18 Juin 1996
Se tenant droite dans le bureau de Dumbledore, Sylvia luttait pour ne pas s'effondrer, elle voulait conserver sa rage, sa colère pour ne pas craquer sous le chagrin qui l'envahissait à la pensée de ne jamais revoir Sirius. De l'avoir perdu parce qu'elle était tombée dans un piège, un piège qui lui avait été tendu à cause d'une prophétie.
Sylvia Potter s'était demandée souvent pourquoi Voldemort était aussi déterminé à la tuer. Elle avait pensé qu'il s'agissait d'une question de principe, étant donné que le monde magique était convaincu qu'elle était responsable de sa défaite en 81, alors qu'elle n'avait été qu'une enfant et que ses parents avaient été de puissants sorciers d'après ce qu'on lui avait dit d'eux. Mais bon la logique et le bon sens n'étaient pas les points forts des sorciers et sorcières qu'elle avait rencontré jusque là.
Elle avait pensé qu'elle était une victime collatérale, qu'il avait voulu éliminer les Potter une bonne fois pour toute, un couple qui s'était opposé à lui à plusieurs reprises et qui avait refusé de le servir. Elle avait commencé à douter de sa théorie après avoir entendu ce qui s'était passé ce soir là à cause des détraqueurs. Pourquoi sa mère avait supplié Voldemort pour qu'il épargne Sylvia quitte à la tuer, elle, à la place ? Pourquoi avait-il voulu tuer un bébé plutôt qu'une sorcière qui l'avait défié et qui était selon sa rhétorique, de sang impur ?
Avait-elle été la cible ?
Elle se l'était demandée à l'époque, dans la nuit noire elle y avait réfléchi souvent mais elle n'avait jamais osé poser la question. Mais maintenant elle savait, elle savait pourquoi Voldemort en avait après elle, tout comme elle avait un début d'explication pour les actions de Dumbledore la concernant. Elle n'était pas stupide, elle avait eu besoin de temps et de recul pour commencer à se poser les bonnes questions mais elle avait fini par le faire. Pourquoi au juste avait-il chercher à piéger Voldemort et l'avait plus ou moins poussé dans une confrontation avec le mage noir alors qu'elle n'était qu'en première année ?
Il avait envoyé Hagrid la chercher chez les Dursley, lui demandant aussi de récupérer la pierre Philosophale devant elle, c'était obligatoire qu'elle serait curieuse. Proclamer haut et fort un couloir interdit et dangereux était stupide, ça ne faisait qu'encourager la curiosité des autres élèves. Le Miroir qui avait été dans une salle de classe abandonnée à Noël où il l'avait averti qu'elle le reverrait surement mais qu'elle serait mieux préparée...
Il y a cinq ans, donc, reprit Dumbledore comme s'il ne s'était pas interrompu, tu es arrivé à Poudlard, sans doute pas aussi heureuse, ni aussi bien nourrie que je l'aurais souhaité mais vivante et en assez bonne santé. Tu n'étais pas une petite princesse gâtée mais tu me semblais dans un état aussi satisfaisant que possible, compte tenu des circonstances. Jusque-là, mon plan avait bien marché.
Ensuite… Tu te souviens aussi bien que moi de ce qui s'est passé au cours de ta première année à Poudlard. Tu as magnifiquement relevé le défi qui t'était lancé et plus tôt – beaucoup plus tôt – que je ne l'avais prévu, tu t'es retrouvé face à Voldemort. À nouveau, tu as survécu. Mieux encore, tu l'as une fois de plus empêché de regagner son pouvoir et sa force. Tu t'es battu comme l'aurait fait une femme accomplie. J'étais… plus fier de toi que je ne saurais le dire.
Il était fier qu'elle avait failli se faire tuer par Voldemort alors qu'elle n'avait que onze ans. Fier qu'elle avait été en danger et que par chance elle ait réussi à s'en remettre. Fier qu'elle avait tué Quirell, même si elle n'avait pas voulu le faire... Mais après tout pourquoi ne l'encouragerait-il pas à tuer un homme vu qu'il avait chercher à ce qu'elle soit le parfait récipient de cette prophétie.
Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche… il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois… et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore… et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit… Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois…
L'un devra mourir de la main de l'autre.
Elle devait tuer Voldemort ou être tué par lui.
L'Ordre du Phénix avait passé l'année à perdre du temps pour protéger cette prophétie au lieu de faire quelque chose d'utile, et elle était tombée dans un piège parce qu'elle ignorait tout de la prophétie de son importance ou de quoique ce soit d'autre. Les mangemorts avaient été surpris qu'elle ne sache rien...
Sentant sa magie qui s'agitait à nouveau, Sylvia s'efforça de la contrôler une fois de plus, si détruire d'avantage le bureau de Dumbledore serait extrêmement satisfaisant, surtout si elle parvenait à lui faire mal au passage... Elle n'avait jamais aimer perdre le contrôle et assez en tune avec ses émotions, elle savait qu'elle était à deux doigts de s'effondrer en larme et elle refusait de le faire devant lui.
Il l'avait placé chez les Dursley, avait su qu'elle n'était pas aimée ou nourrie, mais il restait satisfait. Il était fier qu'elle ait failli mourir au moins une fois chaque année dans cette école... Il parlait de triomphe quand elle avait failli mourir à cause du basilic, quand ça l'avait hanté pendant des mois après... Qu'est-ce qu'elle en avait à faire de sa fierté ? Repensant à ce qu'il avait dit d'autre, elle dut faire encore plus d'effort pour ne pas exploser.
Je te ménageais trop, dit simplement Dumbledore. Je me souciais davantage de ton bonheur que de t'apprendre la vérité, davantage de ta tranquillité d'esprit que de mon plan, davantage de ta vie que des autres vies qui seraient peut-être perdues si ce plan échouait.
Il l'avait ménagé ? La simple pensée était risible. S'il l'avait ménagé elle n'aurait pas du affronter Quirell en première année, ou le basilic dans sa seconde. S'il la ménageait il aurait protégé Sirius en troisième année, sans lui demander d'affronter les détraqueurs. Il l'aurait retiré de ce maudit Tournoi comme il en avait eu le droit. Il l'aurait protégé d'Ombrage cette année. Mais il disait qu'il la ménageait, elle n'osait penser à ce que ça aurait été s'il l'avait fait alors.
"Je sens que je te dois une autre explication, Sylvia, reprit Dumbledore d'un ton hésitant. Tu te demandes peut-être pourquoi je ne t'ai pas choisi comme préfet ? Je dois te l'avouer… J'ai pensé…que tu avais suffisamment de responsabilités comme cela."
Sylvia observa l'homme en face d'elle en silence, ne ressentant rien d'autre que de la rage même après avoir vu la larme qui avait coulé sur sa joue jusque dans sa barbe. Il n'y avait nulle pitié, ni compassion pour lui en elle à l'heure actuelle. Une justification idiote pour un rôle dont elle n'avait pas voulu.
"Allez vous faire voir." elle dit sèchement mais très sincèrement, se retenant pour ne pas utiliser un langage plus grossier encore.
Elle quitta le bureau sans un regard en arrière, cette fois la porte s'était ouverte pour elle heureusement, elle marcha avec l'intention de mettre le plus de distance possible entre elle et Dumbledore, sans vraiment faire attention d'où elle se rendait. Elle s'arrêta net en voyant un mur devant elle et remarqua qu'elle était devant la salle sur demande, quoique la porte n'avait pas encore apparu. Elle hésita un instant, elle avait mal partout et elle savait qu'elle devait se rendre à l'infirmerie, même si Mme Pomfresh ne pouvait rien pour l'horrible mal de crâne qu'elle avait depuis que Voldemort l'avait possédé, ou essayé, elle pourrait surement faire quelque chose pour les autres blessures qu'elle avait présentement. Cadeau des mangemorts et de Voldemort.
