Reviews anonymes :
Laurne : Eh bien moi si, je m'arrête ! Na ! ^^ Merci pour ta review et tes compliments en tout cas. J'espère que cette suite te plaira. Et je prends note de ta réponse à ma question.
Cha910 : On ne perd pas les bonnes (ou mauvaises ?) habitudes. ^^ Je prends note de ta réponse à ma question. C'est un point de vue intéressant.
Dravy : Je ne sais pas si j'ai du talent, mais merci quand même. Ça me touche énormément. Quant au cadeau de Draco, je te laisse découvrir la suite...
Fan : Mais y a pas de soucis que tu reviewes à chaque chapitre, bien au contraire. Tu seras toujours la bienvenue sur ma fic. Allez, l'attente est finie tu vas pouvoir assouvir ta frustration. Et je prends note de ta réponse.
Analyssa Malfoy : Je te laisse découvrir si Harry va lui dire oui. Merci pour ta review. Et c'est noté pour ta réponse à ma question.
Kisis : Certes, un cadeau ne se refuse. En tout cas, j'adore ta review qui est très simple au premier abord et qui pourtant sous-entend de nombreuses choses.
Chapitre long, on n'oublie pas de dire merci ! :D
S'oublier en un soupir
Je crois que j'ai mal entendu. Que vient-il de me dire ? Quels sont les mots qu'il a prononcés ? Ce ne peut être vrai. Oui, voila, rien de tout ça n'est réel. Je suis probablement en train de faire un rêve. Alors il suffit que je me pince pour qu'il disparaisse. Mais les ongles qui se plantent dans ma peau et me font mal n'effacent pas le corps de Draco. Je cligne des yeux alors que ce dernier reste immobile. Non, je ne rêve pas.
- Pourquoi ? je demande dans un souffle qui me brûle les poumons.
Quelques secondes s'écoulent où je me demande si Draco m'a bien entendu. Puis il recule légèrement et se dirige vers la fenêtre. Face à celle-ci, il me tourne le dos. Je me demande bien ce qu'il peut se passer en lui. Est-il, lui aussi, face à un tourment intérieur ? Je pense que oui. Ses épaules se soulèvent, puis retombent lentement. Il essaye d'avoir la maitrise de lui-même. Mais je sens bien que ce n'est pas le cas. Le connaissant, il est en train de rassembler ses pensées et de former les mots qui vont suivre. Je ne sais pas trop pourquoi, alors que je devrais être en colère contre lui, lui demander de quitter ma chambre et de me laisser tranquille pour le reste des vacances, je n'arrive pas à lui cracher les mots qui me lacèrent la gorge.
Fatigué, je finis par m'asseoir sur mon lit, le regard rivé sur son dos.
- Je ne sais plus où j'en suis, murmure-t-il.
C'est une vibration à peine audible, mais qui provoque un tremblement en moi. Je devine les émotions dans sa voix. Et cela me trouble bien trop.
- Pour moi, mon frère n'existe plus. Il est… comme mort.
Je sais très bien que son intention première n'est pas de me blesser. Pourtant, ses mots ont l'effet d'un poignard planté en pleine poitrine. Je crois qu'il vient de me tuer sur place.
- Depuis que tu as changé, je ne vois plus Henry. Et même si j'arrête pas de me dire que tu es lui… tu ne l'es pas. Tu sais, j'ai vraiment essayé de me convaincre que tu étais Henry. Vraiment.
Je comprends ce qu'il essaye de me dire et je devine le trouble que toute cette histoire a pu provoquer en lui.
- Pour moi, aujourd'hui, tu es Harry. Un garçon brun aux yeux verts. Un garçon que je connais très bien depuis des années et qui pourtant me surprend depuis quelques mois. Tu as changé, finit-il dans un chuchotement.
Je sais très bien tout cela. Pansy me l'a fait remarquer. Et je m'étonne moi-même de cette nouvelle assurance qui m'habite.
Draco pose une main sur la vitre et ce geste semble suspendre le temps.
