Quand il se réveillait la nuit, en ce début de quatrième, le Patron savait qu'il ne s'agissait pas de cauchemars. Un tout autre douleur, beaucoup plus localisée le prenait. Plus d'un an sans masturbation. Plus d'un an qu'il surprenait Mathieu le faire, et rêvait de le rejoindre. Plus d'un an à se retenir quand ils dormaient ensemble.
Il arrivait que, avant de se réveiller, Mathieu connaissait le même état. Il en devenait très affectueux. Trop. Quand il arrivait en cours le matin, le Patron se félicitait de ne pas avoir céder à sa tentation croissante.
Cette année dans sa classe se trouvait à nouveau leur ami Jérémy, qui n'aidait pas toujours non plus. La dernière fois, ils jouaient chez lui, tard, et cet idiot c'est endormi sur la cuisse, durant un duel entre jumeaux. Sa tête montait parfois se frotter plus haut, sans doute à la recherche de réconfort.
Mais le Patron s'en sortait. Sans sexe. Se contenir était parfois difficile. Il pensait déjà à se scarifier pour supprimer le désir, mais les marques l'éloigneraient physiquement de son frère. Sans compter qu'il serait encore capable d'aimer ça.
Lors de ses moments d'excitations, il se lançait dans une lecture en mandarin – qu'il commençait tout juste d'apprendre – ou dans une série de pompes. Mais ces solutions, il le savait, ne tiendrait plus longtemps. La preuve se fit bien vite.
« Putain... J'en peux plus...
- Pourquoi tu ne vas pas aux toilettes extérieures ? »
Le Patron lança un regard désespéré à la pluie d'octobre qui tombait dans la cour. Sa vessie le pressait sensiblement.
« Ca saoule...
- T'as pas trop le choix... »
Il partit en courant de la longue fil d'attente avant les WC intérieurs, se faufila entre tous les élèves rassemblés dans le hall du bâtiment, et traversa la pluie, pour se retrouver aux toilettes extérieures. Il soupira d'aise en sortant son sexe pour uriner. L'odeur nauséabonde ne le gênait pas.
« Bonjour... »
La voix suave dans son dos coupa le fil de son urine. Une main douce vint prendre la place des siennes pour tenir son membre.
« Tu peux te lâcher tu sais...
- Merde... Maugréa-t-il alors que ses mois d'abstinence se faisaient sentir.
- Cette voix, cette bite... T'es de retour... ? »
Un coup de langue dans son cou certifia ce qu'il craignait.
« Manon... Toujours là putain ?
- Tu te souviens de mon prénom. Je prends ça comme un compliment. »
Ses mains s'activèrent à faire durcir son entre-jambe.
« T'es pas sensé être au lycée ?
- J'ai redoublé. »
Il se retourna vers elle. Ils faisaient maintenant la même taille.
« Ce que je te faisais faire, c'était avant. »
Il murmurait, car son souffle ne lui permettait pas plus.
« J'ai besoin de toi... De tes doigts. »
Il entendit un « de ta tune » sous-entendu, mais n'arriva pas à répliquer. Ses jambes tremblaient d'excitation. Ca faisait trop longtemps. Un an et demi sans jouir. Elle s'agenouilla devant lui.
« Fais pas ça... Arrête putain...
T'as l'air près à exploser. Pourquoi tu ne viens plus ? »
Elle souffla sur son gland, il en gémit.
« Faut plus que je... Non... Mets pas ta... Putain... »
Quand elle posa sa langue sur son sexe brûlant, il lui appuya à l'arrière du crâne pour qu'elle le prenne entièrement en bouche.
« Fuck... Putain ! »
Il éjacula en un temps record dans sa bouche, les yeux au ciel. Quand il les redescendit, et qu'il la vit, il se retira de suite.
« Merde merde... J'étais plus sensé faire ça... »
Tout c'était passé trop vite. Il en avait trop envie. Il le savait, rien qu'en acceptant d'aller dans ce chiotte.
« Vingt-cinq.
- T'approches plus de moi, cria-t-il en lui envoyant deux billets de vingt au visage. »
Il se rhabilla et courut sous la pluie rejoindre son frère.
« Ca va ? T'es tout pâle d'un coup, s'inquiéta celui-ci.
- C'est rien, ça caille dehors.
