Réponse aux reviews de lectrice : merci pour ton enthousiasme !
11.
La rage serrée entre les dents comme un os entre les crocs d'un chien, Hermione garde la tête haute malgré les privations et humiliations quotidiennes.
Réveillée à 4 heures du matin, elle petit-déjeune une soupe au lait avant de faire son lit le plus impeccablement possible sous peine de recevoir des coups à l'inspection par les surveillants. Elle se rend ensuite sur la place centrale pour l'appel. Vers 6 heures, la journée de travail forcé à l'extérieur commence. A 13 heures, elle déjeune une soupe de navet. Puis reprise jusqu'à 19 heures où elle retourne au camp et y dispose, après un nouvel appel, des quelques heures restantes avant le couvre feu fixé à 21 heures.
Et les semaines défilent suivant cette insupportable routine. Chaque jour, elle voit les autres déportés s'affaiblir un peu plus physiquement à cause du travail et de la malnutrition. Progressivement, leur masse musculaire diminue, leurs fonctions vitales se réduisent et leur pouls, tension et température faiblissent. Il n'est pas rare qu'ils se battent entre eux pour deux miettes du pain du soir tombées sur le sol. Comme ils déclinent également mentalement, ils représentent bientôt plus gravement une menace les uns pour les autres.
D'autant que les surveillants entretiennent une rivalité entre eux, accordant des privilèges à certains seulement. Parfois aux mêmes, qui sont en conséquence tabassés pour favoritisme, parfois à des différents, qui ont tout intérêt à refuser au risque de paraître suspects aux yeux des autres. Ce n'est pas toujours faisable, la faim, l'épuisement et la maladie ne permettant pas toujours de rejeter une proposition bienvenue de nourriture ou de médicament. Ou même d'un simple accessoire tel qu'un oreiller. Sauf que celui qui l'avait en l'occurrence accepté avait été retrouvé un matin la tête dessus. Mais séparée du reste de son corps…
Hermione, qui bénéficie en cachette d'avantages de Drago, redistribue ce qu'elle obtient de lui à ses partenaires de chambre. Consciente du risque qu'elle prend d'être dénoncée comme voleuse, elle le court quand même car elle ne peut se résoudre à manger dans le dos des autres, dont Hélène et Louis. Si l'oncle Léni était encore là, il compterait sur elle pour veiller sur eux alors elle le fera jusqu'au bout. Et puis elle doit aussi s'occuper d'Annabelle, qui pleure constamment depuis qu'elle a été séparée d'Alan, qu'elle ne peut plus voir qu'à travers un grillage avant le couvre feu ou entrapercevoir pendant les appels, les couples n'ayant pas le droit de se côtoyer.
Ne pouvant rester inutile, ancienne Gryffondor et Frontiste obligent, la jeune femme a également très vite repéré les leaders du camp et rejoint leur groupe, avec Ernest, pour aider à l'organisation de la solidarité, échanger sur les droits de l'homme et discuter évasion.
Alors qu'elle se coupe à contrecœur les cheveux avec un ciseau remis par Drago, elle surprend un soir une conversation qui va davantage bouleverser sa vie déjà précaire. Se glissant hors de sa chambre en longeant les murs, elle entend un surveillant saoul annoncer à une Annabelle sanglotante que ses collègues et lui la trouvant à leur goût, ils ont fait une demande pour qu'elle intègre le baraquement de passes et que celle-ci a été acceptée. Catastrophée par la situation de l'adolescente dont elle ne peut accepter qu'elle soit ainsi jetée en pâture comme un vulgaire morceau de viande, Hermione, n'écoutant que son cœur généreux jusqu'à la folie, décide d'intervenir malgré ce que ce qu'elle s'apprête à faire va signifier pour elle.
— Elle est jeune et inexpérimentée… Vos amis et vous vous ennuieriez avec elle… par contre avec moi, ce serait tout autre chose… lance-t-elle d'un ton aguicheur en se montrant.
— T'rès b-b-bien, on néchange 'lors.
