Auteur : Nakano Hana

Traduction : Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela

Note pour les lecteurs de Cœurs Déjà Pris: Un nouveau poll sur mon profil n'attend que vos avis ^^

Plus Loin Que Dans Mes Rêves


Chapitre 5 : La séparation

Vexen : « Je ne vois pas ce qu'il y a d'autre.» ! Il dit : « Est-ce que la beauté est tout ce qui t'importe ? », et vous répondez, « Je ne vois pas ce qu'il y a d'autre. » !

Axel : C'était stupide, c'est sûr !

Vexen : Vous devriez intituler votre biographie : « Comment offenser un fiancé, en neuf syllabes minimum. »


- Nous avons essayé, Ella. On ne pourra pas dire que nous n'avons pas essayé.

Voilà ce que dit le roi Lucas, sur un ton de reproche, tandis que son fils montait dans la calèche derrière lui. Roxas ne dit rien et garda le regard baissé de manière à ne regarder personne. Il savait à quel point son père aurait voulu que cela fonctionne, mais pour l'instant, il voulait juste rentrer à la maison…

La reine Ella se tenait non loin, pleurant avec emphase et secouant un peu Axel qui était lui aussi venu assister au départ.

- M-Maman ! Lâche-moi, veux-tu ? Ce n'est pas terminé, d'accord? Nous avons tous les deux besoin d'un peu de temps, c'est tout ! Grommela le prince et se dégageant de l'étreinte de sa mère.

- De temps… oui… juste un peu de temps…

Dans d'autres circonstances, Axel aurait levé les yeux au ciel devant le comportement ridicule de la reine, mais il se sentit horriblement coupable lorsque le garçon qu'il aimait tant disparut à l'intérieur du fiacre. Même s'il pouvait encore le voir par la fenêtre, Roxas semblait déjà si loin… Le roi Lucas s'installa à son tour et leur dit adieu, avant de se tourner vers son fils, occupé à broyer du noir.

- Dis au revoir, Roxas.

Le garçon cessa de fixer ses genoux, et croisa le regard d'Axel – à peine.

- Au revoir... Prince Axel.

Le jeune homme se crispa en l'entendant utiliser un ton si formel. Il ne voulait pas de ça, ça lui donnait encore plus l'impression d'avoir tout gâché…

Une part de lui voulait rester fier et droit. Ce petit problème auquel ils devaient faire face… ce n'était pas sa faute, après tout ! Il avait fait tout ce qu'il avait pu, et apparemment, songea-t-il amèrement, ce n'était pas suffisant pour Roxas. Mais la culpabilité l'emportait sur l'orgueil, et il avait désespérément envie d'appeler Roxas, de le supplier de rester.

Mais non. Il était prince, et il refusait de ramper, peu importait la raison ! De plus, ce n'était pas comme s'il avait soudain trouvé quoi dire pour le faire changer d'avis.

- Au revoir… Roxas.

Il plongea une dernière fois le regard dans ses yeux bleus et humides avant que l'attelage se mette en mouvement le véhicule cahota un peu en remontant le chemin qui, plus loin, s'enfonçait dans la forêt. Axel et sa mère les regardèrent partir tristement, et le prince laissa échapper un soupir lorsque son ancien promis disparut entre les arbres.

- Oh, Axel ! Comment as-tu pu ? Nous y étions presque !

Elle se jeta sur un serviteur, l'empoignant et le secouant violemment pour tenter d'extérioriser sa colère.

- NOUS Y ETONS PRESQUE !

Axel se hâta de lui faire lâcher le pauvre homme qui tremblait et suffoquait, avant de la ramener à l'intérieur du château.

- Pourquoi ? ... Pourquoi ? ... Toutes ces années de préparatifs… GASPILLEES !

Elle continua à sangloter et à s'accrocher à son bras, ce qui ne l'aidait pas à se sentir mieux.

- S'il te plaît, maman. Rentrons. Je… Je n'ai pas envie d'en parler maintenant…

Il congédia les serviteurs et la raccompagna, ne s'arrêtant qu'un bref instant pour regarder la vieille fontaine du parc.

Roxas…

Il soupira encore, se demandant s'il aurait un jour une chance de revoir le blond.

Pourquoi les choses ne se déroulaient-elles jamais comme il le désirait ?

