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Le paraître et l'être
Harvey Leroy était quelqu'un de plutôt insignifiant. Il n'était pas d'une grande importance et pourtant je le mentionne car il a sa place parmi ses personnages. Harvey se réveillait ce matin comme tous ceux qui devaient aller travailler. Il n'était pas particulièrement heureux de se lever mais comme tous les autres salariés : il ne pouvait pas faire autrement s'il voulait payer son loyer. Il entendait depuis la chambre voisine, le réveil de son ami et colocataire Louis. Comme tous les matins, son réveil était assez puissant pour les réveiller tous les deux ou alors les murs étaient trop minces. Harvey se demandait d'ailleurs comment Louis trouvait le sommeil lorsqu'il invitait des filles.
Harvey se levait péniblement et en même temps qu'il cherchait son sweat dans la salle de bain, il se regardait dans le miroir. Il y avait quelque chose qu'il n'avait jamais compris. Harvey n'était pas laid. Bon… il n'était pas beau non plus. Certes, il reconnaissait avoir un grand nez dont il se serait bien séparé mais il n'était pas repoussant à regarder.
Mais Harvey n'avait jamais compris pourquoi il ne réussissait jamais à avoir une relation sérieuse. C'était un mystère pour lui car jamais, jamais, de chez jamais il n'avait réussi à dépassé le stade de la première nuit et du premier rendez-vous. Qu'est-ce qui clochait chez lui ? Non, il avait un corps plutôt normal quoique un peu trop mince pour un homme. Il ne ressemblait pas à un botruc non plus même avec son grand nez et il avait un sexe de taille plutôt adéquate.
Quand il ramenait une fille pour la nuit, celle-ci ne se plaignait jamais et semblait plutôt appréciée lorsqu'il allait contre elle. Alors pourquoi elles ne voulaient jamais aller plus loin ? Des aventures, Harvey en avait connu. Il n'était pas non plus le champion de ce domaine mais il avait au moins le mérite d'en avoir connu plusieurs.
Louis entra dans la salle de bain pour s'asseoir sur le trône des toilettes. Il ressemblait à un zombi comme tous les matins. Et tandis qu'ils s'échangeaient des grognements entre eux pour se demander l'un et l'autre s'ils avaient passé une bonne nuit, Harvey dû bien reconnaître que Louis était vraiment moche le matin. Avec ses cheveux complètement retourné, ses yeux mi-clos et sa peau grisâtre… Louis n'était tout simplement pas beau à regarder ! *Tant qu'il s'arrange pour la journée et que ça reste entre nous…* Se disait Harvey.
Il passa ensuite à la vitesse supérieure pour ne pas arriver en retard. Il posait à peine un pied au Ministère qu'on lui demanda sa carte de salarié. *Doucement les gars, doucement ! Je viens d'arriver, si vous m'agressez comme ça dès le départ... Ah les Raffleurs ! Toujours pressés ces gens-là !* Il fit exprès de mettre du temps à chercher sa carte pour les faire languir. Sauf que les deux hommes ne semblaient pas très patients. Ils commencèrent à douter qu'il soit du Ministère et lui posèrent des questions sur sa famille, son sang, etc. *Oh là ! Oh là ! Il faut se détendre un peu !*
« Ta carte ! Tu l'as oui ou non ? S'énerva l'un d'eux.
_Oui, oui… Deux secondes ! Les gars, on est jeudi matin, huit heures alors cool… on se calme, je l'ai ma carte ! Mais si vous commencez à nous agresser comme ça, c'est sûr qu'on a envie de vous faire patienter.
_Ta carte ! Répéta-t-il.
_La voilà ma carte ! Elle est bien là et oui je suis de sang pur, c'est bon ? Vous avez tout vérifié ? Je ne suis pas un criminel ? Je ne risque pas de provoquer d'attentat ? Vous en êtes sûrs ? »
Ils lui jetèrent un regard plus que glacial avant de lui rendre sa carte. Harvey les remercia et leur souhaita une bonne journée puis se rendit enfin jusqu'à l'ascenseur. Il monta à l'intérieur et trouva Sacha qui montait elle aussi. Il lui sourit car plusieurs sorciers les séparaient dans cet ascenseur. Avec ses cheveux roux presque rouge, Sacha était reconnaissable. Elle lui adressa un signe de la main depuis l'autre bout de l'ascenseur.
Sacha lui lança un dernier regard quand elle descendit. Harvey resta à l'intérieur et continua à sourire pendant le reste du trajet. Il connaissait Sacha depuis Poudlard tout comme Louis et Camille, la meilleure amie de Sacha. Tous les quatre… pouah ! Ils étaient la meilleure bande ! Il s'en rappelait même si ça remontait à quelques années déjà. Ils étaient un vrai quatuor. Ils s'invitaient toujours aux soirées et ils passaient plus de temps ensemble qu'avec les autres élèves. Ils avaient certes été un clan quelque peu exclu mais ils passaient les plus beaux moments de leur scolarité ensemble alors ils s'en fichaient pas mal !
Harvey descendit de l'ascenseur quand celui-ci se fut arrêté à son étage. Le département d'accidents et de catastrophes magiques était très varié. Harvey était dans le quartier des Oubliators. C'était un petit cercle de quelques sorciers dont Keina Perks faisait partie.
« Presque en retard ! » Remarqua-t-elle avec un rictus.
C'était leur truc à eux. Harvey n'était pas quelqu'un de ponctuel. C'était Keina qui le couvrait souvent en inventant des excuses les unes les plus stupides que les autres. Harvey ne prit même pas le temps de s'asseoir comme il était dévisagé par Cameron Prewett qui avait dû se tromper de département comme il travaillait dans celui de la justice. Harvey ne l'appréciait pas et Cameron le lui rendait bien.
« Hum… qu'est-ce qu'on a aujourd'hui ? Demande Harvey pour détendre l'atmosphère.
_Plusieurs moldus ont été témoin d'un… accident de sorciers, expliqua Cameron en se raclant la gorge. Le ministre de la magie a tenu à ce que je vous informe moi-même que cette affaire doit être réglée le plus vite possible. »
Harvey arqua un sourcil. Le petit sourire hautain de Cameron l'exaspérait. Qu'est-ce qu'il croyait ? Parce qu'il avait été envoyé par le ministre lui-même il fallait lui vouer un culte ?
