4ème journée (1ère partie):

Arthur était allongé contre son amant qui dormait encore, la tête posée sur son torse quand les premiers cris de la journée avaient retenti. Il ne daigna même pas se lever, de toute façon ça n'avait pas réveillé Francis et il préférait le regarder dormir. Les autres sauraient très bien se débrouiller sans eux. Se concentrant sur la respiration calme du français, il ferma les yeux et tenta en vain de retrouver le sommeil. La scène de la veille lui revenait sans cesse en mémoire, se superposant aux échos de souvenirs plus lointains.

Tout à coup Francis se redressa en criant :

_ C'est la voix d'Arthur !

_ Eh mais je suis là moi.

Le français se retourna pour le regarder d'un air hébété. Ses grands yeux bleus encore embués de sommeil semblaient vainement chercher à comprendre ce que son amant faisait à ses côtés. La porte s'ouvrit soudain et Alistair entra sans plus de cérémonie, la mine passablement contrariée. Il s'arrêta devant leur lit et tendit le bras. Attrapé par le col de sa cape verte, un enfant blond avec d'épais sourcils gesticulait en traitant l'écossais de tous les noms.

_ Y a ça qu'est apparu.

_ Thutur !

Alistair le lâcha et tourna les talons, laissant les deux autres adultes contempler la personnification de l'Angleterre enfant.

_ Francis c'est toi ?

_ Oui mon lapin c'est moi. J'ai grandi.

_ Mais je suis où là ? Pourquoi cet enfoiré d'Alistair a grandi aussi ? C'est qui lui ?

Le petit anglais contemplait son double avec un regard accusateur. Devant l'air atterré de son amant, Francis prit les choses en mains.

_ On va avoir besoin de mon jeune double.

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Matthieu soupira. Il avait espéré un peu plus de calme aujourd'hui mais c'était sans compter sur une bande de nations pas plus matures les uns que les autres enfermées au même endroit. L'homme allongé à côté de lui grogna dans son sommeil. Comment s'était-il retrouvé dans son lit déjà ? Ah oui. C'était la faute de cet idiot d'albinos. Pourquoi ? Ils avaient passé l'après-midi ensemble, alors pourquoi le soir ne se rappelait-il pas de lui ? Pourquoi était-il passé près de lui sans le voir ? Pour une fois que quelqu'un faisait attention à lui. Le canadien avait fini par s'enfuir loin de tous ces gens qui ne le voyaient même pas et avait atterri dans un bar. Il préférait ne pas penser à la suite et la façon dont il avait fini la nuit dans les bras d'un inconnu.

Pourtant il avait déjà repéré le prussien, difficile de faire autrement. Il le voyait à chaque meeting, à chaque fête, régulièrement chez Francis aussi. Mais ils ne s'étaient jamais parlé. Il se contentait de l'observer, et de l'entendre rire car il était toujours au milieu des autres, parlait fort et prenait part à chaque discussion, chaque événement, chaque plaisanterie. Il aimait beaucoup son rire. Il tintait agréablement à ses oreilles comme si des milliers de clochettes vibraient ensemble. Quel que soit l'endroit où se rendait le prussien, il était toujours entouré de ces clochettes qui annonçaient sa présence et attiraient l'attention du monde sur cet homme que Matthieu ne pouvait s'empêcher d'admirer. Il aurait aimé être comme lui. Bon peut être pas complétement, mais il aurait au moins voulu savoir s'imposer comme Gilbert.

Mais le canadien n'y arrivait pas. Il ne prenait aucune place et donc les autres ne lui en laissaient pas. La loi du plus fort. Encore et toujours.

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_ Donc si je comprends bien, personne n'a encore compris où et quand nos nouveaux doubles apparaissent ?

_ Si on le savait crois bien qu'on les attendrait de pieds fermes, prêt à leur sauter dessus pour les attacher, comme ça peut être qu'on pourrait dormir le matin !