Cependant Sylvia avait l'habitude d'avoir mal quelque part, en grandissant avec les Dursley c'était devenu obligatoire, et même vital pour elle, d'être capable de faire ses corvées même quand elle était couverte de bleus ou le dos en sang dû aux coups de ceinture de Vernon, ou les coups de Dudley et son gang... Elle avait appris à ignorer la douleur physique et si elle savait que c'était une mauvaise habitude, pour le moment elle s'en moquait.
Elle avait besoin d'être seule, d'exploser sans craindre les regards des autres ou les conséquences de laisser libre sa magie.
Même si elle pouvait avoir un tempérament plutôt ... explosif, elle avait toujours fait de son mieux pour le contrôler. Elle détestait la vulnérabilité qu'elle ressentait à chaque perte de contrôle, ou la sensation d'être similaire de près ou de loin à Vernon avec ses régulières crises de rage. Elle respira plusieurs fois afin de se calmer, au moins un peu, avant d'entrer dans la Salle sur Demande, une salle qui était cette fois entièrement vide, pour le plus grand soulagement de Sylvia.
Elle avait certes apprécié détruire les objets de Dumbledore mais elle ne voulait pas faire plus de dégât et là il n'y avait plus aucune raison de se retenir. La porte était close, elle était seule et sa magie était toujours à la surface de même que sa rage et son chagrin. Sylvia ferma les yeux et se laissa totalement aller, hurlant sous les émotions contradictoire, laissant sortir tout ce qu'elle avait ressenti depuis qu'elle avait été la témoin impuissante de la chute de Sirius après qu'il ait eu la stupidité de sous-estimer Bellatrix Lestrange.
Sirius était mort.
Son parrain, le dernier réel lien qu'elle avait avec ses parents, l'adulte qui avait essayé d'être là pour elle était mort.
Elle savait bien sûr que Remus Lupin vivait encore, qu'il avait connu ses parents et que contrairement à Sirius, son esprit était plus ... stable, mais elle s'en moquait. Lupin n'avait jamais été là pour elle en dehors de l'année qu'il avait passé comme son professeur. Ensuite il avait disparu, ne répondant à aucune de ses lettres jusqu'à l'été passé quand il était venu la chercher avec d'autre membres de l'Ordre chez les Dursley. Il avait agi comme si tout était normal, comme si elle le connaissait bien alors qu'il était un étranger et que parfois elle le détestait pour son absence.
Sirius avait une excuse, il avait été envoyé à Azkaban sans procès, mais Lupin, pourquoi n'avait-il pas été là ?
Lupin qui l'avait empêché d'aller après Sirius.
Sirius ...
Réagissant à son immense chagrin, sa magie s'agita autour d'elle, provoquant de la destruction face aux murs de la Salle sur Demande mais Sylvia y fit à peine attention, elle s'en moquait. Elle pleurait et hurlait de rage en même temps, concentrée uniquement sur ses émotions. Elle s'était isolée du reste du monde pour pouvoir le faire et elle ne comptait pas s'arrêter de sitôt.
Il y avait Sirius, il y avait les foutaises dîtes par Dumbledore, cette maudite prophétie qui expliquait surement la mort de ses parents.
C'était trop pour la jeune femme aux cheveux noirs, beaucoup trop après l'année qu'elle venait de passer à cause de Voldemort, d'Ombrage des crétins d'élèves. Elle n'en pouvait plus.
Elle avait pensé qu'elle ne pourrait jamais se sentir aussi mal qu'après la mort de Cédric mais elle avait eu tort, là maintenant elle était bien pire que l'année passée après avoir assisté sans pouvoir rien faire à la mort de Cédric.
Sylvia se laissa tomber à genou sur le sol, le chagrin passant pour le moment sur le dessus du trop plein d'émotion qu'elle ressentait à la pensée de ne plus jamais voir Sirius. De ne plus entendre son rire.
