Yo tout le monde :D Voilà le quatrième chapitre de l'histoire, très porté sur la rêverie, j'espère que ça vous accrochera quand même - l'écriture est particulière, c'est moi, voilà faut s'y faire ^^ - et que vous aurez plaisir à découvrir ce qui se trame chez nos deux marins d'eau douce.
Un grand merci à Natsimue1111 et Lapuita ;) je vous bizouille
et que la lecture commence !
RELIQUAIRE
Première partie
FEU (2)
Écouter : There Will Be Blood - Prospectors Arrive
Il y a un chien. Il est couché la tête sur le bord d'un bassin. Ses petits yeux semblent perdus dans la matière liquide qui s'écoule autour de nous. Bassin. Nous sommes près d'un bassin ou d'une fontaine, l'eau coule sur nous, comme les plus grandes pluies de mon ancienne île natale, comme lors des plus puissants typhons ou lors des tornades de mers, l'eau s'épanche sur nous en un lent désarticulement du temps. Je soupire. Rien ne me vient. C'est comme si le monde s'était éteint autour de moi, que rien ne pouvait plus me pénétrer. Le calme avait envahi mon corps et mon esprit.
Je me redresse lentement et écarquille les yeux. Debout au milieu d'un grand bassin. L'eau ne coule plus sur moi. L'air a changé d'un coup. Il fait chaud, et mes pieds trempent dans une agréable fraicheur qui me fait tournoyer la tête un instant. Où-suis-je ? Me répétais-je sans arrêt intérieurement. Je me plonge dans le bleu intense du ciel au dessus de moi. Il semblerait que je sois dans une sorte de gorge, aux pierres d'une rousseur extravagante, et en même temps très chaleureuse. Il est difficile de savoir si je suis vraiment loin d'une ville, proche d'une ville, tout autour de moi l'eau emplit les alentours. Sol, escarpement, sommets. Virevoltante et en même temps tant lisse et soyeuse. Elle longe les parois rondes et fait déferler les éclats du soleil d'été. La gorge miroite. Gorge serrée.
Je tourne la tête à droite, un vent caustique et chimique me titille les narines. Serais-ce un pouvoir, une illusion que ce que je vis en ce moment ? Mes sens sont à l'affut, je me sens parfaitement conscient pourtant… je me sens même plus vivant. Les douleurs dans mon ventre, mon empirement, tout cela s'est apaisé. Je respire de façon naturelle, tendre nucelle aux nuages.
La chaleur augmente encore, j'entends au loin des éclats de voix, des gens qui rient, qui s'amusent, une sorte de trouble auditif me prend. Je me demande si je peux peut-être croiser quelqu'un en un tel lieu. Tout semble loin de là où je suis. Comme une enclave secrète et refoulée par les âges. Mais les sons s'accentuent. Des enfants, des personnes plus âgés; femmes ou hommes discutent au loin; les échos de leurs voix se propagent sur les cotés des falaises orangées. Et puis une voix finit par me faire sursauter.
C'est Alibaba.
Il sourit. Un sourire très allongé, celui d'une victoire. Il ne semble pas surpris de me voir là, en face de lui.
« Où sommes-nous… »
« Chut… » Alibaba fait quelques pas, ses pieds trempent dans l'eau. Là comme ça je le prendrais presque pour un dieu tant sa marche assurée semble irréelle et divine. « Tu ne poses plus de question. »
Alibaba se pose à côté de moi, il m'invite à m'allonger dans l'eau.
« Viens. Trempe ta tête empesée dans l'Ether. Tu en as besoin. »
« Dis-moi au moins si je… si c'est la vie réelle, ou non… »
« Je ne peu pas te répondre Sinbad. » Il se tourne vers moi, mettant une de ses mains sur mon épaule gauche. « Je peux juste te dire que cela se terminera un moment ou un autre. »
L'idée même de me séparer de lui dans une pareille atmosphère me glace déjà, j'en ai la migraine. Et il le sent, je suis sûr qu'il le sent.
« Calme-toi… et dépose-toi dans l'eau. »
Suivant ses conseils – ou ses ordres, je ne saurais faire la différence à présent – je m'allonge tout du long dans l'eau. »
« Maintenant ferme les yeux. »
Je m'exécute.
« Je suis avec toi Sinbad. Tu n'as plus rien à craindre désormais. Je suis avec toi pour toujours si tu le souhaites. »
Les paroles raisonnent dans ma tête, elles sont comme un baume apaisant. Et plus je réfléchis à l'étrangeté de ce qu'il dit, à leur sens caché qui sait, plus je me sens bien. Jamais aucun homme ne m'avait parlé de la sorte – jamais aucune femme de l'avait fait par ailleurs – mais cela ne me dérange pas plus que cela. Au contraire.
Ma respiration devient de plus en plus faible, je peux sentir mon cœur ralentir encore et encore, mon esprit s'embrumer, mes muscles se détendre, je ne les sens presque plus. Et pourtant rien n'a jamais été aussi clair que cet instant.
