Bon alors je crois que je vous dois quelques explications. Tout d'abord, je suis vraiment désolée pour mon énorme retard ! Honte à moi ! Je vous avoue que je n'ai pas beaucoup trouvé le temps d'écrire ces temps-ci. Et ça va continuer à ce rythme là je pense pendant un petit bout de temps. Je vous préviens donc que je ne posterai plus régulièrement. J'écris dès que j'en ai l'occasion mais ces moments se font rares. Je tenais en tout cas à m'excuser pour ce retard !
Maintenant je peux vous souhaiter une bonne lecture pour ce chapitre. J'espère qu'il vous plaira ! :)
7
Premiers départs
Miss. Jenny observait sa plume gratter sur le calepin. Face à elle, Camille parlait. Elle parlait inlassablement. On ne pouvait plus l'arrêter, Camille déballait tout ce dont elle se souvenait, tout ce qu'elle ressentait, tout ce qu'elle voulait dénoncer. Miss. Jenny était très impressionnée. Elle avait toujours vu Camille comme une gentille fi-fille un peu cruche voire niaise. Désormais, elle lui devait de la reconnaissance car Camille racontait des anecdotes dont miss. Jenny n'aurait jamais pu imaginer. Par exemple, durant ses années à Poudlard, Camille ne s'asseyait jamais à côté d'un élève au Sang Pur. Elle devait toujours se taire lorsqu'il y avait un débat dans la classe. Elle ne se faisait jamais remarquer pour éviter qu'on ne vienne lui racketter ses affaires. Le jour où elle avait été engagée au Secrétariat, sa patronne lui avait clairement dit qu'elle l'embauchait car elle n'avait personne d'autre. Camille avait toujours su qu'elle ne garderait pas ce travail si un autre sorcier au sang plus pur viendrait la réclamer et peu importe s'il était moins qualifié qu'elle.
Miss. Jenny ne cessait d'observer la jeune femme qui se trouvait face à elle. Elle la trouvait touchante, et elle parvint même à ressentir de la compassion. Elle devina combien la vie n'avait pas été facile pour Camille. Pourtant, quand on la regardait, Camille était une jeune femme très jolie, très charmante, et toujours souriante. Jamais on n'aurait pu croire qu'elle en aurait autant bavé.
« Bien sûr, je ne me plains pas non plus car je sais qu'il existe des gens dans ce monde qui vivent dans des situations bien pires que la mienne. » Ajouta Camille au milieu de sa phrase.
Miss. Jenny se demanda alors ce que « pire » signifiait. Elle ne voyait pas comment on pouvait avoir une vie encore plus difficile. Tandis que sa plume grattait encore, miss. Jenny pensait à ce qu'elle écrirait dans son article. Elle ne savait pas bien comment s'y prendre puisque visiblement elle n'avait pas immédiatement deviné que les dits Sang Impur vivaient avec la douleur d'être ce qu'ils étaient chaque jour. Ils étaient tout simplement exclus de la société.
Camille continuait à déballer tout ce qu'elle avait sur le cœur. Elle ne s'arrêtait pas et personne dans cette pièce n'aurait voulu qu'elle s'arrête. Ni miss. Jenny, ni Gigi l'elfe de maison. Ce dernier écoutait avec une attention absolue tout ce que la jeune sorcière racontait. Camille semblait vider son sac, elle semblait se libérer d'un poids qui lui pesait sur le cœur depuis des années.
Miss. Jenny observa alors Gigi, son elfe. Elle fit la navette entre Camille et Gigi et devina qu'il s'agissait de la même situation. Les sorciers nés de parents moldus et les elfes de maison étaient au même niveau à l'échelle sociale. Alors que miss. Jenny commençait à trouver tout cela flippant, une voix rauque et autoritaire provint de l'étage inférieur :
« GIGI ! »
C'était une nouvelle fois sa grand-mère qui appelait l'elfe pour une tasse de thé. *Et elle ne peut pas se servir elle-même ? Non mais je rêve ! La cuisine est la pièce juste à côté de celle où elle se trouve en ce moment. Elle s'est levée pour appeler Gigi mais elle n'a même pas pensé à se lever pour se préparer elle-même sa maudite tasse de thé !*
L'elfe soupira en marmonnant toutes les insultes possibles pour la grand-mère. Miss. Jenny lui tapota l'épaule pour lui redonner courage. Gigi se résigna à descendre pour préparer l'habituelle tasse de thé de la grand-mère. Il n'allait pas pouvoir entendre la fin de l'histoire que Camille racontait, c'était ce qui semblait l'embêter le plus.
Quand l'elfe eut quitté la pièce, Camille continua son histoire. La plume reprit de plus bel sur le calepin. Miss. Jenny sourit en regardant sa plume danser sur le parchemin. Camille était une jeune femme courageuse. C'était ce que Miss. Jenny avait décidé d'écrire dans son article. Elle avait décidé d'écrire ce mot « courage » pour définir tous les sorciers qu'elle interviewerait. Car en plus d'avoir parlé, tous les sorciers comme Camille avaient su vivre avec le dur regard des autres chaque jour. Tous les matins ils se réveillaient en sachant pertinemment qu'ils seront exclus de certains groupes, de certaines conversations, etc. Ils vivaient leur vie comme n'importe qui d'autre malgré ce que les autres pouvaient penser. Ils ne disaient rien, ne protestaient pas, et restaient silencieux face aux insultes, aux regards insultants, et aux attitudes irrespectueuses. C'était une forme de courage.
La plume s'arrêta quand Camille eut terminé son histoire. Il y eut un long silence qui en disait long sur ce que miss. Jenny pensait de tout cela. Elle jeta un regard à son calepin couvert de notes puis adressa un léger sourire à Camille qui se tortillait sur sa chaise.
« Merci, c'est… génial ce que tu m'as raconté, la remercia-t-elle.