(\I/)

La nuit tombait; Axel, Demyx et Vexen s'étaient réunions dans la cabane sur l'arbre. C'était comme au bon vieux temps : les garçons jouaient aux échecs pendant que le vieux conseiller leur faisait réciter leurs leçons. Mais ils étaient devenus des hommes, et Axel aurait voulu pouvoir se tourner vers son meilleur ami pour qu'il le conseille. Il regardait par la fenêtre, distrait, égaré dans ses souvenirs.

- « Je ne vois pas ce qu'il y a d'autre » ? (1) Un bon argument, je dois l'admettre, mais… Axel, vous auriez au moins pu essayer de dire quelque chose ! Quel genre d'amoureux êtes-vous si vous ne savez même pas ce qui vous plaît chez lui ?

- Echec et mat, Axel !

Le petit blond rayonnait littéralement de joie.

Axel leva les yeux, ennuyé, tandis que Demyx riait en bruit de fond.

- Quoi ? C'est pas juste ! T'as triché !

- Non, Axel, c'est pas vrai. C'est juste toi qui es bête.

Axel et Demyx continuèrent de se chamailler pendant que Roxas, de l'autre côté de la table, se moquait d'eux. Il souriait et riait, de ce rire doux et pétillant qui était le sien…

Axel soupira.

- Axel, est-ce que vous m'écoutez seulement ?

Il papillota, et découvrit le visage de Vexen, à quelques centimètres à peine du sien. Il fit un bond en arrière et le conseiller soupira, tirant distraitement sur une des ses longues mèches gris-blond.

- Vraiment, Axel ! Concentrez-vous un peu ! Vous devez bien voir autre chose chez Roxas que sa beauté !

Axel lui fit un regard noir et indigné et déplaça distraitement son fou, sans s'apercevoir que Demyx, de son côté, bougeait discrètement les pièces à son avantage.

- Bien sûr que je vois autre chose ! Il est sans aucun doute… absolument… très, très…

Il semblait s'égarer à mesure qu'il parlait.

- Bon sang…

Roxas était tant de choses; s'arrêter pour les compter et en dresser la liste semblait futile ! Demyx le rappela brusquement à la réalité en lui balançant un coup dans l'épaule.

- Tu devrais faire plus attention, Axel. Tu viens de perdre ton roi. Echec et mat, ajouta-t-il avec un petit sourire en renversant la pièce qui tomba sur l'échiquier avec un claquement.

Axel ricana, amer il ne prêtait guère attention à la partie en cours.

- C'est la deuxième fois, aujourd'hui…

Vexen soupira à nouveau et se gratta l'arrière du crâne, embêté.

- Axel, pourquoi ne pouviez-vous pas simplement dire ce que vous ressentez ? C'est tout ce que Roxas demandait, après tout, et l'un comme l'autre, vous vous devez d'être complètement honnêtes avec vous-mêmes.

Le prince grogna avant de claquer sa tête sur la table, et l'y laissa.

- Je ne sais pas comment lui dire ça, c'est tout ! Il me faisait ce regard, comme s'il attendait désespérément ma réponse, et j'ai paniqué, voilà ! Je n'y comprends rien… Il ne m'avait jamais rendu aussi nerveux !

Vexen se mit à faire les cent pas et Demyx sourit tristement en remettant les pièces en place sur l'échiquier. Il n'était pas dans ses habitudes d'être abattu, mais les évènements de la journées semblaient avoir laissé tout le monde déprimé et frustré. Roxas n'avait pas tort, ils le savaient tous, mais ce n'était pas un secret que tout le royaume attendait avec impatience le mariage royal.

- Tu l'aimes vraiment, pas vrai ?

Axel acquiesça lentement et se cala la tête entre ses bras croisés, soupirant.

- Il t'aime aussi, tu sais…

Le prince releva la tête, le menton appuyé sur la table, et se gratta l'arrière du crâne en jetant à son ami un regard dubitatif.

- Et comment tu le sais ?

Demyx lui sourit chaleureusement. Distraitement, il faisait rouler un cavalier entre son pouce et son index.

- Roxas n'est peut-être pas très sûr de lui pour l'instant, mais tu as vu le regard qu'il t'a lancé quand tu n'as pas su lui répondre ?

Le rouquin tressaillit un peu son ami interpréta ça comme un oui et poursuivit.

- Il s'inquiète vraiment de l'opinion que tu as de lui. Il s'en est toujours soucié, même à l'époque où tu te conduisais comme, tu sais, un connard.

Demyx rit nerveusement au regard noir dont le prince le gratifia et tâcha de faire comme si de rien n'était.

- C'est clair que vous avez des choses à régler, tous les deux, mais je pense que ça s'arrangera. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, et toutes ces conneries sentimentales…

Axel secoua la tête, découragé.

