3ème journée (1ère partie):

Arthur était accroupi devant la barrière magique qui les séparait du monde extérieur. Les évènements de la matinée l'avaient remotivé à chercher une solution à leur problème et Niels et Roumanie à ses côtés semblaient dans le même état d'esprit que lui. Pourquoi avait-il fallu que le sort frappe ces trois-là en premier. Roumanie semblait encore choqué de l'apparition de la petite Hongrie du Xème siècle qui avait voulu attaquer tout le monde (encore une).

Elle avait débarqué pendant le petit déjeuner et avait terrorisé la moitié de la salle. Arthur sourit en repensant à l'expression horrifiée de Gilbert et à la réaction du petit Francis qui avait reculé le plus loin possible en criant :

_ Ogre, c'est ogre !

_ Ogre ?

_ Hongrie. C'est mon nom, cet idiot ne sait pas prononcer.

Elle portait un pantalon et une tunique souple qui la laissait libre de ses mouvements et une dague pendait à sa ceinture. Son corps était encore marqué des rondeurs de l'enfance mais son visage était déjà fin et allongé. Elle avait regardé les autres nations d'un air hautain avant de se précipiter sur le petit déjeuner.

Cela avait un peu perturbé le repas mais Arthur ne s'en serait pas plaint si la suite ne l'avait pas directement concerné. En effet, à peine avaient-ils repris leurs places qu'Espagne était entré furieux et s'était précipité sur l'anglais qui ne s'attendait pas à recevoir un coup de poing au visage en guise de salutation.

_ J'avais pas eu l'occasion de te frapper à ce moment-là alors aujourd'hui je vais pas me priver.

_ Putain Antonio ! Il se passe quoi ?

_ Ce qu'il se passe ? Voilà ce qu'il se passe.

Arthur s'était retourné vers la direction qu'indiquait l'espagnol et avait failli s'étrangler en voyant un nouveau double de Francis. Celui-ci semblait avoir une quinzaine d'année et portait une lourde armure tachée de sang et de boue. Son visage était tuméfié et violacé par endroit et un bandage ensanglanté lui ceignait la tête. Soutenu par Alistair, il s'était avancé dans la pièce et avait parcouru l'assistance d'un regard sombre. Lorsque ses yeux s'étaient posés sur Arthur, un rictus de haine avait déformé ses traits et il avait porté la main à son épée qu'il aurait sans aucun doute dégainée si le Francis du 21ème siècle ne s'était pas interposé. Il avait entrainé son double plus loin prétextant qu'il avait besoin de soin, laissant Arthur seul avec ses douloureux souvenirs de la guerre de 100 ans qui n'avaient pas manqué de ressurgir.

Délaissant un instant ses tristes pensées, Arthur passa un doigt sur le sol à la limite de la barrière et sentit un léger picotement.

_ Créer une barrière c'est facile, lança Roumanie, mais faire en sorte qu'elle ne bloque que certaines personnes et qu'elle tienne aussi longtemps, ton frère est vraiment fort.

_ Le coup de l'ascenseur aussi est pas mal, ajouta Norvège. Dès que l'un de nous l'utilise, il refuse de descendre.

Arthur lança un coup d'œil à son ami, lui d'ordinaire si renfermé et blasé semblait vraiment concerné par ce qui leur arrivait. S'il n'était pas aussi désireux qu'Arthur de briser la magie d'Irlande, Niels avait quand même déclaré qu'il fallait résoudre ce problème le plus vite possible. Sa rencontre avec un troisième Danemark ce matin l'avait sorti de sa neutralité habituelle. Arthur était de plus en plus intrigué par la relation entre Matthias et le norvégien mais en bon anglais il faisait mine de ne pas s'apercevoir du changement de comportement de son voisin. D'après ce qu'il avait compris, ce nouveau double venait du 15ème siècle, au moment de l'alliance Kalmar entre le Danemark, la Suède et la Norvège. Vu la crispation de Berwald lorsqu'il s'était approché de lui, ça n'avait pas dû bien se passer. A cette époque Arthur ne s'était pas trop mêlé de ce que faisaient les Scandinaves.

_ Ou alors ce n'est pas une barrière.

_ Qu'est-ce que tu veux dire ? demandèrent Niels et Arthur.