- Ce que j'essaye de te dire depuis le début, c'est… c'est que pour moi, nous ne sommes plus frères. Ni de sang, ni de cœur. Tu es comme un ami.
Sauf que pour moi, Draco reste mon frère. Même si mon apparence a changé, le reste non. Et pourtant, entendre ses mots ne me blessent pas autant que je l'aurais pensé. Je crois même que j'ai envie de sourire. Je ne sais pas vraiment pourquoi d'ailleurs. C'est comme si cette révélation prenait soudainement un autre sens. Et je me demande alors si je considère vraiment toujours Draco comme mon frère. Peut-être que j'essaye de me convaincre de cette vérité passée. Un peu comme si je ne voulais pas regarder ce qui se dessine devant moi depuis quelques temps.
- Bien plus même, reprend-il d'une voix faible.
- Hein ?
Mon éducation me fait vraiment défaut en ce moment. Tout comme mes oreilles semble-t-il.
Alors que les derniers mots de Draco me parviennent progressivement, ce dernier se retourne et plonge ses iris dans les miens.
- J'ai essayé de te détester, de toutes mes forces, reprend-il d'une voix claire. J'ai tenté d'oublier, de me convaincre que c'était mal. J'ai tout fait pour ne pas ressentir… ça. Mais plus je m'éloignais de toi et plus c'était dur. Il y a bien eu des moments de répits, des moments où je pensais avoir réussi. Mais ce n'étaient que des illusions.
Il fait un pas en ma direction.
- Car la nuit, mes rêves finissaient toujours par me rattraper.
Puis un autre.
- Puis ce fut la journée, quand tu étais trop près de moi, que ta magie venait se peindre sur moi.
Et un autre.
- Un vrai supplice. J'avais envie de tant de choses auxquelles je devais résister. Envie de te prendre dans mes bras.
Encore un.
- De t'embrasser à en perdre le souffle.
Encore un.
- De te murmurer des mots que je n'ai jamais pu dire à quiconque.
Encore un.
- De me perdre contre toi.
Ce n'est plus qu'un murmure qui franchit ses lèvres et pourtant je n'entends que ça. Tout comme je ne vois plus que lui. Peut-être est-ce parce que ma magie s'est installée entre nous, autour de nous, sur nous.
- J'ai vraiment essayé de lutter contre ces envies. Et jusqu'à il y a peu, je ne m'en sortais pas trop mal. Mais il a fallu que je dérape l'autre jour.
Il se rapproche encore plus et s'arrête à tout juste un mètre de moi. Je ferme brièvement les yeux, luttant contre l'appel de ma magie, contre l'envoutement du son de sa voix, contre la tentation de son corps.
- Je t'ai embrassé. Puis je t'ai vu l'embrasser. Et… c'est toi qui as fini par m'embrasser.
Les images des différents évènements surgissent devant moi, tels des flashs. Non, décidemment, Draco n'est plus mon frère. On ne vit pas de tels moments avec son frère. On ne ressent pas ce flot d'émotions avec son frère.
- Tu m'as rendu encore plus perdu que je ne le suis, murmure-t-il en se penchant vers moi. Et… je crois que je vais refaire une bêtise si tu ne me hais pas une nouvelle fois, souffle-t-il contre mes lèvres
Je ne vois plus que lui, n'entends plus que lui, ne sens plus que lui. Lui et rien d'autre. Et je suis si bien. Je ne l'ai pas été depuis des mois. C'est comme une onde enchanteresse qui me captive, me capture dans un autre monde. Une sensation d'ivresse qui me pousse un peu plus loin.
- Je crois… que j'ai envie que tu me haïsses encore plus, je lui réponds avant de combler l'espace entre nos lèvres.
Il y a encore la saveur de la buche au chocolat sur sa bouche. Et lorsque sa langue vient caresser la mienne, je ne peux plus résister à l'envie de savoir si le cacao a meilleur gout sur celle-ci. Alors je la laisse venir découvrir la mienne, la caresser et la remplir de son parfum. Mes mains s'agrippent à sa chemise, tandis que je sens ma magie bouillonner sur ma peau. Elle court sur nos corps et danse à nos pieds. Alors que mes yeux se ferment doucement, je sens le corps de Draco s'alourdir contre le mien. Ses mains se posent sur mes épaules et ses doigts s'ancrent dans ma peau. La pression qu'il exerce est à la fois douloureuse et salvatrice.
