12.
Le lendemain déjà, un officier la rejoint dans le baraquement de passes. Sa tête baissée surplombée de son képi empêche Hermione de distinguer son visage. Après avoir refermé la porte derrière lui, il pivote sur lui-même, sa cape tournoyant dans l'accompagnement de son mouvement. A cette vue familière, une foule de pensée qu'elle sait toutes plus stupides les unes que les autres se bousculent violemment dans son esprit : « Qu'est-ce qu'il va penser de moi en me voyant dans cette état ? Il ne pourra jamais oublier m'avoir vue comme ça », « Comment va-t-il réagir devant ma nouvelle coupe de cheveux ? Elle est tellement laide ! », « Je dois puer. Si ça se trouve il ne supportera pas l'odeur »
Ses bottes et chaussettes déjà retirées, il s'avance vers elle d'un pas très lent, en se délestant, face à ses yeux humides, des vêtements qui composent son uniforme et qui tombent un à un sur le sol dans un bruit mat. Les bras serrés autour d'elle et la tête tournée sur le côté pour soustraire son regard à cette si rassurante nudité pourtant adorée, elle voudrait reculer lorsqu'il se plante juste devant elle sauf qu'elle reste figée sur place. Elle a honte. Non pas de ce qu'elle voit mais de ce qu'il voit. Elle a honte d'elle.
— Arrête de me regarder ! hoquette-t-elle d'un ton agressif qui sonne comme un appel.
— Quel homme pourrait arrêter de regarder la plus belle femme au monde quand il l'a sous les yeux ? dit-il en l'attrapant avec douceur par le menton pour la faire le regarder.
— Si tu penses vraiment ce que tu dis, alors tu devrais t'acheter des lunettes de vue : je commence à ne plus avoir que la peau sur les os, mes cheveux ne ressemblaient tellement plus à rien que j'ai du les couper, et je pue, lui fait-elle observer entre deux sanglots. Severus, s'il-te-plait… Va-t'en… geint-elle faiblement.
Dans un soupir désapprobateur, il encercle précautionneusement son corps frêle de ses bras puissants et rapproche sa bouche de son oreille.
— Tu es une femme forte et déterminée. Tu incarnes l'humanité dont le monde a oublié la définition que tu lui réapprends en étant toi-même. Tu es celle qui fait de moi l'homme meilleur que je deviens. Tu es Hermione Granger, Frontiste et future madame Snape.
— Et si je ne survivais pas… ? lâche-t-elle contre son épaule.
— Tu survivras, assure-t-il en caressant ce qu'il lui reste de chevelure. Je te ramènerai avec moi. Je te donnerai d'abord un bain. Ensuite, je te nourrirai. Puis je te coucherai. Et petit à petit la vie reprendra son cours, tu verras.
La jeune femme desserre ses propres bras, qu'elle avait jusque là gardés autour d'elle, et les glisse sous ceux de Severus pour l'enlacer en appuyant sa joue contre son torse dont elle savoure de le sentir s'élever et se rabaisser au rythme de sa respiration. Les yeux fermés, elle se mord la lèvre pour s'empêcher de se mettre à le supplier de tout de suite l'amener avec lui loin d'ici. Parce qu'elle sait que c'est impossible. De toute façon, elle ne pourrait pas se regarder en face si ça l'était et qu'elle le faisait.
— Et pour maintenant ? lui souffle-t-elle en craignant d'avance ce qu'il valui annoncer.
— Pour maintenant, j'ai fait jouer d'anciens contacts mangemorts pour obtenir un poste dans ce camp et comme Drago a en plus appuyé ma demande, on me l'a accordée.
— Tu vas être obligé de refaire toutes ces choses terribles que tu ne voulais plus jamais avoir à refaire… se lamente-t-elle, affectée par cette perspective.
— Tant pis. Je préfère que ce soit ma conscience qui soit souillée plutôt que toi.
