44.

Annabelle va plutôt bien. Et après au moins dix minutes d'intenses négociations, j'ai finalement réussi à obtenir le pardon de Louis. Je le trouve remarquablement digne et courageux pour son âge. D'ailleurs, à propos de lui… je n'ai rien voulu lui promettre avant d'en avoir parlé avec toi, parce que c'est une grosse décision à prendre mais…

— Tu sais, j'apprécierais beaucoup qu'à partir de maintenant, tu évites d'employer cet adjectif devant moi… l'interrompt Hermione en désignant son ventre arrondi d'un regard significatif. Et je suis d'accord pour prendre la décision à laquelle je devine que tu penses. A condition, bien sur, que Louis partage notre avis. J'ai dit à Hélène que je m'occuperais de lui si jamais il lui arrivait quelque chose et je ne vois pas de meilleur moyen de le faire que de le garder avec nous.

— On va se retrouver tout à coup à vivre avec un bébé et un adolescent, conclut Severus en haussant un sourcil avant d'appliquer ses lèvres sur le front de la jeune femme. Si quelqu'un m'avait dit qu'on en arriverait tous les deux là un jour, je lui aurais conseillé d'utiliser son imagination débordante pour écrire une fiction…

— … et elle se serait appelée : « ce qu'il en coute de ne pas s'enfuir ».

Dans un sourire si contagieux qu'il le contamine immédiatement, Hermione contemple le visage de son homme comme s'il s'agissait d'un tableau de maitre.

— Et Drago ? finit-elle néanmoins par briser avec inquiétude le silence installé entre eux.

— Hum… il y a quelques heures, son père m'a fait savoir qu'il l'avait forcé à s'échapper avant que l'annonce de votre évasion soit ébruitée et où il se cachait depuis pour que j'aille le chercher. Mais je me méfie de lui, c'est Lucius après tout…

— Tu devrais lui faire confiance, cette fois. C'est en partie grâce à lui qu'on a pu s'évader. Pour faire court, un message nous dénonçant a été envoyé et il l'a détourné : sans lui, on aurait été interceptés par des hommes dès notre sortie du camp. Je crois qu'il veut se racheter aux yeux de son fils. S'il-te-plait, soit très prudent mais vas-y…

— Oui. J'aurais fini par y aller de toute façon, je tiens à Drago et je sais que toi aussi.

Il est en train de quitter le lit quand Pomfresh fait une entrée remarquée dans la chambre, les bras chargés de potions et autres produits de soin. Dès que son regard se pose sur lui, ses yeux s'exorbitent de contrariété et ses joues se gonflent d'indignation.

— SEVERUS TOBIAS ROGUE, s'exclame-t-elle vivement. JE PENSAIS POURTANT AVOIR ÉTÉ CLAIRE QUAND JE VOUS AI DIT DE LAISSER VOTRE COMPAGNE SE REPOSER !

— Et ça, ce n'est qu'un échantillon de ce que j'ai du supporter, lance-t-il à Hermione.

— Vous savez ce qu'il vous dit, l'échantillon ? Il vous dit : DEHORS !

— Espèce d'infirmière de malheur, changez tout de suite de ton avec moi ! Ou sinon…

— N'espérez même pas me faire peur avec vos menaces, jeune homme, je ne suis pas une de vos élèves !

Sur la pointe des pieds, la petite infirmière se dresse sans se démonter face au grand maitre des potions la toisant avec son mépris habituel de toute sa hauteur. A quelques centimètres seulement l'un de l'autre et les yeux dans les yeux, ils se défient du regard sous celui d'Hermione. Qui, comprenant qu'aucun des deux ne le fera, se décide à mettre elle-même fin à ce duel puéril.

— Hum, hum… se racle-t-elle alors la gorge pour leur rappeler sa présence.