Parce que je ne devrais pas me laisser aller ainsi.
Parce qu'il ne devrait pas répondre à mon étreinte.
Parce que ce baiser à un gout d'interdit et de chocolat.
Et surtout… parce que je suis en train d'approfondir notre échange et que Draco n'émet aucune résistance.
Bien au contraire… Il pose un genou sur le matelas, à côté de ma cuisse gauche. Et c'en est trop pour moi. Mes doigts glissent le long de ses cotes, provoquant un frisson sur son corps et dérivent dangereusement vers ses fesses. Peut-être que je ne devrais pas. Que je ne devrais pas continuer sur cette pente. Que je ne devrais pas écouter cette voix en moi, celle qui me dit de tout stopper. Peut-être que je ne devrais pas laisser Draco poser son autre genou sur le matelas. Peut-être que je ne devrais pas tenter de le repousser. Ou peut-être que je devrais simplement arrêter de penser à ces "peut-être".
- Tu veux ma perdition, je lui souffle, en posant mon front contre le sien.
- Totalement, me répond-il en accrochant son regard au mien.
Ses pupilles d'un gris que je ne leur connaissais pas me fixent avec intensité. Chaque question, chaque doute est instantanément consumé par les flammes qui brillent en elles.
- Dors avec moi, je lui demande subitement.
Ses yeux papillonnent de surprise et je sens son corps se tendre.
- Juste comme avant, j'enchaîne dans un murmure, peu sûr de moi.
Pour tout dire, je suis terrorisé. Mes propres mots me surprennent et m'effraient. Mais cette pulsion est une vérité que je ne peux nier.
- D'accord.
Je ne sais pas si je suis soulagé, heureux ou encore plus perdu qu'avant.
- Juste le temps de me changer, finit-il d'une voix tremblante.
Et je me dis en cet instant que Draco est probablement dans le même état que moi. Alors qu'il se relève et quitte ma chambre, ma magie remonte le long de mes bras et se love dans mon cou. Je crois que je ne l'ai jamais sentie aussi comblée. Mais le pire, c'est que lorsque je me lève à mon tour, je me rends compte que mon sexe, lui aussi, n'est pas resté insensible au baiser. Est-ce que Draco s'en est rendu compte ? J'espère que non ! Tout en me maudissant, je me déshabille, puis enfile mon pyjama avant de me glisser sous les couvertures. D'un mouvement de main, j'éteins les lumières principales et laisse uniquement allumer celle sur la table de chevet. Lové sur le côté droit, je tourne le dos à la porte de la salle de bain. J'entends l'eau couler, le grincement d'une porte, un juron étouffé, puis le silence. A-t-il changé d'avis ? Et pourquoi cette pensée m'enserre-t-elle la poitrine ?
Puis il y a de nouveau de faibles bruits. Une poignée abaissée, une lumière qui s'éteint, une porte sui se ferme, des pas hésitants, des draps qui se soulèvent et enfin un corps qui se glisse à côté du mien. Et maintenant ? La respiration bloquée dans ma cage thoracique, je n'ose pas bouger. Parce que j'ai peur. Parce que j'ai peur de lui faire peur. Parce que je me pose mille questions et que les réponses ont un goût d'inquiétude.
Il n'y a plus que sa respiration en réponse à mes doutes silencieux. Je le devine aussi tendu que moi, ne sachant pas quoi faire désormais.
- Bonne nuit… Harry, murmure-t-il.
- Bonne nuit, je lui réponds un peu froidement, tout en éteignant la lumière.
