Note d'auteur : comme vous allez le comprendre, le monde dans lequel vit Hermione a changé, vous pourrez en apprendre plus sur ces modifications d'un chapitre à l'autre.
3.
… qui s'ouvre sur deux mangemorts membres de la police d'Etat. Elle les connaît sans savoir qui ils sont. Plus personne ne sait qui ils sont. Pas même eux. Ils avaient eu un nom, un prénom, une date et un lieu de naissance, une adresse, des bulletins de salaires, des factures d'eau, d'électricité et de gaz, des relevés bancaires et des avis d'imposition mais il y a tellement longtemps de ça qu'ils ne s'en souviennent plus. Un décret relatif à l'organisation de cette police stipule depuis sa création que tous ses agents doivent s'appeler Martin et uniquement Martin, porter une barbe, avoir les cheveux rasés, mesurer un mètre quatre vingt, peser soixante kilos, être constamment en uniforme et vivre dans une chambre pré-meublée en caserne. Chaque policier doit être conforme à ces critères pour être reconnaissable en tant que tel.
Si elle éprouve confusément une forme de pitié pour eux, son jugement à leur égard n'en est pas moins sévère car la grande, pour ne pas dire immense, majorité d'entre eux a intégré cette police de son plein gré et en toute connaissance de cause. Ils ont vendu leur individualité au prix de ne plus s'occuper de rien qui les concerne, pas même des affaires courantes les plus basiques : c'est à peine s'ils peuvent différencier plusieurs moyens de paiement les uns des autres.
Elle, n'accepte pas que l'on puisse atteindre un tel degré de lâcheté en renonçant ainsi à sa liberté, en n'hésitant pas à se débarrasser de son libre arbitre pour le confort d'une prise en charge totale par l'Etat, qui l'agite sur la place publique telle une carotte quand il ne l'impose pas en dehors à coups de bâton. Elle sait le penchant humain pour la servitude : il aime mieux être esclave que libre alors il crée des Dieux et élit des tyrans. Comme il l'a toujours fait, comme il le fera toujours. Parce que se décharger du poids de ses chaînes en les donnant à porter à quelqu'un d'autre lui permet de s'en défaire en tant que coupable pour s'en faire la victime. La bassesse humaine la répugne et une grimace lui déforme le visage rien qu'à y penser.
A moins que ce ne soit à cause de l'odeur de mort qui émane des deux Martin et qui la traverse en une sorte de courant d'air chargé de centaines de spectres. Ils lui saisissent chacun un bras et la font se lever, sans avoir à employer la force comme ils y sont toujours obligés et sans avoir à l'y trainer comme ils y sont toujours obligés, la conduisent jusqu'à une camionnette moldue à l'arrière de laquelle ils la font monter.
A l'intérieur sont assis un garçon de moins de dix ans sur les genoux de sa mère et un vieil homme avec une canne, qu'elle salue d'un signe de tête. En les regardant, elle pense à la grossesse qu'elle ne vivra pas plus avec Severus qu'elle n'assistera à sa vieillesse. Mais lorsqu'un couple à peine sorti de l'adolescence est jeté avec eux et qu'elle pense à tout ce dont il va être privé comme le sien, ce qui l'anime reprend le dessus. Alors elle se fait la promesse de ne jamais plus le perdre de vue, même un instant.
