3ème journée (2ème partie) :

_ Francis, ouvre cette porte !

_ Je veux pas !

_ Arrête de faire ta tête de mule et ouvre, il faut qu'on discute.

_ Pas envie !

_ Je suis prêt à passer la nuit ici s'il le faut alors ouvre moi.

Arthur avait espéré toute la journée que son amoureux daigne bien le rejoindre sans qu'il ait à venir le chercher mais visiblement il pouvait encore attendre. Il s'était donc décidé à ravaler sa fierté et à aller frapper à la porte de la chambre de son frère.

La porte s'ouvrit finalement dans un grincement et Arthur entra.

_ Je voudrais te parler seul à seul, dit-il en lançant un regard noir à son frère.

_ Il y a un blessé dans cette chambre Arty.

_ C'est bon je peux marcher.

Arthur se poussa pour laisser passer le jeune français de la guerre de 100 ans en essayant d'ignorer les regards assassins et haineux qu'il lui lançait et de ne pas se laisser impressionner. Il ne put cependant pas s'empêcher de jeter un regard sur les blessures et les bandages du jeune homme et sentit son cœur se serrer.

Francis était appuyé contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine, le visage fermé. Arthur s'approcha doucement et s'arrêta assez loin de son amant, des siècles de vie plus ou moins commune lui avaient appris la patience dans ces moments-là.

_ Je ne sais pas ce que tu as fait de ta journée Frog, sans doute ressassé tes souvenirs, mais on s'était mis d'accord pour tourner la page.

_ Je ne peux pas tourner la page quand mon double apparait en chair et en os.

_ Alors il va falloir accepter. Accepter ce que je t'ai fait, et accepter ce que tu m'as fait.

_ Tu as gardé ces cicatrices si longtemps.

_ Celles que je t'ai infligées aussi tu les as gardées longtemps.

Son amant ne répondit pas mais il resserra ses bras autour de lui et baissa la tête. Arthur savait. Des guerres, ils en avaient connus plein, mais celle-ci gardait un gout particulier qui lui remuait les entrailles à chaque fois qu'il y repensait. Ils avaient été manipulés par leurs rois, forcés de se battre l'un contre l'autre. Et ils en avaient redemandé. Parce que l'odeur du sang fait perdre la tête, parce que sentir leurs peuples s'unir derrière eux était grisant, parce qu'ils se haïssaient. Il s'était senti grandir durant cette guerre, passant du statut d'enfant-nation à celui de nation à part entière, libéré de l'influence française, acquérant sa propre langue, ses propres lois, il avait senti son lien avec son peuple se fortifier, il avait appris la joie et la fierté d'une victoire, le désir de revanche suite à une défaite. Seulement il s'était laissé emporter par l'euphorie de cette nouvelle force, il s'était cru tout permis, et avait finalement été dépassé par la puissance de ce cycle infernal de succès et de rancœur.

Il revoyait les champs de bataille où il ruait de coups le corps du français jusqu'à avoir les poings en sang, il revoyait ses regards de haine lorsqu'ils signaient des traités qui ne servaient à rien car rien ne pouvait arrêter cette guerre, il revoyait leurs accès de rage à l'un comme à l'autre d'où ils ressortaient à chaque fois encore plus épuisé physiquement et moralement.

Il ne se rappelait même plus comment ça avait commencé, comment ça avait pu dégénérer. Une histoire de territoires encore une fois. Et d'un idiot de français qui n'avait pas voulu les lui donner ! … Et d'un tout aussi idiot d'anglais qui avait préféré risquer de tout perdre. En fait il n'avait pas vraiment changé. Il finissait toujours par tout gâcher avec ceux qu'il aimait : Alistair, Francis, Alfred. Il n'y avait qu'avec Matthew et Kiku avec qui il ne s'était jamais vraiment disputé, mais au vu de leurs caractères doux et conciliants, ce n'était pas étonnant.

Concernant Francis, il se rappelait parfaitement bien de leur relation à la veille de la guerre, moins « fusionnelle » qu'avant car Francis s'était un peu éloigné, mais toujours amicale et Arthur était toujours ravi quand ils pouvaient se voir. Cependant, en y repensant bien, il y avait peut-être une légère tension entre eux.

