33.
Avec la pratique, les occasions de s'entrainer ne manquant malheureusement pas, Hermione ne rencontre plus aucune difficulté à s'expulser de son corps dans les moments critiques grâce au sort qu'Ernest lui avait appris au cas où. Cela dit, la vue de son enveloppe charnelle souillée par surveillants ou officiers reste insoutenable car si elle ne peut en éprouver les sensations, elle peut en revanche les deviner. Tournant toujours le dos à toutes ces scènes plus dignes d'un très mauvais porno les unes que les autres, il lui arrive souvent de parler d'elle à la troisième personne. Et quand elle plaint « cette pauvre Hermione abusée par des porcs », elle ne la perçoit plus vraiment comme étant elle-même mais plutôt une sorte de jumelle qui n'aurait intimement rien à voir avec elle.
Parvenant finalement à limiter les dégâts sur sa personne, ce dont Annabelle aurait été incapable, elle ne regrette pas ce geste inconsidéré qui a permis de la préserver. Et d'autant plus qu'elle voit naître depuis quelques temps chez la jeune fille un début de sentiments pour Drago. Bien que la perte d'Alan demeure très douloureuse.
Sa correspondance avec Severus s'affirme à double tranchant : d'un côté, elle lui fait beaucoup de bien et de l'autre, elle remue la baguette dans la plaie. Quand elle nage dans les vagues d'amour qu'il lui envoie, elle finit immanquablement par se heurter de plein fouet à des rochers de culpabilité. Et aussi imagé que ce soit, elle n'en ressort jamais tout à fait intacte. Chaque jour qu'elle passe loin de son homme et de leur enfant effrite un peu plus le fil qui la maintient en vie.
Ses nuits, comme volant au secours de sa santé mentale affaiblie, sont remplies d'un érotisme requinquant. Elle s'y voit… sensuelle avec ses formes retrouvées, faire l'amour avec un Severus passionné dont les lèvres vénèrent jusqu'à la plus petite parcelle de son corps frémissant à nouveau de féminité. Elle s'y voit… le caresser en retour avec une dévotion toute religieuse comme si ses mains glissaient sur une idole sacrée. Elle s'y voit… partager avec lui un regard aux pupilles dilatées alors qu'il s'invite profondément en elle l'y accueillant d'intenses gémissements de bienvenue. Elle s'y voit… vibrer sous ses coups de reins s'appliquant à lui faire monter chaque fois une nouvelle marche sur l'escalier du plaisir. Elle s'y voit… basculer en arrière à son sommet, chutant dans le vide d'une jouissance vertigineuse. Elle s'y voit… y être suivie par son homme se déversant en elle dans un râle guttural. Elle s'y voit… sentir sa semence se répandre sur les parois fissurées de son antre, saccagée par les usagers du baraquement de passes, en les colmatant sur son passage.
Ce matin là, comme beaucoup d'autres, elle se réveille humide et tremblante dans son lit superposé à la structure chancelante qui l'a, encore une fois, vue la mettre à rude épreuve à force de contorsions actives.
— Dis-donc, toi quand tu fantasmes, tu ne fais pas les choses à moitié, la taquine à voix basse Annabelle. « Oh oui… Sev… encore… » l'imite-t-elle, manifestement décidée à s'amuser à la mettre mal à l'aise.
— Continue comme ça et je pars sans toi, bougonne Hermione, rouge de honte.
— Pff, Drago ne l'accepterait jamais. Allez, bouge-toi un peu, on doit aller le voir.
