Réponse à lectrice : merci pour les reviews et le suivi de cette fic !
7.
— Moi qui me demandais si on pouvait être plus que ça dans la merde, j'ai ma réponse, bougonne Alan en levant les mains en l'air d'exaspération. Non seulement on est déporté mais en plus on se retrouve avec une Frontiste et un Merlinien… Hélène, Louis, si vous avez un coming-out à faire, c'est le moment. Et toi, bébé, tu passes aux aveux pendant qu'on y est ?
Le visage d'une Anna silencieuse se referme sous le regard suspicieux des deux autres femmes qui ne font cependant aucun commentaire.
— J'ai beaucoup de respect pour les Merliniens, s'enthousiasme Hermione. Je ne pensais pas qu'il en restait encore.
— C'est-à-dire qu'il en reste très peu, dit Ernest en croisant les mains sur son ventre. Et il y en a un de moins maintenant… Pour ce qui est du respect, c'est réciproque. Nous ne sommes pas si différents de vous, nous nous battons aussi pour défendre nos idées.
— Vous êtes surtout des foutus kamikazes, crache Alan. Tous autant que vous êtes.
— Moi, je continue de croire en Merlin, lui confie Anna dans un haussement d'épaules.
— Mais c'est interdit, enfin ! Tu te rends compte des risques que tu prends en disant ça ?
— Parce que tu penses vraiment qu'on risque encore quelque chose ? Ose un peu dire que tu crois en Morgane comme on y est maintenant obligé !
Il se renfrogne sans s'exécuter pour autant, ce qui amuse Hermione dont les pensées se tournent vers ce changement de religion imposé.
Une interdiction de prononcer le nom de Merlin avait été décidée, assortie d'une contravention pour tous les contrevenants. Et ils étaient nombreux puisque l'usage de l'expression « Par Merlin » s'était banalisé en dehors du cercle des Merliniens depuis des années. Au début, ça avait prêté à rire. D'autant que les amendes ridiculement petites n'étaient au final jamais payées. Alors forcément, personne ne s'était méfié.
Mais les choses étaient devenues nettement moins drôles lorsque de discrètes arrestations avaient commencé, tellement discrètes que c'aurait du mettre la puce à l'oreille à tous le monde. Elle même avait été récupérée au poste à de multiples reprises par un Severus las qui en faisait alors sortir en même temps l'oncle Léni, le plus souvent arrêté avec elle et dont elle peut encore l'entendre le remercier d'un « Merlin te garde » sonore en passant devant le secrétariat sur le chemin de la sortie.
Puis des campagnes pro-Morgane avaient été menées. Pas de propagande, non. Du marketing bien pensé plutôt. Les publicités à la radio, dans les journaux, sur les panneaux extérieurs, avaient progressivement détrôné Merlin, idole démodée, au profit de Morgane, la référence tendance. A tel point que prononcer le mot de Merlin était finalement devenu un aveu de ringardise absolue et qu'il n'était plus utile de sanctionner son usage puisque plus personne ne voulait l'employer de peur d'être catalogué tocard.
Peu à peu, le nombre de Merliniens zélés avait diminué sans que ça ne se remarque, la presse éludant les persécutions dont ils étaient victimes pour ne plus proposer que des articles et reportages sur Morgane. Lorsqu'elle avait été officialisée comme religion de l'Etat, dont les représentants se bousculaient pour en vanter les mérites, le Front avait multiplié ses enquêtes et ainsi découvert que lesdits représentants avaient la main mise sur l'institution Morganicale. Les Frontistes avaient alors eu la confirmation de leurs craintes : tout ceci n'avait été qu'une vaste opération de manipulation du peuple et ils n'avaient pu qu'en constater la réussite indéniable.