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FLASH BACK :

Été 1337 :

_ Le roi de France est mort.

_ Encore ?

Arthur avait été appelé par son souverain de toute urgence et il avait craint le pire, mais la nouvelle de la mort du roi de son voisin France le laissait de marbre. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire que 4 rois se soient succédé en l'espace de 10 ans.

_ Je vais encore devoir retourner en France pour prêter hommage au nouveau roi en tant que vassal pour mes terres du continent, se plaignit Eduard, son roi.

Arthur sourit. C'était donc ça. Il allait devoir l'accompagner. Parfait, il pourrait montrer à Francis ses progrès au maniement de l'épée. Cela faisait quelques années qu'ils ne s'étaient pas vus depuis que le français avait signé une alliance avec Ecosse, leur relation était tendue. Mais il ne s'inquiétait pas trop, Francis n'était pas intervenu pendant les guerres d'indépendance d'Alistair, se contentant d'offrir l'asile au prétendant au trône d'Ecosse. Oui, décidément c'était une excellente nouvelle, un voyage en France lui ôterait de l'esprit ses problèmes de relation fraternelle.

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Alistair était allongé sur le lit de son ami Francis et l'observait essayer un manteau d'apparat richement décoré.

_ Comment tu me trouves, demanda celui-ci.

_ Bof, on a l'impression que t'es en train de t'noyer dans la Manche.

_ Ce n'est pas de ma faute si cet habit est trop lourd.

_ C'est plutôt toi qu'es trop frêle, répondit l'écossais en riant.

En effet, Francis avait l'apparence d'un jeune homme d'une quinzaine d'année dont la silhouette n'est plus celle d'un enfant mais pas encore celle d'un homme. La taille fine, les traits délicats, ses cheveux qui ondulaient jusqu'à ses épaules étroites, tout concourait à féminiser son apparence et le faire paraitre plus fragile qu'il ne l'était en réalité.

_ C'est pour Arty qu'tu t'fais beau comme ça ?

_ Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu. La dernière fois que je lui ai écrit c'était pour lui dire que j'allais l'attaquer s'il ne te laissait pas tranquille.

_ J'suis sûr qu'il s'en souvient même pas, Arty ne se mêle pas de politique, il s'contente d'habiter dans le château d'son roi et de le voir de temps en temps.

_ Pourquoi lui en veux-tu autant pour t'avoir attaqué alors ?

_ Parce que cet idiot est allé dire à Edouard qu'j'étais son vassal et qu'je devais lui appartenir. S'il n'avait pas insisté son roi m'aurait laissé en paix après la bataille de Bannockburn.

_ Arthur a mauvais caractère mais il a un bon fond. Il ne doit pas être au courant de ce que ses troupes font sur ton territoire.

Alistair sourit tristement. Pauvre Francis, il n'avait aucune idée de ce dont les anglais étaient capables, et son frère était comme les autres. L'Angleterre possédait déjà la Guyenne, et il savait que quand Arthur voulait quelque chose il faisait tout pour l'obtenir un conflit entre la France et l'Angleterre menaçait depuis des années, et avec son gouvernement en exil, il n'y avait plus d'obstacle pour que la guerre n'éclate.

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Arthur se concentra pour tenter de comprendre ce que les conseillers de son roi essayaient de lui expliquer. Eduard soupira et tenta une autre approche :

_ Est-ce que tu te rappelles Arthur la première fois que tu m'as accompagné en Guyenne, tu m'as dit « cette terre m'appartient, un jour France sera à moi ».

_ J'ai dit ça moi ? demanda Arthur en rougissant.

_ Oui, et bien maintenant le nouveau roi de France nous a confisqué la Guyenne. Ça veut dire qu'elle n'est plus à toi.

_ Hein, mais il n'a pas le droit de faire ça !

_ Tu vois bien que ce roi n'est pas bien. De toute façon ceux d'avant n'étaient pas mieux, il y a régulièrement des révoltes en Flandres et dans d'autres régions.

