Coucou tout le monde ! Content de vous retrouver pour la suite des aventures, le récit se densifie un peu plus comme j'aime à le faire,
et comme à mon habitude, je poste des réponses aux généreux revieweurs, merci encore, j'espère que la suite vous plaira ;)
RELIQUAIRE
Première partie
(2)
Les sérénades de couleurs continuaient de me guider au centre du passage. Tapis enlacés dans des danses que le vent leur faisait faire alors que je passais près d'eux il m'effleuraient, comme s'il avait eu le désir de me connaître, de me toucher, de me sentir, de m'accueillir. Après tout j'étais bien en train de m'insinuer dans la paisible vie de cette bourgade et les regards que les gens me portaient ne cessaient de me déranger. J'étais un canard noir parmi les jaunes, un intrus un peu trop voyant; je regrettais bientôt d'avoir mis mon plus bel habit d'été pour rendre visite à Alibaba et maudissait cette couleur carmin-violette qui ne laissait personne indifférent à mon passage. L'on se riait même de moi quand je tournais près de certains boutiques. Le reste du temps, je pouvais sentir les regards insistants de personnages vêtus en loques ou bien même ceux des plus aisés, tous me contemplaient et je ne pouvais retenir une sorte de dégoûtante amertume en moi, de culpabilité que jamais je n'avais senti auparavant.
La cité avait vieillit, pas pour le meilleur mais elle tenait.
De petites bourrasques soufflaient les sables du désert jusque dans cette petite ruelle où l'entrée de la demeure de mon ami se trouvait. Un imam m'avait montré le chemin avec obligeance et bonté et je l'en remerciai encore mentalement car ses indications m'avaient été d'une grande aide. En effet sans lui il m'aurait été difficile de repérer la maison qui, de l'extérieur, était peu visible. Quelques fenêtres tout au plus creusées à même la terre venaient percer un grand amas ocre sans qu'aucune structure particulière ne semble faire penser à une maison habitée. Et je prit conscience, en me tenant devant ce bloc haut de quelques mètres, que le bâtiment était plus proche d'un manoir que d'une simple maison. Alibaba avait donc certaines réussites à ce qu'il semblerait. Financières tout du moins car ce genre de places se vendaient désormais très cher dans le coin, compte-tenu du fait que la route commerciale - la grande route des caravanes - ne passaient à travers la ville d'Incarna. Toute personne cherchant travail pourrait y trouver son bonheur, et pour construire un foyer, il n'y avait pas d'égal dans la région. Le seul problème qui persistait encore apparemment à Incarna, c'était la place, qui manquait de plus en plus. Les maisons des bas quartiers étaient pour le moins tassées, et les gens, toujours cloîtres entre leurs murs, vivaient les uns sur les autres dans des maisons sans intimité où voisins cohabitaient sous le nez de leurs autres voisins. Avec de telles conditions, les conflits de voisinages devaient certainement êtres fréquents.
Le bâtiment clôturait la ruelle en une haute muraille de terre et le porche lui, plus récent sans doute, était en pierre. Il y avait deux petites marches qui guidaient les visiteurs jusqu'au perron puis une ouverture, béante. Les portes étaient rare dans cette partie du globe, toujours on privilégiait la circulation de l'air car les étés étaient trop chaud et les hivers bien secs. C'était donc un trou de plusieurs pieds de large et de deux mètres de hauteur, parfaitement creusée et l'on y avait encastré deux lanternes vertes sur chaque côté.
Le son d'une flûte.
OoOoOoO
Écouter : Jeremy Soule - Shadow Guard
Il me vint lentement, j'en étais venu à me demander si oui ou non je l'entendais véritablement, car il semblait terriblement évanescent, presque fantomatique, fatigué. Mais non, le son se rapprochait à mesure que je pénétrais dans l'enceinte du bâtiment. Et alors que mes pas se faisaient échos dans une cour intérieur richement décorée et fournie de végétation, d'autres pas se joignirent aux miens.
Je m'attendais à voir
arriver un grand homme, un musicien de château ou bien un esclave, mais non.
C'était un enfant.
Pas plus haut mon bassin.
"Oh... bonjour."
