18.

— A travers les fenêtres de leurs baraquements privés, j'ai déjà vu des officiers forcer un des nôtres à en torturer un autre à la baguette… lui assure Ernest d'un ton monocorde.

Effectivement, Drago le lui avait déjà raconté une fois où il l'avait convoquée dans son bureau pour soit disant « s'amuser avec en toute discrétion ». Et justement, un surveillant vient interrompre leur conversation pour lui annoncer que le blond la réclame immédiatement et qu'il doit donc la conduire auprès de lui au plus vite.

— Il n'a pas le droit de la réquisitionner pendant ses heures de libre ! s'interpose néanmoins le vieil homme en pointant l'extrémité de sa canne contre le torse de l'homme qui l'en écarte aussitôt d'un geste vif en le menaçant de sa baguette.

— Stop ! s'écrie-t-elle alors en se plaçant précipitamment entre eux. Laissez-le tranquille, je vous suis. Ça va allez, Ernie.

Elle n'en est en réalité pas aussi sure qu'elle veut bien le prétendre. Son ami n'ayant pas pour habitude d'exiger sa présence le soir puisqu'il sait qu'elle tient à profiter de ce temps de repos pour aider les autres, elle pressent qu'il y a un problème. Ce qui tend à se confirmer tandis que le surveillant lui fait prendre sans explications un autre chemin que celui du secrétariat.

A l'approche d'une sorte d'étroite cabine en bois sans aucune ouverture en dehors de sa porte, une inquiétude grandissante lui fait retenir sa respiration. Ce qu'elle y trouve à son entrée lui donne raison.

A la faible lumière d'une ampoule clignotante, elle distingue Drago attaché sur une chaise, inconscient, yeux mi-clos et menton reposant contre la base de son cou. Elle établit instantanément la relation entre les projections de sang sur les murs qui les entourent de très près et la rougeur de son uniforme.

— J'ai découvert que le secrétaire était espion pour le compte du Front, se targue le surveillant planté dans son dos. Et aussi qu'il te protégeait en secret.

— Et évidemment, vous avez prévenu vos collègues qui vont venir d'une seconde à l'autre voir ce que vous lui avez fait… lâche-t-elle en s'efforçant de garder son sang froid.

— Je ne l'ai pas encore dénoncé, avoue-t-il dans un soupir pervers. Je voulais jouer un peu avec vous deux avant… que vous me montriez jusqu'à quel point vous êtes proches… je n'essaierai même pas de te toucher, tout ce que je veux moi, c'est regarder…

Comme elle réalise ce que cela signifie, elle manque de s'étrangler avec sa salive de plus en plus difficile à déglutir. Cependant, poussée en avant par l'homme derrière elle, elle n'a d'autre choix que d'au moins lui faire croire qu'elle va lui donner ce qu'il demande et s'avance pour aller s'asseoir à califourchon sur les cuisses de son ami.

— Mione… parrain… me tuer… gémit-il aussitôt en bougeant légèrement sous son poids.

— Tu as été torturé avec des sorts ? lui chuchote-elle à l'oreille en faisant mine de la lui mordiller. Réponds-moi, Drago, insiste-t-elle après s'être pressée un peu plus sensuellement contre lui.