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Les justes

Miss. Jenny n'avait en effet rien à craindre puisqu'elle n'avait rien à cacher. En revanche, la situation se présentait mal pour ceux qui n'avaient pas eu l'intelligence de cacher leurs origines moldus. Tout ceci était sidérant pour miss. Jenny. Comment des sorciers pouvaient être accusés d'être coupables alors qu'ils n'avaient rien fait d'autre que de venir au monde ! C'était consternant et pourtant, tous les sorciers qui l'entouraient semblaient être d'accord avec cette extermination du Sang Impur. Qu'était-ce donc le sang impur ? Qui avait le pouvoir de juger que votre sang était incorrect ? Miss. Jenny regardait ses mains alors qu'elle patientait pour prendre l'une des cheminées parmi tous les salariés. Deux veines bleues étaient largement en vue. Ces deux veines provenaient d'un Sang Pur, c'était ce que prétendaient tous les sorciers de la bonne société, mais pour miss. Jenny le sang qui lui coulait dans les veines était celui engendré par ses abrutis de parents et si elle remontait encore plus haut, son sang lui venait de ses encore plus abrutis de grands-parents. Rien qu'à imaginer sa grand-mère maternelle, elle en avait des frissons.

La jeune femme releva la tête lorsqu'on la salua. Elle allait répondre lorsqu'elle croisa le regard de Dolorès Ombrage. Que lui voulait donc cette vieille peau ? Et qui lui avait donc dit que le rose était à la mode ? Avec son nœud dans les cheveux, ses robes de grand-mère, et son teint tartiné de poudre également rose, Ombrage lui faisait penser à toute ses vieilles filles qui prétendaient connaître tout de la vie et qui pourtant n'y connaissait rien puisqu'elle n'avait rien vécu sans mari, et sans enfants. Miss. Jenny s'efforça un sourire pour la sous-secrétaire d'État qui venait d'obtenir une promotion. *Félicitation monsieur le Ministre, ce sont encore les pourris qui gagnent en richesse.* Songea miss. Jenny sans perdre son sourire.

« Jennifer, commença Ombrage avec un large sourire hypocrite.

_Jenny. » Rectifia-t-elle.

Déjà, Ombrage démarrait fort mal la conversation en l'appelant par son prénom que miss. Jenny détestait tellement. Parmi tout ce que miss. Jenny détestait le plus au monde, son prénom arrivait peut-être sur le podium des vainqueurs. Il n'y avait qu'une seule personne au monde qui s'obstinait à l'appeler par son prénom, c'était bien sa grand-mère maternelle. Eh oui, encore elle… D'ailleurs, vous allez la rencontrer souvent cette drôle de grand-mère alors gardez la en tête.

« En tant que rédactrice en chef de la Gazette du Sorcier, j'aimerais que vous passiez au secrétariat pour prendre les nouvelles à publier pour les prochains exemplaires que je vous aurais fait passer. Et aussi, j'aimerais que…

_Pardonnez-moi mais j'ai cru que vous me demandiez de vous céder ma place. Comme vous l'avez dit, je suis rédactrice en chef, et c'est donc moi qui choisi les sujets des prochains articles.

_Je le sais très bien mais ne vous méprenez pas si le nouveau Ministre m'a chargé de m'occuper de ceci. Vous avez du travail en moins et toujours le même salaire, réjouissez-vous. »

*Sauf que ce qu'elle n'a pas l'air de comprendre cette vieille peau, c'est que mon salaire j'aime bien me dire que je l'ai mérité parce que j'aime mon métier.* S'enrageait miss. Jenny. Croyez-moi, lorsque miss. Jenny commençait à s'énerver intérieurement ce n'était jamais bon pour ceux qui se trouvaient autour. En tout cas, Ombrage semblait prendre un malin plaisir à voir le visage de miss. Jenny se décomposer.

« Et la deuxième chose que je voulais vous dire, c'est que lorsque vous passerez au secrétariat pour prendre le programme des prochains exemplaires, je voudrais que vous ameniez avec vous toute la liste de vos salariés avec le sang qui y correspond et si ce sont des Sangs Purs, je voudrais savoir le nombre de génération de sorcier dans cette famille.

_Pourquoi ? »

Ombrage la toisa avec un œil soupçonneux. Cette petite jeunette qui avait obtenu un poste important dès ses vingt-trois ans et qui avait monté les échelons de la profession en un rien de temps ne lui plaisait guère, d'autant plus qu'avec sa frange qui lui descendait devant ses yeux cernés de noirs, elle lui paraissait vulgaire. Sans compter les bons vingt centimètres de plus que mesurait miss. Jenny comparé à Ombrage.

« Au cas où vous auriez la mémoire fort courte, je vous rappelle que le Ministre vient de faire un discours sur ces raisons, répondit Ombrage avec un petit sourire sarcastique.

_Au cas où vous auriez du mal à déchiffrer le message dans mes yeux, je vous répète donc la question plus explicitement : pourquoi ces gens doivent-ils être convoqués pour un procès ?