- On a plutôt chaud d'habitude, quand on vide autre chose que sa vessie, s'amusa un collégien qui avait vu le parcours du Patron. »
Si le Patron s'efforça de l'ignorer, Mathieu se tourna en direction de l'élève. Il détailla ses courts cheveux châtains clairs, couvrant un visage rendu mesquin par sa mâchoire carrée en harmonie avec ses épaules couvertes par une chemise bleue. Son pantalon marron moulait des jambes déjà musclées. Sa montre en or, assortie à sa droite avec une chevalière le désignait comme un héritier de fortune, comme eux. Autour de lui, un groupe de ce que Mathieu nommait « larbins » soutenait leur « maître » en riant.
« Ne devrait-on pas toujours tenir sa langue sur un sujet qui ne nous est pas connu ? Rétorqua-t-il. »
Son ton se voulait sarcastique, avant de devenir plus insolent et ferme.
« Ce ne sont que des rumeurs par rapport à cette soi-disant catin. Et visiblement, les enfants que vous êtes ont trop peur d'un ragot pour aller dans un toilette. »
Bien qu'il les traita d'enfant, Mathieu pensait le jeune riche plus âgé que lui.
« Et puis, si cette mascarade s'avère vraie, peut-être devriez y faire un tour pour espérer perdre un jour votre pucelage. »
Il lui offrit un regard hautain, avant de rejoindre son benjamin, qui passa son bras dans son dos, amusé par sa repartie.
« Pourquoi t'as pas répliqué Bruno, demanda un larbin métissé, à la jolie peau café au lait. »
Pour toutes réponses, le châtain sourit en coin.
« T'es sûr de ne pas être malade, se languit Mathieu en voyant son frère allongé sur leur lit, blême.
- Je ne te laisserais pas dormir avec moi si j'étais malade, argua le Patron. »
L'argument ne convainquit pas entièrement son frère. Le Patron déchiffra sa moue mi-figue mi-raisin alors qu'il fermait le rideau. L'opacité de ceux-ci permettait de limiter la lumière, mais en rien de la réduire à néant. En quelques instants les yeux du Patron s'habituèrent.
« Y a vraiment une nana dans ces toilettes, demanda soudain Mathieu en approchant du lit.
- Oui, avoua le Patron. Et c'est une prostituée, vraiment.
- Dingue ça. »
Le benjamin s'attendait à ce que son frère l'interroge sur leur relation, l'aîné n'en fit rien. Il se contenta de se déshabiller, en évidence à côté du lit, et de le rejoindre.
« T'as repris des couleurs, murmura Mathieu, allongé face à lui.
- T'y es pour quelque chose, répondit le Patron.
- Je sais. »
L'aîné rampa jusqu'à bras de son jumeau, où il s'installa confortablement. Sa main se balada de son biceps à ses pectoraux. Il sentit un frisson sous son toucher, et s'en félicita.
« Tu prends du muscle.
- Assez peu pour que ça ne se voit pas quand je suis habillé.
- Qu'on puisse rester pareil. »
Le regard de Mathieu s'échappa sur la cicatrice sur le front du Patron.
« T'es taré d'avoir fait ça.
- Un peu, peut-être. »
Ses doigt descendirent le long de ses flancs, puis se recentrèrent sur ses grands droits. En croisant le chemin de l'aorte abdominale, il la sentit pulser à vive allure. Il s'intéressa au faciès du Patron, y découvrit une concupiscence difficilement contrôlée. Ses lèvres entrouvertes l'attirèrent un peu trop, il les saisit.
Il ne s'attardait normalement pas trop dans ses baisers, connaissant la vertu que son frère tentait douloureusement de garder. Pour une raison débile. Cela faisait plus d'un an sans incident. Le Patron devait lâcher du leste s'il ne voulait pas devenir fou. Mathieu l'y aiderait.
Sa paume remonta sur son dos, alors qu'il approchait son bassin de son homologue. Parvenue sur sa nuque, sa poigne enserra l'occiput du Patron, pour y appuyer légèrement, et prolongé leur baiser.
Sa main libre descendait sur la peau ardente du Patron, jusqu'à sa cuisse, qu'il caressait par l'arrière. Il voyait son effet réussi dans les caresses que lui offrait maintenant son jumeau. Désireux de trouver, et de briser ses limites imposées, Mathieu courba son cou, atteignant de ses lèvres la gorge du Patron, qu'il mordillait et léchait archaïquement.
Si les mouvements de Mathieu étaient désordonnés et primaires, alors qu'il continuait de caresser le corps de son jumeau, leurs effets ne prêtaient à aucun doute. Soudain, il sentit le corps contre le sien se raidirent. Il pensa tout d'abord à une réaction positive, mais se détrompa bien vite.