« Quel genre d'accident ? Voulut savoir Harvey.
_C'est confidentiel, répondit sèchement Cameron sur un ton tranchant qui dissuadait quiconque d'approfondir.
_Comment est-ce que vous voulez qu'on règle ce problème si on ne sait pas de quoi il s'agit ? Tenta tout de même Harvey parce que ça lui plaisait de voir le visage exaspéré de Cameron.
_Débrouillez-vous, c'est votre travail. J'ai fais le mien, maintenant je peux retourner à mes tâches. Le ministre m'attend ! Crut-il bon de préciser comme si c'était un honneur particulier.
_Et ces moldus ? On en fait quoi alors ? Persista Harvey.
_Oh ! Mais faites-les disparaître qu'est-ce que vous voulez que je vous dise !? Effacez leur mémoire, faites-les bruler si nécessaire ! Le plus important c'est qu'ils ne répètent pas ce qu'ils ont vu !
_Vous voulez qu'on les brûle pour avoir vu… un « accident » que vous ne nous décrivez pas ? Releva Harvey.
_Ce sont des moldus !
_Et vous êtes un homme plutôt louche qui cache bien des choses plutôt louches aussi !
_Ca va ! C'est bon ! Intervint Keina entre les deux. On va s'en occuper. »
Cameron hocha la tête, reconnaissant, et puis jeta un dernier mauvais regard à Harvey avant de disparaître de la pièce. Keina se retourna vers Harvey et le dévisagea un long moment.
« Quoi ? S'écria Harvey agacé par ce regard accusateur.
_Arrête de t'énerver pour rien…
_Pour rien ? Pour rien !? Est-ce que t'es sérieuse quand tu dis ça ? Cet homme dit qu'il vaut bruler des personnes plutôt qu'autre chose et toi tu dis que c'est rien !? On voit bien les personnes qui ne sont pas concernés par tout ça… Railla-t-il.
_Toi non plus tu n'es pas concerné, remarqua Keina avec un demi-sourire mi moqueur mi autre chose qu'Harvey ne pouvait pas interpréter.
_Si, mes meilleurs amis sont concernés ! » Se justifia Harvey.
Keina leva les mains au ciel en signe de paix et puis alla se préparer pour arranger ce que Cameron leur avait décrit comme urgent. Elle décida de ne plus adresser la parole à Harvey comme celui-ci semblait sur les nerfs.
Tandis qu'elle rangeait sa baguette dans sa poche intérieure, Keina se demandait bien ce que ces moldus avaient bien pu voir. De toute évidence, ils avaient vu quelque chose de capitale, quelque chose d'important aux yeux du Ministère. Quelque chose qui ne devait jamais se savoir.
Lizzie Purse serait bientôt Lizzie Gamp. Cette idée la ravissait plus que tout et les sorciers autour d'elle ne cessaient de la féliciter. Leur mariage était une nouvelle nationale semblait-il. Quand Pius Thicknesse l'avait lui-même félicité, Lizzie avait éprouvé en elle-même de la fierté mais une fierté moqueuse.
Lizzie était la femme parfaite. Tout le monde la considérait ainsi. Elle était pour tout le monde la parfaite ménagère, et la futur femme idéale. Elle prenait soin de son apparence dont ses jolies boucles blondes mais aussi de sa maison qu'elle partageait avec Henri, son futur mari. Lizzie prenait toujours soin de tout : des meubles, des tapis, des plantes, des coins et recoins qui pouvaient abriter de la poussière. Oui, Lizzie était la ménagère dont on rêverait d'avoir comme future femme.
Elle était admirée, jalousée, et appréciée de tout le monde à la fois. Tout le monde admirait la femme qu'elle était, et tout le monde l'enviait. Les femmes se sentaient souvent en compétition avec elle. Comment faisait-elle pour arriver à tout nettoyer et en même temps rester au sommet de la beauté ? Un secret qu'aucune femme n'avait su percer.
Le fait d'être admirée faisait volontiers sourire Lizzie. Les femmes se sentaient en compétition avec elles ? Les hommes jalousaient son mari ? Lizzie souriait souvent en entendant toutes ses histoires. Si elle était tant admirée c'était bien parce qu'elle gardait son secret. Car oui, Lizzie paraissait être cette femme. Mais elle ne serait pas autant admirée si les autres avaient su de quelle famille elle était issue.
Huit ans déjà que ses parents étaient morts. Son père était sorcier et sa mère moldue. Quelle honte ! Un sorcier et une moldue s'accouplant pour engendrer deux abominables filles ! L'intelligence du père leur avait permis de faire croire qu'elles étaient de Sang Pur depuis des générations.
Tout c'était passé comme dans un conte : le meilleur ami de leur père s'occupait des papiers au département de la justice magique. Ewan Perks, c'était son nom. Et c'était grâce à lui que ceci avait été possible. C'était grâce à Ewan que le père avait su protégé ses filles des préjugés impitoyables de la société. C'était grâce à Ewan que Cécilia et Lizzie avaient falsifié leurs papiers pour ne pas gâcher tout le travail de leur père. C'était grâce à Ewan que Lizzie s'estimait heureuse d'être la future femme d'Henri Gamp.
Tandis qu'elle replaçait un pot de fleurs dont elle venait de s'occuper, Lizzie se demandait si Henri faisait lui aussi partie de ces impitoyables sorciers dont son père lui parlait quand elle était petite.
Henri ne ratait jamais une occasion de la complimenter, et de lui faire savoir combien il l'aimait. Lizzie acceptait les compliments avec joie et à la fois avec scepticisme. Henri éprouverait-il toujours les mêmes sentiments quand il saurait ? Etait-elle aimée pour ce qu'elle était et non pour son sang ? Et si Henri était tombé amoureux de cette femme parfaite admirée et enviée par tant de monde ?
Leur rencontre dans un club à cocktails lors d'une soirée dansante la faisait encore vibrer. Henri dansait parmi tous ses danseurs déchaînés et un peu trop éméchés par les tournées de cocktails. Lizzie préférait rester assise à boire seule son cocktail. Elle était souvent seule à cette époque. Sa grande sœur, Cécilia, venait d'accoucher du petit Noé.