Ils étaient en effet tous de très mauvaise humeur depuis qu'ils ne pouvaient plus faire de grasse matinée, ni même se réveiller tranquillement. Ils s'étaient réunis dans la cuisine et regardaient les nouveaux venus assis face à eux sous la garde de Suisse. Celui-ci avait été le plus prompt à réagir et avait ramené tout le monde dans une même pièce afin de discuter de la situation. Ludwig prit la parole d'une voix forte pour couvrir le brouhaha ambiant :

_ Bon, résumons. Quatre personnes sont touchées à ce jour : Francis, Matthias, Elisabetha et Arthur. Pour France nous avons deux doubles enfants, celui de la guerre de 100 ans et maintenant un pirate.

_ Corsaire.

_ Silence ! En plus c'est pareil.

_ Non ce n'est pas pareil. Je ne suis pas comme ce rustre d'Albion qui attaque tout le monde sans distinction, même ses propres bateaux. Non, non. Moi je m'occupe de libérer les océans de ces infâmes anglais, … essentiellement.

Arthur frissonna sous le regard que lui lançait le corsaire, mi provocant, mi menaçant. Il avait un visage encore très jeune, 17 ou 18 ans d'âge physique guère plus, et son expression évoquait celle d'un lycéen turbulent, bien que son sourire enjôleur paraisse vraiment effrayant lorsque s'y associait l'éclat sauvage de ses yeux, contenant un savant mélange d'arrogance, de désir et de perversité. Ne surtout pas se retrouver seul avec lui, surtout pas.

_ Je continue. Donc en plus du corsaire, nous avons les doubles de Danemark : un viking, un de l'Union Kalmar, et le dernier qui vient de l'époque des Guerres du Nord si j'ai bien compris ?

Le nouveau danois qui avait essayé d'attaquer Berwald à peine arrivé était maintenant attaché solidement à sa chaise et regardait ses interlocuteurs d'un œil noir.

_ Bon, concernant Hongrie il y a deux enfants, une du 10ème siècle et l'autre de l'époque ottomane. C'est bien ça ?

Elisabetha ne répondit rien, observant son nouveau double avec un vif intérêt. Cette époque ne lui avait pas laissé que de bons souvenirs, mais c'était à ce moment qu'elle s'était construite, qu'elle avait décidé qu'elle ne laisserait personne lui marcher sur les pieds. La petite fille en face d'elle avait une douzaine d'année et semblait prête à profiter pleinement de ce que la vie pouvait lui offrir.

_ Et pour finir, nous avons Angleterre enfant qui est apparu. Et vous n'avez toujours aucune idée de la façon de nous débarrasser de ce sort ?

Les magiciens se consultèrent du regard. Non, ils n'avaient toujours aucune piste.

_ Moi j'ai une idée ! On a qu'à inventer une machine à voyager dans le temps et on ramène tout le monde à son époque.

_ On n'a pas encore découvert le voyage dans le temps Alfred. Cela étant si on trouvait une formule pour créer un couloir temporel ça pourrait marcher.

_ Pourquoi j'ai l'impression que c'est la même idée vu de deux façons différentes.

_ La ferme Frog ! Je n'ai pas les mêmes idées qu'Alfred.

Là-dessus chacun avança des hypothèses en parlant en même temps.

Le jeune Francis s'approcha du petit représentant de l'Angleterre et lui prit la main en souriant.

_ Je suis bien content que tu sois là. Tu vas voir on s'amuse bien ici.

_ Je ne les aime pas les autres. Et il y a même cet abruti de viking.

_ Et bien on restera juste tous les deux. Viens je vais te faire visiter.

Danaël regarda partir les deux autres enfants avec envie. Il ne voulait pas rester avec les adultes, son ami viking était occupé à attirer l'attention d'un homme qui semblait fait de glace et qui lui faisait peur, quant aux filles … ouais, et bien il irait jouer tout seul.

_ Je te signale que si tu ne t'étais pas disputé avec Irlande on n'en serait pas là !

_ C'est trop fort, ça va être de ma faute maintenant ?

_ Ça suffit ! Ce n'est pas la peine de se disputer, ça ne résoudra pas notre problème. Ne fais pas cette tête-là Autriche, personne ne t'accuse. Je propose que les … hem, utilisateurs de magie se réunissent pour trouver une solution. Les autres je vous rappelle que la réunion de l'UE a été avancée à demain.