Il arrêta de jouer, toujours la bouche effleurant l'instrument, puis il s'approcha à grands pas décidés vers moi. Son regard d'un bleu turquoise était captivant et audacieux. Il portait des habits larges et estompés dans l'ombre humide de cette cour intérieur, il avait tout l'air du plus parfait domestique. Ou peut-être était-il plus que cela, il était paré de très beaux bijoux aux doigts ainsi qu'aux oreilles. Qui sait, il ne s'agissait peut-être pas d'un énième esclave. Cela m'aurait rassuré car je savais Alibaba contre toute forme asservissement.
"Bonjour. Je recherche le seigneur des lieux, Alibaba."
Il acquiesça, avec simplicité et candeur, je devais être digne de confiance puisqu'il me sourit grandement, comme si j'apportais avec moi de fabuleuses nouvelles :
"Mais bien sûr mon bon monsieur ! Qui dois-je annoncer ?" Son sourire avait quelque chose d'angélique.
"Simbad, cela suffira j'imagine."
"Bien, si vous voulez parler à mon maître, je vais vous annoncer. Seigneur Alibaba est très occupé en ce moment, alors soyez patient."
"Je le serai."
Il partit aussitôt, d'un pas vif et maîtrise vers une petite porte de bois qui se cachait derrière un grand oranger. Fleurs parfumées. Bizarrement, je ressenti alors un picotement assez vif dans mon épaule alors que je contemplais l'arbre et ses couleurs. Je la caressai pour échapper à la peine et me rendit compte que les picotements étaient déjà partit quand je commençai seulement à m'en occuper. Curieux. C'est comme si l'image m'avait fait un effet inattendu au bras.
Je ne portais pas plus de considérations sur la nature de ce petit trouble et tournais le regard. Un bruit de frottement sourd venait de se faire entendre dans l'enceinte de la maison. Un peu plus loin, il y avait une silhouette de femme que je n'avais pas entendu. Et pourtant elle était certainement présente bien avant mon arrivée. Petite, les cheveux pourpre-rouge, elle me tournait le dos et portait une robe étrangement coupée qui lui taillait les épaules en biais. Elle avait de ce fait l'air très mince et on ne peut plus agile.
Soudain elle leva ses bras en l'air et je perçut le rayon du soleil frapper sur un objet qu'elle brandissait. j'en devinais à sa forme une longue épée, ou bien un sabre. Elle se mit à frapper un mannequin avec fureur, sans s'arrêter pendant plusieurs minutes, en expirant violemment. Elle répétait des coups ou enchaînait avec des mouvements variés mais tout aussi brutaux. Une experte en combat, intéressant. Mais elle manquait clairement de souplesse, et pour avoir combattu dans un nombre important de situations, contre de nombreux ennemis, la souplesse et la flexibilité sont - comme je le répète avec plaisir - mères de sûreté.
"Pourquoi est-ce que vous vous entraînez ainsi ?"
Elle se retourna, me lançant un regard perçant et dur comme sa lame. Cela ne dura que quelques secondes mais c'était assez froid pour faire frissonner terriblement. Elle se retira, comme une ombre sous les frondaisons et je ne la vis plus du tout.
Lancinant, un peu étonné je m'approchais d'une petite fontaine qui se trouvait au centre de la cour, histoire de me rafraîchir le visage.
Dans le bassin, il y avait quelques carpes aux coloris variés, elles faisaient des allés et retours, paisibles dans le fond de ce petit étang. L'état parfait de la structure et la grosseur des poissons indiquait que l'on prenait grand soin de ces bêtes.
Je ne pouvais m'empêcher de regarder mon reflet dans le miroir glacé. J'ai trente ans, mes yeux n'ont pas perdus de leur violet cendré. Disons le clairement... je suis un coureur et je sais que je plais aux femmes. Disons que j'ai un visage - et un corps - dont je prends grand soin, tout comme les occupants de cette maison autour de moi prennent soin du bassin. Je n'aime pas tout chez moi, loin de là, mais un corps il faut apprendre à vivre avec, à le mettre en valeur, et j'ai tout de suite compris que ma couleur... c'était le violet. C'est une couleur particulière. Elle va bien avec ma peau qui est très brune.