« Tu es en train de m'ensorceler Alibaba ? »
Il ne répond pas.
Je sens sa main sur mon épaule bouger, aller vers mon cou. Elle est douce, ses doigts sont fins et adroits, ils me relaxent encore plus.
Puis ils bougent vers mon thorax. Je sens qu'il retient un petit rire, sa tête est toute proche de la mienne, sa respiration, aussi lente et maîtrisée que la mienne. C'est comme si j'étais sous l'emprise de quelque illusion, et le fait de l'accuser de semblait pas du tout distraire mon ami, bien au contraire. Sa main passe encore sur mes muscles du torse, mes poumons redemandent ses faveurs, je sens qu'ils se gonflent, se remplissent d'un air chaud et duveteux. Jamais je ne me suis senti aussi bien de toute ma vie, et il semble que cela ne soit pas finit.
Je ré-ouvre les yeux.
Alibaba est allongé près de moi, ventre tourné vers le ciel, sa main sur mon corps, les yeux à demi-clos. Il a l'air sur le point de s'endormir. Autour de nous, les mouvements de l'eau dessinent des formes intrigantes. C'est comme une longue canopée de bruits et des remous de l'eau qui s'infiltrent les uns entre les autres et redessinent des cartes à la gloire des pays anciens. Oui… Quelques émanations du passé reviennent alors que la paume de Sinbad s'enfonce dans mon poitrail. Cela cogite dans mon corps, cela envoi des cercles, des pulsions de sang et de souvenirs. Les plages se couvrent de sang. Les anges quittent les ciels, les grosses pourpres étoiles se gavent des relaps de la mer et de la guerre – l'Océan devient nacré de cadavres.
Une île. Une caverne souterraine, des tréfonds languis des âmes de héros et d'aventuriers. Les armes parées pour la bataille, les néphrons sur le point de se déverser dans les eaux de la mer et les mers des os, une tourbillonnante cendre des esprits qui sécrète sur les abords de l'ilot les reflux du monde aérien. Nous voilà plongés dans le temps trouble des jeunes années, vivifiés. Et pourtant je ressens comme une constante pesanteur, presque terrifiante. Le sang neuf mais la tête perdue.
Les arbres avaient déjà quitté les environs.
Engouffrés dans les passages funèbres nous avançons à pas de loup, l'un à côté de l'autre, dans les dédales des dédales. Une fontaine coule tout près, irradie de lumière la sombre entrée. Au sol des tas de trésors infinis.
J'avais acquis à l'époque une puissante épée, une sorte de pourfendeuse à terreurs, à monstres, à tout ce qui pouvait nous barrer la route. Je savais à peine m'en servir. Nombre d'artéfacts avaient été récupéré lors des vastes conflits entre continents. Les meilleurs généreux, les meilleurs chefs de phalange étaient tombé, et avec eux, leurs armes, toutes plus prestigieuses, toutes plus riches de légendes, plus inspiratrices, plus folles les unes que les autres. Les armes portaient des noms. Mon épée était Jixa, et je la porte encore près de moi. Elle m'a accompagné sur cette fameuse île. Toi tu avais un équipement plus que standard, mais tu étais très jeune pour l'aventure aussi…
C'était au temps des vieilles guerres et des armées de Neres que les mers ont été saccagées par les dieux et les Hommes. En ces temps où les îles ont commencé à amasser les richesses, où les monstres marins se repaissaient des formes de vie à disposition, où les mangeoires des abominations se remplissaient sans arrêt, où les aiguilles des fougères battaient la mousson des décédés. Nous voilà.
Finis les ciels rosés des matins-morts. Finis les alentours de plaines abandonnés, les plages de fantômes. Toutes les voiles et les carcasses batelées du monde ne pouvaient plus nous atteindre. Nous étions dans notre monde. A nous les souterrains de la richesse et de la gloire. C'est dans ces termes que tu m'avais guidé sur les voies de la caverne. Tu étais si content, si joyeux et plus le temps passait plus tu l'étais d'avantage.
« Je me souviens. Un sourire. Un sourire de toi Alibaba. Il était d'une grande ténacité ce sourire, il ne te quittait pas. Tu étais envouté, terrifié et envouté par tout cet or que nous avions trouvé. »
Je place ma main sur la sienne, sur ma poitrine. L'instant est enivrant.
« C'est vrai… j'avais rarement vu autant d'or et de pierres rares, de trésors dans un seul et même donjon. Si j'avais eu quelques années de plus, comme maintenant par exemple, je me serai empressé d'engager des pillards pour m'aider. »
« Aha… ta vanité te tuera Alibaba… »
« Sans doute mon corps seul décidera de ce moment là. Toi tu n'as rien à craindre. Tout le monde te traite de la meilleure façon. Tu es chéri, depuis ton enfance. »
« C'est vrai… »
Et les eaux se chargèrent de matière en suspension. Nous étions l'un d'elles. A flotter au grès du courant. La gorge se remplissait de grands animaux marins. Ils lévitaient, nageaient ou stagnaient dans le fond d'eau transparent de sorte que nous pouvions les voir. C'étaient de larges bêtes – ou bien cela aurait pu être des humains je ne m'en serais pas rendu compte – qui divaguaient à nos côtés. Des larges planaires, des grands céphalopodes ou des raies immenses, laissant aller leurs tagmes mystères aux varechs et aux algues brunes. Ils venaient se glisser, leurs corps spongieux ou lisses sur mes côtés, ils venaient caresser mes flans de la plus douce de manières. Nous étions parmi eux, ou ils étaient parmi nous, dans une marmite lancinante du devenir.