_Oui, merci… euh… vous avez combien de témoignages pour l'instant ? Demanda Camille d'une petite voix.
_Je n'en avais qu'un il y a une semaine, j'ai ai recueilli trois dans la semaine, et plus le tiens ça m'en fait seulement cinq pour l'instant… Marmonna miss. Jenny en faisant la moue.
_Je connais quelqu'un qui pourrait parler. Il s'appelle Louis Alzar, c'est un ami. Il aura peut-être d'autre chose à vous raconter.
_Je veux bien, si ça ne te dérange pas.
_Non, non, je lui en parlerai. »
Camille hocha la tête pour donner du poids à sa promesse puis se leva, prête à partir. Miss. Jenny rangea son calepin et sa plume dans son bureau et puis accompagna la jolie blonde. Toutes les deux descendirent les escaliers et puis finalement se quittèrent devant la porte d'entrée de la demeure des Prewett.
Miss. Jenny referma la porte derrière Camille en lui assurant une dernière fois qu'elle ne divulguerait aucune information qui pourrait la trahir. Une fois la porte fermée, miss. Jenny songea à ce qu'elle pourrait écrire désormais dans son article. Il commençait à prendre forme même s'il lui fallait encore recueillir beaucoup d'autres témoignages. Plus qu'une réaction dans la société sorcière, miss. Jenny voulait désormais laisser une trace de ce qui s'était vraiment passé à son époque. Elle voulait que ces évènements entrent dans l'Histoire et dans la mémoire officielle de la population.
Miss. Jenny commençait à monter les escaliers pour aller se consacrer à cet article quand sa grand-mère arriva dans le hall, traînant derrière elle son ignoble chat vêtu d'un gilet écossais pour éviter qu'il ne prenne froid. Sa grand-mère avait été obligée de lui raser tous ses poils car elle détestait voir des poils de chat traîner dans sa maison. Le chat était désormais encore plus horrible qu'il ne l'était déjà avec des poils. Il s'assit au côté de sa maîtresse lorsque celle-ci se stoppa pour scruter miss. Jenny qui montait les marches de l'escalier. Le chat miaula de satisfactions lorsque sa grand-mère aboya :
« Jennifer ! »
Miss. Jenny soupira tout en s'arrêtant au milieu de l'escalier. *Qu'est-ce qu'elle veut celle-là ?* Elle se retourna lentement vers sa grand-mère dans un mouvement volontairement irrespectueux.
« Qui c'était ? Lui demanda sa grand-mère en désignant la porte d'entrée. La jeune femme qui vient de partir ? »
Le chat, au pied de sa maîtresse, miaula à nouveau en posant son ignoble regard narquois sur miss. Jenny. Il semblait trop heureux de regarder cette scène. S'il avait pu parler, il aurait sûrement dit : « Alors, tu es dans la merde là ! Hein ! Comment tu vas faire !? Vas-y, essaie et tu verras ! Ma maîtresse à moi c'est la meilleure. On ne te lâchera pas d'une semelle. On te surveille, Jennifer ! »
Les pensées du chat résonnaient encore dans la tête de miss. Jenny quand sa grand-mère s'impatienta :
« Je te pose une question, la moindre des choses c'est que tu répondes. Je ne comprends pas pourquoi tu invites tous ces gens chez nous.
_Chez moi, précisa miss. Jenny comme il s'agissait de la demeure de ses parents.
_Chez nous, notre famille ! S'exaspéra la grand-mère en postillonnant un mollard qui aurait pu détenir le record mondial du cracha le plus volumineux. Nous sommes une famille, les Prewett. Nous avons des valeurs que les autres n'ont pas.
_Ah bon ? Demanda miss. Jenny volontairement dédaigneuse.
_Nous chérissons notre famille et la protégeons, et nous conservons notre sang pur depuis des générations. Cette jeune femme qui vient de sortir de notre demeure ne me semble pas être d'un noble sang.
_Ah oui ? Dommage que tu ne l'ais pas reconnu parce que c'est la fille perdue des Black, l'unique héritière ! Ironisa miss. Jenny en commençant à remonter les marches.
_Ne te moque pas de moi ! Lui ordonna la grand-mère tandis que le chat courbait le dos en tentant d'émettre un rugissement. Jennifer ! » L'appela-t-elle encore.
Miss. Jenny était déjà arrivée en haut des marches et s'avançait dans le couloir d'un pas résolu. Cette conversation avec sa grand-mère était inutile et ne mènerait à rien. Il n'était donc pas nécessaire qu'elle entende la suite. Miss. Jenny arriva dans son bureau et claqua la porte derrière elle pour que tout le monde l'entende.
Le nouveau supérieur de Cécilia était une tête de mule comme cette dernière s'évertuait à le répéter à longueur de journée. Plus d'une fois elle avait été obligée de se trouver une excuse pour ne pas rendre son certificat naissance prouvant qu'elle était bel et bien de sang pur, et plus d'une fois il le lui avait redemander. En fait, son supérieur semblait prendre un malin plaisir à le lui redemander. Chaque matin, dès que Cécilia s'installait à son bureau, prête à travailler, il arrivait par surprise et lui posait toujours la question suivante : « Vous avez enfin vos papiers ou toujours pas ? » Cécilia devait user de tous ces talents pour ne pas trahir son inquiétude dans sa voix. Elle n'allait pas pouvoir se servir de son fils comme excuse indéfiniment. Car tous les matins Cécilia bredouillait quelque chose comme : « Oui, j'étais avec mon fils hier… je n'y ai plus pensé… Vous savez les enfants… »
Ce matin, en arrivant au Sorcier Hebdo, Cécilia reçu cette fois une convocation dans le bureau de son bosse. Mal à l'aise, prenant soudainement conscience que cela faisait deux semaines qu'elle était censée rendre ses papiers, Cécilia regarda autour d'elle. Son premier réflexe avait été de chercher Yousef avant de se souvenir qu'il ne faisait plus parti du service.