_ Eh Danaël !

L'enfant se retourna et vit un visage avec des yeux rouges et encadré de cheveux blancs penché sur lui.

_ Ça te dit qu'on aille embêter mon frère ?

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Les nations sortirent les unes après les autres sous l'œil morne de Matthias qui les regarda passer devant lui sans bouger. Norvège le bouscula mais sans doute ne le fit il pas exprès. Du moins c'était ce que le représentant du Danemark voulait croire. Lorsque Suède arriva à son tour à son niveau, il lui asséna un grand coup sur l'épaule dans un geste qu'il souhaitait visiblement réconfortant mais qui fit grimacer le danois.

Matthias poussa un long soupir quand il fut enfin seul. Toute cette histoire commençait à lui donner le tournis. Trois doubles avaient débarqué de son passé et il craignait les réactions de ses amis. Après tout, il avait parfaitement conscience que ça ne devait pas être facile pour eux de le revoir plus jeune, après ce qu'ils avaient vécu. Son regard se posa sur son nouveau double, tout droit sorti du 17ème siècle, pendant les guerres du Nord. Cette période avait été marquée par de nombreux affrontements entre Suède, Russie et lui, et impliquant les autres pays alentour : Pologne, Lituanie, Prusse, Finlande… Soupirant de nouveau il s'approcha de lui.

_ Tu promets de ne plus attaquer Berwald ?

Le grognement qui lui répondit n'était pas très évocateur mais Matthias dut s'en contenter. Tout en détachant les liens de son jeune double, il surveillait l'entrée de la cuisine. Les autres étaient partis en abandonnant le nouvel arrivant mais lui ne pouvait pas. On ne tourne pas le dos à son passé, surtout lorsqu'il s'agit du Danemark dans son âge d'or. Il était fier de lui à cette époque-là. Il se considérait comme la plus grande nation du Nord. Bon, titre qu'il disputait à Suède et Russie. Tiens, où était-il d'ailleurs ce russe ?

_ Il va nous falloir des alliés.

_ Hein ?

Matthias regarda son double sans comprendre. Des alliés, pourquoi faire ?

_ Ben alors, tu viens ! J'ai vu qu'Islande avait grandi il pourrait nous aider.

_ Qu … non ! Laisse Emil en dehors de ça. Enfin c'est notre petit frère !

Matthias regardait son double, effaré. Comment pouvait-il vouloir mêler Emil à ses projets de, de … de quoi d'ailleurs ? Il ne comptait quand même pas continuer à se battre ici !

Le plus jeune se retourna d'un coup et empoigna son ainé par le col, approchant son visage à quelques centimètres de celui de son double. Le danois vit au fond de ses yeux tellement de haine et de rancœur qu'il n'eut pas le réflexe de se dégager.

_ Ecoute, je ne sais pas ce qu'il t'est arrivé depuis mon époque mais je n'ai pas l'intention de laisser Suède se moquer de moi parce que JE suis plus fort que lui.

Matthias se rattrapa tant bien que mal lorsque son double le lâcha.

_ Je vois, fit celui-ci avec un rictus au coin des lèvres, tu as perdu. Ou alors tu es devenu trop lâche pour te battre ? Qu'as-tu fais de ma puissance, hein ? Où est-il notre rêve d'unifier la Scandinavie ? Regarde-toi, tu es pathétique.

_ La ferme ! C'est toi qui ne comprends rien. On n'est plus en guerre depuis longtemps et c'est une bonne chose. Je sais … je sais bien que je ne le voyais pas mais, Norge et Emil ont souffert pendant cette période. Tu ne peux pas leur demander de renouer avec ça. Tu as oublié ?

Matthias baissa la tête. Non, son double ne pouvait pas avoir oublié ça. Norvège avait fait en sorte que son frère reste loin des combats ce qui fait qu'Emil était resté souvent seul et éloigné d'eux et avait souffert de solitude. Niels lui, était resté à ses côtés, se prenant de plein fouet les conséquences de la guerre sans se plaindre. Et puis un jour Matthias l'avait vu. Norge en pleur, Norge en sang, Norge recroquevillé sur sa terre souillée. Et ce jour-là Matthias s'était promis de ne plus jamais le faire souffrir.