_ Et bien peut être que le sort nous a atteint directement et que nous le portons sur nous. Si le sort interdit de dépasser une certaine limite, on a l'impression de se cogner à un mur invisible alors qu'il n'y a aucune barrière.

_ Et donc nous sommes déjà tous touchés. Ça veut dire que n'importe qui peut se voir apparaitre plus jeune ?

_ On est mal.

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Francis se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche. Expliquer à son double qu'il se trouvait au 21ème siècle n'avait pas été chose aisée, mais lui dire qu'il était en paix avec Angleterre et même toutes les autres nations européennes avait été encore plus dur, le chevalier refusant tout simplement d'écouter. De plus ce nouveau Francis venait d'une époque où tout ce qui touchait de près ou de loin à de la magie était pourchassé alors se retrouver six siècles dans le futur…

Il soupira. Avec Alistair, ils avaient refait les bandages du jeune homme qui semblait bien fragile sans son armure. En tant que nation il se remettrait vite, quelques jours de repos devraient suffire mais c'était assez dérangeant de se voir dans cet état.

Quand il fermait les yeux, il revoyait ses soldats qui avançaient en rangs serrés, fier de leur appartenance à la chevalerie, il revoyait le sang et la terre qui ne parvenait pas à tout absorber, il revoyait la mort faucher ses paysans qui avaient le malheur d'être sur la route des chevauchées, il revoyait Arthur rire des pillages, des tortures, de la peur qu'il semait dans la population. Arthur. C'était l'Angleterre qui l'avait attaquée et pourtant il l'avait pris personnellement, il avait voulu se battre contre Arthur. La vengeance appelle la vengeance. Et quand un être cher vous prend tout ce que vous possédez, votre paix, votre repos, vos espoirs, votre âme, il ne reste à la fin qu'un corps meurtri et perdu qui n'a plus aucune notion du bien et du mal. Combien Francis regrettait ses actions lors de cette guerre. Non seulement il avait envoyé ses hommes à la mort en ne s'adaptant pas assez rapidement au nouveau style de combat que son adversaire lui imposait, mais en plus il avait commis des actes impardonnables envers son Arthur, celui qu'il avait juré de protéger.

Cette guerre s'était déroulée il y a tellement longtemps, il avait appris de ses erreurs, il avait pardonné à Arthur comme celui-ci lui avait pardonné, mais ce qui était fait était fait et c'était à lui-même qu'il en voulait à présent, d'avoir été si faible qu'il s'était laissé dominer par sa rage jusqu'à en être aveuglé.

Maintenant que sa culpabilité été ravivée, comment allait-il pouvoir faire face à Arthur ?

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Gilbert n'en croyait pas ses yeux. Devant lui se tenait une nation qu'il n'avait jamais vu, ou plutôt qu'il était certain d'avoir déjà rencontré mais il ne se souvenait plus où, ni même comment elle s'appelait. Pourtant cette nation aurait dû le marquer, avec ses fins cheveux châtains, ses yeux mauves et son sourire si doux il ressemblait à un ange. Gilbert était parti à la recherche des enfants qui étaient partis jouer ensemble et il s'était dit que ce serait une bonne occupation d'aller embêter son frère avec eux quand il les avait trouvés assis autour de son bel inconnu et jouant à un quelconque jeu de société. Gilbert n'avait pas osé s'approcher de ce charmant tableau de peur de le voir se briser sous ses yeux. Après tout, il avait beau être awsomement génial, il savait qu'il cassait tout sur son passage, Elisabetha le lui avait répété suffisamment de fois. Aussi se contenta-t-il de rester sur le pas de la porte et de contempler la scène de loin. Les deux doubles de Francis étaient assis l'un contre l'autre et devaient sans doute jouer ensemble, celui de Matthias ne tenait pas en place quant à la jeune Hongrie … Elle avait déjà cet air de petite femme sûre d'elle alors qu'elle se prenait pour un garçon. Le prussien était tombé dans le panneau étant enfant, il avait pensé trouver un ami, un compagnon de jeu, quelqu'un contre qui il pourrait se battre, quelqu'un en qui il pourrait avoir confiance. Ne jamais faire confiance à une femme, surtout à une hongroise.