Ce fut à ce moment que leurs yeux se croisèrent. Dès l'instant où Henri l'avait vu, il avait remarqué deux choses chez Lizzie. D'abord, elle était la plus belle femme qu'il n'avait jamais vue. Ensuite, elle était la femme la plus triste et la plus seule aussi qu'il n'avait jamais vue. Elle ressemblait à une petite fille abandonnée dans les bois par ses parents. Et quand il essayait de faire connaissance avec elle, Lizzie lui parut de plus en plus mystérieuse. Derrière son sourire, elle semblait cacher quelque chose qui ne valait mieux pas connaître. Dès qu'il essayait d'approfondir pour essayer de la connaître sur sa famille, ses yeux noirs se braquaient sur lui comme si elle se méfiait.
Quand il avait dansé avec elle, Henri l'avait senti sur la défensive comme si elle voulait se protéger de quelque chose qui l'effrayait. Son demi sourire l'intriguait, elle ne paraissait pas particulièrement heureuse ni particulièrement malheureuse. Elle l'intriguait, elle gardait pour elle beaucoup de choses visiblement.
Lizzie souriait au souvenir de cette rencontre. Henri lui avait tout de suite fait bonne impression. Il était grand, beau, élégant, et gentil. Au fur et à mesure qu'ils avaient appris à se connaître, elle l'avait trouvé drôle et attentionné. Elle était finalement tombée amoureuse, tout simplement.
La porte d'entrée s'ouvrit, interrompant ses pensées. Lizzie allait courir vers Henri quand elle entendit une autre voix accompagnant son fiancé. Ménageant sa joie, elle se rendit dans le salon avec un sourire un accueillant. Elle dût se maîtriser pour le garder quand Yaxley, homme du Ministère, entra dans son salon.
« Lizzie, je te présente Yaxley ! Entonna Henri en entrant avec un immense sourire aux lèvres. C'est le nouveau dirigeant du département de la justice magique. »
*Oui, j'en ai entendu parler. On dit aussi que c'est un homme respectable d'une famille respectable. Mais c'est un « on dit » et je me méfie toujours des « on dit ».* Lizzie le salua avec le sourire le plus accueillant qu'elle pouvait lui adresser.
« Je suis ravie de vous rencontrer ! » Lui dit-elle d'un air sincère qui cachait toute sa méfiance.
Elle l'invita ensuite à s'asseoir dans le salon et faire « comme chez lui ». *Mais qu'il ne prenne pas trop ses aises chez moi. J'ai fait tous les tapis aujourd'hui et je n'ai pas envie qu'il mette le sang de ses victimes sur mes tapis.*
Oui, malgré cette image de parfaite ménagère, Lizzie n'était pas dupe. Elle était d'ailleurs souvent méfiante et ne se fiait pas aux personnes qu'elle ne connaissait pas même si elle en avait entendu du bien. Lizzie se méfiait souvent des « on dit ». C'était une de ses qualités que Lizzie cachait au fond d'elle. Elle savait parfaitement différencier le paraître de l'être. En fait, Lizzie cachait beaucoup de choses.
Miss. Jenny entrait à peine dans son lieu de travail que déjà on l'agressait. Elle qui n'aimait pas spécialement être le centre d'attention était soudainement traquée. Elle n'était même pas entrée dans son bureau que déjà quelqu'un se ruait sur elle.
« Jenny, Jenny, Jenny ! S'écria Rita avec un immense sourire sur ses lèvres rouges éclatantes. Tu ne devineras jamais ! »
*Ton livre sur le sombre passé de Dumbledore est un best-seller.*
« Mon livre ! Tu sais celui que j'ai publié cet été ? « Vie et mensonges d'Albus Dumbledore », tu te souviens ? C'est un best-seller ! S'écria-t-elle à nouveau pour le plus grand malheur des oreilles de son interlocutrice.
_Wah, c'est génial… Dis donc, tu… tu es fantastique ! Oui, écrire la vie d'un grand sorcier c'est… épatant ! »
*Ouais, on va dire ça comme ça. C'est bon ? Elle a fini ?* Mais Rita ne semblait avoir épuisé son stock de bonnes nouvelles. Même si miss. Jenny était plus qu'agacée par cette sorcière, elle ne pouvait pas la renvoyer pour une raison simple et évidente : tout le monde adorait ses articles. Et miss. Jenny devait savoir passer au-delà de ses sentiments personnels pour voir où étaient les bons investissements. Rita Skeeter était un bon investissement pour la Gazette du Sorcier.
« J'ai un mot d'Ombrage, l'informa-t-elle avec un rictus et arborant un air plus que sournois. En passant au Ministère pour interroger notre nouveau directeur du département de la justice magique, elle m'a demandé de te passer un message. Elle aimerait bien avoir la liste des salariés qu'elle t'a apparemment demandé il y a déjà une semaine ! »
Visiblement Rita ne pouvait se retenir. Elle semblait trop heureuse d'annoncer ce que miss. Jenny avait tenté de cacher à ses salariés. Ils relevèrent tous la tête abasourdis. Certains paraissaient terrifiés à cette idée. La liste ! Alors même à la Gazette du Sorcier il y avait une liste ?
Cette liste des salariés avaient fait le tour des sorciers londoniens. Désormais, chacun savait que les patrons dressaient la liste de leurs salariés en précisant s'ils étaient de Sang Pur ou non. C'était la liste ! La terrible et épouvantable liste qui les effrayaient tous.
Dès lors que Rita eut fait cette annonce dans tout l'étage, les journalistes semblaient trembler de peur et d'angoisse. Parmi eux Daniel Crooger qui avait entretenu une relation sulfureuse avec miss. Jenny l'an dernier. Il ne cessait d'avaler sa salive et de garder son regard fixe sur sa machine à écrire. Il craignait de croiser le regard de quelques sorciers intolérants. En le regardant, on pouvait croire qu'il manquait d'air comme si sa cravate était trop serrée.
Miss. Jenny dévisagea Rita qui s'excusa immédiatement pour son indiscrétion malgré qu'elle ne donnait pas l'impression de le regretter. Elle repartit à son bureau avec son air si fier et exaltant de joie.