_Je vous répondrai, Jennifer, que ce ne sont pas vos affaires. Mon travail consiste à m'occuper de ces questions, et votre travail consiste à publier les réponses que je trouve à ces questions. Un dernier conseil, peut-être ? Evitez de trop vous mêler de ceci… ça pourrait vous attirer des ennuis. » Lui chuchota-t-elle ensuite avec un petit rictus.

Miss. Jenny tourna les talons et prit l'une des cheminées qui était libre. Elle préférait ignorer cette mégère plutôt que de se donner en public. Déjà qu'elle passait pour une personne froide aux yeux du monde entier, pas besoin de passer pour quelqu'un de violent. Certes, elle était une femme d'un caractère plutôt froid avec un humour cassant mais elle savait être plaisante. Oui, elle était plaisante partout sauf au travail où elle aimait être sérieuse, avec sa famille qu'elle détestait, et avec ceux qu'elle ne connaissait pas. D'ailleurs, miss. Jenny n'avait pas beaucoup d'amis et ça ne la dérangeait pas plus que cela. Elle préférait avoir son petit cercle d'amis à elle plutôt que de faire partie des personnes comme son cousin Cameron *le triple idiot* qui avait tellement d'amis que tout le monde le critiquait dans son dos. *Un vrai crétin, un cas désespéré celui-là.*

Après avoir fait un voyage en Poudre de Cheminette, miss. Jenny arriva sur le Chemin de Traverse. Quelques salariés venaient eux aussi du Ministère et se hâtaient de rejoindre leur boutique. Miss. Jenny entreprit de remonter la rue plongée dans un épais brouillard.

Cécilia Hausmann arriva alors en courant derrière la jeune femme. Une petite conversation avec sa sœur, Lizzie, à propos de leur situation avait été nécessaire avant d'aller travailler au vu du discours inquiétant du nouveau Ministre. Elle s'excusa auprès d'un homme pour lui avoir marché sur le pied.

« Ah, Jen ça faisait longtemps ! S'exclama-t-elle plus que ravie de trouver une amie. Tu te rends pour aller donner des ordres à tes journalistes ?

_C'est ça, ouais, je vais les faire travailler ces fainéants, sourit miss. Jenny. Et toi, tu te dépêches pour ne pas subir la colère de ton boss ?

_Oui, parce que j'ai un retard de… Oh merde, je suis en retard de dix minutes ! S'écria-t-elle en regardant sa montre.

_Il ne va pas du tout apprécier… Railla miss. Jenny.

_Ça te va bien de dire ça, hein ! T'es tranquille, c'est toi le boss dans ton service. Moi ça fait sept ans que je suis au service du même boss. C'est vrai que comparé à d'autre, j'ai du souci à me faire. Ah, je te laisse c'est ma rue ! »

Cécilia quitta miss. Jenny pour se rendre vers la petite ruelle située perpendiculairement au Chemin de Traverse. Elle entra dans un bâtiment de brique et monta les escaliers jusqu'au premier étage. Dans le couloir, l'odeur habituelle de la propreté se faisait immédiatement ressentir. Une arrière odeur du parfum Sensationnelle Sorcière de celle qui s'occupait de nettoyer l'étage se faisait également sentir. Tout ceci n'était qu'une habitude pour Cécilia qui sentait cette odeur tous les jours lorsqu'elle traversait le couloir. Elle devait d'abord passer devant l'imprimerie, ensuite elle croisait le jeune stagiaire qui était à l'atelier correction, et enfin elle arrivait devant la salle de journalisme. A l'intérieur, une équipe constituée de trois femmes et d'un homme tapaient sur leur machine à écrire. Juste à côté, le bureau de Mr. William, leur patron, était fermé par une porte de verre dont les rideaux étaient toujours tirés. Depuis ce bureau, on entendait la radio au son rock que les salariés avaient l'habitude d'entendre.

« T'es en retard… » Grogna la vieille Mrs. Magnien.

En vérité, cette « vieille » n'avait que 40 ans ce qui était fort jeune pour une sorcière mais avec sa forte corpulence et ses rides qui masquaient son visage, elle en faisait trente de plus. Elle n'était pas très appréciée de ses collègues qui attendaient impatiemment le jour où tous les discours qu'elle donnait sur sa démission prochaine se réaliseraient. En effet, la vieille Mrs. Magnien n'avait qu'un seul sujet de conversation : sa démission qu'elle ne tarderait pas à donner. Seulement, cela faisait deux ans que ce discours durait…

Cécilia attrapa la corbeille de travail que lui tendait la vieille Mrs. Magnien et se retourna pour s'asseoir à son bureau, le mieux rangé de la pièce. A côté d'elle, Marjorie et Magalie – les doubles M comme on les appelait – ne semblaient pas avoir épuisé tous les sujets de conversation sur les nouveaux modèles de chaussures en un an. Car oui, cela faisait pratiquement un an que Cécilia entendait leur conversation sur les modèles tendances de chaussures. Leurs doigts fins et délicats aux ongles en peau de crocodile tapaient en même temps sur leur machine à écrire. Un long filet d'eye-liner faisait comme un masque autour de leurs yeux.

« Mr. William voulait te parler tout à l'heure. » La prévint Marjorie sous ses immondes lunettes à monture léopard.

