Le Patron enfila sa chemise, qu'il boutonna précautionneusement. Il s'admira dans le miroir face à lui. Il n'avait pas de mal à avouer se trouver beau. Seul son visage le dérangeait. Pas toute sa face. Ses cernes. Trop d'insomnies durant l'hiver. Mais surtout, ses yeux. Ceux qu'il nommait les traîtres.
Il remonta ses manches et les attacha au niveau de son coude. Étonnant pour un enfant de son âge, mais il aimait tellement les chemises.
« Tu peux m'aider pour boutonner les manches... ? »
Il s'approcha de lit où son frère l'attendait, lui tendant ses bras.
« Ca fait bizarre non ? Qu'on porte des couleurs différentes.
- Les parents ont insisté pour que je mette du noir, expliqua le Patron en habillant son aîné.
- Et moi du blanc, vu que c'est ma communion.
- Au moins après tu n'auras plus à aller au catéchisme.
- Je devrais sans doute faire ma confirmation... Mais je serais avec ceux de mon âge au moins. Le catéchisme seul... Le curé est sympa mais bon.
- Ca t'intéresse vraiment ses conneries ?
- Si je ne connais pas, comment puis-je renier ? »
Les mains du Patron glissèrent vers celles de son frère. Il respirait lourdement.
« J'ai un mauvais pressentiment. Pour tout ça.
- De quoi as-tu peur ?
- Je n'ai pas peur, murmura-t-il en détournant les yeux. »
Mathieu lui sourit.
« Je vois que tu as peur. »
Le benjamin pesta contra son regard trop clair. Sa faiblesse. Il sentit un bref souffle sur ses lèvres. Son regard se reporta sur son frère.
« Je suis là. Je te protège. »
Un baiser bref. Et Mathieu s'éloignait déjà. Le Patron monta sa main sur ton torse. Son cœur battait à en faire trembler son sternum. Il dévala les escaliers pour rejoindre son jumeau. Il atteignait la cuisine quand une poigne ferme sur ses épaules l'arrêta.
« Père ?
- Écoute moi bien, à cause de tes conneries d'il y a quelques années, ton frère a pris du retard dans son apprentissage religieux. Nos fréquentations doivent déjà assez rire de nous. Je veux que tu restes éloigné de lui, pendant qu'il saluera nos proches. Ne viens que si on te réclame de venir. Suis-je clair ? »
La joie fugace du Patron disparut.
« Tu ne veux pas gâcher la journée de ton frère si ?
- Non père. Je me conduirais selon vos demandes. »
Il reçut une caresse sur la tête, qui l'effraya plus qu'elle ne lui fit plaisir.
« Bien. »
Jeremy transpirait. Le printemps s'éveillait à peine en ce mois de mars, la chaleur ne devait pas l'incommoder. Pourtant, les gouttes ruisselaient sur ses tempes. L'attention de l'église se figeait sur lui et ses camarades, qui venaient un à un rejoindre l'autel.
Ensemble, ils avaient suivi des cours ecclésiastique. Même dans un cours ecclésiastique, on n'échappe pas à son destin : Jeremy, n'étudiant pas dans la même école que les autres, se retrouvait seul, rejeté. D'ailleurs, même quand il n'avait pas encore sauté de classe, en primaire avec eux, il ne connaissait qu'une lourde solitude. Au moins à l'époque, on ne le frappait pas.
Ses yeux fixait le sol. Il ne pouvait faire autrement. Observer les voûtes de l'église lui donnait l'impression qu'elle ondulait lentement avant d'attaquer sa proie : lui. Il aurait aimer trouver un peu d'aide dans le visage de ces proches, mais les regarder signifiait regarder tous les autres parents et proches. Il se supportait pas l'attention d'une telle foule. Parfois, prendre parole à un repas suffisait à lui donner la nausée. Que pouvait-il faire ici ?
« Mathieu Thomas Sommet, entendit-il. »
Son esprit sembla d'un coup se remplir de questionnements nouveaux. Il n'osait pas s'assurer de la présence de son camarade de classe, malgré l'envie de relever sa nuque. Il se mit à trépigner légèrement. Les pas de Mathieu résonnait dans la salle. La curiosité prix le dessus sur ses angoisses, et il jeta un coup d'œil bref. Il déglutit.