Sitôt éloignée, Daniel se leva de sa chaise et poursuivit miss. Jenny jusqu'à son bureau. Il referma la porte derrière lui en se raclant la gorge mal à l'aise de se retrouver en intimité avec son ancienne partenaire du soir devant tous ses collègues. Miss. Jenny ne lui laissa même pas le temps de dire quoique ce soit :
« Dites-moi que vous avez terminé de rédiger votre article et qu'on peut envoyer l'exemplaire à la correction !
_Tu nous as caché ça ! L'accusa-t-il. Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Tu sais que mes parents sont des moldus, tu le sais !
_Oui, et alors ? Je ne vous l'ai pas dit parce que je ne ferai jamais cette liste !
_Ils viendront te la réclamer de force à un moment donné. Tu aurais dû nous prévenir… il y en a plein qui risquent leur avenir ! Et toi… tu ne dis rien !?
_Parce qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter, je ne leur donnerai jamais cette liste en tout cas pas de mon plein gré. Ombrage peut bien m'envoyer autant de messagers qu'elle veut, elle ne l'aura pas cette stupide liste, trancha miss. Jenny bien décidée en s'asseyant de façon autoritaire à son bureau.
_Mais… ils viendront…
_Daniel, fais-moi confiance, exigea-t-elle. Maintenant passons et dis-moi que tu as terminé ton article ! »
Il soupira et se passa la main dans ses cheveux en marmonnant qu'il était vraiment dans la merde. Il commença à parler de l'Amérique puis de l'Asie, de la Russie, la Norvège… Enfin miss. Jenny le coupa dans ses réflexions :
« Ecoute-moi bien, je ne laisserai personne toucher à mes salariés. Ombrage est peut-être la sous-secrétaire d'état mais je suis la rédactrice-en-chef de ce journal. Ça fait un an déjà ! Barnabas Cuffe ne sera pas déçu de m'avoir confié la direction. » Affirma-t-elle en mémoire à l'ancien rédacteur-en-chef qui lui avait cédé la place à sa retraite alors qu'elle n'était pas la plus expérimentée.
Daniel soupira encore une fois. Derrière son air impassible, miss. Jenny le trouvait adorable quand il angoissait. L'an dernier, il était souvent angoissé à propos de leur relation pas vraiment sérieuse et puis finalement quand l'histoire avait éclaté au grand jour – grâce à Rita – les collègues l'avaient plus charrié qu'accusé. Daniel angoissait calmement. Il se paralysait sur place et ne faisait que marmonner tout ce qui s'échafaudait dans sa tête.
Il cherchait encore sa respiration pour se calmer intérieurement quand miss. Jenny attendait derrière sa frange. Enfin, Daniel releva la tête et avec un sourire lui répondit :
« L'article sera prêt dans l'heure.
_Bien, on n'attend plus que vous donc accélérez un peu. On doit tout envoyer à la correction cet après-midi impérativement !
_Oui, j'y retourne. » Assura-t-il en quittant le bureau.
Miss. Jenny lui adressa un faible sourire encourageant. Dès qu'il fut sorti, elle se laissa glisser dans son fauteuil. Tout en tapotant du doigt sur son bureau, miss. Jenny cherchait une façon de montrer son indignation. Il fallait qu'elle le fasse intelligemment et non en allant crier au Ministère qu'ils étaient tous des pourris comme l'avait fait un vieux sorcier renvoyé à cause de son sang impur. Rita avait tenu à en faire son sujet principal dans sa rubrique.
Non, miss. Jenny devait trouver une manière de diffuser un peu d'espoir aux autres sorciers. Elle devait trouver un moyen de montrer qu'ils ne se laisseront pas faire et qu'ils réagiront. Comment ? Là était toute la question. Pourtant quand miss. Jenny trouva, elle se rendit compte qu'elle était vraiment stupide, car cette réponse elle l'avait eu devant ses yeux depuis le début. Après tout, elle était journaliste.
Eléa ressortait du bureau de Mrs. Higgs avec le sourire aux lèvres. Cette dernière avait l'air satisfaite et lui avait donné trois mois d'essai au secrétariat du Ministère pour commencer. C'était Keina qui avait eu cette idée. Elle avait entendu dire par les employés du Ministère que Mrs. Higgs cherchait du personnel. C'était l'occasion rêvé pour Eléa qui sortait à peine de Poudlard.
Camille était assise au comptoir et arrangeait un rendez-vous à un client. Eléa la regarda faire un peu en retrait près de Mrs. Higgs qui observait avec des yeux de faucon le travail de son employé. Quand la blonde eut terminé avec le client, elle se retourna vers les deux sorcières et leur demanda ce qui se passait.
« Je vous présente Eléa Perks, elle va travailler avec nous un mois pour une période d'essai.
_Camille Toms, enchanté ! Se présenta la blonde.
_Je compte sur vous pour l'aider et lui expliquer votre travail. »
Mrs. Higgs lui jeta un regard appuyé. Camille hocha la tête pour faire signe qu'elle avait très bien compris le message. En quelque sorte, elle devait former celle qui la remplacerait.
Camille avait clairement compris les sous-entendus que sa patronne faisait à longueur de journée. Elle avait compris que lorsque la date de son procès arriverait elle perdrait tout. Il n'y avait aucune chance pour qu'elle garde son travail. Où irait-elle ? Que deviendrait-elle ? Camille n'en avait aucune idée.
Quand Mrs. Higgs fut partie pour rejoindre son bureau, Camille indiqua l'endroit où Eléa devait déposer ses affaires. Elle l'invita ensuite à prendre une chaise près d'elle au bureau. Camille nota aussi que la jeune fille n'avait pas l'air très à l'aise. Elle ne cessait de regarder autour d'elle comme si elle craignait que le plafond ne s'écroule sur elle.
Camille commençait à lui montrer le calendrier des rendez-vous, son organisation, où elle rangeait les dossiers des sorciers, etc. Eléa écoutait mais un peu distraitement. Elle avait conscience que c'était une chance pour elle d'avoir l'occasion de travailler si tôt mais elle ne comptait vraiment pas finir ses jours au secrétariat.
