient aux élèves de ne pas parler de ce qu'ils avaient vu. D'autres rougissaient et s'éclipsaient. Toute l'école était chamboulée.

Le Patron, fier de lui, savourait les interrogations de ses camarades à chaque moment entre cours. Il souriait discrètement à son frère, qui semblait se poser lui aussi quelques questions. Enfin, son regard dérivait parfois vers Jeremy. Le seul point faible de sa stratégie.

Durant une récréation que les jumeaux passaient habituellement à l'intérieur de leur classe, le Patron s'excusa auprès de son frère pour aller rejoindre Jeremy. Celui-ci ne quittait que rarement la salle de cours, il restait à attendre, les yeux dans le vague. Aujourd'hui, son regard déviait avec angoisse de droite à gauche.

« Oh toi. C'est le Patron. Viens avec moi. »

Il se présentait toujours. Cependant, pour Jeremy, ce n'était pas utile. L'enfant hésita puis se leva, suivant son aîné, qui l'amena quelques couloirs plus loin.

« Tu fais dans ton froc ou quoi ?

- J'ai peur... Ce qu'on a fait... Ils ont compris que c'est nous...

- Ils vont être renvoyés.

- Justement... Ils vont me tabasser ! »

Ses yeux mouillaient. Le Patron poussa un soupir. Sa voix nasillarde, troublée par la boule dans sa gorge, lui rappelait des vidéos. Il renferma ses sensations dans un recoin de son esprit, avant de poser sa main sur l'épaule de Jeremy. Il lui adressa un sourire persuasif.

« Écoute bien, je vais m'assurer qu'il ne nous arrive rien. De toutes façons, je surveille Mathieu. T'as qu'à rester pas trop loin de nous. Mais ne viens pas nous parler quand on ne t'y autorise pas. C'est mon frère et moi avant tout. Toujours. C'est clair ? »

Le plus jeune hocha la tête. Son regard se fixait pour la première fois de la journée.

« Pourquoi tu me dévisages comme ça ?

- Pour rien ! »

Le Patron fronça les sourcils. Vraiment bizarre ce gamin.

« Au fait. Si toi et moi on risque de rester pas trop loin, je veux pas utiliser ton prénom. Je l'utiliserais jamais, c'est clair ? Je l'aime pas.

- Pourqu...

- Pas tes oignons ça. A partir de maintenant, t'es le geek. C'est ce qui te va le mieux. »

Le rebaptisé l'observait avec curiosité, mais un peu de fierté également. Lui, avoir le droit à un sobriquet !

« T'as fait de l'excellent travail pour l'image. Je vais avoir besoin de toi.

- Tu veux encore en faire ?

- Oui. Je compte bien donner à cette école un jour nouveau. Leur foutre la honte. Et mettre de l'action. Ca à l'air de plaire à Mathieu.

- Tu fais ça... Pour lui ?

- Qu'on soit très clair. Tout ce que je fais, c'est toujours pour lui. »


Ce soir là, alors qu'ils rentraient chez eux, les jumeaux firent un détour. Non loin d'eux, le geek les suivait, jusqu'à son arrêt de bus. Le Patron, bien qu'à peine soucieux de la santé du petit, lança tout de même un ou deux regards pour s'assurer qu'il était en sécurité.

Quand Jeremy disparut dans le bus, Mathieu entrelaça ses doigts avec ceux de son frère. Le vent se levait doucement, mais il baissa tout de même son écharpe pour parler.

« Jeremy t'a aidé ?

- Oui.

- Quand ?

- Samedi. Quand tu étais aux échecs.

- Pourquoi tu m'as pas dit ?

- Je voulais que ce soit une surprise pour toi. »

La poigne du frileux écrasa un peu plus fort celle de son frère.

« Pourquoi tu m'as pas dt que tu passais du temps seul avec lui ?

- C'était une exception ce jour là. On ne fera plus rien sans toi, promis.

- Patron... »

Mathieu s'arrêta, faisant face à son jumeau. Ses yeux rougissaient à cause de la bise gelée.

« Promets le moi en me regardant. »

La main libre du Patron glissa sur la joue de son frère, la réchauffant.

« Je te promets. Je ne t'abandonnerai jamais. »

Mathieu lisait toute la sincérité dans les yeux face à lui. Il sourit avec satisfaction avant de reprendre sa marche.

« Alors, c'était quoi ces photos ? Ils faisaient quoi exactement ?

- Ca s'appelle du hentai, ou du porno. Je suis tombé sur une vidéo au hasard. C'est assez dérangeant à voir, mais je trouve ça très intéressant.

- Du porno... ?

- Tu vois quand les gens font des enfants ? Genre couché dans le lit et tout ? Et bah ça fait du bien. Et t'as pas forcément un bébé après. C'est des mises en scènes de ça.

- Tu me montreras ?

- Bien sûr. »

Ils marchèrent jusqu'à chez eux. Mathieu poussa un long soupir de contentement quand la chaleur de sa maison l'envahit. Il s'empressa de se déshabiller et de se coller à un radiateur, alors que son frère, comme chaque fin d'après midi, leur préparait un chocolat chaud.

Ils se retrouvaient devant la télévision, leur boisson en main. Le Patron faisait toujours la même réflexion à son frère :

« Comment tu peux boire du Van houten sans sucre sérieux...

- J'aime ce qui est amer ! »

Ils rigolaient. Le temps passait, sans un mot, si ce n'est les voix japonaise de San Goku et Vegeta. Jusqu'à ce qu'un détail inquiète l'un d'eux.

« Dis... ?

- Oui ?

- Si jamais les quatrièmes nous font du mal...

- Ils ne te feront rien. Je te protège.

- Mais...

- Fais moi confiance. On est ensemble, il ne peut rien nous arriver si ? »

Mathieu s'affaissa un peu plus contre son clone.

« T'as raison. On est les meilleurs putain. »


Merci à tous pour vos commentaires ! Vous êtes un des meilleurs fandom que je connaisse, et je les écume depuis un bout de temps maintenant ! Rester toujours aussi frais, originaux et intelligents ! Vous êtes vraiment chacun différent, auteurs ou lecteurs, vous êtes ce qui pousse à écrire, ne doutez pas de vous.
Au fait, la chanson de la dernière fois, c'était "clique et clique encore" d'InthePanda. Si vous ne connaissez pas, je ne peux que vous conseiller d'aller voir ses vidéos.
Une des premières vidéos que j'ai vu de lui c'était "Bébé". J'étais super touchée. Et il ne se limite pas à ça. C'est un talent monstre qu'il y a dans cet homme.