Chapitre 1 : Gandalf le gris
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Année 3017 du troisième age - Rhovanion - Ruines de Bontemps
Essylt sauta avec souplesse de la branche qui lui servait de perchoir depuis plusieurs minutes. Le seul bruit qui rompit le silence pesant fût celui spongieux de ses bottes s'enfonçant dans la terre détrempée. Elle s'accroupit dans l'amas de branches qui devait être à l'origine un buisson de baies rose, si elle en croyait son expérience, et tira son couteau de chasse de sa ceinture. Elle resta ainsi, immobile.
Pas un son. Rien. Pas même une légère brise. Il y avait bien des années que les chants des oiseaux avait déserté les alentours. En fait, plus aucun bruits de vie significatif ne se faisait entendre. Ça commençait toujours comme ça. D'abord, les insectes puis les petits mammifères et avec eux tout le reste de la chaîne alimentaire fuyait vers le nord. Puis, très rapidement elles arrivaient. Des créatures difformes, parfois surdimensionnées mais surtout dangereuses. Et avec elles suivait la pourriture. Comme une maladie, une peste qui s'étendait d'arbre en arbre. Même le sol prenait une désagréable odeur de moisi. Elle avait vu s'accomplir cette destruction plus loin au Sud avec un immense sentiment d'impuissance.
Elle caressa le tronc de l'orme. Dans une prière muette, elle le supplia de vivre et de résister.
Quelle idiote...Comme si un arbre pouvait avoir conscience de ton existence. Se dit-elle.
Certaine qu'il n'y avait pas de danger immédiat, elle se releva un douceur mais garda tout de même son arme en main. La cicatrice qui lui mangeait la joue lui rappelait chaque jour qu'on ne pouvait jamais se fier aux apparences. Elle plissa les lèvres et émit deux petits sifflements courts.
Dans un bruissement de feuilles et de branches froissés, deux loups bruns surgirent et la suivirent en jappant alors qu'elle s'avançait vers la rivière. Elle se pencha et pris de l'eau qu'elle regarda s'échapper entre ses doigts. L'onde ne semblait pas empoisonnée et ne puait pas. A son claquement de langue, Cyann et Ryann sautèrent dans l'eau et s'ébrouèrent. Il faut dire que peu leur était donné de profiter ainsi d'une eau non souillée. Et ils n'étaient pas les seuls à en pâtir. Le clan avait dû quitter leur terre pour d'autres un peu plus au Nord par deux fois depuis qu'elle les avait rejoint. Nuada, le chef du clan, avait même dit qu'ils allaient finir par rejoindre les jupons du Roi des Elfes si ils continuaient ainsi. Et au vu les grimaces sur les visages des personnes qui l'avaient entendu, les Tuathas* préféraient mourir que de s'approcher des oreilles pointues.
Elle ressortit du ruisseau, les bottes pleine de vase et continua de marcher.
Comme chaque année depuis le massacre, elle se rendait sur la place du village. Galaad l'y avait toujours escorté contre l'avis de la tribu. Quand il s'agissait d'Essylt, le puissant guerrier n'hésitait pas à braver les ordres du chef. Mais pas cette fois, aujourd'hui elle serait seule avec ses loups. Le vieux chasseur avait été mordu l'année précédente par une de ses araignées géantes qui s'était approchée d'un peu trop prés du village. Et même si sa vie n'était plus en danger, il ne pouvait plus se déplacer aussi rapidement et discrètement qu'avant. Il entraînait les jeunes désormais et avait rejoint le conseil des sages, ce qui était une place très honorable.
Galaad était devenu son père puis son maître. Quand elle avait voulu apprendre à se battre, Nuada avait bien entendu refusé. Trop jeune et trop étrangère. Elle devrait se contenter de survivre et donner des enfants à la tribu. Mais Galaad lui avait cédé. Il la comprenait. Lui aussi avait perdu ceux qu'il aimait. Pendant de nombreuses années, le guerrier lui avait alors transmis tout son savoir. Et elle avait su s'en montrer digne.