Eléa observa Camille toute la journée. La jeune fille remarqua combien ce métier épuisait la blonde. Sourire, rester polie, toujours aimable avec n'importe quel client… Eléa ne supportait déjà pas l'idée de devoir sourire toute la journée, si en plus elle devait rester aimable avec ceux qui l'insultaient… Elle admirait beaucoup Camille pour tenir le coup toute la journée.
Eléa remarqua également que beaucoup de sorciers traitaient Camille comme une moins que rien et ne se privaient pas pour lui rappeler qu'elle était « d'une race inférieure à la leur ». Eléa vit à quel point le sang dit impur était méprisé. Elle essayait de ne pas baisser la tête quand Camille recevait des insultes en pleine figure mais c'était difficile. C'était difficile pour Eléa de rester derrière à regarder la blonde se faire insulter sans réagir. Face à ces insultes, Camille restait souriante et acceptait les insultes sans rien dire. On ne la saluait même pas… Camille n'était pas digne d'un simple « bonjour ». La moindre des politesses était totalement supprimée face à l'impureté du sang.
« Comment est-ce vous faites pour supporter tout ça ? Lui demanda Eléa quand il n'y eut plus personne au comptoir.
_Oh… je fais comme si je n'entendais rien et… je réplique dans ma tête, expliqua Camille en haussant les épaules. Je me dis qu'ils sont vraiment stupides… je me dis que ce sont eux les impurs… »
Camille jeta un regard à Eléa qui hochait la tête compréhensive et à la fois songeuse.
« Pardon, je ne voulais te… vexer, s'excusa Camille. Bien sûr, je ne pense pas ça de toi.
_De moi ? Demanda Eléa surprise.
_Bah… je ne pense pas que tu es stupide ni impure, expliqua Camille.
_Ah ! S'exclama Eléa qui venait de comprendre. Oui, oui… non je n'avais pas pensé à ça, ne t'inquiète pas. Je trouve que… c'est « normal » de détester ces gens. Enfin ces gens… de détester ceux qui réagissent comme ça ! Moi… je ne me permettrais jamais de dire qu'un tel vaut moins qu'un tel… enfin c'est stupide, je trouve.
_Ouais… merci ! Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre une sorcière comme toi, voulut bien reconnaître Camille en se levant pour un nouveau client. Bonjour !
_J'ai besoin de la liste des salariés de la Gazette du Sorcier ! Exigea Ombrage sans regarder Camille car elle était bien trop occupée à jeter un œil à son emploi du temps qu'elle tenait par-dessus ses dossiers. Dépêchez-vous, j'ai une journée chargée !
_Euh… oui, le problème c'est que Miss. Prewett n'a pas donné la liste, je suis désolée je l'attends toujours.
_Comment ? Vous êtes en train de me dire que Miss. Prewett n'a toujours pas donné la liste de ses salariés alors que ça fait déjà deux semaines que je lui ai demandé !
_Oui, elle n'est toujours pas repassée depuis.
_Pardon ? Vous dites qu'elle n'est pas repassée depuis le jour où je lui ai demandé cette liste ?
_Non, répondit Camille mal à l'aise devant l'air furieux d'Ombrage.
_Je n'y crois pas… Siffla celle-ci. Elle n'a donc pas pris les sujets à publier dans le journal que j'avais choisi… Elle n'a pas fait sa liste de salariés… Mêmes les Aurors nous l'ont donné ! S'énerva-t-elle. Très bien, je vais me charger de cette histoire ! Si elle ne veut pas venir, c'est moi qui viendrais ! »
Ombrage se retourna et partit d'un air déterminé en marmonnant qu'elle avait déjà pris du retard dans sa journée.
« Euh… au revoir ! Lui lança Camille avec un faible sourire. Ce fut un plaisir… » Grinça-t-elle ensuite.
Eléa avait bien observé toute la scène. Elle devait bien admettre que revoir son ancien professeur de Défense contre les Forces du Mal ne l'avait pas enchanté, loin de là ! Elle adressa un sourire à Camille qui soufflait d'exaspération.
« Elle, je crois que c'est la pire de tous ! Tempérait la blonde. Les autres encore ils ont de quoi se sentir supérieurs ! Elle… elle n'a rien pour ça ! Elle est vieille, seule, et moche !
_En effet elle cumule tout, ricana Eléa.
_Elle a même des kilos en trop ! Elle est minuscule, elle adore les chats… non mais c'est vraiment un signe de désespoir ça ! Et puis même, c'est quoi cette mode d'être mal poli ! Plus personne ne m'adresse un « bonjour » depuis que l'autre là est Ministre de la Magie !
_Bonjour Camille ! Entonna Cameron qui arrivait avec un petit sourire gêné après ce qu'il venait d'entendre.
_Cameron… bonjour ! Ha, ha… euh ce que je disais ce n'était pas… ce n'est pas ce que je pense, hein ! Et puis même ce n'est pas pour toi que je disais ça, toi… toi, je t'aime bien, hein ! » Balbutia-t-elle.
Eléa jeta un regard soupçonneux à la blonde. Elle regarda Cameron puis Camille à tour de rôle. *Ok, je crois que j'assiste à une scène humiliante d'une femme amoureuse d'un homme. Un amour impossible apparemment…*
« Non mais je ne l'ai pas pris pour moi, ne t'inquiète pas ! Lui confia-t-il.
_Ah tant mieux ! Soupira Camille soulagée. Je tenais à ce que ce soit clair entre nous quand même. Tu vois, je ne voulais pas qui y ait un mal entendu entre nous.
_Bien sûr, je comprends.
_Alors ? Tu fais quoi de beau ? Lui demanda Camille qui papillonnait intérieurement.
_Je suis venu chercher le dossier sur les employés du quartier des Aurors.
_Ah… oui, bien sûr. » Marmonna-t-elle déçue.
Camille avait vainement espéré que Cameron était venu pour lui parler à elle. Mais il ne fallait pas rêver ! Cameron était venu pour son travail, évidemment. *Camille, Camille, Camille… il faut que tu te fasses une raison !* Elle lui donna le dossier et lui adressa un sourire.
« Bon bah… au revoir !
_Au re… Ah mais t'as une stagiaire ? Remarqua Cameron en voyant Eléa pour la première fois.