Depuis le départ de Mr. Williams, beaucoup de choses avaient changé. La vieille Mrs. Magnien ne parlait plus de sa retraite mais ne cessait de clamer qu'elle partirait en vacances ici et là. Magalie et Marjorie ne parlaient plus entre elles et ne cessaient de taper sur leur machine à écrire en adressant de grands sourires à leur nouveau supérieur.
Cécilia était légèrement perdu au milieu de cette nouvelle équipe. C'était comme si tout avait changé, comme si la sorcière avait changé de service. Une nouvelle fois, Cécilia jeta un regard dans la pièce en quête d'un soutien. Elle ne fit que rencontrer le regard de Magalie et Marjorie qui ensuite se chuchotèrent quelque chose à l'oreille.
Cécilia prit une profonde inspiration, préparant une nouvelle excuse, puis alla frapper à la porte de leur nouveau supérieur. Sur la porte était écrit en lettre argentée « Mr. Bishop, rédacteur-en-chef ». Cécilia observa un instant l'écriteau en se rappelant qu'avant cela il y avait Mr. Williams à l'intérieur de ce bureau en train d'écouter un CD de musique rock'n'roll.
Lorsqu'on l'autorisa à entrer, Cécilia tourna la poignée et s'avança à l'intérieur. Elle sentait sur elle le regard de tous ses autres collègues. La sorcière restait un instant à l'entrée du bureau avant de s'avancer timidement jusqu'au bureau pour s'asseoir sur la chaise que lui indiquait Mr. Bishop. Le visage à moitié dans l'ombre, ses yeux semblaient ressortir de cette obscurité. Ses deux yeux semblaient fixer sur la sorcière comme s'il était le diable qui allait décider de son châtiment.
Cécilia ne pouvait même pas soutenir son regard. Tandis qu'elle se tortillait les mains, Mr. Bishop tapotait sur son bureau. Toc, toc, toc. Il continuait à la regarder. Toc, toc, toc. Il semblait réfléchir à quelque chose comme s'il hésitait sur sa décision. Toc, toc, toc. Cécilia commençait à ne plus pouvoir supporter le son du doigt de Mr. Bishop tapoté sur le bureau. Toc, toc…
« Bon… Vous n'avez toujours pas votre certificat de naissance, n'est-ce pas ? Lui demanda-t-il.
_Non mais je vous promets que…
_Non, non, ça suffit ! Cela fait deux semaines que vous me promettez. Avez-vous votre certificat chez vous ou pas ?
_Oui, il…
_Et êtes-vous de sang pur ou non ?
_Je le suis ! Assura Cécilia précipitamment. Je suis juste débordée en ce moment, je traverse une dure période et…
_Et quand comptez-vous m'apporter vos papiers ?
_Dès que possible, ne vous inquiétez pas c'est…
_Si je m'inquiète parce qu'il y a des gens au-dessus de moi qui me réclame tous les jours vos papiers. Et tous les jours je suis obligé de leur servir cette même excuse : c'est une mère qui profite des rares instants qu'elle a pour les passer avec son fils. Vous croyez que ça les intéresse ? »
Cécilia baissa le regard. C'était vrai, cette excuse était pitoyable. Elle se servait de son fils comme d'une excuse qui n'était d'ailleurs même pas valable. Les yeux de la sorcière s'embuèrent de larmes. Elle ne savait plus quoi faire, elle ne savait plus quoi inventer comme excuse. Elle ne savait même pas si elle avait envie de continuer à lutter pour que tout le monde la croie de Sang Pur. Sa mère était une moldue. Oui et alors ? Etait-ce vraiment important ? Les enfants étaient-ils systématiquement le reflet de leurs parents ?
« Bon… voilà ce qu'on va faire, commença Mr. Bishop en trempant sa plume dans son encrier. Vous m'apportez votre certificat demain sans faute et j'efface toute cette histoire. Si vous ne l'apportez pas… ce sera la porte. Je ne veux pas vivre avec le doute d'avoir engagé une Sang Impur. »
Cécilia hocha la tête, réprimant l'insulte qui lui était venue en tête. Mr. Bishop la toisa un long moment avant de l'autoriser à partir. Quand la porte du bureau fut refermée, Mr. Bishop entoura le nom de Cécilia Hausmann à l'encre rouge comme si elle était suspect numéro un dans une affaire de meurtre.
Le soir même, Cécilia rentrait avec le sentiment d'être épuisée non pas physiquement mais mentalement. Plus le temps passait, plus elle éprouvait la sensation d'être écrasée, comprimée par tous ces sorciers aux idées bornées. Il y avait quelques années, on déclarait les homosexuels responsables du SIDA et aujourd'hui tout le monde pensait cette accusation stupide. Mais à l'époque… tout le monde était convaincu qu'ils étaient néfastes pour le monde entier. Cécilia avait le sentiment d'être le sujet d'une mauvaise blague, et cela l'épuisait.
Après avoir rangé toutes ses affaires dans le vestibule, la sorcière monta jusqu'à l'étage supérieur. La chambre de son fils était à quelques mètres et Cécilia pouvait voir la porte entrouverte. En s'adossant au mur, Cécilia observa le jeune garçon qui jouait. Sa tignasse brune laissait présager qu'il aurait les cheveux épais. Il parlait tout seul, ou il parlait à ses jouets. En tout cas il se faisait ses films, et il semblait vivre dans le meilleur des mondes. Cécilia sourit à cette pensée. Son fils avait la plus belle tête du monde, les plus beaux cheveux, les plus belles mains, il était le plus tout ! A nouveau, Cécilia sourit à cette pensée. Elle se jura alors de ne laisser personne donner une raison à ce jeune garçon d'être désillusionner. Non, son fils ne se retrouvera jamais dans une situation éprouvante comme la sienne.