- mais comment ? Comment puis-je lui faire comprendre à quel point il compte pour moi ?

Vexen resta pensif un instant.

- Hé bien, pourquoi ne cherchez-vous pas un moyen de le lui prouver ? Il doit bien exister quelque chose qui lui montrerait que vos intentions sont honorables et que vous êtes sincère.

- Je ferais n'importe quoi pour lui, si je savais que ça le rendrait heureux.

Axel regarda par la fenêtre des nuages noirs, annonciateurs de tempête, s'amoncelaient et assombrissaient encore davantage le paysage pendant que la pluie battait le bois du mur. Il soupira, interrogeant le ciel.

- Que puis-je faire, Roxas ?

(\l/)

Toujours sur la route, Roxas regardait distraitement par la fenêtre de la calèche il se sentait aussi triste et seul et perdu qu'Axel. Les volets étaient fermés à cause de l'orage qui approchait mais le garçon les fixait quand même avec obstination, concentré sur la mince ouverture, là où les volets se touchaient presque. Tout valait mieux que faire face au regard gêné que son père lui lançait.

- Roxas, s'il te plaît, l'implora le roi Lucas. Pourrais-tu juste me parler ?

Le garçon soupira sans se retourner.

- Il n'y a rien à dire.

Une minute s'écoula, puis, d'une main douce mais ferme, le vieux roi le força à se tourner.

- Roxas, je ne comprends pas. Que voulais-tu qu'Axel te dise ? Qu'attends-tu de lui ? Pourquoi t'entêtes-tu à ce point ? Et es-tu bien sûr de vouloir en faire un tel cas, au point de risquer de détruire le lien qui existe entre vous deux ? Je sais que tu as des sentiments pour lui.

Le blond soupira à nouveau et hocha la tête avec réticence. Il ramena ses genoux contre son torse et les étreignit étroitement, fixant son regard sur le sol de bois.

- Je le pense. Mais qu'importe ce que je ressens ? Je ne peux pas épouser quelqu'un qui ne m'aime que pour quelque chose comme ça…

Comme Lucas lui lançait un regard perplexe, Roxas poursuivit :

- La beauté, ça ne dure qu'un temps, père. Aucune relation ne devrait se fonder là-dessus… Je voudrais juste qu'Axel m'aime pour ce que je suis. Et si c'était le cas, pourquoi m'aurait-il embarrassé de la sorte en choisissant de ne pas me répondre? Je ne l'ai jamais rendu nerveux…

Lucas secoua la tête en souriant tristement.

- Ce n'est pas forcément aussi simple, Roxas. Le cœur fait parfois faire de drôles de choses aux gens quand ils sont amoureux. Sa nervosité ne signifiait pas nécessairement qu'il te mentait. En fait, il se pourrait bien que ce soit tout le contraire…

Le jeune prince resta pensif un instant et son père sourit, lui ébouriffant les cheveux.

- Tu es un garçon intelligent, Roxas, et je suis content que tu réfléchisses sérieusement à ton avenir. Mais je suis presque absolument certain qu'Axel t'aime, et que n'importe qui à qui tu pourrais poser la question te répondrait la même chose. J'aimerais tant que tu puisses le voir-

La calèche s'arrêta brusquement, projetant vers l'avant les passagers surpris. Roxas aida son père à se relever et regarda frénétiquement autour de lui.

- Que Diable était-ce ?

Le regard du roi était grave.

- Je l'ignore. Mais quoi qu'il en soit, je veux que tu restes à l'intérieur.

- Mais père -

- Promets-le-moi, Roxas !

Les yeux de Roxas trahissaient sa frayeur, mais après un instant d'hésitation, il hocha la tête. Le ton du roi ne souffrait aucune discussion. Quelques coups brefs furent frappés sur la porte et le roi l'ouvrit, découvrit un garde planté là, dégoulinant d'eau de pluie

- Veuillez me pardonner cet arrêt si brusque, votre majesté, mais il y a un drôle de bonhomme encapuchonné qui nous barre la route.

- Comment ?

Le garde poursuivit.

- Il refuse de bouger, sire. Pas tant qu'il n'aura pas pu vous parler. Nous savons bien que c'est inadéquat, mais il ne veut pas s'écarter, nous avons tout essayé.

Roxas secoua la tête et lança à Lucas un regard désespéré.

- Père, ne sors pas, je t'en prie ! C'est trop dangereux ! Nous ignorons de quoi cet homme est capable !

