59.

— DRAGO ! MONTEZ TOUT DE SUITE ! s'écrie l'infirmière plusieurs heures plus tard.

Ayant accouru dans la chambre, il lui suffit d'un regard au drap tâché de sang pour se faire une idée de la gravité de la situation. Horrifié à cette vue, il se secoue afin de se reprendre puis se précipite jusqu'à Severus alors agenouillé contre le bord du lit et fermement accroché au buste d'Hermione.

— Parrain... tu compliques la tâche de Pompom là… lâche-t-il calmement en lui posant sur l'épaule une main qu'il retire brusquement devant le regard qu'il lui adresse aussitôt.

Entre deux moments d'inconscience, la jeune femme distingue le mouvement de recul partagé par Drago et Pomfresh. Elle rassemble ce qu'il lui reste de force pour plonger une main fatiguée dans les cheveux de son homme, celui-ci ayant placé son front contre sa poitrine. Un hoquet de stupeur lui échappe lorsqu'il tourne la tête vers elle pour la regarder et qu'elle en vient à la même conclusion qu'elle suppose avoir été celle des deux autres : le Severus Tobias Rogue qui leur est familier n'est plus, un inconnu l'a remplacé.

Exit l'impassibilité, l'assurance et la retenue, cet homme là est terrifié et terrifiant. Pleurant silencieusement d'impuissance de le voir s'enfoncer dans les profondeurs de sa détresse sans rien pouvoir faire pour le remonter à la surface, elle pourrait le croire déjà noyé si elle ne percevait pas encore sa respiration irrégulière.

— Je n'arriverai pas à le détacher d'elle, annonce Drago après une série de tentatives toutes infructueuses, son parrain trouvant toujours un moyen de se ré-agripper au corps de la jeune femme même malgré les plaintes gémissantes de celle-ci.

— Tant pis, lance Pomfresh. J'ai besoin d'aide et il n'est pas en état de le me l'apporter…

— Euh… je devrais peut-être plutôt appeler Anna, non ?

— On n'a plus de temps à perdre, chaque seconde compte, maintenant. Venez là !

Effectivement, la douleur qu'éprouve Hermione est si intolérable qu'elle multiplie les syncopes entre chacune desquelles son inquiétude pour le bébé lui fait tourner la tête. Quand elle entend la voix désincarnée de Severus ordonner : « si vous devez choisir entre les deux, sauvez-la elle», un mot de protestation force la barrière de sa bouche dans un cri déchirant.

— On n'en est pas encore là ! affirme sèchement l'infirmière entre deux indications données à Drago, qui s'active avec elle de l'autre côté du champ opératoire.

Quelque part au milieu de la douleur, la jeune femme se fait la remarque qu'ainsi positionné la tête sur ses seins avec son air abattu, ses cheveux en bataille et ses yeux larmoyants, son homme ressemble à un chien pleurant sur la tombe de son maître.

— Je t'aime, lâche-t-elle dans un souffle en lui caressant la joue. Sois fort, mon amour.

S'alourdissant, sa main se met à glisser toute seule sur son visage. Elle sent alors vaguement qu'il la rattrape d'un geste vif pour la remettre en place puis l'y maintenir. Après quoi, elle ne ressent plus rien du tout.