Je suis épuisée et, désolée, n'ai pas la force de répondre individuellement. Donc exceptionnellement, je dirais juste merci à Kisis, Nepheria4, Lilou et Dravy.

Et comme je me sens d'humeur paisible, merci aussi à tous ceux qui me lisent dans un parfait anonymat qui m'énerve parfois, mais qui me rassure aussi.


La proximité de l'enfance

Un tempus lancé en silence, des chiffres qui brillent dans le noir de la nuit, il est deux heures du matin et je ne dors toujours pas. Et pour une fois, cela n'a rien à avoir avec un cauchemar. Je n'arrive tout simplement pas à fermer l'œil. Dès que je tente de me détendre, les mêmes images viennent me hanter. Des souvenirs bien réels, vécus il y a peu, il y a quelques heures en réalité. Mes doigts frôlent mes lèvres et je soupire faiblement. Draco m'a embrassé. Ce n'était pas un rêve, ce n'était pas un songe. Il y avait vraiment ses lèvres contre les miennes. Il m'a embrassé en plein cours d'Histoire de la magie, devant la classe entière. Sauf que cette dernière, plongée dans une sorte de léthargie, n'a rien remarqué. Seule Pansy qui se trouvait à côté de Draco a sourit d'une façon mystérieuse avant de reporter son attention sur le professeur Binns. Quant à Draco, il m'a fixé quelques secondes en papillonnant des yeux, puis ses joues sont devenues rouges et il a baissé le regard au moment même où je me retournais face à ma table, tel un robot. Le reste du cours est passé à une vitesse folle – chose incroyable pour cette matière – où j'étais hors du temps et de l'espace. Tout comme le reste de la journée d'ailleurs. En Runes, Granger m'a demandé à plusieurs reprises si je me sentais bien, mon état semblant l'inquiéter. Je ne sais même plus ce que je lui ai répondu. Je ne me souviens pas de grand-chose pour tout dire. Je sais juste que maintenant je suis allongé dans mon lit, les yeux grands ouverts et qu'il est deux heures du matin.

Je me retourne et pousse un grognement. Il y a encore cette pression dans ma poitrine, cette sensation d'être pris dans un étau invisible et étouffant. Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Ou plutôt, je n'ai pas envie de comprendre. Car je sais bien au fond de moi, que cette sensation ne m'est pas inconnue. Mais sa signification est bien trop effrayante pour la laisser s'immiscer en moi.

Une chaleur étouffante envahit petit à petit mes poumons, me brûlant la gorge. J'ai chaud. Et pourtant mes mains tremblent. Il faut que ça cesse. Il faut que tout s'arrête. Mais j'ai beau tenter de contrôler ma respiration, cette dernière devient de moins en moins gérable. Progressivement, je sens cette vague monter en moi, grimper jusqu'à ma gorge, jusque dans ma bouche et exploser dans mes pupilles. Les yeux humides, la gorge nouée, je n'arrive plus à faire face à mes émotions. Tout s'emmêle, s'entremêle et je ne comprends plus rien.

J'ai envie de crier au temps de se stopper.

J'ai envie d'hurler au monde d'aller se faire foutre.

J'ai envie de chuchoter à la vie qu'elle doit me laisser tranquille.

Mais à la place, c'est ma magie qui vient me répondre en sortant de mon corps et en glissant sur ma peau.

- Non, je murmure.

Je la fixe et la maudis en silence. Parce que je devine déjà la suite des évènements. Je sens déjà son envie pressante de rejoindre un autre lit. Pourquoi faut-elle qu'elle complique encore plus les choses ? Je n'ai pas besoin de son intervention douteuse pour être mal à l'aise face à Draco. Rien que le fait de savoir qu'il fait des rêves érotiques de nous deux et qu'il les apprécie est troublant. Sauf qu'une fois de plus, ma magie n'en fait qu'à sa tête.

Je suis déjà en train de me lever et de me diriger vers le lit de Draco. Je sais que je ne devrais pas, qu'il ne faut pas. Mais je n'arrive pas à résister à ma magie. Mes jambes avancent d'elles-mêmes, guidées par une force nouvelle. Un pas. Puis un autre. Jusqu'à ce que je bute contre le lit de Draco. J'entends sa respiration hachée, son corps qui gesticule dans les draps. Il rêve. De nous. Je le sais, ou plutôt elle le sait et me le fait comprendre en m'envoyant une décharge qui me fait tirer le rideau et m'asseoir au bord du lit. Elle m'énerve à me faire agir ainsi. Mais le soulagement que je ressens lorsque je pose mon regard sur le visage de Draco me fait vite oublier cette exaspération.

