54.

La vision d'Hermione est plutôt inconfortable. Puisqu'elle voit à travers les yeux de Severus qui est en mouvement alors qu'elle est immobile, c'est un peu comme si ce nouveau regard devenu temporairement le sien était celui d'une caméra embarquée. Entre vertiges et nausées, elle met un certain temps à s'adapter mais finit par y parvenir.

Devant elle se tient désormais Drago, sous son apparence de garde ministériel. Bien que ses lèvres remuent, les mots qu'il prononce ne sont pas audibles à son oreille. C'est ainsi qu'elle se rend compte qu'elle a oublié de demander à son homme de lancer le sort de partage auditif en plus du visuel. Un juron d'auto-reproche lui échappe aussitôt.

Tandis que Severus entre dans le ministère et y jette un coup d'œil circulaire, elle peut voir tous les sorciers en uniforme qui l'entourent. Elle devine aisément toutes les horreurs perpétrées dans l'ombre de leurs traits tirés en un même masque de neutralité. Comme il traverse le hall et que la vitesse de formation des images augmente légèrement, elle s'aperçoit que celle-ci lui indique à quelle cadence marche son homme : son pas est devenu un peu plus pressé.

Dans les couloirs, il s'arrête à plusieurs reprises le temps de disposer un portoloin soigneusement choisi pour s'intégrer dans le décor de sorte à ce qu'il n'attire pas l'attention. Chaque fois, un focus sur sa main en train de tirer l'objet de sa sacoche est suivi d'une vue d'ensemble des employés. Elle comprend rapidement qu'il le met en place à tâtons, surement l'air de rien, en surveillant les allées et venues autour de lui pour agir sans que personne ne le repère.

Quand deux hommes l'interpellent d'un signe en s'avançant vers lui, elle réprime un petit cri d'inquiétude. D'autant qu'ils entament visiblement une conversation à laquelle elle ne peut qu'espérer qu'il réussisse à couper court sans éveiller les soupçons. L'approche de Drago le lui permet puisqu'il s'écarte d'eux dans un hochement de tête pour le rejoindre et marcher avec lui. Elle sourit alors que le blond, venu se placer devant son parrain, fait un clin d'œil dont elle saisit immédiatement qu'il lui est destiné.

— Tout va bien ? se soucie Pomfresh en venant contrôler son état général.

— Pour l'instant, oui, répond-elle d'une voix qui se veut optimiste.

La montre de Severus apparaît sous ses yeux et elle guette donc avec lui l'instant où ses aiguilles indiqueront l'heure à laquelle il est convenu que les frontistes utilisent les jumeaux des portoloins déposés sur place pour s'y rendre. Ce n'est bientôt plus que quelques secondes qui les séparent de l'assaut. Quelques secondes, qui maintenant sont passées. Lorsque le regard de son homme se relève, elle retient son souffle : ça y est.