En faisant dériver mon regard sur la droite, histoire de mieux observer une carpe qui me paraissait violette elle aussi, mes yeux se posèrent sur une ombre étrange que je ne pouvais comprendre. Je restais un moment interdit, ne voyant pas de quoi il pouvait s'agir, avant de déceler la présence soudainement tangible d'une personne à côté de moi.
C'était lui. Je le reconnu immédiatement. Il portait une odeur très particulière, fruitée. Alibaba s'était toujours parfumé, et ce, depuis son adolescence, j'imagine que dans sa culture, il s'agissait de quelque chose de commun, mais ici, peu d'hommes en portent aujourd'hui, même dans les milieux les plus aisés car la chaleur a tendance à les rendre éphémères. La sueur cache, englobe et finit par dissoudre toute odeur.
En tout cas, cette senteur ravive en moi un sourire que je ne peux dissimuler :
"Alibaba !"
J'écartai mes bras pour tenter une embrassade, tout en m'approchant de lui, mais il ne bougea pas. Alibaba restait debout, le regard d'un neutre très perturbant. Le vent tourna et une mèche de ses cheveux atterrit devant son œil droit. Il ne prit pas la peine de la replacer.
"Alibaba, c'est moi... Sinbad, tu ne me reconnais donc pas ?" Je retentai une nouvelle embrassade. "Sinbad le marin ! De la cité perdue !"
Il ouvrit la bouche, une certaine méfiance était lisible sur son visage maintenant :
"Sin... Sinbad... Qu'est-ce que tu viens faire ici ?"
"Je... Je suis venu te dire le bonjour, après tout ce temps ! Les choses ont bien changé n'est-ce pas ?"
Il inclina sa tête sur le côté, comme pour montrer toute la suspicion qu'il avait alors en lui.
"... Sinbad...Sinbad le marin..."
Et soudain son visage s'illumina, je vis se dessiner - un temps très court cependant - un sourire chaleureux sur son visage, comme lui seul peut les faire. Et il me prit dans ses bras en soupirant dans mon oreille.
Je frissonnais à ce contact surprenant. Un peu plus loin dans la cour, je vis en serrant mon vieil ami contre moi, sous les branches flouées de l'oranger, le petit serviteur nous observer en silence, avant qu'il ne s'efface dans la végétation.
"Sinbad, c'est bien toi..." Il répétait. "Sinbad... te voilà."
"Oui, c'est bien moi, mais que t'arrive-t-il ? On aurait dit que tu avais perdu la mémoire !" Lui avouai-je.
Il haussa les épaules en se défaisant de notre étreinte avec un petit sourire :
"Non, je ne t'ai pas reconnu tout de suite, voilà tout." Il fit une pause. "Tu as laissé pousser tes cheveux."
"Et malgré ce détail je n'ai pas changé..."
Il cligna des yeux plusieurs fois, il devait être en train de faire appel à son imagination et tentait de deviner mon visage d'antan.
"Combien de temps depuis notre dernière aventure ?" Demanda-t-il, le visage illuminé.
"Sans doute près de 8 ans. Je me souviens avoir combattu avec toi cette créature gigantesque sur la côte."
"En effet." Alibaba perdit son sourire un moment, les images atroces des assauts marins devaient lui revenir des profondeurs. "Et moi...?" Demanda-t-il. "Et moi, est-ce que j'ai changé ?"
Sa question me donnait du fil à retordre. Il avait grandit, c'était certain, ses muscles s'étaient développés, surtout ses bras, il avait de très belles veines qui lui descendaient tout le long de ses deux mains et des biceps élargis. Son torse semblait aussi avoir gagné en épaisseur, il avait mûrit, tout simplement. Finit l'adolescence, c'était pour lui le début de la véritable vie d'adulte.
"Je sais ce que tu es en train de te dire..." Lâcha Alibaba en fermant les yeux un moment.
Sorti de ma réflexion, je l'interrogeai :
"Ah oui ? Quoi donc ?"
"Je n'ai pas changé, moi, je le sais."
"Tu as grandis, et tu es devenu plus..."
"Adulte, je sais." Alibaba était visiblement ennuyé de mes paroles. "C'est ce même refrain que j'entends tous les jours."
Il haussa de nouveau les épaules et je m'excusai pour lui avoir ainsi rappeler de trop nombreuses conversations :
"Je ne suis pas doué pour dire des choses originales..."
