53.

L'ambiance qui règne dans le salon est alourdie par les doutes : le moment du départ au retour malgré tout incertain est inévitablement arrivé. Il est désormais temps pour les deux couples de partager une étreinte et d'échanger quelques recommandations avant que les hommes n'avalent leur polynectar respectif.

— Quand tout ça sera enfin terminé, on aura un évènement autrement plus agréable à organiser, lance Severus en prenant les deux mains de sa future femme dans les siennes pour les porter ensuite contre ses lèvres.

— Mais ça ne t'empêchera pas d'encore avoir des envies de meurtre, tu verras ! lâche-t-elle dans un gloussement conquis alors qu'il applique sa bouche contre ses doigts.

— Il y a des chances, oui… devoir lister les invités, essayer des costumes, réserver une salle, choisir le traiteur... tout ça va me rendre plus surement meurtrier qu'une exécution.

— Il faudra que tu te retiennes de faire des victimes : Azkaban ne fait pas un très bon décor pour un mariage… Fais attention à toi, parce que je pense autant des cimetières même si je t'aime tellement que je pourrais épouser ta tombe. Puisqu'il ne me serait plus possible de t'y rejoindre, dit-elle en posant une main sur son ventre à la fin de sa phrase.

Alors que la jeune femme se presse contre son futur mari, elle est prise d'une de ces contractions d'entrainement qui tombent toujours au mauvais moment. C'est-à-dire quand elle ne peut pas souffrir à l'abri du regard du papa qui s'attend chaque fois à ce que le bébé surgisse malgré les innombrables explications de Pomfresh à ce sujet. L'instant est d'autant plus mal choisi qu'elle craint qu'il revienne sur son acceptation du sort s'il s'aperçoit de ce qui lui arrive.

Seulement, la douleur étant trop forte pour qu'elle puisse faire comme si de rien n'était, elle lui agrippe aussi fortement les épaules dans un réflexe irrépressible. Et refuse de se détacher de lui tant que la crise qu'elle garde secrète n'est pas passée.

— Tu me fais presque mal… finit-il par l'avertir dans un souffle. Tu veux bien me lâcher ?

— Je suis désolée, obtempère-t-elle finalement, sa souffrance commençant à s'estomper.

— Tu viens d'avoir une contraction, c'est ça ?

— Mais non, qu'est-ce que tu vas chercher là ?! Bon, peut-être une toute petite…

— « Une toute petite » ? « Une toute petite » ? Tu m'as quasiment broyé les épaules, femme !

— S'il-te-plait, fais-le quand même…

Quoique manifestement à contrecœur, il lui fait comprendre d'un signe de tête qu'il veut qu'elle se rende avec lui dans leur chambre et elle devine qu'il l'y lui lancera. Avant de s'exécuter, elle attend qu'Annabelle se sépare de Drago pour le prendre à son tour dans ses bras tandis que Severus en profite pour en faire autant avec Louis.

— Sois très prudent, toi aussi. Je ne pourrais pas trouver un autre blondinet imbu de sa petite personne peroxydée des cheveux jusqu'aux neurones pour te remplacer.

— Merci d'enfin reconnaître que je suis irremplaçable, c'est pas trop tôt !

Une fois Hermione allongée sur leur lit et Pomfresh assise près d'elle dans un fauteuil, Severus lance effectivement le sort du videre duo. Il en formule la première partie en pointant sa baguette vers ses yeux, un œil après l'autre. Puis poursuit par la seconde partie en répétant la même manœuvre, mais sur la jeune femme.

— Oh... J'ai l'impression de voir à travers les yeux de mon reflet dans le miroir… se fait-elle remarquer à elle-même.

— Maintenant, je dois vraiment y aller, mon cœur. Pompom, je vous la confie !

Il traverse la chambre avant de rebrousser chemin pour aller voler un baiser à Hermione qui hoquète alors de surprise de se voir être embrassée par elle-même.

— Je rentre vite, affirme-t-il en quittant la pièce.