24.

— Qu'est-ce que vous foutez là, vous ? siffle Drago à l'entrée de deux surveillants autres que ceux qui montent habituellement la garde, puisqu'il avait ordonné à ceux là de disposer.

— Je suis tellement désolée, Hermione… soupire Annabelle en apparaissant derrière les hommes s'écartant l'un de l'autre pour la découvrir aux regards. Mais… ils m'ont dit que si je ne leur disais pas pourquoi l'officier Snape était le seul à pouvoir te retrouver dans le baraquement de passes, ils tueraient le secrétaire et que se serait à cause de moi.

Poussée à le faire dans un saisissant instinct protecteur quasi-masculin, Hermione se place d'emblée devant Severus en se sentant plus lionne que jamais, ainsi prête à tout pour défendre les deux amours de sa vie. Qu'elle s'efforce de garder à l'abri dans son dos malgré les agaçantes tentatives de son homme de se décaler.

Le coup est rude : elle a été trahie. Et par celle qu'elle considérait comme une amie, de surcroit. Le fil de ses pensées s'emmêle à cette idée inconcevable. Trop inconcevable : comment aurait-elle bien pu la trahir alors qu'elle n'a jamais commis l'erreur de se confier auprès d'elle, ni auprès de personne en dehors d'Ernest, sur sa situation personnelle ?

— Je leur ai dit ce que tu m'as raconté… reprend Anna dans un frémissement de la lèvre inférieure presque imperceptible mais qui signifie beaucoup pour Hermione.

Ainsi dissuade-t-elle Drago, dont elle a remarqué depuis quelques temps qu'il n'était pas indifférent à la demoiselle, d'intervenir violemment malgré qu'elle l'imagine aussi blessé qu'elle l'a été dans un premier temps face à ce qui ressemble de très près à un coup bas dans les règles. Ne pouvant néanmoins pas le retenir directement, elle lui fait comprendre de ne rien faire d'un bruyant claquement de langue contre le palais, selon un des codes qu'ils ont instaurés entre eux.

— Et qu'attends-tu pour m'informer du contenu de votre répugnante conversation de sang de bourbe ? se contente-t-il donc de sévèrement grincer entre ses dents serrées. Je ne devrais même pas avoir à gâcher ma salive pour te le demander !

— Elle m'a dit que l'officier Snape était en fait son beau-père et qu'il abusait d'elle bien avant qu'il ne vienne la retrouver dans ce camp pour continuer de le faire.

Une fois prononcé ce mensonge bien pensé, tout se passe très vite et les quatre cachotiers d'organiser précipitamment la suite sans se consulter, se fiant seulement à la confiance qu'ils s'accordent mutuellement et à leur vivacité d'esprit commune.

— Comment as-tu pu leur révéler mon secret ? commence Hermione. Il… il m'aime… ajoute-t-elle pour justifier son attitude protectrice d'un peu plus tôt.

— C'est ce qu'il te fait croire mais il te manipule ! l'interrompt sèchement Annabelle.

— Faire une monomanie sur une sang de bourbe est une déviance i-na-ccep-table ! s'écrie ensuite Drago en saisissant son parrain par le col. Je ne veux pas de ça ici !

— Au nom du travail que j'ai accompli ici, vous pouvez quand même m'accorder la faveur de ne pas me tenir rigueur d'un fantasme qui n'engage que moi ! s'indigne le concerné.

— Sauf que ça n'engage pas que toi : tu déshonores nos rangs, Snape !

— Bien dit, m'sieur Malfoy ! approuvent aussitôt en chœur les surveillants.

Trainant son parrain à travers la pièce pour l'en éjecter aussi rapidement que possible, Drago en est empêché au dernier moment par les deux hommes.

— Vous ne pouvez pas juste le renvoyer comme ça ! lui fait remarquer le premier.

— Faut lui faire ravaler son goût pour les sang de bourbe ! ajoute le second.

— On ne va quand même pas se salir les mains avec ça ?! tente désespérément le blond.

— Qui a parlé de mains ? répliquent-ils avant de lancer chacun un doloris sur Severus.

Dévastée par l'inquiétude, Hermione se mord la langue pour se retenir de crier devant les gesticulations douloureuses de son homme, que les sorts ont fait s'écrouler sur le sol et qui y gémit doucement, peut-être pour deux comme elle l'imagine, horrifiée.

— Oh non… je ne veux plus jamais voir ça... lâche plaintivement Annabelle à voix basse.

— Ça suffit ! gronde Drago d'un ton manifestement emprunté à son parrain. Je n'ai pas de temps à perdre avec vos conneries de bourreaux chroniques ! Il reste un des nôtres ! Tout ce que je demande, c'est qu'il le soit ailleurs. Je voulais m'en débarrasser de toute façon. Grâce à vous, j'ai une raison pour expliquer ma décision à la hiérarchie. Merci messieurs. Mais maintenant, foutez-le moi dehors, j'ai besoin de vous pour autre chose.

— Comme bazarder le cadavre qui traine à vos pieds ? l'interroge un surveillant.

— Entre autre, réplique-t-il le plus impassiblement possible.

Congédiée du bureau avec la jeune fille, Hermione, plantée au milieu de la grande place, regarde Severus quitter le camp sans pouvoir se retourner. Si les circonstances de son départ n'ont pas été celles qui étaient prévues, elle se sent soulagée de le voir partir sur ses deux jambes, même vacillantes. Gardant un long moment le silence, elle ne le rompt que pour prononcer deux mots.

— Merci, Anna.