Les canines de Mathieu maltraitaient sa lèvre inférieure, qui gonflait sous le traitement. Il fixait l'écran face à lui. L'historique lui proposait différents liens. Ceux sur lesquels son frère se rendait le plus fréquemment. Le curseur posé sur l'un d'eux, son doigt restait cependant en suspension.
Son frère se conduisait étrangement depuis quelques mois. Peut-être même se montrait-il plus distant. Que signifiaient ces gémissements devenus habituels, que Mathieu entendait en passant près de la salle de bain lorsque le Patron s'y trouvait ? Pourquoi augmentait-il autant son temps passé sur le web ? Pourquoi quittait-il ses onglets à peine Mathieu le rejoignait ? Que cachait-il d'assez déroutant pour ne pas en parler à son jumeau ?
Mathieu profita donc de son dernier jour de vacances forcées pour visiter le compte du Patron, et assouvir sa curiosité. Il n'avait jamais eu de scrupule à espionner ses parents, ou leurs amis, pour savoir comment se comporter avec eux. Il s'élaborait un véritable talent dans l'art du renseignement, guettant chaque informations, le corrélant, tel un James Bond en culotte courte.
Son indiscrétion, pour la première fois, bloquait ses investigations. Il ne s'agissait pas là d'un quelconque étranger, mais bien de son frère. L'unique personne pour qui il éprouvait un intérêt sincère, le seul dont l'avis comptait pour lui.
Il soupira, prit une grand inspiration, et clique sur le bouton droit de sa souris.
« Aaaenh ! »
Il baissa de suite le volume, manquant de tomber de son siège sous la surprise. La vidéo se poursuivait, montrant une femme pléthorique, se triturant les seins, tout en descendant son bassin sur un objet long et épais. Mathieu glissa son regard vers la description. « Bonnasse russe s'enfile un gode énorme ! ».
Il ferma la page, et en ouvrit une autre. Puis une autre. « Soleil et Sodomie », « Karen découvre la pluralité sexuelle », « Soumission dans les vestiaires » et autres originalités. Des femmes seules, des hommes seuls, des femmes et des hommes, des hommes et des hommes, des femmes et des hommes, un cortège de corps nus se mélangeant les uns les autres chaotiquement.
S'il ressentait quelque chose qui pouvait s'approcher de l'excitation, son esprit s'éveillait plutôt à une curiosité amusée, malsaine, certes, mais poussée par une inclinaison pour l'insolite plus que pour le sexe. Il passa chacune des vidéos regarder par le Patron, des animés, des porno amateurs, plus expérimentés, dans divers endroits, diverses positions.
Quand il sentit le besoin de synthétiser ses découvertes, il vida l'historique, avant de rejoindre sa chambre. Il prit son violon, et commença à jouer. Les notes se détachaient sans qu'elles n'attachent ses pensées, s'envolant vers son jumeau.
Il s'enivrait de pornographie, en regarder à satiété, pour se masturber ensuite. L'aîné Sommet enquêta en rétrospection sur les causes possibles de ce qu'il songeait être une addiction. Ses dernières années, leur parents se voulaient particulièrement dur avec lui. Cherchait-il le moyen de se détendre de leur pression ? Ils montraient sans ambages leur préférence commune pour Mathieu. Canalisait-il un ressenti ?
Depuis que son comportement eut changé, le Patron semblait moins cauchemarder. Le plaisir procuré éloignait-il ses chimères les plus profondes ? Ces mêmes chimères qui possédaient inexorablement une influence sur son état ?
Ses baisers alors ? Leur baisers partagés, avaient-ils une vocation charnelle ? Pouvait-il être centre d'attraction pour son frère ? Cela expliquerait sa gêne quant au fait de lui en parler.
La porte d'entrée s'ouvrit, Mathieu posa son instrument. Il rejoignit son frère qui, dès son retour de l'école, avait pour habitude de boire un verre de jus.
« Bonjour, lui sourit-il avec douceur.
- Math' ! Tu devrais dormir... Avec ta maladie !
- Ca va mieux, je n'ai plus de fièvre, ni de céphalée. Je retourne en cours demain.
- Sûr ?
