9.
— Je ne vous ai pas dit son prénom…
Des scénarios à base d'espionnage lui venant en tête, elle s'inquiète brusquement et tente de dégager ses mains, qu'il maintient entre les siennes avec fermeté mais sans agressivité avant de se pencher davantage vers elle.
— L'espion, c'est Severus, lui confie-t-il dans un murmure à peine audible. Il a réussi, Merlin seul sait comment, à nous trouver et s'est proposé d'agir pour notre compte en nous expliquant qu'il avait une longue expérience des pratiques d'agent secret datant de l'époque de Voldemort père.
— Je ne savais pas… avoue-t-elle, blessée qu'il lui ait dissimulé une telle information.
— Il ne voulait pas que vous le sachiez pour ne pas vous mettre plus en danger que vous ne le faisiez déjà, lui assure-t-il avec une compassion bienvenue face à sa détresse.
— Mais… je ne comprends pas… il n'a jamais cru en Merlin alors pourquoi… ?
— Qu'il ne croit pas en Merlin a posé problème car les autres Merliniens n'étaient pas vraiment disposés à accorder leur confiance à un non-croyant, surtout par les temps qui courent. Mais il avait pour lui d'être formellement opposé à Morgane. Il dit toujours : « la seule déesse en laquelle je crois, c'est mon Hermione et je refuse qu'on veuille me forcer à tourner ma croyance vers une autre » sur ce ton qui dissuade de répliquer quoique ce soit, la fait-il rire doucement, l'imaginant effectivement très bien. Un jour, il m'a confirmé qu'il se fichait de nos « Merlineries », que s'il voulait nous rejoindre c'était pour combattre le même ennemi que la femme qu'il aimait et qu'elle soit aussi fière de lui que lui d'elle.
— Il aurait pu intégrer le Front, je lui ai proposé des dizaines de fois de le faire !
— Sauf que s'il l'avait fait, il vous aurait fragilisé dans vos responsabilités, rendue moins efficace par crainte pour sa sécurité. Et il disait qu'il ne voulait pas que vous vous retrouviez dans la situation de ne pas pouvoir vous impliquer autant que vous le vouliez parce qu'il savait que vous ne le supporteriez pas. Maintenant, essayez de vous rendormir, le voyage va encore être très long.
Elle essaie de retrouver le sommeil mais un retour sur l'évocation par Ernest de Voldemort père l'en empêche en lui faisant repenser à la tournure qu'avaient pris les évènements dans le monde sorcier. Une fois le mage noir tué et Kingsley Shacklebolt ministre, tout aurait du aller pour le mieux. Seulement voilà, quelques mois plus tard, l'ancien Auror décédait dans des circonstances suspectes, bien qu'aucune preuve n'avait pu démontrer la nature peu hasardeuse de l'accident qui lui avait coûté la vie.
Suite à cela, le poste était logiquement revenu à son très efficace bras-droit, une femme ambitieuse qui avait rétabli la sécurité en lançant une véritable chasse aux mangemorts qu'elle avait fait comparaitre devant les juges dans des procès publics. L'avenir révèlera qu'elle avait en fait entrepris d'élaguer les rangs des anciens partisans de Voldemort, livrant les vieilles branches au peuple et gardant les jeunes pousses sous le coude. Et on n'apprendra que trop tard sa véritable identité : Bella Riddle, la fille de Tom Riddle et Bellatrix Lestrange.
Entre temps, elle avait développé avec le premier ministre moldu une relation très productive, basée sur des intérêts communs. Elle lui avait proposé d'approvisionner les entreprises pharmaceutiques d'Angleterre en ingrédients issus du monde sorcier. En échange de quoi il avait notamment mis à sa disposition une équipe d'historiens spécialisés dans le seconde guerre mondiale pour lui servir de consultants dans la relance de l'entreprise d'assainissement de la population magique commencée par son père.
Bella Riddle à la tête de ce qu'elle avait appelé l'Etat en référence à la formule moldue « L'Etat, c'est moi » attribuée à Louis XIV, une grande purge avait débuté. Avait été visés les sang de bourbe en priorité mais aussi tous les opposants à cette nouvelle organisation : Merliniens et Frontistes en tête de liste.
D'abord dans le plus grand secret puis avec l'aimable contribution du peuple lui-même. Parfois par intérêt personnel, parfois par faim ou soif, parfois par ferveur religieuse. Elle avait instauré un système de récompense pour encourager cette participation et imposé des restrictions très strictes en matière de nourriture et boisson, en affirmant devoir faire face à une diminution significative des denrées. Petit à petit, elle avait distillé comme un poison l'idée que la faute en incombait aux sangs impurs, ralliant des centaines de « d'honnêtes sorciers » à sa cause et qui s'adonnèrent à la dénonciation à tour de bras. Et elle avait également orchestré l'avènement de Morgane, divinité articulée selon son bon vouloir puisqu'elle rajoutait des dogmes au gré de ses besoins.
Alors oui, le monde magique était devenu Bella Riddle.