Arthur rigola, c'était vrai que Francis n'avait pas de chance avec ses rois. Quand il l'avait vu pour le couronnement de Philippe VI il n'avait pas pu lui parler très librement à cause de la présence de son frère, et puis ils n'étaient pas restés très longtemps, son roi voulant rentrer rapidement. Mais il avait noté que Francis avait encore embelli, non pas que ça ait une quelconque importance mais le français était presque adulte alors que lui avait encore un corps de gringalet. Son Francis méritait un bon roi, pas comme celui sur le trône en ce moment.

_ Dites Eduard, vous auriez pu être roi de France, non ?

_ C'est exact, je suis un descendant de Philipe le Bel par ma mère, mais les pairs de France ne veulent pas donner la couronne à un étranger.

_ Mais je ne suis pas un étranger pour Francis. Oh ce serait magnifique que vous soyez roi de France ! Je sais, je vais aller en France pour convaincre Francis de vous prendre pour roi.

_ Vous voyez, dit Edouard à ses barons quand Arthur fut parti, ce n'était pas compliqué, il a même eu l'idée lui-même.

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Francis se tenait dans la salle du trône, Alistair à ses côtés l'air sombre, et regardait son roi qui tenait une lettre à la main en fulminant de colère.

_ « Vous qui vous dites roi de France », bien sûr que je suis roi de France, n'est-ce pas Francis ? S'il veut la guerre, il l'aura !

_ Tu crois vraiment qu'Arthur veut la guerre ?

_ J'sais pas, répondit l'écossais, mais son roi veut ton trône.

_ Il faut que je parle à Arthur.

_ Je ne sais pas s'il t'écoutera. Arty a changé.

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

_ Il a grandi.

_ Et alors, moi aussi.

_ Mouais. Ce que j'essaye de te dire c'est qu'il n'est plus l'enfant que tu trouvais si mignon. Il est devenu … enfin méfie-toi de lui.

_ Merci pour tes conseils Alistair mais ce n'est pas Arthur qui va me faire peur.

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Le navire sur lequel se trouvait Arthur s'approchait des côtes françaises avec à son bord un nombre important de soldats, pour assurer sa sécurité avait dit Edouard. Il avait hâte d'arriver. Il avait écrit à Francis pour lui dire qu'il voulait s'entretenir seul à seul avec lui sur un sujet important. C'était la première fois qu'il allait débattre de politique avec quelqu'un et que France soit la première personne avec qui il essaierait ce nouveau jeu l'excitait terriblement.

Une fois à quai, Arthur se rendit avec une solide escorte jusqu'à la maison communale où devait l'attendre Francis. Il était là, et seul comme il lui avait demandé.

_ Tu as peur de te perdre, lança le français, pour avoir besoin d'autant de gardes du corps ?

Arthur s'arrêta en face de lui. Francis le dépassait encore d'une bonne tête.

_ C'est que les routes par chez toi ne sont pas très sures, lui répondit-il avec un sourire sarcastique.

Francis fronça les sourcils mais n'ajouta rien. Lui faisant signe de le suivre, il le conduisit dans une pièce au premier étage où ils seraient tranquilles.

_ Alors de quoi veux-tu me parler ?

Arthur avait assisté à suffisamment d'entretiens avec son roi pour savoir qu'engager la conversation trop brutalement ruinerait ses chances de succès, aussi se contenta-t-il de s'approcher de la fenêtre et de contempler le port.

_ Cette ville a l'air prospère, je suppose que le commerce rapporte beaucoup.

_ C'est une drôle d'entrée en matière que de se flatter soi-même.

_ Allons Francis, je suis ton plus proche voisin de ce côté-ci, normal que les relations commerciales de cette région se fassent avec moi. Je remarque juste que cela t'est bénéfique.

_ C'est toujours bénéfique de faire du commerce avec d'autres nations, seulement après on risque de devenir dépendant d'elles et je n'ai aucune envie d'être dépendant de toi.

Arthur sourit. Quelle franchise ! Francis ne devait pas avoir beaucoup d'expérience de négociation, et visiblement Arthur était meilleur que lui. Plusieurs de ses rois, ministres et intendants lui avaient dit, ne jamais être trop franc quand on parlemente, quel que soit le sujet.

_ J'ai entendu dire que d'autres de tes régions qui elles ne sont pas dans ma sphère d'influence commerciale avaient plus de mal avec leurs économies.