- Oui. Tu peux me montrer ce que vous avez fait ? Ou tu préfères d'abord te détendre un peu ?
- Je vais me doucher, on mange et on fait ça ensuite ?
- D'accord !
- Au fait, les vieux... ?
- Partis pour quatre jours, c'est Edward qui doit s'occuper de nous. »
Leur majordome, baby-sitter à ses heures, passait son temps à s'occuper du jardin immense, à sortir les chiens, à entretenir la maison. Ils ne se préoccupaient guère des enfants, qui en retour, ne lui causait aucun problème.
« Prends ta douche, je fais une pizza !
- Tu veux la cuisiner ?
- Y a des surgelés. »
Le Patron se moqua gentiment.
« Je comprends mieux ! »
Il caressa les cheveux de son frère, lui embrassa le crâne, et s'éclipsa. Mathieu, allumant le four, repensa à ses dernières découvertes. Il sourit, seul devant l'électroménager. Peu importait au fond, ce que son frère faisait, ce que son frère était. Seule comptait leur union.
« La société chinoise à l'époque de la dynaste des Han était hiérarchisée, d'abord les fonctionnaires, puis les artisans, les marchands et les paysans. L'empereur encadrait la société, il recrutait ses décisionnaires , les mandarins, sur concours. Le pays se divisaient en commanderies, des régions, administrées par des gouverneurs et commandées par l'armée. L'état avait mis en place une écriture et monnaie unique, acheva de réciter le Patron, tendit que Mathieu écrivait.
- C'est bon pour l'histoire, il nous reste... Les maths ?
- C'est ça, les solides et les dessiner un parallélépipède rectangle en perspective et le patron correspondant. »
Mathieu hocha la tête, prit son crayon et entreprit de dessiner, après quelques instants, il se redressa pour montrer son œuvre à son frère, un sourire plaisantin tirant ses lèvres.
« J'ai dessiné le Patron, je l'ai appelé : « autoportrait, enfin presque ». »
La muse rit de bon cœur en voyant une version chibi de lui, dans sa chemise préférée.
« Pas mal !»
L'aîné se concentra sur son travail, sans pitrerie cette fois. Alors qu'il dessinait sa boite, il dit :
« Merci Patron. Pour les cours. Et pour le reste.
- Le reste ? s'étonna le concerné.
- Tu t'occupes de moi, que j'aille bien ou que je sois malade.
- Tu le fais également.
- De mon mieux, oui. Mais parfois, j'ai l'impression que mon mieux n'est pas à la hauteur du tien.»
Le Patron posa sa main sur celle tenant le crayon, pour qu'il arrête et qu'il le regarde.
« De quoi tu parles ?
- Dernièrement, j'ai vu que tu évolues. Je ne sais pas vers quoi, je ne sais pas en quoi, je m'en fiche. J'espère juste ne pas être un poids, peu importe ce que se passe dans ta tête. »
Le benjamin, surprit d'une telle déclaration, rougit légèrement devant l'inquiétude de son fraternel.
« Tu me tires vers le haut Math', je veux toujours devenir meilleur pour toi. T'es pas un boulet, t'es mes ailes.
- Sûr ? »
Mathieu lui lança un regard sans assurance, priant pour du réconfort. Son jumeau lui prit la main, et la déposa sur sa poitrine.
« Tu sens mon cœur qui bat ?
- Oui, répondit Mathieu qui ne voyait pas où il voulait en venir.
- Chaque battement existe parce que tu es là. Sans toi, ça s'arrêterait juste. »
Mathieu retourna en cours le lendemain et réalisa sa chance de ne pas y avoir été quelques temps. Il entrait à nouveau dans cette bulle immobile d'apprentissage. Il soupira lorsque la professeure répéta le même cours que celui qu'il apprit la veille avec son frère. Ouvrant son livre quelques pages plus loin, il entreprit de s'avancer sur le programma. Après tout, la fonctionnaire ne le terminerait pas.
Il s'intéressait réellement aux technologies à l'époque de l'ancienne Chine. Prit dans sa littérature, il ne réalisa pas qu'on l'interpellait. Un coup de coude le fit relever les yeux vers Mme Illbrut.