Cécilia ne perdit pas une minute et s'empressa de se lever pour rejoindre le bureau de leur rédacteur en chef. Au passage Yousef, le seul homme du service de journalisme, la salua avec un sourire. Il était le seul avec qui elle aimait véritablement parlé. Tout comme elle, il ne descendait pas d'une famille recommandable en ces temps-ci et la seule différence était que Cécilia, contrairement à Yousef, avait falsifié ses papiers.

« Bonne chance ! » Lui lança-t-il avec un clin d'œil.

Elle frappa fortement à la porte du bureau pour que Mr. William puisse l'entendre à travers sa musique. Cécilia s'autorisa ensuite à entrer. Mr. William était lui-même de Sang Mêlé et un grand fan des vieux classiques rock. Debout sur sa chaise de bureau, il feignait de gratter les cordes d'une guitare électrique. Il portait même un blouson en cuir et une contrefaçon des lunettes Ray-Ban avec une cigarette allumée au coin de la bouche. Chers compatriotes, je vous présente le « terrible » patron de Cécilia. Entre collègues, tout le monde aimait bien narguer les salariés du journal Sorcière Hebdo sur leur patron dans le genre : « Fais attention ou ton boss va râler si tu arrives en retard ! ». Tout ceci n'était que des plaisanteries entre collègues car Mr. William manquait cruellement d'autorité avec son caractère un peu léger et son fanatisme du rock'n'roll.

Cécilia déposa la corbeille de travail sur son bureau et attendit qu'il ne descende de sa chaise pour baisser le volume de la radio. Il enleva immédiatement ses lunettes, son blouson en cuir, et écrasa sa cigarette sur le coin de son bureau. Une trace noire apparut au milieu d'une centaine d'autres.

« Ah, je vous attendais ! J'avais dit à Marjorie de vous prévenir…

_Oui, je m'excuse je suis arrivée en retard de quelques minutes mais ne vous en faites pas je…

_Bah, vous avez voulu digérer tous les propos de notre nouveau Ministre, hein ? Je vous accorde bien dix minutes de retard pour ça, ne vous en faites dont pas… »

Il soupira en s'installant dans son fauteuil dont il caressa les accoudoirs. Il profitait de ses derniers instants en tant que rédacteur en chef car dans quelques mois il devrait se rendre à son procès où on lui réquisitionnerait son poste à coup sûr. C'était révoltant pour la jeune femme qui savait qu'elle jouait gros avec ses faux papiers mais si elle aspirait à gagner un salaire dans la norme, c'était un risque à prendre. Pourtant, Mr. William était le supérieur dont tout le monde rêvait et Cécilia craignait le jour où elle devrait faire face à quelqu'un de nouveau dans ce bureau. Elle avait pris l'habitude de travailler avec la radio de Mr. William qu'on entendait dans tout l'étage. Ses imitations des rockeurs allaient lui manquer ainsi que ses petites aises bien propres à sa campagne natale. Il l'invita à s'asseoir et sortit un morceau de parchemin qu'il fixa avec consternation.

« Oui euh… j'ai reçu de nouvelles instructions de la part de notre sous-secrétaire d'état et… Je dois donner la liste de mes employés avec la classe sociale. Vos parents étaient Sang Pur, je crois ? »

Cécilia acquiesça vivement cherchant à paraître le plus naturel possible. Même si elle appréciait Mr. William, elle ne pouvait faire confiance qu'à très peu de personne dont elle-même, sa sœur et son mari. Sa totale confiance s'arrêtait là.

« Je suis désolée, je sais que ça à été une période difficile quand vos parents sont décédés mais… je dois remplir cette liste.

_Oh, non ça va c'est bon, je comprends. Vous faites ce que l'on vous demande.

_Précisément… Marmonna-t-il comme s'il s'en voulait. Je devrais sans doute me rebeller mais le courage me manque, vous savez. Enfin, j'oubliais… Ce ne sont pas vos problèmes ! Dite à Yousef qu'il faut que je lui parle sérieusement et la lettre réclame un certificat de naissance avec le nom de vos grands-parents et arrières grands-parents. Vous m'apportez tout ça demain ? »

Elle acquiesça de nouveau et sortit du bureau. La culpabilité la rongeait de devoir mentir à Mr. William. « Ce ne sont pas vos problèmes » avait-il dit mais justement il ignorait qu'elle aussi était mêlée à tout ceci.


Camille Toms sortait du bureau de Mrs. Higgs après son interrogatoire sur son sang. *Vielle peau !* L'insulta-t-elle mentalement. Dans ses rêves, elle disait enfin à sa patronne tout ce qu'elle pensait d'elle et de ses idées Pro Sang Pur. *Parce que oui, excusez-moi mais Madame est de Sang Pur, attention !* Grognait Camille en retournant devant le comptoir qu'elle tenait. Au dessus du comptoir, des lettres majuscules annonçaient « Secrétariat » pour tous les sorciers qui devaient venir chercher des papiers, prendre un rendez-vous avec une personne précise, etc. En résumé, Camille ne servait qu'à sourire aimablement à des sorciers qui ne s'empêchaient pas de la regarder d'un mauvais œil à cause de son sang.