Cécilia se rendit alors dans sa propre chambre et commença à vider son placard, elle prit la valise rangée sous son lit et l'ouvrit pour la remplir de ses affaires. Elle aurait voulu aller le plus vite possible, elle aurait voulu disparaître d'un coup. Ce fut ce moment que choisi Drag. Il entra dans la chambre et arqua un sourcil interrogateur face à la pagaille qui régnait dans leur chambre.
« Mais… tu fais quoi ? Lui demanda-t-il avec un sourire nerveux.
_Je… Ecoute, Drag c'est très sérieux, et je veux que tu comprennes ce que je vais te dire. Je vais te demander quelque chose qui ne va pas te plaire mais c'est comme ça, et tu ne pourras rien n'y faire.
_Hum… tu me fais peur quand tu me parles sur ce ton, dit Drag avec une pointe d'humeur dans le regard.
_C'est très sérieux, il faut que tu m'écoutes. Je… J-Je vais partir, mais écoute-moi ! Ce n'est pas à cause de vous deux, toi et Nono, mais il faut que je parte.
_Si c'est à cause de tes papiers ne t'inquiète pas j'ai déjà contacté quelqu'un pour…
_Il me le faut pour demain, tout le monde me soupçonne, ils ont arrêté Ewan, ils mènent une enquête, et ils vont me mettre en tête de la liste des suspects, résuma Cécilia sans broncher. Le plus important, c'est ce que je vais te demander.
_Tu veux que je t'aide à trouver un endroit où te cacher ou… ?
_Non ! Drag… non. Je ne veux pas que tu m'aides, je vais me débrouiller ne t'inquiète pas. Je veux que tu dises… enfin, s'ils viennent te questionner, tu dois dire que tu ne sais pas pour moi. Tu dois être le mari qui s'est fait berné par l'abominable femme impure que je suis.
_Mais… euh… oui mais pourquoi je ferai ça ?
_S'ils viennent te demander si tu avais des soupçons, tu diras que non. Et s'ils découvrent la vérité, tu vas devoir être l'homme dégoûté d'avoir été trahi par sa femme. Tu vas devoir montrer à tous ces gens que tu me détestes, tu dois absolument les convaincre. Ils doivent croire que tu t'es fait avoir, tout le monde doit penser que je suis une manipulatrice.
_Non, tu m'en demandes trop ! Moi, je clamerai que je ne t'aime pas pour le sang qui coule dans tes veines !
_C'est justement ce qu'il ne faut pas faire ! Tu serais considéré comme un complice, et vu qu'on ne sait pas encore ce qu'ils feront de nous, tu dois absolument être sûr de pouvoir rester avec Nono. Il doit avoir quelqu'un, il ne doit pas grandir en famille d'accueil.
_Je ne les laisserai pas emmener Nono en famille d'accueil, personne ne touchera à mon fils, assura-t-il.
_Tu veux bien être sérieux un moment ? S'énerva Cécilia. C'est important ce que je suis en train de te dire ! On ne sait pas ce qu'ils peuvent faire ni ce qu'ils comptent faire des complices. Alors s'il te plaît, il faut que tu joues ce rôle pour Nono, et pour moi. Je serai bien plus tranquille si je sais que Nono est en sécurité avec son père, et qu'il n'est pas avec des inconnus… Il va se poser des questions… des questions sur tout ce qui se passe mais tu dois lui dire que je vous ai quitté pour… Pff ! Je ne sais pas… Invente n'importe quelle excuse… ! »
Cécilia fondit en larmes. Elle craquait enfin après tout ce temps à dissimuler sa peur, elle craquait. Drag ne sut pas immédiatement s'il devait la laisser seule ou la réconforter. Finalement, il choisit de l'inviter à s'asseoir au bord du lit et lui passa un bras autour des épaules.
« Bon d'accord… Soupira-t-il. Je leur dirai ce que tu voudras… Mais ce n'est pas juste, ils nous forcent à dire ce que nous ne pensons pas… J'espère qu'on en verra le bout de cette situation.
_Ne t'inquiète pas, renifla Cécilia en s'essuyant les yeux. Harry Potter a été repéré à l'intérieur même du Ministère. Il prépare quelque chose pour nous délivrer de ces gens. En attendant, je vais me cacher… quelque part, je ne préfère pas te dire où on ne sait jamais. Mais toi… fais attention à Nono, d'accord ?
_Oui, je ferai attention. »
Il lui embrassa la main. Cécilia l'embrassa comme si c'était la dernière fois qu'elle le voyait et puis continua à faire ses valises. Drag l'aida à tout boucler, et ensemble ils refermèrent la valise. Ils se regardèrent une dernière fois, et puis s'embrassèrent encore. Cécilia respira l'odeur de son mari qui allait lui manquer. Elle préféra ne pas dire au revoir à Nono par peur de le perturber encore plus qu'il n'allait l'être.
Miss. Jenny revenait dans son bureau après avoir choisi la Une qui paraîtrait pour le prochain numéro de la Gazette du Sorcier. Elle essayait de ne pas avoir l'air trop heureuse de regagner son bureau. Mais une fois à l'intérieur, elle se précipita sur sa machine à écrire et continua à taper son article qu'elle prévoyait d'envoyer le plus rapidement possible. Avec acharnement, elle tapait sur les touches aussi vite que possible.
On frappa à la porte. Miss. Jenny cessa immédiatement son activité et rangea rapidement son article dans son bureau. Daniel entra dans le bureau avec un air complice. Il s'approcha du bureau et souffla près du visage de la sorcière :
« Nouvelle info qui vient de surgir… Cécilia Hausmann a disparu. »
Miss. Jenny arqua un sourcil, intriguée. Son amie Cécilia qui disparaissait ? C'était étrange cette histoire. Elle disparaissait juste après l'arrestation d'Ewan Perks ? Encore plus étrange…
« Disparu vous dîtes ?