Francis se renfrogna. Arthur lui, jubilait. Il ne pensait pas qu'écraser Francis comme ça lui procurerait autant de plaisir, et la moue qui déformait les traits de son voisin ne faisait qu'augmenter son désir de recommencer.

_ J'ai entendu dire que certaines de tes régions s'étaient faites massacrer par tes propres troupes.

_ Si tu parles d'Alistair …

_ Ecosse est une nation.

_ Plus pour longtemps, son territoire est anglais, son peuple est anglais et donc il est à moi. Et puis je ne suis pas venu pour parler de lui mais de toi !

Non, il ne devait pas s'énerver.

_ De moi ? Et en quoi puis-je bien t'intéresser ?

_ Mais tu ne m'intéresses pas ! Enfin si, mais non, enfin tu te souviens de cette succession, à la mort de ton dernier roi ? J'ai revu l'arbre généalogique de ta famille royale, et bien ce n'est pas la bonne personne qui a hérité du trône.

_ Arthur, seul un français peut diriger mon pays.

_ T'as bien mis un roi normand sur mon trône quand t'as débarqué en 1066 !

_ C'était pas pareil, tu n'étais pas encore un royaume.

_ De toute façon Edouard est français par sa mère.

_ Peut-être mais c'est Philipe qui doit régner.

Ils s'affrontèrent du regard. Les yeux bleus de Francis contre les yeux verts d'Arthur. Ils tinrent leur duel silencieux pendant une minute et éclatèrent finalement en même temps :

_ Tu n'es qu'un idiot incapable de se faire obéir par ses régions !

_ Espèce de crétin qui ne sait pas faire la différence entre chez lui et chez les autres !

_ Tu te soucies bien plus de ton apparence que de tes paysans qui meurent de faim !

_ Tu laisses ton roi te manipuler !

_ Et toi tu es tellement faible que n'importe qui pourrait t'envahir !

_ Je ne veux pas entendre ça de la part d'un gamin !

_ Tu sais ce qu'il te dit le gamin ?

_ Qu'il aimerait bien que je lui fasse à manger parce qu'il n'a toujours pas appris à ne pas bruler ses aliments ?

_ C'est ça retourne à la cuisine c'est la place d'une fille !

_ Je vais appeler le fantôme d'Aliénor pour qu'elle te remette à ta place !

_ Tu n'as pas honte de te cacher derrière une femme ?

_ Tu n'as aucune idée de ce dont une française est capable.

Ils s'arrêtèrent pour reprendre leur souffle. Francis sourit :

_ Ça fait du bien de crier un bon coup.

En vérité il était ravi, ses chamailleries avec Arthur lui avaient manquées. L'anglais lui, réfléchissait Francis était vraiment un idiot, un idiot trop naïf et vraiment faible. Il avait besoin d'un souverain fort et puissant, pas ce mollasson de Philipe.

_ Ecoute Francis, ton royaume traverse une crise en ce moment, je pense que même à la cour tu t'en es rendu compte.

_ Je suis suffisamment lié à mon peuple pour savoir ce qu'il traverse.

_ Bien. Edouard n'est pas un saint, je sais que des fois il a des manières plutôt expéditives et que cela peut causer du tort à la population mais des fois cela est nécessaire, il peut redresser ton économie et éteindre les révoltes qui menacent dans le nord et dans l'est.

_ C'est un français que je veux sur le trône de France.

_ Ah mais que tu es têtu !

_ De toute façon le genre de répression dont ton roi est si friand ne marchera pas sur mon peuple.

_ On ne perd rien à essayer.

_ J'ai dit non Arthur.

_ Mais tu m'énerves ! Comment peux-tu dire non alors que je te fais la meilleure proposition du siècle !

_ Perdre mon statut de nation tu appelles ça la meilleure proposition du siècle ! Ne me fais pas rire.

_ Enfin voyons tu sais bien que tu resteras mon égal.

_ Je préfère te faire la guerre plutôt que de renoncer à ma liberté !

