38.

Allongée sur son lit, Hermione attend fébrilement que le moment vienne de passer à l'acte. Les mains croisées derrière la tête, son regard se pose sur le couteau fabriqué grâce à un bout de miroir fixé à un morceau de bois par une bande de tissu. Elle ne peut s'empêcher de frissonner à l'idée d'avoir à le planter dans le corps de deux hommes mais reste fermement décidée à faire ce qu'il faut pour retrouver son homme et leur enfant. Elle revoit donc mentalement les étapes du plan à mettre à l'œuvre jusqu'à ce qu'Hélène ne l'interrompe dans ses pensées.

J'ai quelque chose de très important à te demander.

— Dis-moi, je t'écoute.

— Si jamais il m'arrivait quelque chose… oui, je sais que tu ne veux pas y penser mais je suis une mère alors je le dois, moi. Si jamais… tu pourrais t'occuper de mon fils ?

— La question ne se pose même pas : évidemment que je m'occuperais de lui !

— Les filles, c'est l'heure d'y aller, vient leur annoncer Annabelle à voix basse.

Une fois descendue de son lit, Hermione prend une longue inspiration puis partage une étreinte encourageante avec ses camarades d'évasion hésitantes.

— A partir de maintenant, ne pensez plus à rien d'autre que ce que vous avez à faire, dit-elle sur son ton déterminé de Frontiste. Si vous vous retrouvez dans une situation imprévue, restez calme et improvisez. . . Louis, faufile-toi jusqu'au bureau du secrétaire et reste caché à proximité en attendant qu'on te rejoigne, allez !

En prenant bien soin de ne réveiller personne dans le dortoir, elles se glissent dehors à la suite du garçon. Là, elles s'apprêtent à se séparer comme convenu, chacune ayant deux hommes à éliminer à des endroits différents.

— Pensez à leur prendre leur baguette, hein ! rappelle Hermione en se mettant en chemin en même temps que les deux autres.

Visualisant le schéma du camp dessiné par Drago, elle se rend sur le trajet du tour de garde de sa première cible et s'y dissimule à son regard. Accroupie dans un recoin, ses doigts tremblants s'affermissent autour du manche en bois de son couteau. Comme son oncle Lou lui a appris à le faire, elle régule sa respiration pour se rendre un peu moins détectable.

Lorsque l'homme tourne la poignée de la porte d'un baraquement qu'elle espère être vide, elle s'élance. Dans son élan, elle le précipite avec elle à l'intérieur, un bras lui barrant la gorge et sa main libre lui plantant sa lame dans le ventre. Rassurée de n'y trouver personne, elle traine ensuite le corps du surveillant jusque derrière un bureau sous lequel elle le cache. Puis prend sa baguette et ressort discrètement.

Se refusant de repenser à ce qu'elle vient de faire, elle rejoint l'infirmerie dans laquelle sa deuxième cible fait sa ronde. Par une fenêtre ouverte, elle s'y glisse dans la pièce principale après s'être assurée que l'homme ne s'y trouvait pas. Elle s'allonge à plat ventre et rampe sous les lits, s'arrêtant brièvement dessous chacun pour limiter les risques de se faire prendre entre deux.

De la lumière filtrant de l'encadrement d'une porte fermée, elle se demande comment s'y prendre pour faire sortir l'officier puisqu'elle ne peut pas entrer sans qu'il ne la voie et ne doit pas non plus réveiller les quelques patients endormis.

— VITE, QUELQU'UN ! J'AI MAL ! s'écrie justement tout à coup l'un d'entre eux, faisant manquer un battement à son cœur déjà malmené par le stress.