« Mr Sommet, je vous ennuie peut-être ?
- Je n'oserai vous faire une telle offense madame. »
Son frère, dont le sourire en coin naissait discrètement, lui lança un coup d'œil entendu.
« Alors pourquoi ne vous intéressez vous pas à ce que je dis ?
- Au contraire, votre cours m'intéresse au plus au point. Je me fonds tant dans cette culture, que je poursuis déjà le chapitre.
- Si je peux me permettre, vous nous donnez une telle soif d'apprendre, comment résistez, c'est là la théorie émise par mon frère. Cependant, je ne peux pas entièrement acquiescer.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu ne trouves pas son cours passionnant ? Sa pédagogie, ses connaissances, tout s'adapte à un apprentissage idéal.
- Justement, en préférant apprendre par toi même, tu relaies son talent à secondaire. Pourtant, en plus de ses connaissances, son charme devrait suffire à te convaincre de poursuivre la fil de a voix.
- Tu as raison en soi, peut-être me suis-je trop emporté dans mon envie de savoir, et je gâche ma chance d'admirer pareil dévotion à une vocation. Je ne mérite pas l'honneur d'être ainsi posé, à être devant une enseignante à qui je manque aussi éperdument de respect. »
Un nouveau regard, avant de le reposer sur la professeur, qui semblait soudain perdue.
« Madame ?
- Je... Je vais poursuivre. »
Quand vint le moment de la récréation, le Patron s'isola pour aller aux toilettes, déclinant la proposition de son frère de l'accompagner à son grand étonnement. Ce dernier prit une feuille et écrivit quelques lignes de ce qui lui passait en tête, quelque peu d'humour sur les vidéos qu'il vit la veille.
« Mathieu ? »
Il releva les yeux pour croiser un bleu plus clair que le sien.
« Jeremy ?
- Je … Je voulais savoir comment ça allait... Tu n'étais pas là... »
Le garçonnet tremblotait, triturant ses doigts nerveusement. Juste sous sa manche, on pouvait deviner un hématome.
« Je vais bien. T'as de nouveau eu des personnes qui sont venus te frapper ?
- C'est rien je... Je me suis cogné...
- T'es sûr ? Ca a presque la forme d'une poigne ta blessure. »
Mathieu voyait très bien que l'origine du mal était humaine, mais s'amusait à le voir se dandiner en protégeant ses oppresseurs. Il appréciait de la voir souffrant, pas autant que son frère. Il ne niait pas que les geignements de victime apportaient du caractère à son visage, dont l'ingénuité pouvait énervé.
« Je... Je voulais t'offrir ça pour t'occuper quand tu étais pas en cours, mais le Patron a refusé que je te fasse un cadeau... »
Il lui tendit un boîtier de jeu vidéo. Mathieu le prit, curieux.
« C'est un jeu PC, vu que je savais pas quelle console vous avez...
- Aucune. Nos parents définissent que ce n'est pas suffisamment noble.
- Je pense que ça va te plaire, c'est un de mes préférés. Je l'ai en double.
- Ah. Je jouerai alors.
- Tu … Tu peux ne pas le montrer au Patron... Il va me... Enfin, il va pas être content si je te l'offre »
Le plus âgé haussa les épaules et le mit dans son sac. Il le dirait de toutes façons à son frère, mais plus tard.
« Merci, dit-il au geek en lui souriant sincèrement.
- Je... Je t'en prie !»
Le geek s'inclina compulsivement, attisant les rires de sa classe, et retourna s'asseoir.
Alors que son jumeau jouait à son nouveau jeu, le Patron fit irruption dans la pièce. Il observa l'écran quelques instants.
« C'est quoi ?
- Mass Effect, le cadeau que le geek voulait m'offrir.
- Quoi il te l'a filé quand même ? Putain je lui avais dit de pas le faire ! Cet idiot va croire que t'es son ami maintenant.
- En tout cas, j'adore y jouer. Vraiment. Tu veux essayer ?
- Non ça ira. »
Le Patron commença à faire les cents pas dans la salle. Mathieu, comprenant son désir, enregistra avant de le rejoindre au centre de la pièce.