Malgré cela, la jeune femme souriait, restait polie et gentille avec eux bien que dès qu'ils soient partis, elle s'empressait de marmonner toutes les insultes qui lui venaient à l'esprit. Ses parents étaient moldus, que pouvait-elle faire ? Devait-elle se prosterner devant le Ministre et lui réclamer une faveur ? Bien sûr que non ! Si Merlin l'avait placé ici en tant que Sang Impur, elle s'y résignait à l'être et l'assumait la tête haute.

Une sorcière immensément grande, les cheveux raides, une frange qui lui tombait devant ses beaux yeux gris gâché par une couche de noir autour, arriva avec son air froid si habituel. Camille lui fit un grand sourire et se leva pour accueillir miss. Jenny.

« Dolorès Ombrage m'a laissé des papiers au secrétariat. » Annonça-t-elle sans le moindre sourire.

*Peste !* Songea Camille en s'éloignant toujours avec un immense sourire. Elle se sentait bien cruche à sourire toute la journée, néanmoins ses amis l'aimaient en partie pour son sourire. Mais derrière cette petite blonde souriante au visage en cœur se cachait une jeune femme inquiète pour son avenir et celui de sa meilleure amie, Sacha.

Elle farfouilla dans ses affaires bien classées et en sortit un dossier qui avait été déposé un peu plus tôt dans la journée. Avec ceci, Ombrage avait ajouté une note précisant que miss. Jenny lui devait quelque chose en retour.

Camille n'aimait pas particulière miss. Jenny comme un peu près toutes les personnes qui ne se fiait qu'à l'apparence froide de celle-ci. Mais elle se sentait obligée d'être aimable avec d'elle, d'une part parce que c'était son travail, d'autre part parce qu'elle voulait faire bonne impression sur la cousine de Cameron Prewett. Elle revint avec un sourire pour donner les documents à miss. Jenny qui s'empressa de les prendre mais Camille la retint un moment avec le plus d'amabilité possible.

« Ombrage aurait souhaité avoir une liste de vos salariés, précisa-t-elle.

_Je sais, répondit sèchement miss. Jenny. Si elle vous la demande, dites-lui qu'elle l'aura dans un peu de temps. »

Malgré le regard intimidateur de la grande femme qui était Rédactrice en Chef à la Gazette du Sorcier depuis un an déjà, Camille lui adressa un sourire tout en lui souhaitant une bonne journée. Dès qu'elle fut partie, la jeune femme retourna à sa paperasse pour un tel qui voulait un rendez-vous avec un tel et qui lui avait laissé soin de le faire avant une date précise. Elle cherchait un moment disponible pour les deux personnes lorsqu'on sonna au comptoir. *Encore du monde… Souris Camille, souris !*

« Bonjour ! Entonna-t-elle en arrivant près du comptoir avec le sourire.

_J'ai besoin d'un rendez-vous avec la Sous-secrétaire d'Etat avant demain ! Exigea immédiatement un petit homme grincheux qui avait à peine une tête de plus que le comptoir.

_Je vais voir si elle a un moment à vous accorder mais j'ai bien peur que ce ne soit pas possible, répondit Camille sans perdre son sourire et allant tout de suite chercher l'emploi du temps d'Ombrage.

_Dites-lui que c'est urgent ! Ma femme a été convoquée pour un procès alors qu'elle est de Sang Mêlé ! »

*Mon pauvre monsieur, vraiment vous êtes l'homme le plus à plaindre et je doute fort qu'Ombrage voudra vous accorder ne serait-ce qu'une dizaine de minutes.* Songea Camille en parcourant l'emploi du temps. Elle soupira sans bruit, le dos tourné à son client qui s'agitait derrière le comptoir pour mieux la voir puisqu'il n'était pas très grand.

« Je suis désolée…

_Ma femme n'est pas de Sang Impur ! S'égosilla-t-il.

_... mais il n'y a aucune place de libre…

_Elle ne peut pas être convoquée ! Continuait-il en sautant sur place avec énervement.

_... dans l'emploi du temps de la sous-secrétaire d'État…

_C'est une erreur, j'en suis sûr !

_... vous allez donc devoir vous trouvez un arrangement ou…

_Je veux un rendez-vous avec elle avant demain matin, vous m'entendez !?

_Oh, écoutez monsieur ! Je suis moi aussi convoquée à un stupide procès où l'on me réquisitionnera de ce poste ! Votre problème n'est pas le premier de mes soucis, vous êtes dans le même cas que tout le monde ! Votre femme est dans la merde tout comme moi et des centaines de personnes alors soit vous allez vous plaindre à quelqu'un d'autre parce que je ne peux rien pour vous, soit vous allez vous faire… voilà ! »

Et tout cela dit avec le sourire, un coup de maître ! C'était dit, le sorcier ne semblait pas vouloir s'attarder une minute de plus au comptoir de cette furie qui osait en plus lui sourire ! Il s'empressa de prendre l'ascenseur en maugréant qu'il allait se plaindre au bureau de la direction tout en lançant des regards haineux à la jeune femme. Cette dernière après avoir perdu le contrôle d'elle-même, voulu se rattraper en adressant un signe de la main avec un sourire pour le sorcier qui le prit encore plus mal.