Alibaba ouvrit les yeux et me regarda avec une grande intensité. Nous étions dans ma chambre. Il était assis près de moi, dans mon lit et j'y étais couché. Ses pupilles semblaient à peine ouvertes, comme sous l'effet d'une profonde fatigue.
« Hum… » Je me relevai aussitôt. « Ais-je dormi longtemps ? »
« Non… il est encore assez tôt. » Alibaba devait vraiment s'amuser de ma tête parce qu'il affichait un large arc de cercle en lieu et place de bouche. « Je suis désolé Alibaba, je ne voulais pas m'endormir. »
« C'est normal… » Il se frotta les yeux. « Moi aussi j'ai dormi. Plus tard vient me rejoindre aux bains. »
« Encore une tradition ? » Demandais-je en lui renvoyant son sourire aussi bien que je le pouvais.
« On peut dire cela oui, mais c'est surtout pour un ami que l'on prépare les bains ici. Et tu en es un. Alors quand tu seras prêt… rejoins-moi. Je me ferai un plaisir de prendre un peu de bon temps avec toi là-bas. »
Il se leva et me fit un salut. Mon ventre frissonna. Pourquoi sa présence était-elle si troublante tout à coup. Il ne m'avait pas semblé que j'étais ainsi ce matin… Tandis que je tergiversais sur mon comportement face à mon ami, les vagues images de mon esprit me revinrent. Oui… j'avais rêvé, à l'instant. Et c'était très confus. Mais je gardais en tête le visage d'Alibaba, et son corps près du mien. Pourquoi ais-je rêvé de lui ? Était-ce sa gentillesse, son accueil à la fois distant mais réconfortant ? Et puis ce déjeuner où il avait été si charmant ? Je… non, Alibaba est bel homme mais…
Je passais une main dans ma chevelure. J'avais chaud, soif, faim, mon esprit était lessivé par une sorte de petite nuit.
Une sensation de picotement me tenait, elle descendit jusqu'à mon bassin et s'intensifiait. Mes yeux s'ouvrirent grand. Non… Ce ne pouvait pas être ça. Je m'efforçai au mieux de me changer les idées, histoire de ne pas affoler mon entre-jambe. Y-avait-t-il une raison pour qu'un tel rêve me fasse cet effet ? Me réveiller comme ça, oui, je l'avais vécu plusieurs fois, mais là… Cela demandait des explications.
Avec tout ça je n'avais pas remarqué que la porte de ma chambre était restée ouverte et que le vent entrait sans timidité pour me rafraichir.
Pas longtemps hein ?
Alibaba m'avait peut-être menti vu que je sentais très bien le courant d'air si typique du début de soirée envahir mon antre. Peut-être bien quatre heures ! Avec un tel repos je regrettais déjà de m'être assoupi après le déjeuner. La journée était déjà presque entamée et elle se finirait aussi vite dans les bains.
« Voilà le nécessaire de toilette très cher invité. »
Je sursautai. Aladin était devant moi, je ne l'avais même pas entendu ou vu entrer. Je pris aussitôt les affaires qu'il me tendait et il s'en alla sans faire de commentaire, en trottinant légèrement sur le perron. Sa forme enfantine s'évanouit dans les maigres rayons de soleil.
Je devrais faire plus attention à ce qui se passe autour de moi. Décidément… La nourriture devait être néfaste pour moi dans cette région… Pas d'autres hypothèses. OU alors le vin que j'ai gouté lors de mon voyage… ? Qui sait ?
Je restais avec la serviette, les feuilles d'orties et le savon dans les mains, seul et debout sur les pierres, absent.
Après tout ça, j'étais vraiment loin de refuser un peu d'eau et de détente. J'avais une petite migraine et des chaleurs partout dans les membres. Récupérer, voilà ce qu'il me fallait. Et j'ai appris en mer à quel point l'eau – même salée- pouvait soulager les douleurs musculaires et les maux de tête.
Alors, avec la conviction que je ne dormirai plus de sitôt, je me dirigeai vers la sortie de ma chambre.
FIN DU QUATRIÈME CHAPITRE
Je remercie encore pour sa review à laquelle je répond :
Lapuita : En effet, la question à 1 0000000000... de yen (ça ferait beaucoup un million d'euros convertit chez eux ^^), les sautes d'humeur ont leur explocation, j'espère que le souffle de rêverie de ce chapitre te plaira, on sent déjà un peu une tension affective entre les deux hommes :P ça va se renforcer... ! A très vite pour la suite ;)
Spring Epava
