8.

A l'arrière de la camionnette, il commence à faire de plus en plus froid. A la vue d'Alan retirant sa veste pour en couvrir les épaules de son Annabelle tremblotante, Hermione ferme les yeux pour dissuader ses larmes de couler le long de ses joues. Elle se demande combien de fois elle s'est elle-même retrouvée à presque plier sous le poids de cette lourde cape noire, abattue sur elle d'un geste vif au premier claquement de ses dents, et qui lui manque tout à coup tellement.

Tout en s'enlaçant elle-même, elle imagine que ces bras qui réchauffent son corps frissonnant sont ceux de Severus. Se revoyant blottie contre lui sur le sofa devant la cheminée, elle sent son odeur l'envelopper et entend le berçant crépitement des braises. Ce n'est qu'en se réveillant qu'elle se rend compte qu'elle s'était endormie. Scrutant l'obscurité, elle devine à la mollesse de leurs silhouettes que les autres dorment.

— Vous regrettez votre choix ? la fait-on donc tressaillir de surprise.

— Franchement Ernie, répond-t-elle à voix basse après avoir reconnu sa voix. Je ne me suis jamais autorisée à me poser cette question. Je suppose que sa réponse remettait beaucoup plus de choses en cause que je ne pouvais me le permettre dans ma position. Mon regret n'est pas le choix que j'ai fait, mon regret, ce sont les conséquences qu'il a eues sur mon homme. J'aurais du lui lancer un sort d'oubliettes avant mon départ…

— Vous avez bien fait de ne pas le faire. On croit à tort que ce sortilège est irréversible or c'est faux. Il déplace seulement les souvenirs un peu plus loin dans la mémoire mais ils finissent toujours par remonter à sa surface. Comment auriez-vous réagi si vous vous étiez un jour souvenue que la personne que vous aimiez vous avez fait l'oublier ?

— Je l'aurais haï. Pour lui, ça n'aurait rien changé. Si vous aviez vu la lueur qui brillait dans ses yeux un peu avant que je parte… de la haine à l'état pur.

Elle renifle alors que sa gorge se serre et presse dans les siennes les mains usées que lui tend le vieil homme penché vers elle.

— La haine et la peine extrême revêtent souvent le même aspect, jeune fille, assure-t-il d'un ton grave. Puis-je vous demander de me parler un peu de lui ?

— Il y a tellement à dire… et en même temps, si peu de mots suffisent pour le faire… Il est la nourriture de mon âme, et… elle crie déjà famine, hoquette-t-elle. Il est assez difficile à décrire, en fait, alors ça risque d'aller un peu dans tous les sens… C'est un beau brun ténébreux… il complexe sur son nez qu'il refuse pourtant d'ensorceler pour le changer… il déteste le contact des élèves mais il adore enseigner… il repousse les signes d'affection aussi désespérément qu'il a besoin d'être aimé… il a fait de très mauvaises choses et il aurait très bien pu continuer sauf qu'il a décidé de devenir bon… il est ingénieux, sagace et brillant… et absorber le souffle qui s'échappe de sa bouche en l'embrassant, c'est comme inhaler dans le masque d'une pompe à oxygène. Quoi ?

— C'est qu'en vous écoutant, je mesure bien le montant du prix que votre engagement vous fait payer… C'est bien dommage que ce vieux Severus soit trop aveuglé par sa souffrance pour voir la vôtre.