Toute cette agitation avec son procès qui lui pesait sur les épaules, la crainte de son avenir qui prenait soudainement une nouvelle tournure l'avait perturbé plus qu'elle ne l'aurait cru. Elle s'empressa de s'asseoir sur son siège de bureau pour soupirer un grand coup et faire le vide dans sa tête. Elle s'accorda quelques minutes de repos où elle emprisonna son visage dans ses mains, accoudée à son bureau.

*Alors voyons voir toutes les possibilités. J'ai le choix entre rester ici et être sûre que je vais finir en clocharde qui demandera l'aumône devant Harrods en se faisant jeter à coup de balai par les vigiles, ou m'enfuir quelque part avec Sacha pour démarrer une nouvelle vie sous une nouvelle identité. La dernière option me semble pas mal mais le problème est de savoir s'ils me lâcheront la grappe ou s'ils me poursuivront et là je peux être sûre de jouer avec ma vie. Ils ne se priveront pas de m'assassiner si je me risque à fuir.* En d'autres termes, elle était totalement piégé et ne savait absolument pas quoi faire.


« Mr. Gamp, que savez-vous au sujet des procès à venir ? Devons-nous croire que tous les nés moldus vont être renvoyés ? Si oui, est-ce qu'on leur infligera d'autres sentences ?

_Non, je sais juste qu'ils vont être interrogés, rien de plus. Ils sont tous en sécurité, aucun mal ne leur sera fait, répondit Henri Gamp tout beau, bien classe dans son smoking devant une dizaine de journalistes.

_Est-ce que vous avez déjà arrêté un né moldu ? Si oui, pourquoi ? Vous a-t-il agressé de façon violente ?

_Les nés moldus vous ont-ils déjà menacé ou agressé, Mr Gamp ? »

Tous ces journalistes espéraient en savoir un peu plus après le discours de Pius Thicknesse quelques heures plutôt dans la journée. J'étais d'ailleurs derrière cette barrière de journalistes, la petite brune avec son blaser blanc nacré qui essaie de se frayer un chemin à travers les journalistes et un homme de poids lourd qui était juste venu pour prendre des photos tout en mangeant un sandwich aux crudités dont la moitié avait atterrit sur mes chaussures. Ce n'était vraiment pas drôle parce que c'était un cadeau de mes parents mais je ne désespérais pas et bientôt vous pourrez me voir tout proche de mon cousin Henri pour lui poser cette question :

« Ombrage vous a-t-elle déjà fait transmettre les réponses que vous devrez donner aux journalistes ou répondez-vous spontanément de vous-même ? »

Il me dévisagea surpris tandis que tous les journalistes me poussaient comme des fauves pour avoir la chance de l'approcher. C'était la question de miss. Jenny, elle m'avait donné un tas de question comme à chaque fois où elle m'envoyait en tant qu'envoyé spécial pour ses articles et celle-ci y figurait en rouge.

Henri me dévisagea avant de passer à la question d'un autre journaliste. Il avait de la prestance mon cousin et il était d'ailleurs vraiment beau ! Tout comme un anglais se devait être, il avait une peau comme le lait et des cheveux bruns qui reflétaient parfois un roux dissimulé dans sa sombre couleur. Je pouvais bien accorder à Lizzie Purse d'être tombée amoureuse de mon cousin car il avait aussi de belles lèvres pulpeuses. Mais hormis tout ceci, il était assez intelligent pour prendre du recul sur ce qui se passait. Attention, je n'étais pas en train de dire qu'il était différent des autres Sang Purs, bien au contraire, mais il avait une certaine patience, un calme qui lui permettait de ne pas se lancer dans des paroles inutiles. Il préférait réfléchir avant d'agir et pour un Chef de Brigade c'était plutôt une bonne qualité.

Je vous l'avais bien dit que miss. Jenny était quelqu'un avec un sacré caractère bien à elle. C'était une rebelle dans l'âme, ça se voyait rien qu'avec sa manie de laisser sa frange lui tomber devant ses yeux qu'elle cernait de noir, et aussi par ses cheveux raides qui défiaient la règle des boucles de toutes les jeunes femmes de l'époque prêtes à se trouver un mari.

Henri finit par laisser la horde de journalistes. Les vigiles s'assurèrent de bien refermer les barrières pour empêcher tous ces fauves de se jeter sur le chef de la brigade. Il ne fallait tout de même pas le blesser, surtout dans son smoking ! Il prit l'ascenseur qui le déposa à son étage où l'on s'acharnait à travailler et à envoyer des rapports aux journalistes. Un envoyé de la Gazette du Sorcier était justement en train de prendre des photos.