_ Bien sûr que non je n'ai pas oublié. Et justement, celui qui l'a mis dans cet état, celui qui l'a blessé pour nous atteindre, le responsable de ça, c'est Suède.

Mattias ne savait pas comment lui répondre. Son double voulait une vengeance, et prouver au monde entier, et surtout à Niels, qu'il était capable de le protéger, que c'était avec lui qu'il devait rester, parce qu'il était bien plus fort que Berwald. Comment lui dire que c'était précisément comme ça qu'il allait faire souffrir tout le monde.

En tout cas il ne pouvait pas le laisser seul, ou il allait provoquer une catastrophe.

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Arthur marchait à grands pas dans le couloir en maudissant son frère. Pourquoi devait-il aller chercher ce que cet idiot avait oublié. Et puis enfin, on ne laisse pas trainer un grimoire dans un salon à la portée du premier venu. Heureusement qu'il n'y avait personne. L'anglais s'avançait vers la table basse quand il entendit la porte se refermer et la serrure être actionnée.

_ On dirait que tu cherches à m'éviter, c'est pas très gentil tu sais.

Sans qu'Arthur puisse comprendre comment, il se retrouva allongé sur le canapé, le double de Francis penché sur lui.

_ Eh bien mon chéri, je t'ai manqué ?

Incapable de formuler une pensée cohérente Arthur ne put que contempler le beau visage du corsaire se rapprocher du sien et l'embrasser passionnément. Quand ils se séparèrent, Arthur était comme enivré. Oui, ces lèvres lui avaient manqué, avec leur gout salé, sucré, épicé, un tourbillon de saveurs qui lui rappelait des plages de sable blanc, des tavernes suffocantes, des tempêtes en plein océan. Prit d'une soif soudaine pour les sensations que ce corps au-dessus de lui lui apportait, il passa ses mains derrière la nuque du français et l'attira contre lui. Se désaltérant à ces lèvres taquines qui refusaient de s'ouvrir, Arthur se sentait revivre, comme si le désir qui montait en lui avait été refoulé pendant longtemps.

_ Ne me dis pas que le Francis de ton époque te laisse seul et éploré toutes les nuits ? On dirait que ça fait des siècles que tu n'as pas été satisfait.

_ Francis est … toujours aussi bon. C'est juste que là, il y a comme quelque chose en plus. Un gout d'interdit.

_ Que dirais tu d'envoyer valser les interdits avec tes vêtements ? Cette chose-là est vraiment à la mode ?

_ Francis il y a des enfants dans le couloir !

_ J'ai fermé la porte mon lapin.

Ne trouvant plus d'objection, le britannique se laissa faire.

Les douces mains du français s'afférèrent à défaire les boutons de sa chemises avec aisance. Arthur s'était toujours demandé comment il pouvait avoir des mains pareilles alors que la vie en mer était si rude, mais il n'eut pas le temps d'approfondir sa réflexion que déjà la bouche de son amant revenait vers la sienne. Les gestes du corsaire mêlaient délicatesse et brutalité dans un dosage parfait. En peu de temps Arthur n'avait plus aucune notion de temps ou d'espace. Tout ce dont il se souciait, c'était le corps chaud et plein de promesses au-dessus de lui. Un corps dont il connaissait chaque parcelle et chaque point faible. Un corps qui lui faisait revivre l'amour passionné et sauvage qui avait été le leur à une époque. Ils n'avaient aucuns tabous, aucunes limites. Juste eux deux. Perdus au milieu d'un océan infini, ils pouvaient s'aimer sans complexes, loin de leurs pays et de leurs responsabilités. Libres.

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Katya s'approcha doucement de son frère. Il se trouvait dans un immense salon et avait tiré les rideaux, plongeant la pièce dans la pénombre. Elle l'avait vu entrer il y a un grand moment déjà et elle commençait à s'inquiéter. Ce n'était pas la première fois qu'il s'isolait volontairement lorsqu'il y avait trop de monde à un meeting mais là, ça faisait quand même longtemps. Elle le trouva allongé sur un canapé, les yeux clos mais elle le savait éveillé : Ivan avait peur de dormir depuis qu'enfant, il avait vu des humains mourir de froid dans leur sommeil. Elle s'accroupit à côté :

_ Vanya.