_Un ami de l'imprimerie m'a dit qu'elle manquait à l'appel au Sorcière Hebdo, lui confia-t-il en regardant autour de lui comme si les murs avaient des oreilles.
_Manquer à l'appel et avoir disparu, ce n'est pas la même chose.
_Croyez-moi, elle a vraiment disparu. Elle n'a pas prévenu de son absence, n'a aucun motif, et en plus mon ami de l'imprimerie m'a dit qu'elle avait de gros problèmes avec ses papiers d'identité. »
Miss. Jenny s'enfonça dans son siège, l'air pensif. Elle réfléchit un instant à la raison de ces rumeurs. Dans ce que venait de dire Daniel, il y avait quelque chose que miss. Jenny devait percer pour comprendre le geste de son amie. Elle était fatiguée ? Déprimée ? Malade ? *Cécilia n'est jamais malade, ça c'est une certitude qui élimine tout de suite cette hypothèse.* Songea-t-elle. Alors quoi ? Cécilia disparu ? C'était à peine croyable. Miss. Jenny savait qu'elle ne laisserait jamais tomber sa famille. Drag et Noé étaient beaucoup trop importants pour elle. Miss. Jenny se demandait parfois s'ils n'étaient pas plus importants que Lizzie aux yeux de son amie. *Non, Lizzie et Cécilia sont les sœurs les plus fusionnelles que je n'ai jamais rencontrées. Elles sont inséparables, même à Poudlard elles étaient toujours ensemble.* Miss. Jenny se demanda un instant si cette proximité ne cachait pas un secret. Après tout, il y avait bien un doute qui existait sur leur identité.
« Daniel, je vais vous confier la direction de la Gazette du Sorcier pour la fin de journée.
_Quoi ? S'écria-t-il. Mais… on est en fin d'après-midi, et il y a…
_Oui, plein de chose à régler mais tu l'as déjà fait, tu sauras te débrouiller.
_Et… vous allez où comme ça ?
_Nulle part. » Répondit-elle sèchement.
Miss. Jenny tira de ses affaires son article et le fourra dans son sac. Elle vida le reste de ses affaires personnelles qui ne devaient pas être trouvées par n'importe qui comme les quelques témoignages qu'elle avait recueilli. Elle n'adressa rien d'autre à Daniel qui était resté pantelant, l'air innocent, sans savoir ce qu'il allait devoir faire. Miss. Jenny lui donna simplement une tape sur l'épaule et partit.
Daniel lui jeta un regard suppliant. Il ne comprenait pourquoi la sorcière agissait ainsi, pourquoi elle partait si brusquement, et il n'arrivait pas à se projeter face aux autres employés. Qu'allait-il dire ? Leur patronne était partie comme ça, sur un coup de tête ?
Miss. Jenny ne s'occupa pas une seconde de plus du cas de Daniel et le laissa seul dans son bureau. C'était la première fois qu'elle quittait son lieu de travail ainsi mais elle voulait être sûre qu'elle ne manquerait pas de recueillir un témoignage de plus.
Elle claqua la porte du bâtiment de la Gazette du Sorcier et puis transplana jusqu'à la maison de son amie Lizzie. Il était évident que Cécilia y serait. Si miss. Jenny avait vu juste, les deux sœurs devaient être en train de préparer leur départ avant que tout ne tourne au roussi pour elles.
Pour la première fois de sa vie, miss. Jenny s'autorisa un instant pour se recoiffer et vérifier qu'elle était bien habillée, en bref présentable. Elle se rendit alors compte qu'elle était ridicule de faire tout ce cinéma pour se rendre chez ses amies mais elle devait bien admettre que cette situation la rendait nerveuse.
A la fois anxieuse et impatiente, miss. Jenny appuya sur la sonnette et attendit qu'on ne lui ouvre la porte. Ce fut Lizzie qui entrouvrit simplement la porte pour jeter un œil suspect sur son amie. *Cette fois, j'en suis sûre. Elles cachent quelque chose.* Devina-t-elle.
« Euh… salut Lizzie ! Je… je pourrais te…
_Non, coupa-t-elle. Je… Je suis occupée en ce moment, désolé. »
Miss. Jenny bloqua la porte avec son pied et adressa un sourire d'excuse à son amie qui semblait terrifiée par ce geste. Apparemment, elle craignait quelque chose.
« S'il te plaît, laisse-moi entrer c'est urgent.
_Non… Jen, va-t-en, s'il te plaît.
_Je sais que vous n'êtes pas de soi-disant sang pur ! »
A ces mots, Lizzie se figea sur place. Elle sembla un instant hésiter entre nier cette affirmation ou la menacer pour la faire taire. Finalement, elle sembla se souvenir que miss. Jenny était son amie et lui ouvrit la porte en grand.
Comme miss. Jenny l'avait pensé, Lizzie et son fiancé Henry étaient en train de prévoir « un voyage » et commençaient à faire leurs valises. Lizzie jeta un regard soupçonneux à son amie tout en lui faisant signe de ne pas bouger. Elle disparut dans la pièce voisine. Miss. Jenny entendit des voix s'élevées comme s'ils se disputaient. Mal à l'aise, la sorcière observa autour d'elle les cartons d'emballage et la pièce presque vide qui l'entourait.
Lizzie revint avec Henry et Cécilia qui paraissait être la plus méfiante de tous. Henry avait sa baguette en main, ce que miss. Jenny prit pour une assurance de leur part. Ils n'avaient pas confiance. Seule Lizzie semblait être partagée entre sa méfiance et son amitié pour la sorcière. Miss. Jenny la remercia mentalement avant de se forcer un sourire pour les deux autres.
« Comment tu as su ? Demanda en première Cécilia qui ne paraissait pas vouloir être amical.
_Il y a des rumeurs qui circulent, les gens parlent que vous avez des problèmes avec vos papiers d'identité, vous étiez des clientes d'Ewan Perks qui distribuait de faux papiers… Je pense que ça suffit pour que je puisse émettre quelques hypothèses, avoua-t-elle en haussant les épaules.