Je crois que mettre un peu de distance entre nous est tout ce qu'il me reste pour faire face aux émotions qui ne cessent de m'envahir, le seul comportement qui calme un peu ma magie qui s'est remise à vibrer entre nous.
oOo
j'ai chaud. Je suis en nage. Et tellement mal à l'aise. J'ai l'impression que quelqu'un est en train de m'enserrer le cœur, de le presser entre ses mains pour le réduire en miettes. J'essaye de remplir mes poumons d'air, en vain. Et puis il y a ces yeux qui m'effraient au plus au point. Ils sont si terrifiants. Sans parler de la haine qu'ils me renvoient. J'ai envie de pleurer, tel un petit garçon qui voit un monstre. Sauf qu'une main se pose sur ma joue et me caresse doucement. Le contraste entre ce regard et ce frôlement me surprend. Je crois entendre une voix familière, des murmures flottants dans l'air qui m'entoure. C'est une chaleur réconfortante qui m'enveloppe d'un seul coup, chassant aussitôt les iris menaçants. Je me fonds avec volupté dans cette dernière, alors que l'oxygène circule à nouveau librement dans mon corps. Alors qu'au fur et à mesure le calme retrouve sa place en moi, effaçant ce songe au goût de vérité cachée, je prends conscience des nouvelles sensations qui s'emparent de moi. Je les reconnais immédiatement. Je suis partagé entre me laisser au creux de leur chaleur et les repousser. Petit à petit, à force de penser, d'hésiter, mon esprit se réveille, m'envoyant un flux impressionnant d'informations.
Je suis dans mon lit, le corps bouillant, en sueur et… et dans mon dos… je sens le corps de Draco collé au mien. Il a un bras autour de ma taille et sa main posée sur mon ventre. Je sens son souffle irrégulier dans ma nuque, m'indiquant qu'il ne dort pas. Dois-je le repousser ? Ou bien continuer à écouter mon esprit qui souhaite se rendormir ? Le doute en moi s'accentue et l'air se bloque d'un seul coup dans mes poumons. Il est si prêt. Bien trop prêt. Il ne devrait pas être ainsi. Et surtout, je ne devrais pas apprécier ce rapprochement physique. Il faut que je stoppe tout. Il faut que…
- S'il te plait. Juste cette nuit.
C'est une prière murmurée, un souffle apeuré et chargé d'appréhension. Il craint ma réaction. Mais je ferme les yeux et reprends une respiration presque normale. Les secondes s'écoulent et progressivement les doigts sur mon abdomen cessent leur pression angoissante. Quant à la caresse aérienne sur ma peau, elle se fait plus douce, me chatouillant un peu. Du coup, je bouge légèrement la tête afin de ne plus sentir cette sensation peu agréable, sans pour autant perdre la délicieuse brûlure qui me picote. Doucement, je me sens plonger dans un sommeil paisible. Je crois que je pourrais rester ainsi pour une éternité figée.
oOo
lorsque j'ouvre les yeux ce matin là, jour de Noël, les évènements de la veille m'assaillent aussitôt. Chaque seconde, chaque détail est d'une précision qui me coupe le souffle. J'ai envie de sourire et de me maudire en même temps. Mais je ne sais pas si c'est parce que j'ai dormi avec Draco, si c'est parce qu'il est resté dans mon lit, si c'est parce que je suis seul en cet instant ou encore parce que je regrette son absence. Je ne sais plus quoi penser. Un soupir franchit mes lèvres, tandis que je roule sur le dos et fixe le plafond.
Cela faisait combien de temps que je n'avais pas si bien dormi ? Hormis ce reste de songe dérangeant, je me sens parfaitement reposé. Même la potion de sommeil n'est pas aussi efficace.
Après plusieurs minutes à profiter de cette sensation de plénitude, je finis par me lever et m'habiller; lorsque j'arrive dans la salle à manger, un des elfes de maison est en train de débarrasser la table.
- Jeune Maître Henry ? Dobby ne savait pas que vous alliez venir prendre le petit-déjeuner. Dobby va vite aller le préparer.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Dobby disparait avec la vaisselle sale et revient quelques minutes après avec un copieux petit-déjeuner. Seul dans la pièce, je savoure ce moment de tranquillité si rare. Manger dans le silence le plus pur est parfois agréable. Je me plais à savourer chaque bouchée et à me perdre dans l'océan de sensations qui m'emporte à chaque fois.