Le regard du roi alla de son fils au garde et du garde à son fils tandis qu'il réfléchissait et examinait ses options. Finalement, il hocha la tête à l'intention du soldat et descendit de la carriole, non sans refermer la portière derrière lui. De l'autre côté lui parvenait faiblement le bruit des pleurs de Roxas qui l'implorait de revenir. Le cœur lourd, il ignora ses suppliques et verrouilla la porte avant de s'engager sur la route pour aller faire face à l'homme qui l'attendait.

- Il y a bien longtemps, Lucas…, renifla … ? la voix sous la capuche, mais la silhouette elle-même resta parfaitement immobile.

- Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous ? Montrez-vous !

Tous les gardes brandirent leurs armes et déclarèrent en chœur :

- Révélez votre identité, au nom du Roi !

L'homme se contenta de rire. Il se tenait bien droit, dans l'obscurité, en dépit de la pluie qui s'abattait sur lui.

- Oh, vraiment. Vous pensez que vous seriez de taille, face à moi ? Jamais le grand Zexion ne tomberait face à des créatures aussi pitoyables.

Les yeux du roi s'écarquillèrent.

- Vous !

- Oui, moi ! Vous m'avez tout pris, ce jour là ma magie, ma dignité, tout ce que j'avais ! Mais maintenant, j'ai retrouvé mes pouvoirs et je suis revenu pour tenir ma promesse ! Tout ce que tu possèdes, et tout ce que tu aimes… va être enfin à moi !

Lucas se raidit, ses yeux s'écarquillant encore davantage.

- Non… Vous ne pouvez pas…

Zexion rejeta son capuchon en riant.

- Oh, je peux ! Et je le ferai ! Ainsi, maintenant, tu sais ce que ça fait de perdre tout ce qui a jamais été précieux à tes yeux !

Il cria une courte incantation et soudain, une lumière rouge l'enveloppa son corps commença à se transformer. De longues griffes apparurent aux endroits où s'étaient naguère trouvés ses pieds et ses mains, ses membres si mirent à grandir et à s'allonger…

Les chevaux de l'attelage se mirent à hennir de peur et à ruer, frappant malencontreusement certains des soldats qui tentèrent de les calmer. Les autres tirèrent l'épée et chargèrent le sorcier mais ce dernier, sous sa forme monstrueuse, les balaya comme s'ils n'avaient été que des mouches. D'autres gardes essayèrent d'abattre la monstruosité griffue en tirant dessus, sans succès, et se virent aussi rapidement écrasés.

Le roi Lucas agrippa la bride d'un des chevaux et manqua de peu de se faire assommer au passage. Le fiacre lui-même avait été renversé dans le chaos et en regardant autour de lui, il découvrit ses hommes épars, gisant sur le sol froid et trempé.

- Roxas ! Est-ce que ça va ? Hurla-t-il par-dessus le bruit de la pluie battante, tout en tentant de calmer les chevaux.

La voix qui lui parvint de l'intérieur semblait étourdie.

- Oui… je vais bien… mais qu'est-ce qui se passe ?

Les bêtes paniquées agitaient la tête et roulaient des yeux, à demi-folles, tandis qu'elles regardaient le monstre s'approcher de plus en plus. Bientôt, Zexion se tint juste devant le vieil homme, le fixant de ses grands yeux d'un jaune rougeâtre. Il le saisit par le col de sa cape et le souleva comme s'il ne pesait rien du tout, malgré ses violents efforts pour se dégager. Les chevaux hennirent plus forts et Roxas se mit à frapper de toutes ses forces contre la portière.

- Pitié, père ! Laisse-moi sortir ! Je t'en prie !

Lucas continua de foudroyer du regard l' « homme » monstrueux qui le tenait, lui soufflant au visage son haleine brûlante et malsaine. Il devait faire face et rester digne, même si c'était sa mort qu'il regardait dans les yeux.

- Je t'avertis, haleta-t-il. Tues-moi si tu veux, venge-toi ! Mais laisse mon royaume en paix !

L'étrange créature lui « sourit » malicieusement, avant de se préparer pour un ultime coup…

- Je pense que tu as donné ton dernier ordre Lucas. Voici ce que tu auras récolté pour t'être mis en travers de ma route…

Un flot de sang éclaboussa tout avec un bruit écœurant, et un hurlement strident déchira la nuit.

- PÈRE !

(\l/)

- Hé, Axel ? Ce n'est pas un soldat de Kisyria?