_Euh… ouais. »
Camille lui désigna la jeune fille derrière elle avant de se rendre compte que c'était une chance inespérée pour engager la conversation. Elle incita Eléa à se lever de sa chaise et la prit par les épaules pour la présenter :
« Oui, c'est Eléa Perks. Elle fait trois mois d'essai ici et je suis chargée de lui expliquer comment ça marche.
_Enchanté, Cameron Prewett ! Se présenta-t-il en lui tendant une main pour que la jeune fille la serre. Perks ? La fille d'Ewan Perks ?
_Oui, c'est ça, s'empressa de répondre Eléa.
_Oh… je suis désolé pour votre mère. Je sais que ça fait longtemps mais je me souviendrais toujours quand je l'ai appris… On était tous bouleversés à la maison.
_Euh… oui, nous aussi ! Dit Camille qui ne comprenait rien à la conversation.
_Merci, répondit Eléa. Et vous c'est Prewett ? Vous êtes de la famille de miss. Prewett ? Celle qui travaille à la Gazette et qui n'a toujours pas donné une « liste » c'est ça ? »
Cameron hocha difficilement la tête déçu que la jeune fille ne connaisse que sa cousine Jenny dans sa famille. Camille hochait aussi la tête un peu mal à l'aise comme elle avait conscience que la remarque d'Eléa n'était pas très appréciée.
« Bon et bien… ravi de vous avoir rencontré miss. Perks. » Dit-il en repartant avec un sourire gêné.
Camille lui adressa un signe de la main avec un immense sourire. Eléa continuait de la regarder puis elle regardait Cameron et comprenait peu à peu que c'était effectivement un amour impossible. Petit à petit, Eléa vit ce que Camille n'avait encore jamais vu. C'était un amour à sens unique.
Cécilia avait mal aux doigts après cette journée de travail. Elle n'avait pas cessé de taper sur sa machine. Son article était en retard, il avait donc fallu qu'elle mette un petit coup d'accélérateur. Résultat de cette journée ? Cécilia avait troqué le bien-être de ses doigts contre un article bien rédigé. Elle allait le déposer dans la pile des articles qui allaient à la correction quand elle croisa Mr. Williams. Tout d'abord, Cécilia lui adressa un sourire amical et puis baissa la tête quand elle comprit de quoi il voulait lui parler.
« Ça fait une semaine que j'attends votre certificat de naissance avec le nom de vos grands-parents et arrière-grands-parents, lui confit-il.
_Euh… oui… désolé j'ai encore oublié, je sais ce n'est pas sérieux mais vous savez j'ai un fils et je dois m'occuper de lui quand je rentre alors je n'ai encore trouvé le temps de chercher ce certificat de naissance. Mais je vais m'en occuper !
_Oui j'espère parce qu'on est venu me demander la liste de mes salariés complète cette fois-ci et je n'ai pas pu la leur donner parce que je n'avais pas votre certificat. Bien sûr je ne doute pas de vous mais ces hommes du Ministère si.
_Je suis désolée, je ne savais pas qu'ils étaient venus. Je vais le chercher ce week-end chez moi et je vous l'apporte dès lundi ! C'est promis.
_Parfait, je vous attendrais donc lundi à la première heure.
_Aucun soucis, et désolé encore une fois ! »
Il hocha la tête et retourna dans son bureau. Cécilia s'en voulait énormément d'avoir mis Mr. Williams dans cette situation car elle savait qu'il n'était pas de sang dit pur. Il était convoqué prochainement pour un procès, il n'était donc pas en bonne position pour refuser quelque chose aux hommes du Ministère.
Cécilia ressortit du bâtiment pour le journal Sorcière Hebdo avec son collègue Yousef qui avait tout entendu de la conversation. Ils remontaient tous les deux le Chemin de Traverse quand Yousef lui dit :
« Alors comme ça tu ne retrouves pas ton certificat de naissance ?
_Non, enfin je ne l'ai pas vraiment cherché. Tu sais quand on est mère… on l'est à plein temps ! Déjà que Noé ne voit pas ses parents de la journée, on essaie d'être là le soir, tu comprends.
_Ouais bien sûr… je comprends.
_Et toi alors ? Tu es convoqué quand ?
_Convoqué ? Répéta-t-il.
_Euh oui pour… pour… pour ton… procès ? Demanda Cécilia mal à l'aise.
_Ah ! Hum… je suis convoqué la semaine prochaine.
_Oh… désolé, j'espère pour toi que ça va bien se passer.
_Moi aussi j'espère mais bon… je ne me fais pas trop d'illusions. Je sais très bien que je vais me faire renvoyer. Et puis même si ça n'arrive pas, Mr. Williams se fera renvoyer lui et son remplaçant me renverra. »
Cécilia écoutait assez difficilement. Elle avala sa salive et se força un sourire pour Yousef qui arrivait devant l'entrée de son appartement.
« Bon ben… merci ! Lui dit Yousef.
_Merci ? Répéta Cécilia.
_Merci de ne pas me juger sur mon sang comme tous les autres font et merci d'être là pour moi.
_Oh, de rien ! Pff, c'est normal enfin. Je ne vais pas t'ignorer comme ça du jour au lendemain sous prétexte que tu n'as pas un sang pur !
_C'est gentil, merci.
_Mais Yousef si jamais tu as le moindre problème, n'hésite surtout pas ! Tu ne me dérangeras pas, au contraire.
_Merci Cécilia, merci mais je ne veux pas te mêler à tout ça. D'accord ? Mais merci ! »
Elle hocha la tête compréhensive même si elle savait au fond qu'elle était mêlée à « tout ça ». Son but était que personne ne le remarque, elle n'avait confiance qu'en très peu de personne c'est-à-dire son mari, sa sœur, et Ewan Perks. C'était lui qui les avait aidés depuis le début et pour cela elle lui accordait une confiance absolue. Il avait aidé ses parents à cacher leur sang, et il avait continué de le faire pour elles.