A ses dix sept ans, elle s'était joint aux prétendants à la future protection du clan. Ceux qui lui avait valu des regards surpris et désapprobateurs, car peu étaient ceux qui bravaient les ordres donnés. Quand son tour était enfin venus, elle avait suivi la tradition et réclamé l'épreuve des guerriers. Nuada lui avait à peine jeté un regard mais y avait consentit muettement.
Et elle avait réussi. Sans grande difficulté, elle avait battu en combat singulier ses pairs. Elle était même parvenu à mettre à terre Julven un des trois plus grands guerriers de la tribu. Et même si les deux autres l'avaient rapidement à moitié assommée, elle avait fait ses preuves. Elle se souvenait encore du regard que lui avait porté Galaad quand la vieille Etain l'avait menée auprès du grand chêne et qu'elle lui avait apposée ses marques. Nuada lui avait alors donné son nouveau nom. Aerynel la petite villageoise, la survivante apeurée n'était plus. A sa place se tenait désormais Essylt la gardienne, celle qui ne fuyait pas et qui était forte. Celle qui se battrait pour protéger les siens, car désormais les Tuathas étaient sa famille.
Et Galaad continuerait à être fier d'elle.
Elle s'arrêta un instant de marcher afin de retrouver son chemin parmi ce qui restait des ruines. Car la Grande Mère, dans son éternelle désir de vie, avait rapidement effacé l'horreur qui s'était déroulée en ces lieux. La terre et l'herbe avaient tout recouvert. Seuls quelques pierres signalaient à la jeune femme qu'autrefois se dressait telle ou telle demeure. Elle avait bien tenté au début de retrouver sa maison et des objets de son ancienne vie mais l'incendie avait fait son office. Les seules choses qui lui restaient étaient le collier de son père offert à son dernier anniversaire, une étoile à cinq branches de métal blanc avec une belle pierre brillante, mais aussi ses souvenirs, qui malheureusement s'étiolaient d'années en années. Elle avait fini par oublier leurs visages. Elle ne se rappelait que des splendides cheveux roux de Maeriel qui s'enflammaient à chaque rayons de soleil et de l'odeur de savon à la lavande de sa mère. Quand à son père… Une vague odeur de cuir peut être…
Pour le reste, tout se mélangeait et les seules images nettes qui lui parvenaient à travers ses songes n'était que morts et hurlements. Et plus particulièrement sa grande sœur se faisant dévorer vivante.
Essylt secoua la tête pour se sortir de ses pensées désagréables.
Elle faisait ce cauchemars si souvent qu'elle n'avait pas à y penser maintenant. Pas aujourd'hui.
Elle s'agenouilla sur ce qui était la grand'place et sortit la petite poupée faite de petites branches tressées de sa besace. Elle cueillit quelques fleurs blanches. Avec douceur, elle les accrocha sur la poupée puis la déposa sur le sol.
Elle adressa quelques prières muettes à la Déesse. Une boule de douleur grimpa le long de sa gorge mais elle la ravala. Elle ne s'autoriserait à pleurer que lorsqu'elle les auraient tous vengés. Levant les yeux, elle renouvela son serment de vengeance à l'étoile du Nord.
Encore une chose que Galaad avait respecté. Les Tuathas priaient le Grand chêne et les esprits de la forêt. Et même si elle avait rejoint les quelques rares célébrations, elle n'avait jamais abandonné la Grande Mère. Elle ne le pouvait. Pas qu'elle y croyait réellement mais elle en avait besoin sans se l'expliquer.
Elle se releva, époussetant ses cuirs. Elle jeta un coup d'œil au-delà, sur la petite colline au Sud. Même dans le crépuscule, elle pouvait voir la forme décrépie de son pommier. On aurait dit la main d'un énorme monstre sortant de terre prête à s'abattre. Les Kobolds ne l'avaient pas épargnés lors de leur raid. Ils l'avaient brûlé. Et quelques années auparavant, Galaad lui avait avoué qu'ils s'en étaient même servi pour y accrocher les corps des villageois avant d'y mettre le feu. Elle s'y été rendue à deux reprises. Elle l'avait appelée. Mais personne n'était venu. Maeriel et les autres enfants avaient eu raison de se moquer d'elle à l'époque. La belle fée Antëliamalosa n'avait été que le fruit de l'imagination fertile de son esprit d'enfant.
