22.
Pendant qu'Ernest marmonne un interminable flot ininterrompu de paroles dans une langue antique, le couple rencontre de plus en plus de difficultés à rester figé dans sa position, influencé par le besoin naturel de s'activer l'un contre l'autre.
— C'est terriblement gênant… se lamente Hermione, qui oublie toutefois sa honte la seconde suivante tandis qu'une décharge de plaisir la parcourt suite à un furtif et soudain mouvement de rein de son homme. Ouah ! hoquète-t-elle alors.
— Je n'ai pas pu m'en empêcher… s'excuse-t-il aussitôt avec une moue navrée se changeant en une expression béate sous une vive rotation de bassin de la jeune femme.
— Oups, désolée, glousse-t-elle malicieusement.
— C'est définitivement la chose la plus dégueulasse que j'ai jamais vu, intervient Drago, les traits déformés par le dégoût.
Surgissant des contours du marquage circulaire au sol, une sorte d'halo écarlate sphérique s'élève progressivement autour d'eux jusqu'à les englober comme une bulle. A l'intérieur, le désir qui les étreint déjà se met à se développer exponentiellement.
— Oh merde, Mionie… rugit-il férocement en gesticulant contre elle animalement.
L'usage de ce surnom, qu'il n'échappe que dans ses moments de vulnérabilité, lui indiquant qu'il approche la limite de ses résistances, elle lui énumère toute une série de remarques destinées à freiner sa libido en détournant son attention vers autre chose.
— … les nausées matinales, les fringales, les sautes d'humeur… j'aimerais bien que le bébé ait tes yeux noirs… tu es d'accord pour qu'on ne connaisse pas son sexe avant la naissance ? lâche-t-elle contre ses lèvres en fixant ses yeux aux pupilles dilatées.
— Moui… gémit-il dans leur capture en un baiser langoureux.
Son excitation clairement aussi exacerbée que la sienne par la magie qu'elle peut sentir vibrer à même leur peau au contact l'une de l'autre, elle évalue ses efforts pour se contenir comme étant de moins en moins maintenables.
— Sev… se met elle à donner dans le surnom à son tour.
Comme elle ne l'utilise également que dans les mêmes circonstances que lui, elle s'alarme plus franchement et adresse à Ernest un regard pressant par-dessus l'épaule de son homme au visage enfoui dans son cou. Elle découvre ainsi le vieil homme soutenu par son petit-fils en train de le maintenir debout d'un bras autour de la taille et d'une main sur le torse, pliant à moitié sous son poids mais luttant pour ne pas céder.
Puis il se produit un phénomène brutal et éphémère : les corps d'Hermione et de Severus se fondent littéralement l'un en l'autre le temps de quelques secondes foudroyantes d'une douleur les faisant tomber à genoux à l'éclatement de leur bulle. Alors que retrouvant petit à petit leurs esprits, ils se « déboitent », comme dirait Drago, celui-ci est également à genoux, serrant Ernest entre ses bras tremblants.
— Comment je vais faire sans toi… ? Tu t'es tellement occupé de moi depuis que mes parents m'ont rejeté… pleure dignement le blond au-dessus du corps déjà inerte.
Rhabillé convenablement, le couple, partagé entre le soulagement que le sort ait été lancé jusqu'au bout et le chagrin qu'il ait causé la perte de leur ami, marche bientôt vers le jeune homme d'un pas lourd. Des larmes coulant sur ses joues, Hermione s'agenouille près du grand-père dont elle referme les yeux et Severus relève le petit-fils.
Après avoir solennellement récité en Merlinien les paroles adaptées, l'estomac de la jeune femme se tord violemment à la vue de Drago alors réfugié dans l'étreinte paternelle de son parrain au regard brillant d'humidité et qui, une main lui appuyant la tête contre son torse et un bras dans son dos le maintenant fermement contre lui, lui murmure à l'oreille des choses inaudibles pour elle.
Une fois cette étreinte rompue, le blond reniflant récupère sa baguette et lance un sort sur Severus qui se met ainsi à irradier de deux auras visiblement dissociées l'une de l'autre mais quasiment juxtaposées. Prenant la main d'Hermione dans la sienne, Drago reste un moment silencieux, à partager ce spectacle avec elle avant de prendre la parole.
— Grand-père n'est pas mort pour rien, se satisfait-il tandis que les doigts de son parrain un peu perdu glissent timidement à travers ses vêtements sur le ventre qu'ils savent tous désormais occupé.