Il fut tiré de ses pensées par la voie aiguë de Danaël qui l'appelait pour qu'il vienne jouer avec eux. Gilbert s'approcha et s'assit entre Francis et Matthias, de façon à pouvoir observer les deux autres. Elisabetha avait une mine boudeuse mais ses yeux brillaient de ruse, l'inconnu lui, avait le visage serein mais un éclat de malice animait son regard.

_ J'ai gagné, dit-il en souriant devant l'air dépité des enfants. Vous voulez qu'on refasse une partie ?

_ Je préfère aller réparer ma hache.

_ Et moi je veux défier Rome !

_ Si on faisait une course, celui qui aura le plus de territoires gagne !

_ Ils ne ressemblent vraiment pas aux enfants d'aujourd'hui n'est-ce pas ? Ça va être dur de les occuper.

Gilbert regarda un instant les petits partir dans le couloir avant de se tourner vers son interlocuteur :

_ Je ne crois pas te connaitre, moi c'est Gilbert, le génialissime Prusse !

_ Je m'appelle Matthieu, le Canada.

_ Ah, le Canada. Euh … c'est où ?

_ Au-dessus des Etats-Unis. Alfred est mon frère.

_ Moi aussi j'ai un frère, il est génial, pas autant que moi mais presque. Il est super fort et c'est mon petit frère à moi, même cet idiot d'Autriche a reconnu qu'il est meilleur que lui et … Tu t'entends bien avec ton frère ?

_ Ça peut aller. Ce n'est pas tous les jours facile de continuer à exister à côté de lui mais il a ses bons côtés.

_ Continuer à exister hein ? non, pas facile.

Un silence gêné s'installa entre eux. Gilbert ne savait pas quoi dire, il était tellement fier de son frère, et ce n'était pas de sa faute s'il n'était plus une nation, … si ?

_ Je suis vraiment content que tu m'ais remarqué, ça fait longtemps que je n'ai pas discuté avec une autre nation.

_ Un gars aussi mignon que toi n'a pas d'ami ?

C'est vrai qu'il était mignon, et il l'était encore plus quand il rougissait.

_ Je passe plutôt inaperçu d'habitude.

Gilbert sourit, il savait à quel point la solitude pouvait être pesante, surtout quand on est une nation et que le temps n'a que peu d'emprise sur sa vie, mais à présent il avait trouvé comment il allait occuper ses journées : distraire son nouvel ami pour pouvoir toujours voir son beau sourire sur son visage d'ange.

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Matthias se demandait ce qu'il devait faire. Avec les autres enfants il était entré dans une salle où la tension était telle que les autres avaient fait demi-tour sans demander leur reste. Lui était resté, parce que dans cette salle il y avait Norge et Berwald. En fait, les 5 nordiques étaient là, Tino assis dans un fauteuil en se faisant le plus petit possible, Norge en face de lui la tête baissée, les 3 autres debout se défiant du regard, une sixième personne avec eux. Matthias reconnu l'autre danois qui était arrivé le matin d'on ne sait où. Il semblait avoir une quinzaine d'année et lui avait tout de suite plu, ça lui disait bien de devenir comme lui plus tard. Sauf que Norge et Berwald ne semblaient pas l'aimer. Et là, le suédois, animé d'une colère froide, semblait sur le point de se ruer sur son homologue danois et l'étrangler sans aucun remords. Le jeune viking n'avait jamais vu Berwald en colère, jamais. Mais il n'aurait pas imaginé que la Suède personnifiée pourrait un jour lui faire aussi peur.

_ J'pas oublié Stockholm*.

Sa voix glaciale était terrifiante, la menace derrière ces mots était presque palpable. Le petit vit son double adulte se figer et son regard se perdre dans ses regrets mais l'autre eut un rictus de dédain et dit d'une voix méprisante :

_ Ce n'était qu'une petite rébellion sans importance, tu as signé cette alliance j'te rappelle.

_ Pas pour qu'ce soit toi qui commande.

Le viking s'approcha doucement de Norvège, contournant Islande qui s'était placé devant lui. Lui prenant les mains il essaya de capter son attention mais tout ce qu'il put en tirer fut un vague murmure :

_ Berwald ci, Berwald ça. Il n'en a que pour Berwald tout le temps.

_ Et toi, t'dis rien ?

Le plus âgé des Danemark semblait avoir perdu sa fougue habituelle et dit d'une voix sourde.