En rentrant chez elle, Cécilia se promit de retrouver ce maudit certificat pour ne pas aggraver la situation de Mr. Williams et ainsi l'aider du mieux qu'elle pouvait. Cécilia fit donc toute la maison pour retrouver ce certificat. Un certificat falsifié grâce à Ewan Perks auquel elle tenait énormément. Où mettait-elle les choses auxquelles elle tenait ? Cécilia regarda dans tous les tiroirs du salon, ceux de sa chambre, ceux de la chambre de son fils Noé, elle regarda même dans les placards de la cuisine et dans ceux de la salle de bain. Rien.
La porte d'entrée s'ouvrit avec vacarme. C'était Drag qui rentrait avec Noé et toutes les courses pour la semaine. Alors que Noé continuait à raconter sa journée à son père, ce dernier tirait derrière lui les sacs de courses en hochant la tête à tout ce que disait son fils.
« Et après nounou elle nous a aidé à envoyer notre dragon dans le ciel !
_Wah… magnifique ! » Répondit Drag qui était enfin arrivé dans la cuisine.
Cécilia était toujours dans la salle de bain, assise au sol en train de réfléchir à l'endroit où elle aurait pu mettre ce certificat. Elle se maudissait intérieurement de ne pas avoir un tiroir spécial pour ce genre de choses. Finalement elle se redressa et alla rejoindre son mari et son fils dans la cuisine avec le plus de naturel possible.
« Maman ! Cria Noé en accourant vers elle.
_Mon chéri ! Alors ta journée ? Ça s'est bien passé chez nounou ?
_Oui ! On a fait des dragons en papier ! Et après on l'a envoyé dans le ciel et le miens quand il s'est élancé il a fait un gros pet ! Explosa-t-il en riant dans les bras de sa mère. Après il a fait plein de paillette et Flo elle m'a dit que c'était le plus des dragons !
_Ah !? C'est qui Flo ?
_Bah c'est Florine ! Répondit l'enfant en haussant les épaules parce que c'était une évidence pour lui.
_C'est ton amoureuse ? Lui demanda sa mère en chuchotant comme s'il s'agissait d'un secret.
_Non ! Pas Florine ! Elle est moche, elle !
_Oh… ne dis pas ça, je suis sûre qu'elle est très jolie. En plus t'as vu comme elle est gentille ? Elle t'a quand même dit que tu avais fait le plus beau des dragons.
_Oui mais ça c'est parce que je pleurais comme mon dragon il avait explosé tout seul dans le ciel.
_Oh non ! On en fera un autre si tu veux, hein ? On en fera ce week-end, ne t'inquiète pas. Tu en feras un encore plus beau !
_Non parce que je préfère le faire chez nounou, toi tu ne sais pas construire les dragons.
_Ah bon ? Moi, je ne sais pas construire les dragons ? Dis donc, on verra ça ! »
Elle lui pinça le nez et le laissa s'échapper pour aller jouer dans sa chambre. Cécilia alla ensuite aider son mari à ranger les courses quand celui-ci lui dit surpris :
« Bah, t'es toujours pas habillé ?
_Habillé ? Pourquoi ?
_C'est ce soir qu'on va manger chez ta sœur, lui rappela-t-il. Il y aura toute la famille d'Henri.
_Oh non… c'est ce soir ? Geignit Cécilia. Oh… j'avais complètement oublié ! Et dis, tu ne saurais pas où se trouve mon certificat de naissance ? Lui demanda-t-elle finalement.
_Si, je l'ai jeté à la poubelle.
_Quoi !? Non ! Tu n'as pas fait ça ? Mais… mais… mais pourquoi tu l'as jeté !?
_Il n'était plus à jour ! Je l'ai trouvé au milieu de mes papiers sur l'opération d'un patient, je ne sais pas ce qu'il foutait là mais depuis qu'on a le nouveau ministre, ils ont changé les certificats. Tes papiers n'étaient plus valables.
_Drag, mais tu te rends compte de ce que tu as fait ? Se mit à crier Cécilia. Oh non ! Quand est-ce que tu l'as mis à la poubelle ?
_Hier soir, et laisse tombé les poubelles sont vides. Pourquoi tu t'énerves comme ça ? Tu en referas d'autres !
_J'en ai besoin pour lundi ! S'énerva Cécilia.
_Ah oui… pour lundi, tu ne les auras jamais à temps ! Mais de toute façon ils n'étaient plus valables, ils ne valaient plus rien.
_Drag, s'il te plaît essaie de comprendre la situation dans laquelle je suis. Il y a une liste de salariés…
_Je sais qu'il y a une liste de salariés ! J'y suis passé et j'ai fait mon certificat il y a une semaine déjà !
_Et pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?
_Parce que dès que je veux en parler, tu ne veux rien entendre ! Tu dis toujours que Noé n'a pas besoin de savoir parce qu'il pourrait tout répéter ! Tu ne veux jamais qu'on en parle ! Moi je pense que c'est une erreur mais ça tu t'en fiches, et là ben… débrouille-toi ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu voulais un sujet tabou entre nous !? Tu l'as eu ! Je te l'ai dit que les sujets tabous n'apportaient que des malheurs mais tu n'en as fait qu'à ta tête. »
Cécilia soupira et s'assit sur l'une des chaises de la cuisine. Elle enfouit son visage dans ses mains et souffla encore une fois. Drag vint s'asseoir à côté d'elle et lui prit les mains dans les siennes.
« Demain, tu retourneras voir Ewan Perks et tu lui demanderas des papiers le plus vite possible. Ne t'inquiète pas, ils ne vont pas t'arrêter parce que tu n'as pas de papiers à jour. Et puis je peux toujours plaider pour toi si tu as un problème. Je leur dirai que jamais je n'aurais épousé quelqu'un au sang impur ! Merlin, au grand jamais ! C'est ce qui prime avant toute chose : la pureté du sang ! C'est l'assurance de notre futur, de notre progéniture ! Je leur dirai tout un tas de trucs dans le genre et ça passera crème. »
Cécilia sourit et émit un faible rire parce que l'inconscience de son mari l'avait toujours amusé. Elle se demandait parfois s'il vivait dans le même monde qu'elle et pourquoi il ne prenait jamais rien au sérieux. Drag était toujours sûr de tout, il était convaincu qu'ils ne risquaient rien. Contrairement à lui, Cécilia doutait en permanence. Elle ne se sentait jamais à l'abri de tout. Pour le remercier de lui remonter le moral, elle l'embrassa avant de monter dans sa chambre pour se préparer.