Son frère se détacha et sauta sur ses pieds. Il s'empressa de faire dos au lit, pour cacher la déformation évidente et les marques d'humidité au niveau de son caleçon.
« Patron ? »
La voix de Mathieu se voulait innocente, mais il y entendit lui-même de l'excitation.
« Je vais courir, lança le concerné après un silence de quelques secondes. »
Il s'empressa de récupérer un short et un t-shirt, et s'élança sous le déluge, dans la nuit que s'approfondissait chaque minute.
« Je suis désolé petit frère...
- Ma faute, j'avais qu'à pas courir sous la pluie... »
Mathieu ne remit pas en conversation la raison de ce jogging improvisé. Il posa un chocolat chaud sur la table de chevet, puis appela le médecin et l'infirmier de famille, qui promirent de venir dans l'heure.
« Ne sois pas en retard en cours, gronda le Patron de sa voix glutéale.
- Et toi arrête de parler, on dirait un homme des cavernes !
- Je viendrais ce soir après tes cours.
- Pour te zombi-fier encore plus ? Mais bien sûr ! »
L'aîné posa un doigt menaçant sur le torse de son frère.
« Je t'autorise à aller jusqu'à ton piano et aux toilettes. Pour le reste, c'est non.
- Et si j'ai fin monsieur le tortionnaire ?
- Tu dis à Edward de t'en chercher. »
Le Patron poussa un soupir en s'engouffrant un peu plus dans ses couvertures. Son frère lui embrassa brièvement le front avant de s'éclipser.
Être en cours seul, pour un frère Sommet isolé, revenait à s'ennuyer terriblement. Mathieu combattait sa torpeur en se concentrant sur son érudition. Il priait régulièrement pour que les heures passent plus vite.
« Ton frère est malade, s'inquiéta Jérémy à une récréation, en s'asseyant à la place du Patron.
- Oui. Tien, tu me reconnais pas ?
- Si si, mais je ne sais pas si tu veux que les autres sachent qui est absent ou pas. Quand tu es malade, il dit parfois être toi pour que ton dossier soit parfait. »
L'étonnement se lisait difficilement sur son visage, mais s'y trouvait tout de même.
« Quel idiot.
- Je trouve ça plutôt gentil.
- Oui, il l'est sans doute aussi.
- Tu veux venir chez moi jouer ce soir ?
- Je vais veillez sur lui. Il a un concert pour des invités de nos parents dans quelques jours.
- De saxo ?
- De piano.
- Vous jouerez ensemble alors ?
- Non, ce serait gâcher le talent de mon frère. C'est un vrai virtuose. Je l'accompagne au violon. Il me semble que mademoiselle leur fille désire chanter sur nos notes.
- J'aimerais bien vous voir jouer un jour. »
Il capta un léger malaise dans l'expression de Mathieu, et s'excusa.
« Ce n'est pas une nécessité bien sûr !
- Non mais, le truc, c'est que ce serait avec plaisir. J'aimerais bien t'inviter, on brancherait ta console dans notre écran mural au salon et tout, on ferait un peu de musique, on t'offrirait aussi des pâtisseries, ce serait normal vu que tu nous invites tout le temps. Seulement, nos parents ont refusé dès qu'on leur en a parlé.
- Comment ça se fait, s'alarma Jérémy, je n'ai rien fait de mal ! Je ne suis pas pouilleux non plus !
- Mais monsieur Sommet doit se montrer uniquement avec des gens de son rang. »
Le concerné tourna son regard vers le troisième qui se tenait contre le cadre de la porte. A côté de lui, un métisse croisait ses bras, tentait d'être menaçant.
« Bruno Van Der Shauen, et son futur majordome, David Mbona, présenta brièvement Mathieu en se levant pour leur faire face. »
Merci à tous ceux qui commentent, merci à tous ceux qui lisent aussi !
Pour les guests :
The Patron : Désolée si ce sujet te paraît encore un peu inconnu dans les fictions, j'y suis habituée depuis tôt (bien que je sois une aînée de ce fandom je crois), du coup, plus rien ne me choque (même si j'ai violé mon propre esprit en relisant ma fiction golden shower). Merci pour ta review, et tu as bien deviné sur les futurs special guests du youtube français !
Ayako : Tu me fais rougir ;) Merci pour ton commentaire, à bientôt ! :D
Tendresse & Bigoudis Chauffants,
Maria
(Si vous êtes motivés pour une petite musique : Roméo & Juliette, de grand corps malade !)
