En ouvrant les yeux ce dimanche matin, Mathieu ne sentit pas la chaleur fraternelle qui l'encerclait habituellement. Un frisson le poussa à rapatrier les draps vers lui. Ses bras se mouvaient avec lourdeur, presque douloureusement. Ils ne lui obéissaient qu'à moitié. Une quinte de toux le prit son corps se replia sur lui même. Ses paupières, résolument closes, proscrivaient toute tentative de réveil.


Il bougonna. Des voix lointaines l'extirpaient de son sommeil. Comme il reconnut celle de son frère, il se concentra pour écouter.

« C'est grave ? Il n'a rien de grave hein ?

- C'est une grippe, avec des médicaments et du repos il va s'en sortir.

- Je peux aller le voir ? Je veux le rejoindre, il a besoin de moi !

- Pour que tu tombes aussi malade ? Ton frère a besoin de calme, et toi de ne pas trop l'approcher.

- Mais mère, s'il se réveille pour de bon et que je ne suis pas là...

- Tu lui feras un chocolat et lui fera prendre ses cachets dès qu'on rentrera. Prépare toi pour la messe maintenant.

- La messe, alors que Mathieu est dans cet état?!

- Justement, aujourd'hui c'est toi Mathieu. Il doit lire un texte en tant que servant de messe. Ne gâche pas tout s'il te plait.

- Mais mère, qui le surveille ?

- J'ai appelé un infirmier à domicile, il ne devrait pas tarder. »

Des bruits de talons sur le sol. Une pause.

« Je compte sur toi pour te comporter aussi bien que ton frère. Pour être ton frère. »

Les talons s'éloignaient à nouveau. Plus un bruit, il put rejoindre les bras de Morphée.


« Mathieu ? Réveille toi... »

Quelques gémissements, et son frère ouvrait les yeux. Il l'aida à se redresser.

« Je vais ouvrir la fenêtre quelques instants, pour que l'air circule. »

Il s'écarta pour ouvrir rideaux et fenêtres, avant d'aller couvrir un peu plus son aîné.

« Je t'ai préparé un peu à boire et à manger, que tu prennes des forces. Tu dois prendre ce cachet aussi. »

Il s'assit près de lui et commença à le nourrir.

« J'étais à l'église à ta place, je me suis tenu à carreaux. Mère était contente, père m'a même félicité.

- Désolé...

- Pas de problème. Demain j'irais à l'école, ils m'ont interdit de rester avec toi... L'infirmier te surveillera de nouveau.

- Je ne l'ai pas remarqué...

- Il a dit que tu as dormi tout du long. »

Une quinte de toux prit Mathieu, son frère le pencha en avant pour l'aider à reprendre son souffle.

« Je veux dormir Patron...

- Dors, je m'occupe de tout, lui murmura son frère en caressant ses cheveux. »

En quelques instants, Mathieu sombra dans l'inconscient, sa tête reposant sur la cuisse du Patron. Cette situation, qui quelques jours auparavant l'aurait mis dans un embarras certain, se contenta de l'attendrir. En effet, ses désirs sexuels voguaient en ce moment sur une toute autre mer : celle de l'hétérosexualité. Il voulait embrasser une fille, pour comparer. Voir comment c'était en bas aussi. Voir comment on lui donnait du plaisir.

Il contempla son frère dormir de nombreuses minutes, s'assurant de la stabilité de sa respiration, de la sérénité de ses traits, avant de le laisser pour rejoindre le salon. Le soir même, leur parents donnaient une réunion restreinte à quelques amis, et on le força à jouer de la musique. Il attrapa son saxophone qui siégeait à côté du violon de Mathieu et de leur guitare acoustique commune, et se dirigea vers la salle de musique.

Il posa précautionneusement son instrument avant de s'installer devant le piano à queue à côté de la fenêtre. Celui-ci, plutôt moderne, déjà splendide ne pouvait cependant se comparer à son homonyme datant du dix-huitième qui trônait dans une des salles de divertissement de invités.