Je suis si prêt de lui. C'est tellement troublant. Il a la bouche entrouverte et l'air qui s'en échappe me brûle les doigts. Pourquoi ai-je ma main sur sa joue ? Comment est-elle arrivée là ? Las de me poser toutes ces questions, je relâche les muscles de mon dos et pose mon front sur le matelas. Penché en avant, à moitié couché, je suis encore plus proche de lui. J'ai toujours mes doigts sur sa peau. Et je crois, au fond de moi, que je n'ai pas envie de les retirer. Car dans un certain sens, tout cela me manque. Je voudrais pouvoir retrouver le Draco d'avant, celui qui a grandi avec moi. Revoir ce frère que j'ai perdu et m'oublier une dernière fois contre lui. Autrefois, il ne se passait pas un jour sans que je ne le serre contre moi, dans mes bras, sans que mes lèvres ne déposent un baiser sur sa joue. Le premier regard de la journée était pour lui. Tout comme le dernier. Avant, il suffisait que je tourne la tête pour croiser ses iris et faire naître sur ses lèvres un sourire. Aujourd'hui, je n'ai droit à rien. et puis de toute façon, c'est moi qui fuis son regard en ce moment. Le trouble que j'y lis me déstabilise bien trop. Je n'aurais jamais pensé que nous en arriverions là un jour.

Car auparavant, tout semblait si simple. Je pouvais le toucher sans crainte, me pencher au-dessus de son épaule et coller mon torse à son dos, mes bras entourant sa taille dans une étreinte connue de nous seuls et mes doigts jouant avec le bas de son t-shirt, frôlant par moments son ventre.

Je soupire à cette pensée qui me rappelle un peu trop ses rêves et enfouis un peu plus mon visage dans les draps tout en inspirant fortement. Il y a son odeur qui m'envahit. Je me souviens des chemises qu'il oubliait dans ma chambre, sur mon lit et des t-shirts que je laissais traîner dans son armoire, parmi les siens. Nous savions pertinemment. Ce qui était à nous et ce qui était à l'autre. C'était comme un jeu de porter les habits de l'autre. J'y laissais mon empreinte et je me plaisais à lui voler la sienne. Tout comme il avait capturé la mienne depuis des années.

Le corps de Draco se retourne face à moi et se blottit un peu contre mon torse. Ses doigts se posent sur mes bras en une caresse aérienne. Son visage est devenu paisible et je ne peux m'empêcher de penser à une photo qui trône sur ma table de nuit, au Manoir. Mère l'a prise alors que nous avions à peine un an et demi. Draco et moi dormions paisiblement, face à face, en parfaite symétrie vis-à-vis de l'autre. D'ailleurs, en y repensant, cela devait faire peu de temps que j'avais rejoint la famille Malfoy. Est-ce que l'histoire de notre lit commun est vraie ? En fait, selon nos parents, depuis que nous étions nés, Draco et moi dormions dans le même lit. Apparemment, après plusieurs mois de cohabitation, Père avait voulu nous faire dormir dans des lits séparés. Mais Draco ne faisait que pleurer et seulement ma présence à ses côtés le calmait. Résignés, mes parents avaient fini par nous laisser dormir ensemble. Nous n'avons commencé à faire lit à part que quelques mois avant la rentrée à Poudlard, surtout pour nous habituer une fois là-bas. Mais il n'était pas rare que l'un ou l'autre se lève et finisse sa nuit lové contre son double. Un peu comme maintenant. Sauf que le contraste de nos différences est désormais visible et qu'aujourd'hui la signification de tous ces gestes est différente.

Je fixe Draco et souris en repensant à tous ces moments de complicité. Nous étions vraiment très proches… Peut-être un peu trop, même pour des frères jumeaux. Car étrangement, les images de mes souvenirs prennent doucement un autre sens.

Et si notre enfance n'avait été que l'introduction d'une histoire plus grande qui commence tout juste à s'écrire ?

Alors que je continue de regarder Draco, les doigts de ma main gauche replacent une mèche de cheveux derrière son oreille, glissent jusqu'à ses lèvres et les retracent lentement. Je repense à son baiser de cet après-midi, à son regard embrumé par le réveil et le désir. Et étrangement, je me dis que ce moment volé avait un arrière goût de passé enfantin.

Non, décidément, notre proximité n'a jamais été ordinaire, me dis-je tout en retirant me main et en retournant dans mon lit.

oOo

Ma valise pèse une tonne ! En même temps, avec tous les livres que j'ai pris pour les vacances, c'est logique. Alors que je souffle comme un hippogriffe, Pansy me dépasse avec le double de bagages. Je la fixe, étonné.

- Les sorts d'allègements, c'est pas que pour les filles, me lance-t-elle avec un immense sourire.

Je me fige et sors ma baguette. Je n'ai pas encore les réflexes d'un sorcier normal. Je suis tellement habitué à devoir faire sans depuis des années, que lancer un sort pour mon propre confort ne me vient même pas à l'esprit. Un fois le sort lancé et ma malle allégée, je rejoins Pansy qui est en train de monter dans le train.

- Les garçons sont dans le troisième compartiment, je crois.

Je la suis et nous retrouvons Blaise et Draco qui parlent avec entrain. Je ne sais pas si je pourrais rester des heures entières si proche de lui.

Tandis que je m'installe plus confortablement sur la banquette, Blaise me dévisage en fronçant les sourcils. Je l'interroge du regard.

- Tu as de sacré cernes. Tu fais quoi la nuit ?

