PDV Hermione
Nous étions tous ensemble dans le train en route pour Poudlard, toujours dans le même compartiment où nous nous étions rencontrés la première année, sauf que depuis, Ginny faisait désormais partie de notre groupe à part entière en tant que petite amie de Harry. Je regardais le paysage se modifier annonçant notre approche de l'école. Les espaces urbains étaient de plus en plus rares et réduits, bientôt nous ne traverserions plus que de minuscules hameaux entourés d'immenses plaines cultivées et de champs de coquelicots qui commençaient à fleurir en cette fin avril. Je ne pouvais m'empêcher d'être soulagée que ces vacances fussent enfin terminées. Elles avaient été éreintantes, tant physiquement qu'émotionnellement, et j'avais hâte de retrouver la quiétude et la sécurité que nous offrait les murs de Poudlard. J'eus soudain honte d'être si égoïste, les évènements récents nous avaient montré les violentes réalités de la guerre dont nous avions été plus ou moins préservés jusque-là. La mort était brusquement devenue concrète et j'aurais aimé en être protégée encore quelque temps, même si j'étais fière de combattre pour une cause qui m'était chère. Le monde de la magie avait soudain perdu toute la féerie qu'il avait à mes yeux depuis que j'y avais fait mes premiers pas cinq ans plus tôt pour devenir tout bonnement effrayant. Pour la première fois depuis cinq ans, je regrettais d'être une sorcière. Effrayant, pensais-je, c'était le mot le plus adapté à ce que je ressentais. L'avenir me terrorisait.
_ Tu veux un fizzwizbizz ? Me demanda Ron me tirant de mes sombres pensées.
_ Non merci, mais si tu pouvais t'arrêter de manger trente secondes se serait reposant. Répondis-je agressive.
_ Désolé, j'essayais juste de lancer un sujet de conversation, l'ambiance est tellement lourde.
_ C'est moi qui m'excuse Ron, je suis un peu déboussolée par tout ce qui s'est passé pendant ces vacances. L'attaque du chemin de traverse, suivie de l'attaque du cimetière c'est beaucoup pour quelqu'un qui a toujours eu une existence paisible, même en sachant que vous-savez-qui a toujours était là.
Je repensais à mon existence tranquille et à mon quotidien plutôt calme. Je ne voulais qu'une chose, retrouver mes cours, mes leçons, mes livres, et surtout, pouvoir repenser que les examens étaient la chose la plus stressante au monde. Je me revoyais dans la cabane du cimetière, en priant non pas pour réussir une quelconque épreuve, mais pour pouvoir ressortir de là en vie, avec tous mes amis. Puis la nouvelle effrayante de Fred, et à nouveau le stress de son rétablissement.
_ Au fait, Fred n'est pas rentré avec nous ! Il va bien ? Demandai-je à Ron
_ Lily lui a préconisé encore quelques jours de repos. Et il ne s'est pas fait prier pour rater quelques jours de cours.
_ Malgré ses ASPIC !
_ Il ne s'est jamais penché à fond dans les cours. Au grand dam de maman.
_ Bien j'espère qu'il va se remettre rapidement de la blessure de Bellatrix.
_ Il m'a dit qu'il craignait de se transformer en folle-garou !
Nous éclatâmes tout les quatre de rire. Malgré ce qui venait de lui arriver, ce cher Fred ne perdait pas son sens de l'humour.
Et Merlin tout-puissant que ça faisait du bien de rire un bon coup. Après ce que nous avions vécu durant cette semaine rire était libérateur et s'éloigner de l'atmosphère pesante qui régnait au terrier aussi.
Puis nous retombâmes peu à peu dans le silence, Ron ouvrit un magasine de Quidditch, s'était sa manière de s'évader lorsque les choses le dépasser, je voulu le rassurer, lui dire qu'une fois que nous serions à Poudlard les choses rentreraient dans l'ordre, mais je savais que mes paroles sonneraient faux. Certes nous serions momentanément en sécurité une fois à l'école, mais la guerre ne prendra pas fin pour autant et les gens que nous aimions seraient toujours en danger.
Ginny lui lança un regard inquiet puis se blottit dans les bras de Harry et ferma les yeux pour tenter de s'assoupir un peu.