Il lui fit face, et l'embrassa brièvement. Après l'avoir regardé cligner des yeux avec surprise, il enchaîna par un baiser plus long. Il sentit les mains du Patron glisser sur ses hanches, tandis que leur buste se rencontrait.
Quand Mathieu se dégagea, il détailla son frère, examinant chacune de ses réactions à cet échange. Satisfait de sa petite expérience, il lui fit un clin d'œil en sortant de la pièce, fermant la porte sur ses pas. Il la rouvrit quelques instants ensuite, et conseilla :
« N'oublie pas d'effacer ton historique ! »
Il vit le Patron rougir, lui fit un sourire blagueur, et repartit aussi vite.
Bonsoir !
Merci de me suivre dans cette aventure, vous commentez, vous lisez, c'est formidable !
Dingue, j'ai cherché ce que les sixièmes apprenaient en ce moment, le Chine quoi ! C'est trop classe ! J'ai pas eu ça moi ! :O
En topo, je vais vous présenter un livre d'Oscar Wilde que j'ai apprécié lire il y a quelques années : Teleny. C'est très gay, ça va vous plaire jeunes yaoistes.
L'auteur, vivant dans l'époque victorienne, c'est à dire seconde moitié du dix-neuvième à début du vingtième siècle, fut à la foi poète, écrivain de théàtre, et romancier. Comment ne pas citer Le Portrait de Dorian gray ! Wilde épousa une femme, mais, emprisonné parce qu'une pouffiasse l'avait dit sodomite, se retrouve en prison. En sortant de là, il commence une vie de débauche, fréquentant des jeunes hommes prostitués, empruntant de l'argent, et finit par mourir à quarante-six ans. Une vie brève mais intense !
L'histoire se situe à l'époque contemporaine à l'auteur. Un aristocrate tombe sous le charme d'un pianiste. Comment l'avouer, compte tenu de la société dans laquelle les protagonistes évolue? Comment résister, compte tenu de leur coup de foudre réciproque?
Cette arrivée de sentiments bien trop rapide à mon goût est d'ailleurs mon seul point négatif sur ce livre.
C'est une oeuvre à caractère érotique, dans laquelle les description du plaisir son absolument sublime. Je pense que ce genre de livre peut aider certaines d'entre vous encore jeune, qui n'ont pas une grande expérience de vie là dessus, à écrire des lemons. Sans compter que niveau originalité, on est dans un niveau assez élevé pour l'époque ! Vous détesterez cependant potentiellement les pruneaux ensuite.
Le texte est à la première personne du singulier. En général je n'apprécie pas cette forme narrative, difficile à contrôler quand on est pas à des années d'entrainement. En effet, dès que le héro devient trop Mary Sue, le lecteur n'a plus de surprise, plus d'intérêt réel. Les descriptions dans ce type narratif sont souvent à côté de la plaque, je vois mal Mathieu penser : "Je n'abhorre pas ce paysage. Seulement, le désert me semble odieux, et déverse dans mon être son aride sécheresse" tout simplement parce que dans notre génération, plus personne ne pense ainsi sans visé littéraire. Passons, le texte est génial, la maitrise est splendide, tout ça.
Pour augmenter votre culture voluptueuse, je vous proposerai aussi de lire la trilogie : "La soumise" de Tara Sue Me, qui, bien que hétéro, est plutôt agréable à lire, simple, efficace, et constitue déjà un panel de position et ressenti intéressants. Ces derniers y sont, comme dans beaucoup de revus érotiques, exagérés,mais tout de même.
"Les senteurs de cette atmosphère surchauffée, le murmure des soupirs, les cris de plaisir, le bruit des baisers témoignannt des insatiables désirs d'une luxurieuse jeunesse m'enflammaient le cerveau : mon sang brûlait à la vue de ces attitudes lascives étalant d'affolantes priapées*, des raffinements de ce que le paroxysme de la débauche peut seul inventer, suivis de complets abattements, d'un relâchement de tous les membres, d'un anéantissement physique et cérébral des acteurs de ces scènes dont les cuisses nues étaient sillonnées de gouttes de sperme et de sang." Teleny, Oscar Wilde