J'ai envie de tourner la tête vers Draco et de l'accuser ouvertement de mes maux. Mais je me retiens.

- D'ailleurs Draco, t'es pas mieux toi aussi, reprend Blaise.

Cette fois, j'ose un regard en sa direction. Mais je regrette aussitôt mon geste car nos iris se rencontrent brusquement et s'entrechoquent en un battement de cœur assourdissant. Nous connaissons tous les deux la raison de ces traces violettes. Ses rêves. Mes rêves. Ma magie. Ce picotement familier qui flotte dans nos cous.

Je détourne vivement le regard, gêné. C'est étrange, car il y a quelques semaines, j'aurais tout donné pour vivre cet instant. Et aujourd'hui, c'est moi qui le rejette. Plus de six heures de voyage… que le temps va être long.

Après une petite sieste qui m'a permis de récupérer un peu d'énergie, je décide d'aller me dégourdir un peu les jambes. Et surtout de m'éloigner de Draco. Les regards qu'il me lance régulièrement me brûlent la peau et ça en devient insupportable.

Sans vraiment faire attention, j'avance dans le couloir. Je crois des élèves qui rigolent, qui jouent à des jeux ou qui parlent de ce qu'ils vont faire pendant ces vacances de Noël. Mais je suis extérieur à tout ça. Le regard posé sur le paysage qui défile, je ne fais même pas attention aux mains qui se posent sur ma taille et au souffle qui vient s'écraser au creux de ma nuque.

- Tu es là, me chuchote une voix connue.

Surpris, je me retourne d'un seul coup et me retrouve nez à nez avec Xavier qui me sourit. Sans que j'ai le temps de lui répondre, il colle ses lèvres contre les miennes et entame un baiser renversant. Sa langue s'immisce entre mes dents et vient lécher la mienne en une caresse suave. Petit à petit je m'abandonne à son baiser et me laisse porter par les sensations qu'il fait naître en moi. Mes mains s'agrippent à ses cheveux alors que son bassin se plaque contre le mien et commence un léger mouvement. Je sens son érection et mon corps semble dans un état similaire. Je crois que si nous n'étions pas dans un train, exposés aux regards de tous, je lui sauterai dessus sans hésitation. Mais ce n'est pas le cas, alors il va falloir calmer un peu le jeu. Sauf que lorsque je tente de repousser un peu Xavier, ce dernier glisse un genou entre mes jambes et appuie sur mon sexe. Un faible gémissement sort de ma bouche, tandis que je rejette la tête en arrière. Je crois que des élèves nous fixent. Je devrais arrêter tout ça, maintenant, mais… c'est trop bon. Et voila que maintenant sa bouche dérive dans mon cou et embrasse ma jugulaire. Un frisson me parcourt l'échine. C'est grisant, troublant… glacial. J'entrouvre les yeux et croise alors les iris orages de Draco, à quelques mètres de nous. Il me fixe avec un regard rempli de colère et de dégoût. Je ne sais pas combien de temps, il reste immobile, ses pupilles ancrées dans les miennes. Mais tout ce que j'y lis a le don de me faire reprendre mes esprits. D'une main ferme je repousse Xavier, qui me dévisage, incrédule.

- Pas ici, je souffle, toujours le regard rivé sur Draco.

Puis plus rien. Il n'y a plus qu'une vitre qui me renvoie un reflet flou de mon amant et de moi-même. J'ai honte. Honte de m'être laissé emporter. Honte que Draco m'aie vu ainsi. Et en même temps, je sens comme une certaine satisfaction. Joie d'avoir pu lire au plus profond de ses iris, autant d'émotions à mon égard. J'existe encore pour lui. J'existe dans cette irritation qui me démange.

Il était en colère contre moi, contre Xavier. Il avait envie de me frapper, de le jeter sur les rails. Il était dégoûté de nous voir dans cette position, de nous voir exposer notre plaisir aux yeux de tous. Ses poings se serraient contre ses cuisses. Et puis j'ai vu ce désir voilé, cet embarra quand j'ai posé mes yeux sur lui. Il était troublé de me voir comme ça. Est-ce que je lui rappelais un peu trop ses rêves ? Mais rapidement, le désir a fait place à la tristesse et c'est à cet instant que mon cœur s'est serré dans ma cage thoracique. Je n'ai pas aimé voir cette émotion sur son visage. Je ne voulais pas le rendre triste. Je ne veux pas… que des larmes envahissent ses prunelles par ma faute. Je ne veux plus jamais voir cette expression. Plus jamais…

Tout en me jurant de ne plus jamais faire pleurer Draco, je suis Xavier dans un autre wagon où il me présente à ses amis. Mais je ne suis plus avec lui. Draco m'a déjà emporté avec lui, il y a de ça quelques minutes, quand une perle salée s'est échappée et a glissé sur sa joue.


A suivre...


Je suis un peu sceptique pour ce chapitre. Je l'aime bien, je suis contente de ce que j'ai écrit, mais je ne sais pas trop si j'ai réussi à faire véhiculer correctement mes idées sur l'évolution de la pensée d'Harry.

Vous avez compris quoi ?