Je m'attardais quelques secondes sur la vision de mes amis enlacés. Je les enviais profondément, être en couple semblait les rendre plus forts. Ils avaient l'air plus tranquille et plus confiant en l'avenir que moi.
Mais après tout si j'étais seule c'était en grande partie de ma faute, Ginny avait su prendre son avenir en main, face aux tergiversations sentimentales de mon meilleur ami. Elle se débrouillait pour lui envoyer des signes, mais Harry restait aveugle, Ginny avait donc décidé de jouer le tout pour le tout et de l'embrasser. Finalement, sa prise de risque s'était avérée payante, ils formaient un très joli couple depuis Noël.
La solution devait donc être celle-là, pensais-je : faire le premier pas avec Ron, mais comment celui-ci allait réagir ? Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer à quel point je serais ridicule et embarrassée devant un rejet, de plus, risquer notre amitié m'était insupportable. Il fallait réfléchir et trouver toutes les éléments qui pouvaient prévoir sa réaction. Il n'était pas très doué, et ce n'était qu'un euphémisme, le comparer à Harry était surestimer sa capacité à gérer ses sentiments. Cela pouvait être résumé par cette soirée, pouvant être le symbole de la maladresse de Ron : lors d'une soirée entre jeunes sorciers, Ron m'avait abordé de la plus plate des manières.
_ Salut Hermione, tu t'amuses bien ?
_ Oui... et toi Ronald ?
_ Ça va, ça va... la musique est bonne non ?
_ Euh oui, c'est la musique que l'on entend presque à chaque fois de toute façon.
_ Oui, c'est vrai...
Je me souvenais m'être demandée où il voulait en venir exactement avec toutes ses questions.
_ Tu veux que je te serve une bière au beurre ? Me demanda-t-il.
_ Ou là ! Non merci, j'en ai déjà pris deux, et j'ai la tête qui commence déjà à tourner, dis-je pour détendre un peu l'atmosphère.
_ Ah tu es bourrée alors !
_ Euh... un peu, dis-je sans ne plus trop savoir quoi dire complètement stupéfaite par le comportement étrange de mon ami.
C'est à partir de ce moment que je me suis dit que la soirée allait être longue, très longue. On aurait dit que Ron se sentait obligé de raconter une blague à chaque fois qu'il me voyait, sans compter ses éternels : « Ah mais ça se voit que tu es bourrée ». Je m'étais confiée plus tard à Harry sur cette soirée cauchemardesque, et lui riait à chaque détail que je lui avais donné. Une fois la fin de l'histoire venue, il m'avoua qu'en réalité tout cela était de sa faute bien malgré lui. Ron et lui avaient discuté de la manière la plus adaptée pour séduire une fille, et Harry lui avait conseillé de considérer la fille comme une copine, afin qu'elle se détende, qu'elle se trouve à l'aise et surtout qu'elle s'amuse, mais surtout de la traiter comme une princesse et de lui montrer que le garçon pouvait se conduire comme un véritable prince charmant. De toute évidence, il avait oublié le second conseil, c'était presque s'il ne m'avait pas tapé lourdement sur l'épaule en me disant « Alors t'as les couilles qui te grattent ? ». Ceci dit; je fus cependant touchée par son effort, aussi maladroit fut-il. Mes sentiments pour Ron s'étaient accrus depuis lors.
_ Harry, ça ne te dirait pas d'aller chercher des friandises ?
C'était Ginny qui avait parlé, m'extirpant de mes pensées. Harry acquiesça, le couple s'en alla, au moment de franchir la porte du compartiment, Ginny m'adressa un sourire, je lui rendis et elle jeta un regard dans la direction de Ron qui continuait à lire son magazine. J'avais dû le fixer pendant tout ce temps là, et Ginny s'était sans doute arrangée pour que je me retrouve seule avec lui. La manipulatrice me dis-je.
Je réunissais tout le courage qui était en moi pour me lancer, mais je ne pouvais pas arrêter de me poser des questions : comment faire ? devais-je lui parler avant ? Lui dire quoi ?
Je décidais de me lancer, je posai la main sur son bras, il se retourna vers moi, et presque en fermant les yeux, je l'embrassai.