_Et pourquoi tu es venue ? L'interrogea Henry qui serrait toujours sa baguette dans sa main.
_J'écris un article pour que les sorciers se rendent compte de ce que vous vivez au quotidien. Je recueille des témoignages pour m'appuyer sur des faits réels et ainsi montrer aux sorciers qu'ils ne doivent pas simplement accepter ce qui se passe. Je veux susciter une nouvelle idée dans leur esprit, et peut-être une forme de courage pour résister, se rebeller. Du coup… j'aurais aimé avoir votre témoignage.
_C'est tout ? S'étonna Lizzie en échangeant un regard avec les deux autres.
_Trop beau pour être vrai… Grinça Henry.
_C'est étrange, en effet, lui accorda Cécilia de plus en plus méfiante.
_Cécilia… Souffla miss. Jenny outrée. Qu'est-ce que tu crois que je vais faire avec ça ? Je change les noms, mais oui je vais le publier. Pas dans la Gazette du Sorcier, je pense à un autre journal en ce moment. Mais est-ce que tu crois vraiment que je vais aller trouver mon sombre idiot de cousin Cameron pour lui dire que vous partez en voyage ? »
Cécilia jeta un regard noir à miss. Jenny. Visiblement elle ne semblait pas apprécier qu'on puisse découvrir ses projets. *Pourtant ils sont bien en vus ! N'importe qui pourrait en venir à cette conclusion : vous fuyez quelque chose tous les trois. Et quand on sait ce qu'on raconte sur vous… on n'a pas trop de mal à deviner ce que vous fuyez. Ça se comprend, personne n'a envie de finir à Azkaban.*
« Je suis juste venue pour avoir un témoignage et après je rentre et j'écris. Si vous ne voulez pas, dites-le moi tout simplement et je repartirais comme si de rien n'était. J'ai déjà recueilli plusieurs témoignages et aucune de ces personnes n'a encore eu de problèmes à cause de moi. Je pense simplement qu'il faut faire quelque chose pour que la société se bouge, reprenne espoir, puise en elle du courage, et… La semaine dernière, Harry Potter a fait embraser l'esprit de toute la société. Tout le monde espère en lui, il suffit juste d'une étincelle pour que ça s'enflamme. »
Lizzie hochait la tête tandis que Cécilia semblait hésiter. Henry restait toujours sur la défensive avec sa baguette mais miss. Jenny se préoccupait surtout des réactions de ses deux amies. Les sœurs échangèrent un regard.
« Tu changes les noms, c'est ça ? L'interrogea Cécilia.
_Oui, je change tout ce qui est susceptible de vous trahir. Je demande simplement un témoignage. »
Elles échangèrent encore une fois un regard.
« D'accord. » Décida Cécilia.
Miss. Jenny sentit la tension de ses épaules s'évacuer. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle était devenue raide. Lizzie et Cécilia lui indiquèrent où s'installer. Miss. Jenny commença à sortir son bloc note et sa plume. Henry restait en retrait, sa baguette toujours à la main. Avec un sourire amusé, miss. Jenny lui dit :
« Ce serait pas mal si vous témoignez, Henry. Comme ça, on aurait un autre point de vue. Est-ce que vous le saviez depuis le début ? Comment avez-vous réagi ? Qu'est-ce que vous avez pensé sur le moment ? Dans quelles circonstances cela s'est passé ? Etc. Ce serait intéressant d'entendre votre voix. »
Il hocha timidement la tête, sans oser répondre, et gardant toujours fermement sa baguette à la main. Miss. Jenny observa sa plume suspendue qui attendait pour écrire.
« Alors, commençons par… votre histoire, hein ? Demanda miss. Jenny alors que la plume se mettait au travail.
_Eh bien… Soupira Lizzie. Notre père était un sorcier, et notre mère une moldue. Notre père savait que ce n'était jamais très bon d'être l'enfant d'un moldu dans le monde de la sorcellerie. A son époque, le mouvement anti-moldu était déjà très présent avec la première guerre contre Vous-Savez-Qui, évidemment. Ma mère restait à la maison, soi-disant malade, et nous… et bien… on ne devait rien dire.
_Vous étiez donc dans la complicité ? Vous saviez ce qui se passait ?
_Euh… on savait mais on ne comprenait pas forcément toutes les décisions que nos parents prenaient, avoua Lizzie. C'était assez bizarre. On était un peu oppressé tout le temps par nos amis qui nous posaient des questions auxquels on ne pouvait pas répondre. »
Un sourire effleura un instant les lèvres de miss. Jenny au souvenir de leurs années Poudlard. Elle se souvenait encore des deux sœurs « bizarres » comme on les appelait.
« Et votre mère, elle vivait ça comment ?
_Euh… on ne se souvient pas, répondit Cécilia. Je crois que ce style de vie ne la gênait pas du moment qu'elle savait que ça nous permettait d'être en sécurité, mais… je n'ai pas vraiment de souvenir.
_Oui, ça fait déjà huit ans… » Marmonna miss. Jenny qui se rappelait encore de l'enterrement.
Stephie et Eléa étaient encore en train de se raconter leur semaine dans ce même bar où elles se retrouvaient tous les samedis. Comme toujours, elles prenaient la même boisson, et elles étaient toujours heureuses de se retrouver. Le gérant du bar venait même de leur offrir les cacahuètes pour leur fidélité. Elles le remercièrent et puis se remirent à se raconter leur semaine en gloussant.
En sortant du bar, Stephie rentrait avec Eléa comme d'habitude pour prendre le réseau de cheminés chez son amie. Sur le bref chemin, Stephie demanda plus sérieusement :
« Au fait, toi ça va ? Avec l'arrestation de ton père… ce n'est pas trop dur ? »
Eléa haussa les épaules, indécise. Elle ne savait si elle allait bien ou pas. Elle ne savait même pas si elle devait aller bien ou non. La jeune fille hésita encore avant de répondre :
« Moui… je peux compter sur Keina.