Le rouquin regarda dans la direction indiquée par Demyx, et vit un homme qui émergeait des arbres et avançait lentement vers le château. Le soldat n'était qu'une ombre dans la pluie, mais il en voyait assez pour deviner les couleurs de son uniforme. Il n'y avait pas d'erreur possible, c'était un homme de Kisyria.

- Oui, je me demande ce qu'il fait là.

Tout à coup, l'homme s'écroula sur le sol, et Axel bondit sur ses jambes.

- Il y a quelque chose qui cloche.

Il saisit la corde et quitta la cabane à toute vitesse, comme il l'avait si souvent fait par le passé, rejoignant la terre ferme et se mettant aussitôt à courir en direction de l'ombre frissonnante tassée sur le sol. Lorsqu'il fut parvenu à son côté, Axel vit qu'il était couvert de boue et de sang.

Demyx et Vexen le rejoignirent en courant et s'arrêtèrent à un pas de lui.

- Axel, est-ce qu'il est… ?

- Il est vivant, cria-il par-dessus son épaule. Vous deux, allez à l'intérieur chercher de l'aide !

Alors que les deux autres filaient vers le château, Axel redressa l'homme inerte et le secoua doucement. Deux yeux d'un bleu brumeux s'ouvrirent en papillotant et se fixèrent sur lui, et il sut aussitôt qu'il ne lui restait que peu de temps à vivre.

- Comment vous appelez-vous ? Lui demanda-t-il d'une voix douce en repoussant une mèche de cheveux bruns qui lui retombait dans les yeux.

- Squall Leonhart. Je fais partie de la garde royale…

Il fut interrompu par une quinte de toux sanglante puis resta silencieux, mais il était toujours conscient. Les yeux d'Axel s'écarquillèrent, mais il s'efforça de se maîtriser et parla de sa voix la plus calme.

- Que vous est-il arrivé ? Je vous croyais déjà à bord du bateau.

- On a… on a été attaqués… par un monstre gigantesque… Je n'ai pas réussi à voir grand-chose avant qu'il m'attrape… mais j'ai réussi à m'enfuir pour aller chercher de l'aide…

Il toussa encore.

Le prince était plus qu'inquiet, à présent. Il entendait déjà le bruit des pas de sa mère et des serviteurs qui arrivaient mais il les ignora.

- Et le prince ? Je t'en prie, parle ! Où est Roxas?

L'homme cligna des yeux en le regardant; son regard était triste.

- Je… Je ne sais… pas.

Axel bondit sur ses jambes et détala en direction des écuries aussitôt que quelqu'un eut prit sa place auprès du soldat.

- Axel, attends ! C'est trop dangereux!

Il enfourcha le plus rapide de tous leurs chevaux et partit en direction de la forêt, sans accorder la moindre attention au vent et à la pluie qui s'abattaient sur lui sans aucune pitié. Les arbres semblaient se dresser devant lui pour lui barrer la route, et de temps à autres un coup de tonnerre retentissait, effrayant son cheval mais il continuait d'avancer, priant de toutes ses forces pour arriver à temps.

Roxas ! Tiens-bon ! Je t'en prie, ne sois pas…

(\l/)

Lorsqu'il arriva sur place, Axel ne découvrit que les vestiges d'un carnage sanglant. Les chevaux, les soldats, tout ce qui avait été vivant avait été démembré, horriblement mutilé, et le sang se mêlait à la pluie et à la boue. Une odeur atroce emplissait l'air.

Axel démonta en toute hâte et attacha sa monture à l'arbre le plus proche afin d'être certain que le hongre ne décampe pas. La puanteur qui régnait faisait frémir ses naseaux et ses oreilles étaient couchées bien à plat sur sa tête il regardait nerveusement autour de lui.

- D-Du calme, du calme. Je suis là…

Le prince se tourna pour affronter le massacre et courut aussitôt vers l'attelage renversé pour regarder à l'intérieur, mais il n'y avait personne. Sur le sol non loin de là il distingua quelque chose de blanc, dans la boue, et alla le ramasser. Il enleva un peu de la boue dans laquelle l'objet était englué et son cœur fit un plongeon vertigineux lorsqu'il vit qu'il s'agissait d'un bracelet. Celui de Roxas.

- Non…

Roxas lui avait expliqué un jour qu'il l'avait hérité de sa mère, cet objet lui était précieux car elle l'avait fabriqué pour lui lorsqu'elle avait appris qu'elle portait un enfant. Axel savait combien il regrettait de ne pas l'avoir connue, et n'avait jamais vu Roxas enlever ce bijou. L'ébène et l'ivoire dont il était fait, jadis magnifiques, étaient maintenant souillés de sang et de boue, et il reposait, terni, entre ses mains.