Il n'était ... il n'avait pas été parfait elle le savait, ça avait été difficile à manquer même sans les insinuations d'Hermione et de Mme Weasley, mais il avait essayé d'être là pour elle. Au milieu de ses problèmes dû aux détraqueurs et à sa maison de famille, il avait quand même fait des efforts pour être là pour elle. Tout comme il avait mangé des rats pour être près d'elle lors de ce maudit Tournoi.
Elle avait été furieuse après lui pour son stupide commentaire sur le fait qu'elle n'était pas comme son père, parce qu'elle avait découvert quel genre d'adolescent son père et ses amis avaient été. Et ce que ça faisait mal d'admettre que Rogue avait eu raison sur ce point, il restait en tort pour tout le reste et elle le haïssait toujours mais c'était clair que son père avait été cruel envers Rogue.
Elle avait été furieuse après Sirius mais elle avait quand même voulu lui parler, essayer de comprendre, de créer une famille. La famille dont elle avait toujours rêvé même si elle devait être atypique, ou plutôt surtout si elle devait être atypique. Après les Dursley le terme normal l'horripilait plus qu'un peu.
Pourquoi avait-il été stupide lors de son duel contre Bellatrix ?
Pourquoi l'avait-il laissé lui aussi ?
Il y avait de nombreuses opinions concernant la magie et le côté conscient de cette dernière, des opinions très diverses parfois ou communes, ça dépendait. Dans tous les cas les spécialistes avaient tendance à dire qu'il ne fallait jamais sous-estimer la magie, et particulièrement les objets magiques.
La Salle sur Demande était une création absolument formidable, une pièce enchantée par Helga Poufsouffle et Rowena Serdaigle, deux sorcières extrêmement capables et puissantes. Au point que l'enchantement était toujours actif et toujours aussi puissant. Sylvia voulant faire son deuil en paix c'était réfugiée dans une des salles les plus magiques de Poudlard, le tout alors qu'elle était recouverte de divers résidus dû à sa bataille dans le Département des Mystères.
Un Département de recherche avec un potentiel extrêmement vaste et des sujets tout aussi variés, l'un des plus connus en dehors des murs du département étant la magie des retourneurs de temps. Et Sylvia avait de la poussière contenue normalement dans les sabliers des retourneurs de temps sur elle, dû à son combat contre Dolohov où Hermione avait été gravement blessée.
Le mélange entre sa puissante magie, la poussière des retourneurs de temps et la magie de la Salle sur Demande, tout cela faisait un cocktail puissant et inimaginable. Un auquel Sylvia n'avait absolument pas pensé, ou envisagé d'ailleurs, pas avant qu'un tourbillon n'apparaisse sous elle. Elle essaya de se relever, de s'éloigner du tourbillon mais en vain, elle ne pouvait pas lutter.
Sylvia cria, de panique, pour appeler à l'aide, de surprise, même elle ne le savait pas vraiment, néanmoins c'était inutile. Elle était prise dans un tourbillon de magie.
Lorsque la sensation de chute disparut, elle se redressa d'un bond et regarda interdite le lieu où elle se trouvait. C'était la chambre qu'elle occupait chez les Dursley, Hedwige était installée sur le rebord du lit et la regardait avec inquiétude, hululant doucement pour ne pas attirer l'attention vu que ça semblait être au milieu de la nuit.
Sylvia déglutit avec peine, ne parvenant pas à croire ce qu'elle voyait, où elle se trouvait. Comment était-elle passée de la Salle sur Demande à la maison des Dursley ? Et qu'est-ce qu'était ce tourbillon ? Était-elle en train de rêver ? Incertaine, elle se pinça le bras et retint une exclamation de douleur vu que ça semblait bien réel, au moins au niveau de la sensation.
Voyant un journal posé sur le petit bureau de la chambre, elle se leva pour l'observer de plus près et devint encore plus choquée en voyant la date.
6 Juillet 1995.