Quand j'ai fini de me restaurer, plus de trois quart d'heure se sont écoulés et il est presque 10h45. Père est probablement dans son bureau, réglant les affaires importantes quotidiennes. Quant à Mère et Draco, ils peuvent être dans la bibliothèque, dans le jardin d'hiver ou encore dans le parc. Il ne me reste plus qu'à les trouver.
Après avoir arpenté quelques couloirs, je les trouve tous les deux, assis dans le jardin d'hiver où le soleil pénètre agréablement au travers des vitres.
- Enfin levé, sourit ma mère en me voyant. Tu sembles bien reposé.
Je lui souris et m'assois dans un fauteuil. Draco est juste à côté de moi, le nez plongé dans la Gazette du sorcier. Et je ne sais pas ce que je dois dire ou faire. La nuit passée est encore bien trop étrange. Je me demande même si je n'aurais pas dû le rejeter lorsque j'en avais l'occasion.
- Les garçons, Sévérus passera nous voir cet après-midi.
Je redresse la tête, tout comme Draco, étonné par les dires de ma mère. Pourquoi Sévérus passerait au Manoir pendant les vacances et qui plus est, le jour de Noël ? Il est plutôt du genre à rester enfermé chez lui dans le noir, loin de tout le monde.
Je fronce les sourcils et détaille le visage sérieux de ma mère. Que se passe-t-il ?
- Y a-t-il un souci Mère ? demande Draco.
Elle se pince les lèvres, nous regarde alternativement, puis sourit faiblement.
- Non. Tout va bien. Il vient juste pour parler affaires avec votre père.
Mentir n'a jamais été son fort. Je devine les mensonges qui se cachent derrière chaque mot. Et même si ce qu'elle vient de dire est peut-être en partie vraie, je la soupçonne de nous omettre plusieurs éléments.
- D'ailleurs… je crois que je n'ai plus de potion pour faire pousser les cheveux. Je devrais peut-être demander à Sévérus de m'en ramener, dérive-t-elle d'un seul coup, tout en se levant.
Nous n'avons même pas le temps de dire ou faire quoi que se soit, qu'elle est déjà partie. Je me retrouve donc seul avec Draco. Une sorte de gêne flotte dans l'air, me rendant mal à l'aise. Il faut que j'aborde le sujet de cette nuit. J'ai besoin d'éclaircir les choses.
- Draco… je… pour cette nuit…
- Ne t'inquiète pas, me coupe-t-il sèchement, son regard froid posé sur moi. C'est déjà oublié.
Puis il replonge le nez dans le journal, me laissant abasourdit. Comment ça ? Comment peut-il oublier ce qu'il s'est passé ? C'est impossible. Mon cœur rate un battement avant de reprendre sa folle course. Il cogne comme un dératé, faisant pulser mon sang dans mes veines. Et je me demande même si la pression n'est pas trop forte car ma magie commence déjà à s'étaler sur mes mains tremblantes. Pourquoi tremblent-elles d'ailleurs ? Il n'y a pas de raison. Enfin… c'est ce que j'essaye de me convaincre. Parce que mes yeux me piquent, ma gorge s'assèche et mes oreilles bourdonnent.
- Oublier, je marmonne.
Je fixe Draco qui feint de ne pas me voir ou m'entendre.
- Oublier, je répète dans un murmure.
Et brusquement, une vérité s'impose en moi. Pour la première fois depuis des mois, depuis que je suis Harry Potter, je suis certain d'une chose. Jamais je n'ai été aussi sûr de moi, de la décision qui vient de s'imprégner dans ma chaire. Peu importe ce qu'il dira, ce qu'il se passera, j'ai pris ma décision.
D'un bond, je me redresse et fais un pas en direction de Draco. Ma réaction semble le surprendre quelque peu car il vient de relever la tête et m'interroge du regard.
- Et si je ne veux pas oublier ? je le questionne avec détermination.