« Excusez-moi, je vous demanderai de sortir tout de suite. Nous n'avons pas le temps pour les photos et je dois parler à mes employés. Merci. »

Le photographe rechigna que le service était bien trop fermé ce qui bloquaient les journalistes pour de bons articles mais Henri Gamp n'en avait que faire ! A quoi cela lui servirait-il de sourire sur une photo pour faire la Une des journaux en cette période ? Qu'est-ce qu'Henri Gamp pouvait bien dire à toutes ces personnes qui priaient la nuit pour leur avenir ? La seule remarque qu'ils pourraient faire en lisant les journaux serait de remarquer que leur chef de brigade avait un beau smoking et un sourire charmeur. Nul doute qu'il n'avait eu aucun mal à plaire à sa nouvelle fiancée, Lizzie Purse. Elle incarnait tout ce qui représentait une femme pour lui. Elle était la future mère de ses enfants, celle avec qui il se voyait construire un avenir. Elle était la douceur et la bonté même, elle avait cette qualité de donner son amour et sa chaleur à ceux qu'elle aimait. Et comme il était bon d'être aimé de cette femme !

Pour tout parfaire, sa famille l'idolâtrait. Ils étaient tous d'accord sur le fait qu'elle était une femme parfaite pour leur fierté qu'était Henri. Comment passer à côté de toutes ses qualités ? Lizzie était la femme qu'il lui fallait, celle qui honorerait sa famille. Elle avait tout de ce que l'on pouvait attendre d'une femme à cette époque. La beauté, la douceur, et l'éducation malgré son passé tragique causé par la mort de ses parents huit années plus tôt.

Henri Gamp dû bien l'extraire de son esprit le temps de se concentrer sur son travail. A la vérité, l'idée d'un mariage le réjouissait plus qu'il ne l'aurait jamais douté mais il ne devait rien laisser transparaître. Il s'avança vers ses salariés et fit un tour dans son service pour observer leur travail. Lorsqu'il arriva à hauteur de Sacha Burbles, celle-ci redressa la tête pour lui parler :

« J'ai répertorié tous les Nés Moldus que l'on a reçu. On devrait bientôt recevoir la liste des salariés de la Gazette du Sorcier, et celle du département des Aurors. Sinon, elles y sont toutes.

_Parfait c'est très bien. Est-ce que je pourrai vous voir dans mon bureau, s'il vous plaît ?

_Maintenant, monsieur ? »

Il acquiesça et lui fit signe de le suivre. Elle se leva immédiatement et le suivit jusqu'à son bureau où il ferma la porte et tira les rideaux pour empêcher aux autres salariés de voir à travers les murs de verre. Il l'invita à s'asseoir tandis qu'il allait s'installer derrière son bureau. Elle se tenait bien droite devant lui avec cet air d'inquiétude qui la trahissait. Henri se racla la gorge.

« Vous descendez d'une famille non recommandable en ces temps-ci, commença-t-il ce qui eut pour effet de la faire trembler légèrement mais il le vit tout de même. Votre procès doit se faire à quelle date ?

_Le 13 octobre, monsieur, répondit-elle en toussant pour se donner de la voix.

_Vous allez sûrement avoir une baisse sur votre salaire ou peut-être pire… »

Elle baissa le regard, ses mains tremblaient sur ses genoux pliés. Il voyait bien qu'elle redoutait ce jour-là. Personne ne savait encore ce qui se passait exactement mais il arrivait qu'on ne revoit plus certains sorciers, que d'autres soient renvoyer, et pour les plus chanceux ils touchaient moins que le salaire minimum pour des métiers dévalorisants. Ainsi, Henri avait pu voir certains sorciers hauts placés avec de bons diplômes en poche redescendre soudainement au premier échelon pour un salaire misérable. On le remplaçait souvent par le fils d'un quelconque père qui possédait un coffre bien rempli à Gringotts et dont la famille était, évidemment, de Sang Pur.

« Vous touchez actuellement combien ?

_Huit gallions de l'heure, monsieur.

_Je vais vous augmenter. Et dès maintenant ! Précisa-t-il alors qu'elle le regardait avec des yeux ronds de stupeur. Je vous offre cent cinquante gallions de l'heure.

_Monsieur, vous…

_Il vous reste quelques mois alors placez bien votre argent, économisez parce que bientôt vous toucherez un salaire quasi-inexistant.

_Merci ! S'écria-t-elle. Merci, monsieur, merci !

_Chut, je voudrais que cela reste secret si vous voyez ce que je veux dire, lui fit-il savoir.

_D'accord, monsieur. Je serai discrète, monsieur. Merci, monsieur ! Euh… je dois sortir de votre bureau en souriant ou…

_Pleurez donc ! Ainsi ils croiront peut-être que je viens de vous insulter sur votre sang. »

Elle hocha la tête pressement et sortit du bureau en pleurnichant. Les autres salariés se retournèrent surpris et jetèrent un regard étonné à leur patron qui les dévisagea hautainement avant de les inciter à travailler plus. Certains ricanaient devant l'état de Sacha et soufflaient entre eux qu'elle le méritait quand on savait de quelle famille impure elle était issue. Intérieurement, Henri jubilait parce qu'il venait de faire sa bonne action du jour.


Keina referma la porte de l'appartement qu'elle partageait avec sa sœur, Eléa. Celle-ci venait juste après en pleurnichant. Keina l'entraîna jusqu'au salon et lui donna un sablé pour qu'elle puisse manger un peu. En s'asseyant à côté d'elle, Keina lui caressa le dos pour lui remonter le moral.