_ Je voulais juste ne jamais vous quitter et qu'on soit toujours amis. Norge …

Le dernier mot avait été prononcé d'une voix suppliante mais quand Norvège releva la tête, ce fut pour le regarder avec ses yeux de glaces.

_ On ne peut pas dire que ça ait été une réussite.

Le danois soupira et lança à Suède avant de se diriger vers la porte :

_ Je t'ai déjà présenté mes excuses pour Stockholm mais je les réitère. Pas la peine de t'en prendre à mon double il pensait vraiment que cette union était une bonne idée.

_ T'vas où ?

_ Jouer avec les gamins.

Le petit Matthias regarda son double sortir puis reporta son attention sur le norvégien qui tenait ses mains dans les siennes. Son visage était toujours aussi impassible mais sa lèvre inférieure tremblait.

_ Ça va Norge ?

_ Oui ça va, dit-il avec un sourire crispé. Va jouer avec les autres, j'ai besoin d'être seul un moment.

_ D'accord. A tout à l'heure.

L'enfant sortit après un dernier regard sur son ami qui semblait reparti dans ses pensées. Dehors il retrouva son double adossé au mur, les bras croisés sur sa poitrine tandis que son visage empreint d'une moue concentrée le faisait ressembler à un enfant devant un problème particulièrement complexe.

_ Arg ! Je ne comprends pas ! finit-il par dire s'adressant visiblement à lui-même.

Reportant son attention sur son jeune double, son visage s'éclaira d'un grand sourire.

_ Tu sais où sont les autres ? Hum, vu l'heure, ils doivent être en train de gouter. Viens on va les rejoindre.

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Elisabetha ferma les yeux pour mieux apprécier la musique. Ecouter Roderich jouer du piano lui procurait toujours un doux mélange de joie et d'excitation. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il jouait tout exprès pour elle ou s'il était tellement emporté par son art qu'il oubliait tout ce qui l'entourait et peut être dans ces moment-là, si elle osait, pourrait-il recevoir son amour. Car elle l'aimait, d'une passion dévorante malgré un siècle de séparation. Leur mariage n'avait-il pas été heureux ? Elle avait fait n'importe quoi pour lui. Elle avait tout accepté. Même sa liaison avec cet abruti d'Antonio. De toute façon c'était du passé maintenant. Mais elle, elle était toujours là, à attendre le moindre petit signe, la moindre attention, le moindre geste qui lui dirait que lui aussi il l'aimait toujours, que derrière son masque d'aristocrate qu'elle trouvait si beau, se cachait un homme passionnément amoureux d'elle.

Les dernières notes de la valse s'élevèrent et restèrent comme suspendues dans la pièce laissant la hongroise encore rêveuse, avant de s'éteindre définitivement, sectionnées par la voix grave du pianiste.

_ Tu m'écoutes encore.

Ce n'était pas un reproche, juste une constatation.

_ Ta musique me rappelle des souvenirs.

_ Tu n'es pourtant pas aussi vieille que moi, tu n'as pas l'âge de vivre dans tes souvenirs.

_ Je ne peux pas les oublier non plus.

L'autrichien ne répondit pas, trop occupé à chercher ses partitions. Hongrie s'en fichait de vivre avec ses souvenirs, elle ferait tout pour vivre de la même manière que lui.

Soudain elle sentit un regard sur elle et se retournant elle vit deux yeux rouges qui la fixaient. Des rires et des cris éclatèrent dans le couloir et Autriche fronça les sourcils en râlant :

_ Qu'est ce qu'ils sont agaçants ces enfants, au moins Italie ne faisait pas de bruit quand elle était petite.

_ « Il » mon chéri, Italie est un garçon.

Regardant de nouveau vers la porte elle vit que les yeux rouges avaient disparu.

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Matthieu regarda d'un air étonné Gilbert partir en courant à la suite des enfants. Ils avaient passé un long moment ensemble et le canadien aurait bien voulu rester plus longtemps avec lui mais l'albinos s'était arrêté devant une porte et s'était figé. Matthieu n'avait pas eu le temps de regarder à l'intérieur pour voir ce qui pouvait mettre le prussien mal à l'aise avant que les enfants ne les bousculent, le jeune Francis en tête, suivi des autres accompagnés de Danemark adulte. Mais ils ne pouvaient pas arrêter de courir deux minutes ces gamins !