L'ombre du russe était toujours aussi menaçante mais Katya n'était pas impressionnée, son frère ne lui avait jamais fait peur. Elle n'osa cependant pas le toucher, ses réactions étant quelque fois disproportionnées.

_ Pourquoi es-tu là ?

Sa voix fatiguée n'était qu'un murmure. L'ukrainienne avait toujours aimé sa voix, douce et froide, comme un tapis de neige qui assourdit tous les autres bruits. La même sérénité s'empara d'elle comme à chaque fois, pourtant elle ne pouvait ignorer l'intonation triste de son frère.

_ Tu ne devrais pas rester seul.

_ Alors fais un avec la Russie, laisse-moi t'annexer.

Il s'était relevé d'un bond et lui avait saisi les mains.

_ Je ne peux pas Vanya, mon boss ne veut pas. Mais ça ne veut pas dire que je te laisse tout seul, tu peux venir me voir quand tu veux.

Un silence accueillit ses paroles tandis que l'homme devant elle s'affaissait dans ses bras. Houlà, ça ne présageait rien de bon.

_ Grande sœur, je ne comprends pas. Je sens tellement de vide en moi. Quand je vois les autres ça me réchauffe le cœur mais dès que je m'approche, la joie disparaît de leurs visages, il n'y a plus que la peur. Pourtant j'ai suivi tes conseils, j'ai essayé de me faire des amis. Je leur ai souri, mais ça n'a rien changé.

_ Tu es trop imposant Vanya. Et puis tu as des amis ! Regarde Alfred.

_ Ce capitaliste ! Mouais, il s'occupe de Natalia, c'est vrai que comme ça elle ne m'embête plus.

_ Elle voulait juste un peu d'attention de ta part. Tu es son grand-frère chéri après tout.

Katya soupira discrètement. Depuis le temps que son frère ne voulait plus être seul. Mais il s'y prenait mal aussi, annexant les plus faibles, s'alliant avec les plus forts qui profitaient allègrement de sa puissance. Mais tous finissaient par le quitter, personne n'aime les ténèbres, surtout quand elles sont entourées d'une aura de mystère. Et mystérieux ça Russie l'était. Encore aujourd'hui les rumeurs allaient bon train sur son compte.

Reportant son attention sur lui, Katya vit qu'il était dans la lune. Ses yeux vitreux ne laissaient passer aucune expression mais le reste de son visage était tendu comme s'il tentait de mettre de l'ordre dans l'enchevêtrement de ses pensées. Elle connaissait ce regard, celui d'un homme perdu qui ne comprend pas pourquoi il est rejeté.

Approchant lentement sa main de sa tête, elle lui caressa les cheveux.

Soudain la porte s'ouvrit brutalement et deux danois entrèrent, l'un d'un pas décidé, l'autre faisant la tête. Ivan se reprit aussitôt, son visage lunaire et souriant remplaçant instantanément le visage que seule sa sœur connaissait.

_ Eh bien, en voilà des façons.

_ Russie je te propose une alliance !

_ Une alliance ?

Katya fronça imperceptiblement les sourcils. Son frère était intéressé, elle le sentait.

_ Oui, contre Suède.

_ Et qu'est-ce que j'y gagne ?

_ Si tu négocies bien le traité de paix, sans doute des territoires de Pologne-Lituanie.

Et voilà, son frère était aux anges ! Non seulement il allait pouvoir avoir des « amis » en s'alliant avec cet incapable de Danemark mais en plus il pensait pouvoir se rapprocher de Toris et Felix en s'appropriant certains de leurs territoires. L'ukrainienne se prit sa tête dans ses mains en se désolant de la naïveté de son frère. Mais comment la Russie pouvait elle ne serait-ce que s'imaginer se faire des amis de cette façon ?

_ Stop !

Ah quand même, le vrai Danemark allait enfin réagir.

_ On n'est plus au 17ème siècle, il n'y a plus de guerre contre Berwald et la Pologne et la Lituanie sont indépendantes !