Il papillonne des paupières, entrouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Et moi j'attends la réponse à ma question. Le souffle tremblant, je tente de maitriser l'angoisse qui croit en moi. J'appréhende la suite. Parce que je sais très bien que je ne suis pas en position pour exiger quoi que se soit de lui. Mais j'ai cet espoir au fond de mes entrailles qui me pousse à oser y croire. Je ne sais pas en quoi je dois espérer, mais je n'ai plus que ça en cet instant.
- Pourquoi tu ne voudrais pas oublier ? me renvoie-t-il, toujours avec ce même regard.
- Je ne sais pas, je souffle. Je ne sais pas pourquoi.
- Alors fais comme moi. Oublie.
Et il rompt le contact visuel, indiquant qu'il clos la conversation. Sauf que je ne suis pas de cet avis. Il est hors de question de perdre cette nuit.
- Non.
Mais il ne réagit pas. Je pose mes mains sur l'accoudoir de son siège et reprends d'une voix plus forte :
- Non ! Je refuse d'oublier cette nuit !
Cette fois, il plonge ses iris dans les miens. J'y lis de la colère et de la tristesse.
- Alors dis-moi pourquoi.
Je soupire et baisse la tête.
- Je ne sais pas je t'ai dit.
- Dans ce cas…
Il ferme le journal et commence à prendre appui sur les accoudoirs, ses doigts frôlant les miens. Je sens qu'il va partir, qu'il va m'échapper et que si je ne le retiens pas maintenant, je risque d'avoir espérer en vain. Alors, d'une main ferme, je bloque sa progression.
- On a pas fini, je lance d'une voix empreinte d'énervement.
J'ignore ce qui me pousse à agir ainsi. Peut-être est-ce l'expression de ma magie qui me brûle à m'en faire grimacer. Ou bien je me sers juste d'elle comme excuse car tout est encore trop flou pour être dévoilé au grand jour.
Les pupilles de Draco sont en fusion. Le gris de ses yeux me renvoie des étincelles transparentes, telles les étoiles d'une nuit d'été.
- Lâche-moi, me demande-t-il, la voix légèrement tremblante.
- Non.
- Lâche. Moi, insiste-t-il.
- Non.
- Harry… je… laisse-moi.
- Je ne veux pas.
Soudain ses iris s'écarquillent et je devine l'air qui vient juste de s'engouffrer avec violence dans ses poumons et qui se bloque dans sa gorge. Puis il ressort au bout de quelques secondes et Draco détourne le regard.
- Qu'est-ce que tu attends de moi ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Tu ne cesses de me montrer que tu es dégouté par moi, par mes rêves, par ce que je ressens. Et maintenant tu ne sembles plus si écœuré. Alors qu'est-ce que je suis pour toi ? finit-il en ancrant une nouvelle fois son regard au mien.
Je reste silencieux, formulant des dizaines de réponses dans ma tête, mais n'arrivant pas à en sortir une seule.
Une de ses mains se pose sur mon torse et me pousse doucement en arrière. Je me laisse faire, envahit par les mots qui résonnent en moi. Puis Draco s'éloigne quelque peu de moi et il me semble retrouver un peu d'air dans mes poumons. Je ne m'étais même pas rendu compte que ma respiration était devenue difficile.
- Je crois que j'ai envie…
Mais la suite ne vient pas. Et en me voyant bloqué dans ma phrase, un rire nerveux s'échappe des lèvres de Draco.
- Tu ne sais pas ce dont tu as envie ! me crie-t-il d'un seul coup dessus. A peine tu apprends la vérité sur la raison de la distance que j'ai mise entre nous, que tu en rajoutes encore plus alors qu'à la base tu ne souhaitais qu'une chose, être de nouveau proche de moi ! Tu me regardes avec dégoût alors que je n'avais jamais vu cette expression dans ton regard ! Et quand je finis par arriver à te regarder à nouveau, cette fois c'est toi qui me fuis ! Et je ne te parle même pas de ces derniers jours ! Tu me dis me haïr, mais tu m'embrasses de ton propre chef ! Qu'est-ce que je dois comprendre dans tout cela, moi !?