_ Liberté ? Qu'est-ce qu'il veut dire ce mot ? Comme si on était libre ! Toutes nos actions sont guidées par celles des autres, à chaque fois que tu prends une décision tu la prends par rapport à ce qu'ont dit ou fait les autres. Et encore plus avec ce statut de nation auquel tu tiens tant, nous sommes soumis à ce que ressent notre peuple, aux caprices de nos rois, aux épidémies, aux famines, au besoin de conquêtes…

_ Et bien tes conquêtes, vas les faire ailleurs que chez moi ou chez Alistair.

_ Crétin vous êtes mes deux voisins. Pourquoi est-ce que je perds mon temps à discuter avec toi ?

_ C'est ça retourne sur ton ile et restes y.

Pour le coup ce fut au tour d'Arthur de se renfrogner : il s'ennuyait seul sur son ile, et qu'on n'aille pas lui parler de ses frères. Francis se mordit la lèvre, c'était sorti tout seul, pourtant il le savait que l'anglais souffrait de solitude.

_ Je suis désolé Arthur, tu peux venir me rendre visite quand tu veux mais je garderai mon roi.

_ Je ne veux pas de tes excuses, puisque tu refuses de donner le trône à Eduard, on le prendra de force.

Il avait pris sa décision, si pour pouvoir rester en France il devait faire la guerre à Francis, et bien il la ferait.

_ La prochaine fois que nous nous verrons ce sera sur un champ de bataille, dit-il en sortant de la pièce.

_ Idiot, murmura Francis quand il eut disparu dans les escaliers, ton roi nous a déjà déclaré la guerre.

FIN FLASH BACK

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Non, il n'arrivait pas à comprendre comment ils avaient pu franchir le point de non-retour aussi rapidement et sans s'en apercevoir. Ça lui était tombé dessus, un jour Francis l'avait détesté, et tout le reste s'était enchainé très vite.

C'était pendant le siège de Calais, Arthur avait enfin envahit le nord de la France et il se sentait parfaitement bien sur ce territoire, comme si c'était là sa vrai place. Il ne se formalisait pas des habitants de la ville qui refusaient de céder, de toutes façon avec le blocus ils finiraient par mourir de faim. Quand on lui avait annoncé que le représentant de la France voulait le voir, il avait jubilé. Francis qui voulait lui parler ! C'était trop beau, il voulait déjà se rendre ? D'accord, sa flotte s'était faite littéralement écraser par la flotte anglaise mais quand même, il aurait voulu s'amuser encore un peu. C'était donc l'esprit confiant qu'il avait demandait à France d'entrer sous sa tente. Seulement il ne s'attendait pas à voir ça.

Le jeune français avait quelques blessures légères qui guériraient rapidement et que l'anglais survola du regard comme si de rien n'était, de toute façon Francis avait déjà connu des guerres. Non, ce qui le cloua sur place ce fut ses yeux. Eux d'habitude d'un si beau bleu avec une lueur de tendresse et de malice, étaient à présent sombres et effrayants, comme un gouffre sans fond. Il n'y avait aucun signe menaçant dans la posture du français mais quand il parla, ce fut comme si un seau d'eau glacée s'était déversé sur la tête d'Arthur. Froide, dure, tranchante. Cette voix-là n'était pas celle de son ami, et elle le terrifia, non par elle-même, mais parce qu'elle sortait de la bouche de Francis, celui avec qui il s'amusait quand ils étaient enfants, celui qui le consolait quand quelque chose n'allait pas, celui en qui il avait confiance. Il ne comprit pas un mot de ce que la voix lui dit, mais ce n'était pas nécessaire, il avait parfaitement saisi le sens de ce qu'elle disait. Il n'y avait plus d'ami, plus de confident, plus de jeux. Il n'y avait à présent qu'une nation ennemie. Arthur ne parvint pas à dormir cette nuit-là, ni à arrêter ses larmes, ni à arrêter de trembler. Francis n'existait plus, il n'y avait plus que le vide dans son cœur. Un vide qu'il avait fini par remplir avec de la haine. Parce que même si le français le repoussait, lui le voulait toujours.

_ Francis...