Mathieu se distinguait sans mal de tout autre luron appelé par sa seule élégance. Sa démarche le portait avec noblesse, son torse se bombait fièrement, appuyant ses courbures sur sa chemin blanche, son menton droit et fier levait son regard intense.
Un instant, Jeremy crut voir le bleu de ses yeux s'intéresser à lui. Il baissa à nouveau la tête, tripotant ses doigts nerveusement. Si Mathieu passait actuellement, le prochain serait le Patron. Bien que son admiration concerne plus le premier, voir le second dans une église serait sans doute l'expérience la plus étonnante de la journée. Il se demanda si ce dernier n'allait pas simplement brûler et se répandre en cendre sur le sol en mangeant le corps du Christ.
Plus rationnellement, il se demanda aussi quel serait le prénom prononcer par le prêtre. Étrangement, le prochain appelé ne portait pas le nom Sommet. Le geek s'autorisa à relever les yeux. Il les rabaissa avec déception, s'apercevant qu'il ne s'agissait en aucun cas de son camarade de classe.
La messe prit, comme toujours, son temps pour s'achever. Quand il put enfin sortir, le geek ne se sentit jamais aussi heureux de rejoindre l'extérieur. Un pot attendait les différents participants. Il embrassa ses parents proches, tous sur leur 31. La famille de Jeremy, bien que modeste, aurait pu paraître distinguée, si la lignée Sommet n'éblouissait pas toute la conférence.
Jeremy s'en réjouissait quelque part, car l'émulation que créait ces nobles armoiries lui permit de se glisser loin de toute agitation. Il avait récupéré un verre de jus d'orange, et se contentait de le siroter, observant la foule face à lui. Quand l'attention n'était pas sur lui, il pouvait se montrer très perspicace quant à la société.
Sur une roche, dans le parc devant l'église, il observa brièvement les autres communiants se courir après, puis la foule des adultes. Les sourires qu'il voyait sur leur visage lui paraissaient forcés, et surtout exagérés. Tous s'agglutinait devant Mme et Mr Sommet, et leur fils. Madame portait une longue robe blanche, agrémenté d'un chapeau volumineux, où trônait un lys. Monsieur, dans son costume opalin, serrait des main avec l'habitude d'un politicien. Mathieu se voulait être l'enfant modèle physiquement, avec un air d'ange amplifié par un éclat innocent, mais jouait déjà de son charme sur quelques femmes qui venaient lui parler, avec l'insolence d'un jeune adolescent. Le contraste semblait plaire, même la mère de Jeremy rougit quand il vint son tour de recevoir un baise main.
Une poigne se posa sur son épaule. Le geek quitta ses réflexions, se leva et recula de plusieurs pas. Il se voûta, protégeant son visage sous ses bras frêle.
« Détends toi putain, je vais pas te violer. »
Il se redressa d'un coup.
« Patron ? »
Face à lui, le second héritier Sommet se tapotait la cuisse avec lassitude. Des lunettes de soleil cachaient ses yeux -Jeremy envia d'ailleurs sa clairvoyance quant-au fait d'en prendre : il souffrait lui même du soleil blanc de mars-, s'ajustant avec ses chemise et pantalon noirs. Si en ce jour, Mathieu paraissait icône de la bourgeoisie noble, le Patron représentait à lui tout seul l'opulence mafieuse.
« Ouai.
- Tu joues pas avec les autres ?
- J'ai un air à jouer avec des gamins comme ça ? Tu peux t'asseoir, je vais pas te bouffer. »
Bien qu'attirer par son siège de fortune, il ne s'offrit pas cet honneur.
« Ta famille fait vraiment beaucoup d'impression... Ta maman est tellement jolie !
- Elle sait surtout mettre en valeur ce qu'elle a.
- Ils sont tellement généreux avec les autres, c'est eux qui paient pour l'apéritif ici c'est ça ?
- Mes parents se font passer pour les gentils, mais c'est qu'une image tout ça. Et les gens se sentent obligés de les saluer et de les complimenter... Ridicule.
- Mathieu n'a pas l'air d'aimer ce qu'il est entrain de faire... Mais il fait très bien semblant. »
Le Patron dévisagea Jeremy longuement si bien que celui-ci se mit à faire de grands gestes des mains.