"Même à de vieilles connaissances ?" Demandai-je.
Son expression changea encore, il était soudain plus distant, presque froid :
"Nous sommes de vieilles connaissances ?"
Au début je prenais cette phrase au ton amer comme une sorte de méfiance due à notre longue séparation. Puis je compris à ses yeux, plus doux que le reste de sa posture, qu'il pensait être plus vis-à-vis de moi :
"Nous sommes des amis." J'ai finis par murmurer. Étrangement, cette appellation ne le fit pas sourire pour autant. "Ais-je dis quelque chose de... déplacé ?"
Il changea de sujet :
"Tu ne trouves pas qu'il fait atrocement chaud en ce moment ?"
"Si, plus qu'à l'ouest."
"C'est là d'où tu viens ?"
"Oui, j'étais accompagné par caravane de vin. Maintenant ils sont au marcher à ce moment même pour vendre leur stock j'imagine. "
"J'ai entendu parler de ton arrivée." Il fit quelques pas lancinants sur le côté, histoire de fuir mon regard. "Tu as trouvé un bon cortège. Cependant ces gens vont rester en ville une bonne semaine pour commercer, tu comptes rester à Incarna tout ce temps ?"
"Certainement oui. J'ai trouvé un endroit pour dormir." A vrai dire je n'avais aucune idée d'où loger, je m'étais dis que je pourrai dénicher un entrepôt ou bien me faire héberger. "Une semaine, cela reste court."
"Avec cette chaleur tu ne tiendras pas. Vous les marins vous ne supportez pas l'aridité. Tu es arrivé au pire endroit et à la pire période possible."
"Peu importe."
"Et qui te loge ?" Il lança des yeux presque menaçant sur moi.
"Quelqu'un. En ville." Je bredouillai. J'aurais tout fait pour fuir au plus vite ce sujet de conversation car il me dérangeait et je ne voulais pas qu'Alibaba m'invite chez lui, même si je m'entendais bien avec lui, je ne voulais pas le déranger tout ce temps. "Une belle maison en bordure de la cité."
Aussitôt, Alibaba revint vers moi, bras tendu pour me saisir l'épaule. Il parlait d'une voix tout à fait convaincue :
"Annule tes dispositions avec le propriétaire, je t'offre de dormir dans mon manoir. Tu seras logé et nourri convenablement. Comme ta réputation l'exige."
"... Non, Alibaba, je ne peux pas accepter, pas tout ce temps." Ce que je redoutais arrivait.
"Tu n'as pas à discuter, je t'invite de bon cœur alors ne refuse pas." Disait-il sans la moindre once de sympathie.
"Alibaba..." J'étais gêné. "Tu es vraiment trop gentil."
Il partit aussitôt, sachant bien qu'il avait gagné, que j'avais cédé.
"Aladin fera installer tes affaires, suis-moi."
Je m'empressai de le talonner. Il était très rapide, trop à l'aise dans cette cour très fournie en végétation. Plusieurs fois je me prenais en pleine figure des branches d'arbres ou bien même des grappes qui me caressaient le nez. Il finit par s'arrêter devant une autre petite porte en bois, couverte de petites pierres très belles et reluisantes. Il l'ouvrit sans peine et m'invita à y entrer avant lui :
"L'une des chambres d'amis que nous avons. J'imagine que cela te conviendra."
J'entrai, sans vraiment comprendre ce qu'il insinuait avec ses derniers mots. La salle était toute en longueur, large de deux mètres environ, couverte de grandes tapisseries orientales du meilleur goût. Au plafond des lanternes éteintes et une fenêtre tout au bout pour laisser entrer la lumière. C'était un peu poussiéreux mais très bien entretenu. Alibaba remarqua d'ailleurs les résidus sur les coins des meubles et fit une grimace :
"Tss... Aladin n'a pas bien nettoyé l'autre fois. Je suis désolé pour la poussière."
"Ah, ce n'est pas grave, en mer on a l'habitude de vivre avec."
"Vos cales sont souvent infestées par la vermine, il est vrai." Alibaba se tourna vers moi." C'est pour ça que je ne pourrai jamais vivre dans un navire si longtemps."