La voix d'Arthur se brisa. « Tu es à moi ». Cette phrase l'avait hantée suffisamment longtemps. Oui, il voulait que Francis lui appartienne. Et il avait été prêt à lui déclarer la guerre pour ça. Il l'avait fait souffrir et maintenant il s'en voulait. C'était tellement idiot, des regrets. L'Angleterre ne regrette rien, elle assume. Mais quand il avait vu le jeune double de France et le spectacle désolant de ses actions passées imprimé sur sa peau blanche comme s'il l'avait marqué au fer rouge, il n'avait pu s'empêcher de s'en vouloir. Pourtant, jusqu'à il n'y a pas si longtemps il adorait ça, marquer France, afin que chacun comprenne qu'il était sa propriété. L'idée qu'il était le seul à avoir le droit de faire mal à Francis le comblait.

Le français sentit son lapin perdre son assurance et s'approcha doucement jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment proche pour sentir le souffle de l'autre sur leur visage. Quand Arthur vit les yeux de Francis embués de larmes qu'il retenait à grand peine, d'autres images se superposèrent et le doux visage de son amour s'effaça pour laisser la place à celui qu'il devenait quand il perdait le contrôle, un Francis qui laissait sa rage et sa colère le submerger, un Francis aux regards haineux qui devenait tellement violent que ses propres hommes s'éloignaient de lui. L'instant d'après il vit les beaux yeux de France voilés par la souffrance et l'incompréhension ça c'était le jour où ils avaient signé le traité de Troyes et où Francis reconnaissait avoir perdu. Et puis un autre visage lui vint à l'esprit, celui de Francis après la mort de Jeanne d'Arc, un regard triste et doux où il n'y avait plus aucune trace de colère, juste de la détermination.

Francis enfouit soudain son visage dans le cou de l'anglais qui sentit sa chemise se transformer en mouchoir et murmura d'une voix rapide bien que ponctuée de sanglots :

_ Je t'ai tellement détesté pendant cette guerre … tellement, tellement … d'avoir … réveillé le monstre en moi et … même dans mes moments de lucidité je ne pouvais que rejeter la faute sur toi parce que … sinon j'allais complétement me faire envahir et … en même temps … te voir t'amuser de ma souffrance alors que toi-même tu n'avais plus aucun contrôle sur la situation … te voir sur un champs de bataille au milieu de tous ces morts … Mais comment t'as pu nous faire ça Arthur ?

Arthur resta un moment silencieux, maintenant l'autre blond le plus près possible de lui, s'accrochant à lui pour ne pas sombrer dans les profondeurs de ses souvenirs. Des bribes lui revenaient en mémoire, mais il ne voulait pas y penser. Il ne voulait surtout pas y penser.

_ Je ne t'en veux pas de ce que tu m'as fait pendant cette guerre Francis, on était trop jeune pour arriver à faire la distinction entre nous et nos pays. Je … je voulais te posséder et j'ai foncé sans réfléchir. Ce … c'était stupide.

Il continua à le câliner jusqu'à sentir le français se détendre dans ses bras. Ils avaient un peu abordé le sujet à la signature de l'Entente Cordiale mais aucun des deux ne voulaient compromettre ce projet en risquant de remettre sur la table une des plus grandes querelles de leur histoire. Finalement il avait fallu qu'un double surgisse de cette période pour qu'ils osent enfin en parler un peu. Posant ses lèvres sur les cheveux de son amant, il murmura :

_ Tu as refusé de me voir pendant plus d'un siècle après ça.

_ Je sais. Pardon.

Ils restèrent silencieux encore un long moment avant qu'Arthur relève la tête et respire un grand coup pour essayer de retrouver un peu de dignité.

_ On devrait aller dîner avant que les autres mangent tout.

_ J'ai pas faim.

_ Si Francis il faut y aller. Essuie-toi les yeux.

Ils attendirent que le français se calme avant de sortir dans le couloir.

Francis avait beau ne plus être une très grande puissance, il n'en demeurait pas moins la France, et personne ne voit France pleurer, personne à part Angleterre.

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Alors, voici un chapitre où Arthur dévoile ses sentiments plutôt confus (mais on peut le comprendre) sur la guerre de 100 ans. Vous avez aimé ?

Bon, encore une fois je m'arrange avec les dates: la guerre de 100 ans débute en 1337, mais Philippe VI a été couronné en 1328. Pour le prétendant au trône d'Ecosse, il s'agit de David II qui s'est installé en France en 1334.