57.
Puis c'est le noir. Un long et interminable noir. Silencieux, aussi. Même s'il explique à Hermione que Severus vient de perdre connaissance. Elle voudrait croire que ce n'est pas le cas et que Pomfresh a seulement interrompu le sort. Mais elle ne le peut, sachant que sa vue normale serait alors revenue.
Lorsqu'une suite d'images floues et imprécises s'impose tout à coup à son regard, elle fond en larmes, comprenant à leur nature que son homme est en train de voir les moments forts de sa vie défiler sous ses yeux et ce que cela laisse supposer. Elle s'aperçoit elle-même, levant la main en s'agitant sur sa chaise pour répondre à la question de son professeur de potions en première année - reconnaît l'enseigne du restaurant de leur premier rendez-vous - discerne leurs corps se rencontrant intimement pour la première fois dans l'obscurité de sa chambre - le découvre formulant ses adieux à Lily devant sa tombe puis l'observant pendant que les Martin venus la chercher la font monter dans la camionnette - se revoit lui dévoiler le secret de sa grossesse…
Ses pleurs redoublent à la constatation que toutes ses pensées sont tournées vers elle et ses doigts écartés empoignent son drap, qu'elle serre de toutes ses forces en tortillant son corps agité à la fois par les contractions et les sanglots.
— Ça suffit maintenant, j'interromps le sort.
— Non, attendez ! Attendez ! Je… je vois… Drago ! Je vois Drago !
Quoique visiblement amoché, il semble aller bien et brandit un papier sous les yeux faiblement ouverts de son parrain. Malgré que la vision d'Hermione soit aussi brouillée que la sienne, elle peut y distinguer les mots : « tu peux dire à mon filleul que je vous ramène son papa au plus vite, ma belle ». Après quoi elle retrouve brutalement sa perception visuelle propre.
— Je suis désolée d'avoir du faire ça mais vous venez de perdre les eaux, ma petite. On ne pouvait pas attendre plus longtemps.
— Je ne vais pas accoucher avant que Severus revienne, hein ? Parce qu'il va bientôt revenir, vous savez… mais je ne sais pas quand. Et je veux qu'il soit là.
— Comme c'est votre premier accouchement, la phase active du travail va prendre plusieurs heures. Donc il a largement le temps de rentrer avant que votre bébé n'arrive…
Effectivement, la porte de sa chambre s'ouvre bientôt sur le concerné mal au point mais vivant, soutenu par son filleul qui le maintient d'un bras autour de sa taille et dont il entoure les épaules du sien pour s'appuyer.
Alors que les deux hommes encore haletants s'approchent d'Hermione qui soupire de soulagement, l'infirmière s'interpose pour leur faire obstacle. Après les avoir examiné grâce à quelques gestes habilement exécutés, elle rend son implacable verdict.
— Toi, tu peux rester là, donne-t-elle sa permission à Drago. Par contre, vous… ajoute-t-elle en appuyant sur le torse de Severus un index accusateur. Vous allez tout de suite vous rendre dans la salle de bain avec moi pour que je vous y soigne. Essayez seulement de protester et je vous lance un imperium.
— Ecoute la, parrain. Elle a raison.
— C'est facile à dire pour toi, elle t'a donné l'autorisation de rester. Une minute ! Depuis quand j'ai besoin de l'autorisation de qui que ce soit pour faire ce que je veux ?! Ecartez-vous de mon passage, Pompom ! Je veux être auprès de ma future femme.
— C'est probablement le jour le plus important de votre vie à tous les deux, un de ceux que vous n'oublierez jamais. Vous voulez vraiment qu'elle imprime dans ses souvenirs cette image de vous ?
— Je voudrais surtout que tu sois en forme pour vivre pleinement l'arrivée du bébé avec moi, intervient calmement Hermione auprès de laquelle vient s'asseoir Drago. Alors fais ce qu'elle te dit, s'il-te-plait.
— Je tiens à ce que tout le monde ici prenne bien note que je décide de moi-même d'accéder à la demande de madame-la-fétichiste-des-patients parce que tu le souhaites et qu'il n'y a pas la plus petite notion d'obéissance à un de ces ordres dans cet acte !