Je lui souriais :
"Chacun son univers..."
Ma phrase le déstabilisa, son regard s'élargit; il semblait surpris, hypnotisé :
"Certes... tu ne crois... pas si bien dire." Il avala sa salive. "Peut-être que je devrais partir en mer pour y exorciser mes peurs."
"Personne ne t'oblige à aimer la mer."
"Toi ?"
Sa question - prononcée avec un ton acerbe, plein de mystère, me troubla. A mon tour j'étais dérangé, c'était un jeux du chat et de la souris entre nous deux.
"Hum, Alibaba... Tu as quel âge à présent ? Si je peux me per..."
"J'ai 26 ans, très cher." Dit-il avec simplicité. "Et toi tu dois donc avoir tout juste la trentaine."
"C'est cela."
"Je me souviens que j'étais 4 ans plus jeune que toi. A l'époque d'ailleurs, je me souviens avoir inauguré mes 18 ans avec toi."
La mémoire réchauffa mon cœur :
"Oui, tu as raison... c'était une vraie bonne soirée !"
Un sourire se partagea sur nos visages.
Il m'invita ensuite à venir dans sa propre chambre, je l'y suivait, content de découvrir dans quel monde il vivait quotidiennement.
"Nous y voilà."
Il écarta quelques rideaux qui pendaient ça et là et nous barraient la vue. Je restai bouché bée devant le luxe et en même temps la simplicité de ses appartements : une vaste pièce couverte de rideaux, transparents, évoquant des voiles de femmes, dispersé et accrochés un peu partout. Le petit vent intérieur les faisait léviter de temps à autre. C'était au combien rafraîchissant. Je comprenais alors pourquoi il avait préférer installer sa chambre - et son bureau au vu des meubles - ici : c'était une ancienne cave. Et certainement une cave à vin au vu de sa taille.
"C'est là que tu travailles alors..."
"C'est ici que je vis." Déclara-t-il en s'asseyant sur un grand lit. Il posa son dos contre un tas immense de coussins brodés et me regarda avancer - timide - dans la pièce. Il semblait à l'aise, mais comme dérangé. "Depuis un moment je ne sors plus de là. Avec la chaleur qu'il fait dehors... et je préfère éviter le contact du soleil."
Je me tournai vers lui :
"Tu as toujours craint les coups de soleil, avoue-le." Lui souriais-je.
"Oui, c'est vrai..." Il disait cela avec une certaine tristesse. "J'ai toujours refusé d'avoir la peau tannée. Je sais que cela ne me va pas."
"C'est dommage." Je m'approchai de lui, sans pour autant m'asseoir sur le lit. "Qu'en pense ta femme ?"
Ma question, sincère mais un peu forcée je l'avoue, le déconcerta au plus haut point. Il releva la tête, fit une nouvelle grimace, l'air presque méchant :
"Qui t'as dis que j'en avais une ?"
Mouvement de recul :
"P... Personne, c'était une simple question. Tu as tout à fait l'âge de t'être marié."
"Tu le penses vraiment ?" Il me toisait du regard, très en colère apparemment. "Comme si j'avais le temps de m'occuper d'une femme."
"J'ai pourtant une fille très belle dans la cour, je pensais qu'elle était tienne."
"En quelque sorte oui. Mais je n'ai aucun rapport intime avec elle. C'est une servante que l'on m'a conseillé et que j'ai gardé. Elle se charge de protéger la maison."
Je lui souriais, réellement surpris :
"C'est rare de voir une femme avec une arme."
Il haussa les épaules une nouvelles fois :
"Dans ton mode arriéré, il n'y a pas de femmes de toute façon."
Sa sentence était juste, mais assez amère. C'est vrai que le monde des marins était en grande partie un monde masculin, fait de barbe de capitaine, de muscle de matelots, mais j'avais déjà rencontré plusieurs filles de corsaires - toutes des beautés légendaires - et j'avais faillit en épouser une.
"C'est bien vrai..." Je soupirai, cherchant à fuir son regard inquisiteur. "Quelles affaires peuvent te préoccuper au point de te refuser une vie sentimentale ?"
"Je ne me refuse rien, c'est simplement que je n'ai pas trouvé le temps de m'accorder avec quelqu'un."