Il lança un regard insistant à la nation russe qui ne lui rendit qu'un sourire enfantin.

_ Donc vous ne pouvez pas attaquer Berwald.

Et pour appuyer ses dires, le danois croisa ses bras sur sa poitrine et fixa son double hélas pas le moins du monde impressionné.

_ Oh mais on peut se liguer contre lui sans l'attaquer.

Misère, qu'est ce qu'il avait en tête celui-là ? Katya aurait bien aimé avoir une poêle elle aussi, comme ça elle pourrait leur remettre les idées en place. Mais elle n'avait qu'une vielle fourche et elle avait peur de leur faire vraiment mal (c'est que c'est pointu au bout ces trucs-là).

_ Ne t'inquiète pas cher double, avec Russie comme allié, Suède se rendra sans qu'on n'ait rien à faire.

Plantant là la représentante de l'Ukraine, le double de Danemark empoigna Ivan et Matthias chacun par un bras et les entraîna dans le couloir.
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Tandis qu'ils avançaient à grands pas, ils croisèrent France adulte qui venait dans l'autre sens. Matthias sentit un poids s'envoler de sa poitrine quand il le vit, le français arriverait bien à raisonner ces deux fauteurs de troubles.

_ Francis tu tombes bien …

_ Vous avez vu Arthur ?

_ Heu non, il n'est pas avec les autres à fouiller dans un vieux bouquin ?

_ Non, je viens de leur apporter du thé mais il n'y était pas.

Francis s'éloignait déjà, maugréant contre son anglais tandis que Matthias était entrainé par son double, le poids dans sa poitrine reprenant sa place.

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Arthur était bien. Il avait eu peur ce matin en se réveillant à l'intérieur d'un bâtiment et avait eu du mal à comprendre comment il était arrivé là, d'ailleurs il n'avait toujours pas compris mais maintenant Francis était là alors tout allait bien. Le petit garçon regarda son compagnon de jeux assis à côté de lui. Il dégageait une aura réconfortante et Arthur se sentait en sécurité avec lui. En fait tant qu'il n'y avait personne d'autre dans les parages il était bien, parce qu'après, quand une autre nation s'approchait, Francis allait lui parler et Arthur n'aimait pas ça. Son Francis ne devait rester qu'avec lui.

_ Tiens, j'ai fini.

Francis lui tendait l'arc qu'il venait de réparer avec les moyens du bord. Il ne serait pas très précis mais au moins Arthur pourrait protéger France. Cet idiot avait tendance à parler à trop de monde. Enfin ce n'était pas comme s'il s'inquiétait pour lui, bien sûr que non. C'était juste qu'il était la seule personne qu'il connaissait ici et s'il restait avec lui, c'était uniquement stratégique.

_ Tes flèches ne sont pas abimées ?

Arthur jeta un coup d'œil à son carquois. Non, cet imbécile d'Alistair n'avait cassé que son arc, disant que c'était dangereux pour un petit d'avoir ça. N'importe quoi, il n'était pas petit !

_ Bon alors, qu'est-ce que tu veux faire ?

_ On peut visiter l'endroit.

_ Oh, j'ai fait un plan regarde.

L'anglais regarda les feuilles que lui montrait son ami et haussa un sourcil.

_ C'est incompréhensible ton truc, y a des traits partout.

_ Méchant, c'est de l'art. Et puis j'y ai passé du temps. Oh je sais, je vais te montrer la salle de bain, tu verras c'est amusant.

Francis l'entraina dans les couloirs en suivant son plan et en quelques minutes ils furent complètement perdus.

_ Je t'avais bien dit que tu dessinais mal.

_ Pff.

Intérieurement Arthur rigolait. Francis ne pourrait plus se vanter de ce qu'il avait appris à Rome.

_ Mais on n'est pas du tout perdu. Regarde.

_ C'est une chambre.

_ Oui, et les salles de bains sont dans les chambres.

Arthur regarda le français passer joyeusement devant lui. Bon elle avait intérêt à être amusante cette salle de bain.

_ Aaah !

Arthur avait bondi derrière Francis qui riait de servir de bouclier entre le petit anglais et le jet d'eau qui s'écoulait en éclaboussant tout le lavabo.