Le Patron en caressa les touches avec douceur. Il appréciait particulièrement le saxophone, mais le piano restait de ces préférés. Ses géniteurs n'appréciaient vraiment leur dernier né qu'alors qu'il démontrait de son talent à l'art de la musique. Bien leur aîné appréciait jouer, et ne s'en sortait pas plus mal qu'un autre, la passion du Patron dans ses instants lui donnaient une prestance inégalée, peu importe l'instrument concerné.

Pour cette seule occasion, le Patron acceptait sans trop de discorde de faire la fierté de ses parents, passant pour l'enfant parfait, jeune mélomane de génie. Il ne se privait pas cependant pour déjà se faire payer ses services, arguant que tout travail mérite salaire, et que tout s'achète dans le monde dans lequel il évolue. Ses parents lui versaient donc une misère, et secrètement, son père appréciait ce côté là chez son fils. Ce dernier, dès qu'il recevait quelque chose en échange, pouvait s'avérer être le plus docile des enfants, et le plus intéressant des hôtes. Et puis, ça lui donnait une opportunité de porter le costume noir qu'il chérissait.


Durant le repas, il se conduisit plus que correctement avec Madame de Rousseley et son compagnon Monsieur del Marco. Discutant avec la première des nouvelles coutures de charme, argumentant avec la second sur sa passion du motocycle, il les fit tour à tour rire et s'intéresser, sous l'œil approbateur de ses parents. Sa mère l'aidait parfois sur les noms de quelques vêtements, son père sur le fonctionnement d'un moteur, mais ses quelques manquements attendrirent les invités.

Juste avant qu'il ne commença à jouer, un pas fébrile descendit les marches des escaliers. Il s'empressa d'amener son frère à table, le plus loin possible de Monsieur et Madame, lui fit apporter ses médicaments et sa nourriture, et le couvrit de sa veste noire.

« Je voulais t'entendre jouer, dit faiblement son aîné. J'aime toujours quand tu joues... »

Un peu inquiet de la réaction de ses parents devant la venue fortuite du malade, il se détendit en entendant le couple de convives.

« Quels enfants délicieux.

- Ils prennent soin l'un de l'autre avec un tel amour.

- Vous avez vraiment de la chance, j'espère que ma future descendance aura aussi bon cœur.

- Tout en ayant autant de discussion et de réflexion !

- Et de si beaux visages, regardez les comme ils sont mignons.

- Pourtant déjà si charismatique, ils ont la grâce de la mère et la présence du père, croyez moi ! »

Leur parents, derrière des rires discrets, se complaisaient devant tant de compliments.

« Mon cher, aurais-tu l'obligeance ? »

Malgré quelques erreurs de plus en plus rares, sa mère et son père ne prononçaient plus non plus son prénom, craignant une réaction qui porterait tâche à leur nom.

« Bien sûr mère. »

Il se lava les mains avant de se saisir de son saxophone. Un blues prenant mais calme faisait régner une atmosphère de détente et de convivialité. Quand il fut à bout de souffle, gardant toute sa constance, il se pencha à avant. Il reçut quelques applaudissements, avant de rejoindre le piano.

Il en caressa tendrement les touches, alors qu'il observait les partissions devant lui. La première note jouée, il ferma les yeux. La mélodie le portait, ses doigts s'agitaient seuls dans une course symphonique. Son dos droit, son visage serein mais concentré, la perfection de son doigté émerveilla non seulement les invités, mais Mme et Mr Sommet eux mêmes durent une fois de plus, accepter le génie de leur enfant.

Quand il rouvrit les yeux, après avoir pressé la touche finale, il découvrit Madame de Rousseley effacer ses larmes dans son mouchoir, son amant applaudissant très fort. Sa mère le félicita, son père lui offrit un hochement de tête approbateur. Mathieu, presque assoupi, lui souriait. Il s'approcha des adultes.