Étrange réponse, quelque part, je ne lui en voulait pas d'être toujours solitaire. Cela faisait de nous deux éternels célibataires en quête d'aventure.
"Et toi ?" Demanda-t-il, presque inquiet. "Tu es toujours en solo ?"
"Toujours solo..." Répondis-je en riant un peu. "Oui, il faut croire que c'est pour les mêmes raisons que toi. Pas le temps que l'on dit, mais je sais que si l'occasion se présentait... je la prendrais avec tout le plaisir du monde."
"Et tu l'emmènerais sur les mers, avec toi ?"
"Bien sûr, la vie à la mer, c'est un paradis pour le couple ! Et les femmes aiment la mer, c'est bien dommage qu'elles n'y soient pas plus souvent."
Il semblait exaspéré par mes propos. Il se gratta la nuque maladroitement plusieurs fois avant de soupirer :
"En bref, tu es toujours aussi fasciné par les filles."
"Et... pourquoi pas ?"
"Je ne sais pas ?" Il me perçait du regard. "Je pensais que cette admiration te passerait avec le temps. Que c'était une lubie d'adolescent."
"Je ne les admire pas..." Dis-je avec humour. "Je les adore ! Nuance !"
Il haussa encore les épaules :
"Soit... tu est toujours aussi gamin j'imagine. A trente ans cela devient dangereux !"
Je ne pouvais m'empêcher de rire, furieusement.
OoOoOoO
Après quelques mots échangés sur mon voyage et sur son état de santé, il montra des signes de fatigues de plus en plus clairs si bien que je me proposais de l'abandonner sur son lit pour me retirer.
"Oui, va donc dire à ton propriétaire que tu dormiras ici." Dis Alibaba. "Tu ne l'as pas payé d'avance au moins."
J'avouais :
"En fait, j'ai menti... Je n'avais pas encore trouvé de logis."
Il siffla :
"Et où comptais-tu dormir, idiot ?"
"J'aurais finis par trouver..."
Il secoua la tête, comme résigné :
"Ah... Sinbad l'égaré. Sinbad l'intrus... Qui voudrait accueillir un marin dans sa maison ? Tu aurais trouvé une paillasse dans une écurie tout au plus."
"C'est déjà quelque chose." Je préférai m'en amuser que de le prendre au sérieux. "Bien, je vais me retirer..."
"Soit, à demain Sinbad, tu as encore milles choses à me dire."
Il me tourna le dos en pivotant sur son lit et déposa langoureusement ses bras contre sa poitrine, comme pour se protéger le torse. La lumière qui entrait, spectrale, dans cette pièce immense insufflait à ce tableau quelque chose de mystique. Alibaba était déjà partit dans le monde des songes, en un clin d'œil. Sa respiration était lente, profonde, je pouvais l'entendre légèrement mugir, c'était un doux son, comme un berceau que l'on fait onduler sur le parquet.
Je me retirai enfin, traversant un salse de tissus violets pour sortir de sa chambre.
Et aussitôt que j'avais retrouvé la lumière de la cour, un cri terrifiant faillit arrêter mon cœur.
Une arme pointa contre ma gorge, tout alla très vite.
"Que fais-tu là, bandit ?"
OoOoOoO
Un grand merci à :
Lapuita : Première en effet, d'ailleurs je ne pensais pas recevoir de reviews sur cet texte donc je suis très très content de te lire. Le fandom français est pour l'instant vide en ce qui concerne le Simbad-Alibaba, c'est la première fic tout simplement, mais j'espère - et je sais - que la communauté française sur Magi va s'agrandir, pas de soucis là-dessus.
En tout cas merci pour ton retour, en effet, il y aura du rêve et du sommeil comme matières de l'histoire ! ça m'a toujours passionné. Au sujet du rating, pas de soucis, je fais toujours comme ça : je commence mes fics en rating T, puis dès qu'il y a une scène osée qui le mérite, je passe en M. C'est une façon d'être lu d'avantage au début ^^
Y tambien a :
Lalectora, gracias para esas palabras sobre la historia, el rythmo cierto esta lento, pero me alegro que a ti te ha gustado. Y entonces, este capitulo tambien te gusto ? Que placer de recibir commentarios en espanol, sigue por favor.
A la prochaine !