- Non, non, non !

C'était un cauchemar ! Axel sentait la peur dans son cœur gonfler et s'amplifier – la peur de se retourner et de découvrir le corps froid sans vie de Roxas gisant dans la boue. Mais tandis qu'il continuait à chercher et à ne rien trouver, il s'inquiétait aussi de plus en plus de ne voir aucun signe de lui ou du mystérieux monstre. On aurait dit qu'ils s'étaient volatilisés…

- ROXAS ! OÙ ES-TU?

C'est à ce moment là qu'un grognement attira son attention, et il se précipita de l'autre côté de l'attelage. Il y découvrit le roi Lucas, mourant.

- Votre Majesté ! Qu'est-ce qui s'est passé?

Il s'agenouilla auprès du roi et prit sa main froide pour l'étreindre.

- A-Axel ? Mon garçon, c'est vraiment toi…

Sa voix était faible et douce, à peine un murmure. Ses yeux, eux, étaient rouges et humides, mais peut-être était-ce dû au sang et à la pluie ?

Axel hocha la tête, des larmes brûlantes inondant ses yeux.

- Oui, c'est bien moi. Mais qu'est-ce qui s'est passé, ici ? Où est Roxas?

Le roi le regarda tristement. Il s'emporta, s'étranglant entre ses sanglots.

- C'était horrible, Axel ! Un gigantesque monstre nous a barré la route ! Il a tué mes hommes et il m'aura eu, moi aussi !

L'homme l'agrippa durement par le bras et le tira vers lui, jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Ecoute-moi, Axel ! Cette chose n'est pas ce qu'elle semble être ! Ne laisse pas tes yeux te trahir, tu m'entends ? Cette chose n'est pas ce qu'elle semble être !

Le rouquin secoua la tête, un horrible sentiment de vertige s'emparant de lui. C'était on ne peut plus déconcentrant de voir cet homme qu'il avait toujours connu si calme, pondéré et gentil, pleurant dans ses bras, à moitié hystérique et gâchant le peu de forces qu'il lui restait en paroles inintelligibles.

- De quoi parlez-vous ? Je vous en supplie, majesté, où est passé Roxas ?

Le roi papillota vaguement, ses yeux s'embrumant lentement et virant progressivement au gris tandis que la vie le quittait.

- Il l'a… Il l'a… enlevé…

- Quoi ? Qui ?

Mais le roi était parti. Une ultime larme coula sur sa joue froide, se mêlant à l'eau de pluie.

- NON ! JE VOUS EN PRIE, NE PARTEZ PAS ! ... Je vous en prie…

Axel resta assis pendant un instant, en silence, ignorant complètement la pluie qui le détrempait jusqu'aux os. Son monde s'écroulait autour de lui, détruisant au passage le moindre des doutes qu'il avait eus jusque là. Mais maintenant, il était trop tard pour que cela serve à quelque chose…

Où était Roxas, maintenant ? Etait-il seulement en vie? Axel baissa la tête serra durement son poing autour du petit bracelet il laissa ses larmes couler et se mélanger à la pluie.

Qui ferait quelque chose de si horrible? Et qu'est-ce que le roi Lucas avait voulu dire ? Toutes ces questions tournaient furieusement dans la tête du prince tandis qu'il se relevait et remontait sur son cheval, avant de se lancer à travers la forêt. Une empreinte de pas, de griffe, il s'en moquait ! N'importe quelle trace qu'il aurait pu suivre, qui l'aurait guidé jusqu'au garçon qu'il aimait tant.

- ROXAS !

Il hurla son prénom au vent qui mugissait et chercha, chercha, chercha toute la nuit durant.

- Roxas. Je jure que je te retrouverai… Je t'en prie, attends-moi…


(1) : Les plus attentifs d'entre vous auront sûrement remarqué qu'il y a une incohérence, puisqu'Axel n'a pas répondu à Roxas, justement. Ce n'est pas une erreur de traduction, j'ai vérifié (merci à Neliia dont la review pour le chapitre précédent a attiré mon attention sur ce point), donc je suppose qu'en fait, Vexen répète là ce qu'Axel a répondu quand il lui a lui-même posé la question, et qu'il ne fait pas référence à ce qu'il aurait dit à Roxas (puisqu'il ne lui a rien dit) ? Voilà.