« Puis-je Père, me retirer pour dormir ? Je dois aller au collège demain.

- Soit, si nos amis n'ont plus rien à te dire bien sûr.

- Juste que nous serions honoré de l'avoir comme pianiste à notre mariage à l'église, s'écria la femme. »

Le Patron se tendit de suite, ses parents cachèrent une moue inquiè se leva.

« Quand je serais guéri, nous vous proposerons de nous écouter jouer en duo au piano. Mon frère n'est pas à l'aise à être centre d'une grande attention, il est humble de son talent. Ma présence le réconfortera.

- Ce serait tout à fait ravissant, affirma la mère.

- Vous nous reviendrez sous peu j'espère, écouter les jumeaux ensemble, insista le père.

- Nous ne pouvons que consentir, comment refuser une telle offre, s'exclama Monsieur del Marco.

- D'ailleurs, si vous avez une mélodie que vous aimeriez nous entendre jouer, faites le nous savoir, renchérit le Patron.

- Ne sont-ils pas exquis, se réjouissait Madame. »

Sur ceux, les frères prirent congés.

« Tu ne devrais pas dormir avec moi Patron.

- Si on dort pas l'un contre l'autre, je chopperai rien.

- Patron... ?

- Oui ? »

Leur deux voix trahissaient leur somnolence.

« Tu es le meilleur pianiste. »

Le plus jeune s'endormit, un sourire euphorique aux lèvres.


Déjà près à partir en cours, le Patron gravit une dernière fois les escaliers. Il pénétra dans la chambre de son frère, pour lui souhaiter encore un bon rétablissement. Celui-ci, à demi conscient, ne l'écoutait que par fragments.

« Tu dors beaucoup. Si tu as besoin, l'infirmier est là. Sinon tu appelles l'école, je viens de suite. Bois et mange bien. Prends tes médicaments. Rétablis toi.

- Tu vas être en retard...

- Dors j'ai dit ! S'écria le Patron avant de s'éclipser. »

Comme il le pensait, l'école sans Mathieu l'ennuyait terriblement. Il eut le temps de copier les cours en deux exemplaires lors des premières heures, et maudit le moment de la récréation. Un moment, il pensa aller vers Jérémy, mais celui-ci l'esquivait depuis leur dernière farce. Las de sa solitude morne, il se baladait dans la cour.

Il n'avait pas d'amis, et ne cherchait pas à s'en faire. Ses pas le menaient d'un bout à l'autre du macadam encerclé de grilles. Ses songes se retrouvaient alors sur ses dernières envies. Il passait son regard vers les filles autour de lui. Celles de son âge étaient plates et androgynes, celles qui pouvaient l'attirer ne lui accorderaient pas un regard.

« T'as entendu parler de Manon?

- Laquelle ?

- Celles des toilettes. Il paraît que pour de l'argent, tu peux l'embrasser. »

Les pas du Patron se stoppèrent derrière les deux pré-adolescents.

« Les toilettes extérieures ?

- Ouai, ceux tellement crades que personne y va.

- Mais... ! »

Il n'en fallut pas plus pour attiser la curiosité du benjamin Sommet. Il tourna son regard vers les toilettes concernées. Il prit direction vers l'habitacle. Il n'avait pas parcouru la moitié du chemin que la sonnerie résonnait. Ce n'était que partie remise.


Il quitta la classe aussi tôt que possible. Il s'installa dans un coin de la cour, contre les grilles, pour observer les allers et venus près de ces mystérieux WC. Quelques minutes passèrent, quand une collégienne y entra. De loin, il n'avait pu voir précisément ses courbures. Il en apprécia cependant les formes qui semblaient plus prononcées que les habituelles.

Il attendit que la majorité des élèves ne fut aller au self pour se glisser dans ces toilettes. Une odeur assez forte s'en dégageait.

« Ce n'est pas pour les gamins ici, entendit-il.