« Je... Je voulais pas l'insulter ! C'était pas méchant je te promets, me frappe pas !
- Comment t'arrive à aussi bien nous lire ? Nous reconnaître, savoir quand on ment. Personne n'y arrive.
- Pour vous reconnaître, quand vous êtes seul c'est simple. Tu t'exprimes totalement différemment de lui. Quand vous êtes ensemble, je le sens juste. Je sais qui est Mathieu. L'autre ne peut être que toi. »
Un nouveau silence qui inquiéta le geek.
« Et vis versa bien sûr ! Je ne veux pas dire que tu es une copie de Mathieu hein ! Je sais qui est Mathieu, mais je sais aussi qui tu es !
- Tu ne devrais pas savoir qui nous sommes. Tu en as aucune idée.
- Désolé... »
Le Patron s'installa sur le cailloux de son benjamin, qui n'osait à nouveau plus lever les yeux du sol.
« T'as complètement raison. Mathieu déteste ça. Il n'aime pas l'hypocrisie. »
Après s'être souvenu de ce que ce mot signifiait, Jeremy s'étonna que le Patron le connaisse. Il n'osa pas faire la remarque.
« Mais nos parents veulent montrer à quel point leur descendance est assurée ! A quel point tout est parfait chez eux. Ils ne supportent pas les erreurs. »
Une aigreur roulait sur chaque syllabe de cette phrase.
« Je crois que tu tiendrais bien mieux ce rôle que Mathieu.
- Tu veux dire que je suis meilleur menteur ?
- Ne prends pas ça mal, mais je dirais plutôt manipulateur.»
Le Patron eut un rictus enchanté. Bien qu'il ne voyait pas ça comme un compliment, le plus jeune se félicita de l'avoir flatté.
« Pourquoi tu n'es pas communiant ? Je pensais que vous partagiez la même éducation religieuse avec Mathieu.
- Quand on avait six ans, un prêtre nous apprenait toute la religion. Il y a eu une altercation à ce que j'ai compris, le prêtre a dû partir. C'est flou dans ma tête. Toujours est-il que Mathieu a prit un an de retard sur les cours de religion que mon père lui force de faire, donc il passe sa communion en même temps que toi, et moi je n'ai pas à le faire. Je n'aime pas ça toutes façons. J'y crois pas. Mathieu doit le faire, c'est son devoir d'après les parents. Il n'y croit pas plus que moi. Mais il déteste moins.
- Du coup, tu n'as même pas à dire bonjour aux gens ?
- Ouai. »
Las de la conversation, le Patron sortit son téléphone et commença à jouer. Jeremy, curieux pour ce qui est du monde virtuel, s'infiltra derrière lui. Il commença à se tortiller nerveusement, quand après trois partie, le Patron s'énervait de perdre.
« Je peux essayer de te débloquer ?
- Toi ? Ne me fais pas rire !
- S'il te plait ? »
Il lut un trouble sur les lèvres de son camarade, mais s'en désintéressa quand il lui tendit le portable. Il s'en empara, et en deux temps, trois mouvements, le niveau suivant se débloqua. La musique victorieuse étonna le Patron.
« T'es un putain de geek en fait !
- Je joue à ce jeu sur mon ordinateur... Je l'ai fini il y a longtemps. Si tu aimes les jeux de course, j'en ai un tellement mieux ! J'arrête pas d'y jouer, il est vraiment super. Bon, j'ai pas le droit en vrai, il est déconseillé au moins de seize ans, murmurait-il aussi coupable que s'il parlait d'un homicide, mais c'est à cause des filles toutes nues.
- Comment tu l'as acheté ?
- Je l'ai téléchargé.
- Tu m'envoies le lien ce soir ? Par mail ?
- Oui bien sûr ! »
Comme les invités s'en étaient allés après un gracieux repas -vous savez, celui dont on sort de table encore affamé, car malgré les huit plats, les portions sont si minimes que notre estomac ne peut se satisfaire- dans la salle à manger majestueuse des Sommet, le Patron fut libéré de la table dont il était esclave toute la soirée. Mathieu se devait encore d'écouter leur parent parler sur son futur dans l'univers catholique. Il lui promit de l'attendre pour dormir, et s'éclipsa.