_Ouais, c'est ce qui compte que vous puissiez compter l'une sur l'autre.
_Mouais. »
Eléa hocha la tête jusqu'à ce qu'elles arrivent devant l'appartement des sœurs.
« Si jamais tu as besoin de quelqu'un en tout cas, je suis là. » Lui dit Stephie.
Eléa hésita encore un instant et puis se tourna vers Stephie au lieu de taper le code pour entrer.
« En fait, viens on va marcher encore un peu. »
Stephie arqua un sourcil, mi inquiète, mi curieuse mais suivit son amie tout de même. Eléa devinait sans mal les centaines de questions qui devaient tournoyer dans la tête de son amie. Mais Eléa avait encore plus de questions qui tourbillonnaient dans sa propre tête. Elles tourbillonnaient tellement vite qu'elle n'arrivait pas à les formuler entièrement. C'était assez étrange ce qu'elle vivait. Elle se sentait compressée comme une chemise que l'on essorait. Elle avait envie de pleurer à chaque moment, elle voulait s'enfuir dès qu'elle croisait le regard de quelqu'un, et pourtant elle avait envie de faire quelque chose pour améliorer sa situation. Mais elle ne savait vraiment pas quoi faire. Alors Eléa avait décidé de libérer sa conscience pour se soulager un peu et s'autoriser à partager ce poids avec quelqu'un d'autre. Elle ne savait pas si c'était bien ou pas mais elle savait qu'elle avait envie de parler avec Stephie.
Stephie était son amie, sa meilleure amie depuis le début de leurs années à Poudlard. Eléa savait que Keina ne lui faisait pas confiance mais après tout Eléa pouvait faire ses propres choix toute seule. *J'ai dix-huit ans, je suis majeure maintenant, je peux m'occuper de moi toute seule. Keina n'est plus obligée de me protéger contre le monde entier. Et puis il faut que Stephie sache… j'en ai marre de dire à tout le monde que je suis la fille d'Ewan Perks alors qu'au fond je rêve de dire que mes parents ont été assassinés par des abrutis qui ne supportent pas les moldus ! Au moins, ça montrerait jusqu'où ils sont capables d'aller. Ce sont de grands malades ces gens… Je veux que Stephie le voie !*
« Eléa tu me fais peur… Avoua Stephie pour mettre fin au silence qui s'était installé. Aller quoi, tu comptes l'aider à s'échapper d'Azkaban ? »
Au nom de la prison, Eléa tressaillit. Elle ne savait même pas si Ewan était encore là-bas ou s'il était… *Bref, il faut positiver. Je suis toujours avec Keina et… je m'apprête peut-être à faire une erreur mais… J'ai envie de faire confiance à Stephie. Elle le mérite, et j'ai besoin de lui faire confiance.*
Eléa s'avouait enfin que ce qu'elle s'apprêtait à faire était plus une nécessité qu'un élan de courage. Elle n'avait pas en tête de faire bouger le monde, c'était plus la nécessité de partager son secret. Elle avait besoin de pouvoir se confier à quelqu'un pour soulager sa conscience. Toute cette tension qui s'accumulait de jour en jour finirait par l'achever un jour si elle n'avait personne avec qui la partager.
« Stephie, je te demande de ne pas t'enfuir en courant ni d'appeler St Mangouste, hein. Tu comptes beaucoup pour moi et il faut que je t'avoue quelque chose… enfin c'est primordial pour moi que tu le saches. »
Stephie arqua de nouveau un sourcil, mi inquiète, mi intriguée. Eléa savait très bien que ce qu'elle racontait était fou. Son histoire entière était folle ! Sa vie était un mensonge, elle vivait dans le mensonge tous les jours en plus de la peur.
« En fait… piouf ! C'est dur à dire… je… Ewan n'est pas mon père, il… »
Les yeux de Stephie s'écarquillèrent instantanément. Elle resta béate devant la jeune asiatique qui secouait nerveusement sa jambe droite. *Bon, oui c'est complètement taré comme histoire, elle va s'enfuir en courant. Ou alors elle ne va rien comprendre, ça aussi ce serait possible.*
« Il nous a adopté, Keina et moi, après la mort de nos parents. C'était il y a longtemps, ils ont été assassinés par des sorciers qui ne supportaient pas les moldus. Tu vois, mes parents étaient des moldus et… Oui, je suis née de deux parents moldus. Ewan nous a emmené avec lui en nous faisant passer pour ses filles. »
Stephie prit un grand bol d'air avant de secouer la tête comme si elle ne croyait pas un mot de ce que son amie racontait et puis accéléra le pas. Eléa accéléra aussi. Son cœur faisait de grands bons tant elle avait peur de perdre son amie. Elle avait plus peur de la perdre que de se faire arrêter par les autorités.
« Tu me dis ça maintenant ! S'énerva Stephie en continuant à accélérer. On se connaît depuis des années… et tu me dis ça aujourd'hui ! Non mais je rêve… Et dire qu'il y avait des gens qui pensaient que vous étiez des Sang Impur ! Cracha-t-elle en jetant un regard accusateur à Eléa. Ils avaient raison finalement… Et moi je vous ai défendu ! Une idiote… je suis une idiote. Bien sûr que tu n'es pas la fille d'Ewan ! Qui pourrait croire à cette histoire débile !? Il n'y a que moi, bien sûr… Pff ! Je me fais pitié d'avoir cru que…
_Eh ! Stephie, je ne te l'ai pas dit parce que je ne pouvais pas mais… écoute-moi Stephie !
_Non ! Ta sœur et toi vous êtes deux pauvres cinglés ! On l'aurait découvert un jour ou l'autre que vous êtes de sang impur…
_Stephie… Soupira Eléa. Tu entends ce que tu me dis ?