- Ca tombe bien. Je ne suis pas un gamin. »

Il ouvrit la dernière porte des cabinets d'où venait sa voix.

« C'est combien pour t'embrasser ? »

La jeune femme releva la tête de sa poitrine pléthorique.

« Dix euros.

- Et si je veux faire plus ? »

Elle leva les yeux au ciel.

« Dégage morveux, tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Le Patron la plaqua contre le mur, écartant ses jambes pour laisser la place à la cuvette. Il était un peu plus petit qu'elle, ça ne le dérangea pas pour l'embrasser. Elle arrêta de résister en sentant un billet entrer entre ses doigts. Profitant de son inattention, il glissa sa main entre sous sa jupe. Dégageant sa culotte sur le côté, il explora les différentes parties de son appareil génital. Il se donnait à cœur joie de tester les techniques que ses pornos lui avaient montré. Elle gémissait et tremblait doucement contre lui. Il attendit que ses ongles ne se crispent sur ses bras pour la lâcher.

« Tu peux pas t'arrêter maintenant...

- Oh si. Quinze euros, parce que c'est la première fois. A partir de de maintenant quand tu me fais du bien, je te paie, quand je te fais du bien, tu profites juste. Donnant donnant. C'est bon pour toi.

- Qu'est-ce que tu racontes...

- Je suis sérieux. Et toi, à quel point tu l'es ? »

Il porta ses doigts souillés à ses lèvres pour les lécher avant de la laisser ainsi. Il avait faim.


Voilà pour ce chapitre ! Aujourd'hui, je ne vous parlerai pas de littérature, car un de mes projets qui sortira sans doute cette nuit vous en parlera, mais d'un auteur de musique ! Ces textes me touchent sincèrement, et il s'applique vraiment à les embellir. A mon sens, c'est un des meilleurs écrivains de rap français. Ne vous enfuyez pas en lisant rap, je vous rappelle que Mathieu nous en a déjà chanté :P

"Elle chasse la brume" est une de mes deux chansons de lui préférées. C'est avec celle-ci que je l'ai connu. Si le rythme m'emporte, les paroles me font pleurer. Il s'agit d'une détresse amoureuse pour cause de pression sociale, splendide et malheureusement réaliste. Si j'aimais les fictions tristes, j'en écrirais une en l'adaptant de cette chanson, mais je crois que d'une part ce serait un Matoine, d'autre part, je pleurerais de tout mon être.

"Ma parole". C'est la chanson que j'écoute en ce moment. Bon, les premières secondes ne servent à rien, et Links se plairait à dire que si tu n'as rien à dire, tu ne dis rien. Elles introduisent cependant l'instrumentale, qui est magnifique. Le texte : parfait. Une réalité sur la vie, en général, qui se veut parfois pleine d'amour, de critique, de conseil, qui s'adresse tous. Qui relativise sur l'actualité. Pas d'insulte, pas de véhémence inutile. Des remerciements à ceux dont on ne parle pas assez. Un discours d'espoir de paix, de vie commune. Un appelle à la connaissance, à l'appréciation de ce qu'on a. Je me suis rarement sentie aussi proche d'un texte (si ce n'est ceux de Keny Arkana, mais passons).

L'auteur : Eska. Anecdote qui révèle beaucoup sur l'homme : j'ai partagé "Ma Parole" sur mon mur FB, rien d'incroyable. On partage tous des chansons. Jamais un auteur ne m'a demandé en avis et commenter mon poste pour me remercier du soutien. Je respecte sincèrement ce genre de comportement. Ca détruit les barrières, pas de voile invisible entre auteur et spectateur, c'est splendide. Il est ma représentation de ce que devrait être l'art.

"Je donne la parole à ces acteurs du quotidien, ces bénévoles et militants présents quand l'homme ne vaut plus rien, ces gens qui aspirent comme une éponge toute la misère de nos trottoirs mais jamais ne songe à la chanter pour se faire voir"