« Je suis désolée… Pleurnichait Eléa. Je n'ai pas pu… Quand j'ai entendu… Ticknesse et… et après dans l'ascenseur… Il y avait tellement de sorciers… Je n'ai pas pu, je suis désolée ! Tellement désolée mais je les entendais… ils parlaient tous et ils ne cessaient de faire des remarques sur un tel ou tel qui… qui… qui…

_Qui étaient de Sang Impur, termina Keina en passant son bras autour des épaules de sa sœur. Et toi évidemment, tu crois tout ce qu'on dit !

_Ce n'est pas drôle…

_Non, c'est vrai mais on va t'insulter toute ta vie et pas seulement à cause de ton sang. Certains n'aimeront pas les asiatiques et ils t'insulteront pour ça. D'autres ne t'aimeront pas tout simplement et il faudra bien avancer quand même ! Et puis, de toute façon, ça fait dix ans qu'on n'est plus des Sangs Impurs sur nos papiers.

_Oui mais moi je te dis qu'on n'a rien à faire ici. Pourquoi on ne retournerait au Japon ?

_Et tu veux faire quoi au Japon ? C'est partout pareil ! D'accord, peut-être que la Grande-Bretagne est numéro un dans le classement des pays les plus intolérants mais tôt ou tard ça arrivera jusqu'au Japon. Et honnêtement, il n'y a rien pour nous là-bas hormis les souvenirs… » Marmonna-t-elle.

Eléa commença à protester mais Keina lui déposa un baiser sur le front avant d'annoncer qu'elle allait préparer le repas. Eléa alla s'enfermer dans sa chambre et se jeta sur son lit. Elle prit dans ses mains la peluche du petit hippogriffe qui sentait encore l'odeur... C'était cette odeur ! Eléa l'appuya contre son nez et renifla. Elle s'imprégna de cette odeur. C'était grâce à cela qu'elle arrivait à avoir encore une image de ses parents. Elle n'avait qu'une photo qui était encadrée sur sa table de chevet. Dix ans auparavant la maison des Shaki avait été incendiée. Keina et Eléa jouaient dans le jardin quand l'explosion avait eu lieu. C'était une belle journée d'été et les framboisiers avaient beaucoup donné. Keina avait quatorze ans et Eléa en avait huit. Elle se souvenait encore de la force qui les avait toutes les deux projetée au sol. On avait brûlé leur maison parce que leurs parents étaient des moldus. Des sorciers qui ne supportaient pas les Sangs Impurs avaient mis le feu à leur maison emportant ainsi leurs parents. Deux petites filles innocentes qui ne riaient plus s'étaient retrouvées abandonnées.

Si Eléa pensait qu'elles pourraient refaire leur vie là-bas, Keina en revanche gardait un trop mauvais souvenir de ce qu'elle avait vécu qu'il en était hors de question de son côté. Eléa n'abandonnerait pas sa sœur tout comme Keina ne l'abandonnerait pas. Elles étaient le corps et l'âme à la fois.

Eléa retira sa peluche de son nez et rouvrit les yeux sur sa chambre de couleur lilas. Sa baguette était posée au-dessus de sa commode où traînait une paire de chaussettes pas encore rangée. Sur le sol de la chambre des pantalons, des sous-vêtements traînaient un peu partout en boule de linge sale. Keina entra dans la chambre avec l'expression d'une mère qui avait trouvé un nouveau reproche à adresser à sa fille :

« Eléa, ton linge sale ! Et tes chaussures ! Je vais le répéter combien de fois ? Pas de chaussures dans la maison ! On les retire à l'entrée ! Aller, dépêche-toi ! Et tu mettras la table aussi, hein ! Hein ?

_Oui ! Répondit Eléa avec exaspération.

_Ça te changera de participer un peu aux tâches ménagères, hein ! » Railla Keina en refermant la porte de la chambre.

Eléa ramassa tout son linge et se rendit avec jusqu'à la salle de bain. Elle déposa la pile des vêtements dans la corbeille de linges sales et ressortit de la salle de bain en traînant des pieds. Elle alla retirer ses chaussures à l'entrée puis rejoignit la cuisine. Keina cherchait le poivre dans le tourniquet à épices. Du poisson grillait à la poêle. Eléa jeta un regard dans la marmite et découvrit une purée de pommes de terre.

« Encore celle que t'achète au supermarché… Bougonna-t-elle en prenant les assiettes.

_Dis donc, si tu n'es pas contente tu vas manger chez le voisin ! Rétorqua sa sœur.

_Je parie que même le vieux Hugh cuisine mieux que toi ! Sa femme nous faisait des cookies avant ! Mais maintenant, elle dit que je suis trop grande pour les cookies…

_Tu arrêtes de râler un peu ! La taquina Keina. Et enlève-moi ce truc moche que t'as sur le dos !

_Ce truc moche ? C'est ma veste de sport ! Elle m'a coûté tout mon argent de poche !

_Mais tu ne fais pas de sport… Soupira sa sœur.

_Et alors ? On s'en fou ! Toi tu ne sais pas cuisiner et tu cuisines quand même !

_Et tu te crois drôle j'imagine, hein ? Le prochain repas c'est toi qui le fais. On va encore manger des pâtes c'est ça ?