_ Putain mais qu'est ce qu'il se passe encore !?

_ C'est Francis qui a volé le pain d'épice du gouter. Ça veut dire quoi putain ?

Matthieu baissa les yeux et vit Danaël qui le regardait d'un air interrogateur en mâchonnant.

_ Ça ne veut rien dire. Et tu manges quoi là ?

_ Le pain d'épice.

_ …

_ Il l'a laissé tomber dans sa course et les autres étaient trop occupés à courir, ils l'ont pas vu. Tu en veux ?

_ Mmmh, tu sais ce qui serait bon dessus ? Du sirop d'érable. Tu aimes ça, n'est-ce pas ? T'as pas le droit de dire non.

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Arthur en avait marre. Pourquoi c'était toujours lui qui devait tout faire. Niels était introuvable et Roumanie était encore en train de se disputer avec les autres Balkans. Et pour couronner le tout Francis refusait de sortir de la chambre où ils avaient installé son double du 14ème siècle. Oui bah lui aussi il avait de mauvais souvenirs de cette période ce n'était pas une raison pour s'enfermer, surtout avec Ecosse. Oh celui-là s'il l'attrapait…

Arthur entendit quelqu'un chuter derrière le coude du couloir et il alla voir en soupirant quand il tomba nez à nez avec Francis enfant qui était allongé de tout son long par terre.

_ Ah, bah c'est ça d'avoir une jupe trop longue, dit-il en l'aidant à se relever.

_ C'est pas une jupe.

_ Oui je sais c'est une tunique.

Un bruit de galopade les interrompit et Arthur eut juste le temps d'apercevoir les têtes des petits représentants de la Hongrie et du Danemark ainsi que ce dernier en version adulte et celui de la Prusse avant que le jeune France lui grimpe sur les épaules.

_ Mais qu'est-ce que tu fais ?

_ Dépêche-toi de courir ils vont nous attraper !

Arthur ne se posa pas plus de question et partit en courant Francis sur ses épaules au son de « Sus à l'anglois » crié par un certain prussien.

Après avoir tourné plusieurs fois dans différents couloirs, Arthur trouva un placard assez grand pour qu'il puisse y tenir avec Francis qui riait aux éclats.

_ Tais-toi ils vont nous entendre.

Maintenant ses deux mains sur sa bouche l'enfant le regarda les yeux brillants pendant qu'ils attendaient que les autres s'éloignent. Plusieurs minutes passèrent avant que Francis arrête enfin de rire puis, ayant retrouvé son calme, il se cala plus confortablement contre Arthur qui commençait à avoir des fourmis dans les jambes.

_ Dis Arthur, on est toujours ami à ton époque ?

_ Pourquoi tu me demandes ça ?

_ Eh bien … le chevalier de tout à l'heure, il a vraiment l'air de te détester.

_ Oh. Ne t'inquiètes pas Francis, c'est du passé. On s'entend bien maintenant.

Le petit sembla rassuré et posa sa tête sur la poitrine d'Arthur en fermant les yeux. L'anglais sourit en sentant l'enfant se serrer un peu plus contre lui. Il passa ses bras autour de ce petit corps et ne bougea plus jusqu'à ce qu'il ne sente plus ses jambes.

_ Ça fait un moment qu'il n'y a plus de bruit, je pense qu'on peut sortir.

Arthur ouvrit doucement la porte et retint de justesse un cri qui n'aurait certainement rien eu de masculin quand il rencontra le visage de Belgique à quelques centimètres du sien.

_ Alors vous étiez là ? Les autres ont été punis parce qu'ils faisaient trop de bruit, on vous cherche partout depuis des heures. Et je ne veux même pas savoir ce qu'il s'est passé dans cette armoire.

_ Hein !? Mais il ne s'est rien passé !

_ Tu penses que je vais te croire ? Ton pays est réputé pour sa jeunesse débridée quant à celui-là, il doit déjà connaitre tout ce qu'i savoir sur le sexe.

Francis leva vers eux son visage innocent et les dévisagea tour à tour avec un petit sourire. Arthur soupira en pensant à l'adulte qu'il allait falloir tirer de sa cachette et suivit Bella sans plus protester.