- Je…
- Mais non, ça ne te suffit pas. Parce que tu en rajoutes une couche en sortant avec ce Serdaigle. Il se pavane à tes côtés et toi tu lui souris gentiment. J'espère que c'est un bon coup au lit au moins ! me crache-t-il littéralement.
- Draco, tu…
- Je n'ai pas fini ! Je ne suis pas une putain que tu peux décider de prendre dans ton lit sur un coup de tête alors que tu sais pertinemment que l'avenir n'a pas sa place ! Je te déteste. D'une force que tu ne peux imaginer. Parce que… parce que…
Sa voix est éraillée et tremble. Les étoiles dans ses yeux brillent de plus en plus et je crains qu'elles ne s'écrasent au sol.
- Mais merde ! je m'exclame d'un seul coup en m'avançant brusquement vers lui. Tu vas m'en laisser place une !
Son corps se fige et les astres de la nuit se raccrochent difficilement à ses cils.
- Tu crois que c'est facile pour moi !? Je suis aussi perdu que toi, même si je le montre pas ! Et puis d'abord je n'ai pas couché avec Xavier et tu n'es pas une putain. Bien loin de là. Et je te ne te regarde pas, parce que je ne sais pas ce que je vais te faire voir de moi. Car… car…
- Je suis quoi alors ? reprend-il d'une voix plus douce.
- Pardon ?
- Si je ne suis pas une putain, qu'est-ce que je suis pour toi ?
Ma langue passe entre mes lèvres asséchées et je déglutis avec difficulté. La réponse qui s'impose brusquement en moi est si violente que je la rejette aussitôt, effrayé. Je ne suis pas prêt pour accepter cette vérité.
Je fais un pas en sa direction, mais il recule de la même distance. Sauf que la détermination qui m'habite est toujours aussi forte. Alors je reprends mon avancé, tandis que lui continue de reculer. Sauf qu'il finit par se retrouver acculé contre une vitre, prisonnier. Derrière lui, le paysage enneigé du parc est d'une immortalité majestueuse. Et je me surprends à vouloir emprisonner Draco dans celle-ci.
- Harry, chuchote-t-il.
Je pose un doigt sur ses lèvres où l'air va-et-vient à une allure folle.
- Tu veux savoir qui tu es pour moi ?
Il hoche de la tête et je lis l'appréhension qui s'installe en lui. il redoute tant ma réponse. Tout comme moi.
- Tu es Draco, le petit garçon que je connais depuis ma plus tendre enfance. Tu es celui avec qui j'ai grandi, avec qui j'ai tout partagé. Tu es le frère que j'ai toujours voulu avoir.
Une larme vacille et menace de lâcher prise. Je me suis promis de ne plus le faire pleurer.
- Mais… mais je crois que… tout ça… c'était bien avant. Et aujourd'hui, ça ne l'est plus. Je… tu es…
Je ne sais pas comment formuler mon ressenti. Et les lèvres tremblantes qui me font face ne m'aident pas.
- Tu es une personne unique pour moi. Unique en tout, je finis dans un soupir voilé de doutes, alors que j'enserre ses épaules entre mes bras et que je niche mon visage dans son cou.
Je suis aussi terrifié que lui. et ce n'est que lorsque ses mains se posent dans mon dos et serrent légèrement mon t-shirt que je m'autorise à laisser la pointe d'espoir fleurir en moi.
A suivre...
Vous n'avez quand même pas pensé qu'ils allaient vraiment coucher ensemble ? Ça n'aurait pas collé avec l'évolution des personnages. Mais bon, je trouve que leur baiser était quand même chaud dans un sens.
Et puis leur relation bouge sérieusement maintenant. Et je peux vous assurer que la suite va également vous plaire. Enfin... j'espère...
Prochain chapitre : Occlumancie vs légilimancie
Sachant que je ne choisis pas les titres de mes chapitres au hasard, à votre avis, que va-t-il pouvoir se passer dans le prochain ?