_Bah ouais… Marmonna Eléa en haussant les épaules.

_Jeunesse incompétente… » Souffla Keina devant sa sœur qui lui tirait la langue avec un sourire moqueur.

Elles avaient pris cette habitude de se taquiner toutes les deux. Dans cet immeuble, il y avait beaucoup trop de vieux alors pour une fois que des jeunes y habitaient, les vieux ne protestaient pas trop quand ils entendaient du bruit. Cela mettait un peu de vie dans leur retraite plate et monotone. De plus, Keina et Eléa n'étaient pas deux jeunes femmes terribles. Au contraire Keina aimait beaucoup aider, quant à Eléa… bon, elle était à Poudlard les sept dernières années du coup elle n'avait pas eu l'occasion de montrer qu'elle était quelqu'un de volontaire. Et les vieux lui pardonnaient bien volontiers parce que la jeunesse était souvent une excuse qu'ils acceptaient avec le sourire.

Eléa était toujours agréable avec eux, toujours souriante, elle ne leur avait jamais posé de problèmes. Voilà pourquoi quand elle descendait les escaliers de l'immeuble en courant, ils ne disaient rien.

Eléa aimait bouger, non pas pour se dépenser mais parce qu'elle avait besoin de faire quelque chose. Mais il était hors de question qu'elle aide sa sœur à tenir leur immeuble bien évidemment. Non, Eléa préférait courir dans les escaliers, courir pour aller au supermarché, courir pour courir. Les sorciers du quartier aimaient beaucoup en règle générale « cette fille qui court », c'était ainsi qu'ils l'appelaient.

Keina en était d'ailleurs très fière. Le fait qu'Eléa soit appréciée était sa plus grande fierté. Elle ne se lasserait jamais d'entendre des compliments sur sa sœur. Et tandis qu'Eléa était partie chercher une baguette de pain en courant, Keina mettait un peu d'ordre dans l'appartement. On frappa à la porte. Keina abandonna ce qu'elle était en train de faire pour aller ouvrir. Elle sauta immédiatement dans les bras de son « père ».

Orphelines, Keina et Eléa ne le sont pas restées longtemps. Obligées de se reclure dans un orphelinat pour moldus, elles avaient commencé par se dire que jamais plus elles ne pratiqueraient de magie. Et puis un beau jour, quelqu'un était venu pour les adopter. On leur avait expliqué tout sur l'adoption et on leur avait dit combien cet homme qui allait les adopter était formidable. Ce que Keina se demandait à ce moment c'était pourquoi quelqu'un voulait tant les adopter, elles ! Elles avaient attendu moins de quatre mois avant que quelqu'un ne veuille les adopter alors que d'autres attendaient depuis des années.

Elles avaient ensuite fait la connaissance de leur futur père adoptif. Il était très grand et Eléa avait commencé par avoir peur au début. Il s'était présenté comme n'importe quelle personne le ferait. Il s'appelait Ewan Perks et il travaillait au Ministère de la Magie de Grande-Bretagne. Il s'occupait lui-même de la paperasse dans le département de la justice magique pour ce qui était de la justice dite d'intérieur. Eléa avait alors demandé ce que c'était ce truc de l'intérieur. Il avait souri et leur avait expliqué en quelques mots qu'il travaillait à la brigade de la police et qu'il s'occupait des immigrants plus particulièrement.

A nouveau Eléa lui avait demandé ce qu'était un immigrant. Il lui avait simplement répondu qu'il comptait les emmener en Grande-Bretagne avec lui comme ses propres filles. Keina n'avait pas approuvé l'idée et lui avait dit de but en blanc qu'il était louche. Il ne lui inspirait pas du tout confiance.

Et pourtant, Ewan Perks les a bel et bien adoptées. Il les a aidés à s'insérer dans la société anglaise en prétendant que sa femme japonaise était décédée et qu'ils étaient tous les trois revenus en Grande-Bretagne pour oublier. Dès lors, l'adoption était en quelque sorte devenue leur secret dont ils ne parlaient pratiquement jamais.

Désormais, les deux sœurs étaient grandes. Keina avait vingt-quatre ans, et Eléa en avait dix-huit. Sans aucunement se vexer, Ewan avait parfaitement compris quand Eléa était venue emménagée chez sa sœur. En quelques mots, il n'avait pas seulement été leur « père », il avait été celui qui leur avait permis d'entrer dans ce monde. Il était celui qui avait falsifié leurs papiers pour y inscrire qu'elles étaient nées de deux parents sorciers.

Aux yeux de tout le monde, Keina et Eléa étaient les filles Perks qui avaient tragiquement perdu leur mère japonaise dans un accident de chaudron. Le pauvre père n'avait pas pu supporter la disparition de sa femme et avait décidé de retourner dans son pays d'origine avec ses deux filles pour oublier.

Voici ce qu'était leur histoire.


Voilà pour le deuxième chapitre qui décrit un peu plus les personnages. Le troisième sera un peu pareil puisque tous les personnages ne sont pas dans ce chapitre. J'espère que vous avez aimé ! N'hésitez à me donner votre opinion bonne ou mauvaise ou à me poser des questions ;)