Même si elle avait des problèmes, il ne fallait pas que cela pèse sur sa vie sociale et en particulier sur sa sœur. Cécilia savait à quel point Lizzie était fière de se marier, et elle savait que cela comptait pour elle.
En arrivant devant la maison de sa sœur, Cécilia frappa à la porte et vérifia en même temps du coin de l'œil que Noé était bien habillé. Ce fut Lizzie qui leur ouvrit la porte.
« Ah ! Vous voilà enfin ! S'exclama-t-elle. Henri a tenu à inviter plus de monde que prévu… des hommes du Ministère, lui souffla-t-elle avant que sa sœur ne rentre dans la maison.
_Et bien ! Votre mariage sera vraiment à l'échelle nationale. » Plaisanta Cécilia bien malgré elle.
La famille entra à l'intérieur invitée par Lizzie qui après cette petite confidence pour les prévenir faisait comme si tout était absolument parfait. C'était sa plus grande qualité. Cécilia se demandait d'ailleurs comment Lizzie arrivait à toujours paraître au meilleur de sa forme même quand elle recevait des ennemis chez elle.
Lizzie les invita à prendre place à table en les présentant aux autres invités comme n'importe quel autre personne l'aurait fait. Pendant l'apéritif on s'exclama beaucoup sur le prénom du petit Noé et certains demandèrent aux parents d'où cela leur était venu. Cécilia et Drag répondaient à chaque fois la même réponse : ils voulaient un prénom qui n'était pas anglo-saxon.
« En tout cas ce petit-là est beau comme un cœur, leur confia Irma Crabbe.
_Il sera sans doute un grand sorcier ! » Confirma Yaxley.
Cécilia sourit. Elle les remercia tous pour leurs compliments. C'était jouissif de les entendre s'exclamer sur son fils quand elle savait qu'ils n'auraient jamais posé le regard sur lui si jamais elle avait osé dire qu'elle était de Sang Mêlé.
Noé attendait impatiemment le dessert comme il savait que sa tante avait fait des muffins. Lizzie s'empressa donc d'aller les chercher devant l'impatience de son filleul. A la fin du repas, Henri se leva pour enfin annoncer ce que tout le monde attendait depuis le début du repas :
« Il y a plusieurs mois maintenant que Lizzie et moi sommes fiancés. Nous avons enfin fixé la date du mariage. »
A cette déclaration, tout le monde s'exclama en applaudissant. Cécilia adressa un immense sourire à sa sœur pour la féliciter.
« Nous allons nous marier en mai prochain, le deuxième week-end de mai pour être plus précis. » Affirma-t-il.
A nouveau tout le monde applaudit en s'exclamant. Il y eut des « Oh ! » et des « Ah ! » et enfin des « vives les futurs mariés ! ». Cécilia trouvait naturellement que tout ceci était ridicule et surjoué. D'ailleurs, elle les trouvait tous exagérés. Ils avaient des gestes trop grands, des paroles trop recherchées, des exclamations trop aiguës… Tout était excessif. Cécilia les comparait souvent à des caricatures grotesques.
Il y avait la mère d'Henri qui pleurait et hurlait en même temps sur son mari pour qu'il prenne une photo. Il y avait la tante qui soupirait face à cette scène « trop romantique ». Il y avait Irma Crabbe qui soufflait à son mari de noter la date du mariage dans leur agenda pour faire comprendre à toute la table qu'ils étaient très pris, eux ! Et il y avait les autres invités qui continuaient à s'exclamer en souriant bêtement.
Après cette annonce et la photo de la future belle-mère, Lizzie commença à débarrasser la table. Elle fut immédiatement rejointe par Cécilia qui était trop heureuse de retrouver sa sœur seule dans la cuisine. Elle referma la porte derrière elle et souffla un bon coup.
« Wah… eh ben, je ne sais pas comment tu te débrouilles mais moi j'étoufferai à ta place, lui confia Cécilia.
_Oui mais ça va je m'en sors. Cette soirée aurait dû être plus sympa, au départ on n'avait invité que la famille et puis Henri a voulu invité des collègues de travail, des amis de Poudlard, et puis… bah petit à petit on est vite remonté jusqu'aux voisins ! Expliqua Lizzie en faisant la grimace.
_Tu en as parlé avec Henri ?
_Je compte lui en parler ce soir quand tout le monde sera parti.
_Oui, c'est une bonne idée. Sinon toi… euh… ils t'ont demandé pour la liste à ton boulot ? Demanda Cécilia inquiète de savoir pour sa sœur.
_Oh que oui ! Ils ont déjà commencé à en virer certains… Mon collègue a passé son procès et… depuis je ne l'ai plus jamais revu ! Personne ne l'a revu d'ailleurs, il a disparu. Et personne ne souci de ce qu'il est devenu…
_Oh purée… ça devient vraiment sérieux, là… Et ils t'ont demandé ton certificat de naissance ?
_Oui et je l'ai rendu il n'y a pas très longtemps. Il n'était pas à jour alors il faut que j'aille le refaire. Et toi ?
_La même chose sauf que… Drag l'a tout simplement jeté à la poubelle, grinça Cécilia devant l'air soudainement affolé de sa sœur. Donc je n'ai aucune preuve que je suis de sang pur, enfin on se comprend.
_Mais qu'est-ce que tu vas faire ? S'affola Lizzie en cessant de ranger la cuisine.
_Je vais aller voir Ewan demain et lui demander des papiers le plus vite possible.
_Ouais… je viendrais avec toi comme ça je le ferai moi aussi. Aller, pas de panique ça va bien se passer ! » Se rassura Lizzie en soufflant.
Cécilia ne répondit rien car elle ne savait pas quoi en penser. Elle ne savait pas si elle devait s'inquiéter ou pas. Contrairement à elle, Lizzie commença à mettre toute la vaisselle sale dans l'évier et adressa un sourire radieux à sa sœur comme si elle ne souvenait plus de leur conversation.
« Tu veux bien aller demander aux invités s'ils veulent du thé ? » Lui demanda Lizzie rayonnante.
Cécilia acquiesça impressionnée des talents de sa sœur pour rester toujours parfaite même en ce moment.