Il se déshabilla dans sa salle de bain, pliant avec adoration sa belle chemise noire, pour laquelle il éprouvait une intense fierté. Il alluma la douche et s'y engouffra. Ses yeux se fermèrent, laissant libre court à ses pensées vagabondes, pour la plupart frivole. Quand ce type d'idée germait dans son esprit, les premières fois, la honte le faisait serrer les jambes. Maintenant, habitué à ce rituel, il les écartant un peu plus pour placer ses deux mains sur son membre.
Il respirait lourdement, alors que des images passaient dans esprit à vive allure. Il s'imaginait des sons, qui le faisait frémir et s'endurcir. Un « S'il te plaît » plaintif lui revient en tête. Bien qu'il reconnut sans mal la voix de Jeremy, il évitant autant qu'il le pouvait de voir son corps. Des hentais de plus en plus déviant lui vinrent en tête, avec cette même supplication en fond. Dans un tremblement spasmodique, il sentit une vague de plaisir l'envahir.
Il rouvrit les yeux, et les dirigea vers son sexe encore rougit d'excitation. Une fois encore, un liquide blanc -qui n'était pas là lors de ses premiers essais- gisait sur ses doigts. Il coupa l'eau d'une main, approchant l'autre de ses lèvres. Il déglutit, avant de sortir lentement sa langue. Il voulait goûter. Savoir.
Quand il sortit de la salle d'eau, dans son pyjama, il n'avait plus qu'à s'effondrer sur leur lit. Quand il faisait ça, il n'avait pas de cauchemars. Son téléphone vibra sur sa table de chevet. Il tendit son bras pour l'attraper. Un mail, signé Jeremy. Considérant l'heure tardive, il lui excusa sans problème les fautes d'orthographe. Il se força à rester éveiller jusqu'à ce que son frère ne vienne se coller à son dos.
Bonsoir ! Merci à tous de suivre cette fiction, je vais tenter d'être un peu plus régulièrement, je le promets ! J'ai pleins pleins pleins d'idées ! J'espère vous reparler bientôt dans le prohainchapitre. N'hésitez pas à commenter, j'espère toujours vos avis avec impatience et curiosité !
Vu que j'aime bien parler pour ne rien dire également, je vais vous parler du bouquin que je suis entrain de lire actuellement. Il s'agit de "Raison et sentiments" de Jane Austen, auteur illustre de Orgueil Préjugés (entre tant d'autres oeuvres d'exceptions, mais toujours trop peu !
Si je devais qualifier le style de Miss Austen par mes mots, je dirais qu'elle avait, pour son époque, l'écriture la plus insolente que pouvait avoir une femme. En effet, quand au dix-neuvième siècle on attendait de la femme qu'elle lise quelques romans auxquels les hommes n'accordaient aucun crédit, et qu'elle se pomponne pour plaire à l'autre sexe, celle-ci utilisait l'arme qu'on ne connaissait pas aux femmes : l'ironie. Son intelligence et sa perspicacité lui permettaient l'écriture d'une parfaite satyre de sa société contemporaine, si bien tourné qu'on ne peut s'empêcher de sourire en lisant. Son émotion lui ouvrait quant-à lui la porte d'une écriture tout de même sensible.
Pour en revenir au livre lui même, il s'agit -sans vous gâcher quoi que ce soit- de deux sœurs, qui vivent l'amour et toutes les passions très différemment. L'une d'elle, foncièrement raisonnable, réfléchie et dompte ses émotions. L'autre ne jure que par sa sensibilité.
Ce contraste me plait tout particulièrement parce qu'un ami m'a soutenu -sans cesse, sans arrêt, bâillonnez le s'il vous plait - que les femmes sont êtres d'émotions, et les hommes de raison. Bien qu'il s'agisse dans le livre de deux personnages de sexes féminins, cela me paraît tout à fait en lien.
Voili voilou, si vous voulez que je vous parle d'autres livres que j'aime -et qui, bien évidemment, m'inspire pour mon style ou mes thématiques-, n'hésitez pas ! Je risque de le faire anyway ! /span/p
Tendresse Bigoudis Chauffants,
Maria