_ Ça t'a fait peur Tuthur ?

_ Pas du tout, je veux pas être mouillé c'est tout.

_ Il y a même de l'eau chaude. C'est comme les thermes à Rome.

Et voilà, il allait parler de Rome, de sa culture latine, de ses frères adoptifs qu'il ne voyait presque plus, et ça, Arthur ne voulait surtout pas l'entendre.

_ Aïe. Tu m'as brulé !

_ Oh pardon mon lapin.

Francis attrapa la main d'Arthur et la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser. Arthur sentit le rouge lui monter aux joues. Il n'avait pas dit ça pour avoir un bisou, même s'il aimait bien. Non ! Il n'aimait pas quand Francis l'embrassait et d'ailleurs il aurait retiré sa main si cet idiot ne la tenait pas.

Francis sourit devant l'air embarrassé du petit. Il était vraiment trop mignon avec son visage couleur coquelicot. Bon, qu'est ce qu'il pourrait bien lui montrer d'autre ?

_ Ça te dit de voir la cuisine ?

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Danaël et Gilbert avaient exploré chaque couloir et chacune des pièces des deux étages mais après des heures de recherche infructueuse, ils n'en pouvaient plus et s'étaient posés dans la cuisine pour discuter d'un plan d'action. Et là Danaël s'endormait devant son verre de jus de fruit en écoutant vaguement le génialissime prussien monologuer. Soudain ils entendirent des voix d'enfants en provenance du couloir et les petits France et Angleterre entrèrent.

_ Tiens salut vous deux ! Ben vous en faites une tête.

_ On vient de croiser Féliciano et il a absolument tenu à nous raconter …

_ Où ça ?

Le jeune français le regarda interloqué, peu ravi de se faire interrompre mais Gilbert s'en fichait : là où il y avait l'italien, il y avait de fortes chances pour qu'il y ait aussi Ludwig.

_ Heu, dans une pièce un peu plus loin. Tu veux qu'on te montre ?

Un grand sourire aux lèvres, le prussien suivit les enfants jusqu'à un salon où il y avait effectivement son frère et son petit ami qui discutaient. Enfin Féliciano parlait avec animation tandis que l'allemand essayait tant bien que mal de se concentrer sur ses papiers.

_ Kesese. Alors bruder, tu te cachais ?

Allemagne soupira en sentant le mal de tête pointer son nez. C'était déjà dur de supporter le babillage de Féliciano à longueur de journée alors si son frère s'ajoutait à la partie, il pouvait aller chercher un cachet tout de suite. Et puis pourquoi y avait-il trois enfants qui le regardaient avec de grands yeux soupçonneux. Il aimait bien les enfants en général, mais là, enfermé depuis quelques jours avec une bande de marmots qui n'arrêtaient pas de courir et de crier à tout va, il commençait à saturer. Celui avec les gros sourcils le regardait avec hargne, comme s'il prenait pour un affront personnel le fait d'être haut comme trois pommes à côté de l'imposant allemand. Plutôt amusé par la frimousse de l'anglais, Ludwig se pencha vers lui.

_ Ce n'est pas la peine de me regarder comme ça tu sais ? dit-il d'une voix plus forte qu'il ne voulait.

_ Pff, comme si tu allais me faire peur ! répondit l'enfant en reculant derrière le jeune France.

_ Je t'interdis de faire du mal à mon protégé ! s'exclama Francis en voyant la figure sévère de l'allemand. Au fait, tu es qui toi je ne t'ai pas reconnu.

_ Allemagne.

Gilbert se figea un instant. Il avait l'impression d'avoir compris quelque chose de très important mais son cerveau bloquait à le lui énoncer clairement. Il regarda Ludwig, puis Féliciano, puis de nouveau Ludwig.

_ Karl ? C'est toi ?

Le prussien réagit au quart de tour et attrapant le double de France il partit en courant, Arthur sur les talons, sous le regard plus qu'étonné de son frère.

_ Franciiis ! On a un problème !

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Et voilà. J'espère que ce chapitre vous aura plus et je vous dis à la semaine prochaine.