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La plupart des nations ayant été dérangées par la course poursuite des gamins (c'est-à-dire les enfants + ces idiots de Danemark et de Prusse), ils s'étaient tous retrouvés dans la cuisine et avaient gouté avec les enfants. Au milieu de la bonne humeur et de l'agitation qui régnaient dans la pièce, le représentant de la Norvège faisait tache.

Niels était au bord de la crise de nerfs. Son visage impassible ne laissait rien transparaître de ses bouleversements intérieurs, mais le nouveau double de Matthias commençait sérieusement à lui taper sur le système. D'abord il n'arrêtait pas de parler, ensuite il n'écoutait personne et surtout, il ne s'intéressait qu'à Suède. Mais qu'est-ce que Berwald attendait pour l'envoyer balader. Et les deux autres Danemark qui riaient comme des idiots. Il en prendrait bien un pour taper sur l'autre. Un instant son regard croisa celui rieur de Matthias et ayant peur que l'autre ne voit son trouble, il se renferma encore plus. Même si ce sourire idiot sur son visage l'insupportait, il devait bien avouer que le rire allait bien mieux au danois que la tristesse ou la colère. Le regardant à la dérobé, Niels soupira d'ennui. Pas à dire, Matthias était vraiment beau. Ses cheveux blonds semblaient tenir tout seul en épis sur sa tête et lui donnaient l'air de se foutre de tout, impression accentuée par son sourire joyeux perpétuellement fixé sur son visage. Quand Niels le regardait, il avait l'impression que plus rien n'avait d'importance parce que de toute façon, Matthias trouverait bien un moyen d'arranger la situation et que pour lui rien n'était impossible.

Il avait eu un peu peur tout à l'heure que Berwald et les deux Matthias en viennent aux mains mais dès que le plus grand avait quitté la salle, l'autre avait pris Island dans ses bras et n'avait plus voulu le lâcher malgré les protestations d'Emil et ça avait détendu l'atmosphère. Ce qu'il y avait de bien avec Matthias c'est qu'il ne restait pas en colère très longtemps. Alors pourquoi était-il aussi chiant ?

Comme pour confirmer ses dires, le double viking s'effondra de rire sur lui, tachant ses vêtements avec la confiture de sa tartine. Niels le repoussa en grognant mais quand son regard rencontra les deux yeux bleus débordant de joie de vivre de l'enfant il se sentit fondre. Non ! Il avait un cœur de glace, une armure de glace, il était entièrement fait de glace et tout le monde savait que rien ni personne ne pouvait le faire fondre. Le grand sourire un peu contrit que lui adressa l'enfant fit chavirer ses certitudes. Ce n'était pas possible, quelqu'un allait forcément s'apercevoir qu'il n'était pas aussi froid et indifférent que d'habitude, déjà que Tino le regardait bizarrement depuis le début de la journée !

Le norvégien sursauta quand il sentit quelqu'un se pencher sur lui. Relevant la tête, il vit le visage de Matthias à quelques centimètres du sien. Niels frissonna en pensant au corps du danois tout contre le sien tandis qu'il l'enlaçait par derrière pour nettoyer la tache de confiture. Etait-il vraiment obligé de passer ses deux bras par-dessus ses épaules et de le coller comme ça ? Alors que des sueurs froides lui coulaient dans le dos, une douce chaleur envahi son ventre et il se perdit un instant dans la contemplation des traits de son vis-à-vis. Il connaissait très bien le front haut, le nez droit, ces pommettes et ces joues arrondies par la concentration, mais Niels se complut à en suivre les courbes encore une fois. Se rendant soudain compte que les mains du danois s'affairaient sur et sous sa chemise, il se dégagea vivement et sortit précipitamment de la cuisine, les joues en feux et le cœur battant la chamade.

_ Bah ? J'ai fait quelque chose qu'il fallait pas ?

Levant les yeux au ciel, Tino poussa un profond soupir.

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* : bain de sang de Stockholm en 1520, massacre suite à l'invasion de la Suède par les troupes danoises. Je m'arrange un peu avec les dates parce que c'est pas possible sinon : alliance Kalmar de 1397 à 1523.

Merci aux reviewers, followers et ceux qui m'ont mis en favori, j'espère que ça vous plait toujours.