_Oui ! Tu es de sang impur ! Maintenant laisse-moi, je ne veux plus rien savoir !
_Stephie, je t'en prie… Stephie, je t'en supplie ! Ne me tourne pas le dos comme ça ! Tu ne peux pas balayer toutes ces années juste pour ça quand même !? »
Stephie se retourna prête à répondre et puis se ravisa. Elle leva à nouveau les yeux au ciel, secoua la tête, et puis s'éloigna en marche arrière pour observer encore la jeune asiatique. Celle-ci tentait de retenir son amie en s'approchant à petits pas. Elle espérait vainement que Stephie allait se raisonner d'elle-même. Mais Stephie finit par tourner à une rue adjacente. Eléa cessa de la poursuivre pour s'adosser contre une façade et regarda ses pieds.
Elle avait envie de pleurer. C'était trop dégoûtant ! Elle n'arriva même pas à savoir si elle s'en voulait, si elle était en colère contre Stephie, si elle était triste, ou juste dégoûtée. Eléa ravala ses larmes pour rentrer jusqu'à son appartement. Sur le chemin, elle avait l'horrible sensation que les sorciers la regardaient tous. Il lui semblait qu'ils savaient. Leurs regards lui disaient qu'elle était une ignoble créature au sang infecte, une erreur de la nature.
Quand Eléa referma la porte de leur appartement, elle s'effondra de colère, de dégoût, et de tristesse. En fait, elle savait ce qu'elle ressentait : tout à la fois. C'était pire que si elle n'avait ressenti que de la tristesse. Ça faisait bien plus mal, c'était bien plus insupportable.
« Eléa, retire tes chaussures ! Lui ordonna Keina dans la cuisine en entendant les pas de sa sœur. Les chaussures à l'entrée, tu te souviens !? »
Eléa se précipita dans les bras de sa grande sœur qui fut prise par surprise. Inquiète, elle caressa un instant les cheveux de la jeune fille avant de lui demander sur un ton alarmant :
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Eléa releva ses yeux humides vers sa sœur et quand elle croisa son regard, elle s'effondra à nouveau. De plus en plus inquiète, Keina tira une chaise pour inviter sa sœur à s'asseoir. Une fois assises, Keina posa une main sur celle d'Eléa et lui demanda une nouvelle fois :
« Qu'est-ce qui s'est passé ?
_Je te demande pardon… Parvint à peine à dire Eléa à travers sa respiration saccadée. Tu avais raison… tu avais raison pour Stephie. »
A l'évocation de la jeune fille, Keina sursauta et devint soudainement méfiante. D'un ton nettement plus sec, elle redemanda :
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Eléa, qu'est-ce que tu as fais ? »
Eléa ne voyait plus la pièce tant ses yeux étaient remplis de larmes. Elle s'en voulait tellement. Elle avait naïvement cru qu'elle pourrait s'en sortir en faisant ses propres choix et finalement… elle se trouvait tellement ridicule en ce moment. Elle se mordit la lèvre inférieure pour arrêter de sangloter. Keina la prit alors par les épaules pour la secouer et lui demanda encore une fois sur un ton terrorisé :
« Qu'est-ce que tu as fais ?
_Je lui ai tout dit… » Avoua Eléa dans un souffle.
Le visage de Keina se décomposa à l'instant même où Eléa finit sa phrase. Ni une ni deux, la sorcière fut debout et se précipita dans les deux chambres pour en ressortir des sacs à dos. Elle ouvrit les placards en grand et rempli un à un les sacs en vêtements. Sitôt après, elle accourut jusque dans la salle de bain et prit tous les médicaments, trousse de premiers soins, etc. Elle fourra le tout dans les sacs et puis revint dans la cuisine pour ouvrir en grand les placards à la recherche de nourriture transportable.
Eléa tremblait sur sa chaise. Elle savait ce qui se passait mais ne comprenait pas. Elle restait assise, tremblante, et regardait sa sœur faire des allers et retours pour remplir les deux sacs qui servaient habituellement pour leurs randonnées avec Ewan. Keina jeta au passage un regard noir à sa sœur avant de refermer d'un coup sec les deux sacs et d'en jeter un sur sa sœur qui sursauta.
« Qu'est-ce qu'on fait ?
_On part, évidemment ! Maintenant que tu as tout raconté à cette balance de Stephie, ils vont venir nous chercher ! »
Elle se précipita dans le salon, prit un vase et le balança à travers la pièce. Il se fracassa au sol et laissa s'étaler toute l'eau contenu avec les fleurs. Puis Keina prit plusieurs livres de la bibliothèque qu'elle jeta à travers la pièce.
« Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Eléa effondrée devant ce spectacle.
_Si quelqu'un de censé vient ici, il croira à une agression. Je ne veux pas qu'on nous élimine en secret au milieu de nulle part. On ne sait jamais, peut-être que cette mise en scène permettra aux autres de savoir que nous ne sommes pas en sécurité. »
Elle jeta à nouveau un regard noir à sa sœur qui pleurait encore. Keina continua son manège et jeta à travers la pièce tout ce qui était en verre et autres objets capables de prouver qu'elles s'étaient défendues pendant l'agression.
Eléa vit tout son monde s'écrouler devant elle alors que sa vision se brouillait de plus en plus. Le salon où elle avait passé tant de soirée à veiller tard… il ressemblait désormais à un champ de bataille. Keina qui était habituellement sa grande sœur protectrice la regardait comme une traitresse.
« Ce n'est plus le moment de pleurer, Eléa, lui fit-elle remarquer. Tu n'as pas voulu m'écouter ? Assume maintenant ce que tu as fait et arrête de pleurer ! »
Keina agrippa ensuite le bras de sa sœur qui la regarda avec étonnement entre ses larmes.
« On transplane. » Expliqua sèchement Keina avant de s'exécuter.