Elle abandonna sa contemplation et rejoignit les loups.
Avant qu'elle ne se jette à l'eau pour jouer, un cri au dessus d'elle lui fit lever la tête. Elle entraperçut Bergamote dans le ciel assombrit. Le faucon l'appelait.
Le vieux fou devait s'impatienter. Ils s'amuseraient plus tard.
Elle émit un nouveau sifflement. Cyann et Ryann trottèrent jusqu'à elle et ensemble ils pénétrèrent dans les bois sombres. Essylt grimpa sur la branche d'un arbre et reprit la route. Sous elles, les loups suivaient et couvraient ses arrières.
Ils avancèrent ainsi pendant plusieurs heures sans ralentir leur rythme. Par chance, ils ne croisèrent pas la moindre malveillance. Ce ne fût que lorsque la clairière fut enfin en vu que la jeune femme s'autorisa à revenir à la terre ferme.
Rhosgobel, c'est ainsi que les Béornides nommaient cet endroit. Le lieu de résidence du magicien Radagast. Un havre de paix aux yeux de la guerrière. La première fois qu'elle avait mis les pieds ici, alors à peine reconnue par les siens, elle avait cru rêver. Elle poursuivait depuis plusieurs heures un gros lapin bien gras qui n'avait de cesse de lui échapper. Et ce lieu magique avait surgi à travers les bois souillés. Les rayons du soleil baignaient l'endroit où se dressait une étrange maison de bois de travers soutenue par un immense chêne. Et un vieux était sortit de nulle part en hurlant au meurtre. Et il lui avait donné un coup de bâton sur la tête avant de simplement l'inviter à manger des champignons. Et depuis, il ne se passait pas plus de deux mois sans qu'elle ne passe pas voir Radagast, et toute sa basse cour.
Comme elle s'y attendait, à peine s'approcha t-elle de la petite maison de bois que le silence de mort de la forêt alentour fût rompu. Les piaillements des oiseaux s'élevèrent des arbres. Des petits mouvements dans les fourrés jusque autour de ses bottes lui souhaitèrent la bienvenue. Essylt fouilla dans sa besace et en sortit deux petits gâteaux de miel. Elle les tendit aux souris et aux lapins.
- Partagez les, leur ordonna t-elle.
Les petites créatures entreprirent de se batailler pour la distribution des miettes. Le cri strident de Bergamote qui se posa sur un pierre les rappela à l'ordre. Ils se remirent à émietter les friandises dans un silence religieux sous le regard du faucon. Les animaux qui vivaient ici étaient étonnants et Essylt soupçonnait le vieillard de leur avoir offert une plus grande intelligence comparé aux autres. Elle avait été méfiante au début mais les Béornides ne prétendaient t-ils pas que Radagast était un magicien.
Avec un sourire, elle vit que la porte était grande ouverte.
Le vieux Radagast était certes un peu étrange mais il avait quelque chose d'apaisant en lui. Elle se sentait si bien ici. Une sorte de refuge avant de répartir affronter les monstruosités qui infestaient les bois.
En prenant bien garde à n'écraser aucune queue ou patte traînante, elle entra. Comme à leur habitudes, Cyann et Ryann l'abandonnèrent dans la petite entrée et allèrent dans la grande salle pour se coucher dans un coin prés de la cheminée où brûlait toujours une livrée de bois, été comme hiver. La voix du mage résonnait dans la maison. Il semblait encore en pleine conversation.
Essylt ôta ses bottes crottées et s'avança pieds nus dans la pièce sans s'annoncer. Surprise, elle découvrit que contrairement à ce qu'elle avait crû, Radagast n'était pas parti dans un discours enflammé avec le fidèle Sébastien, son vieil hérisson, mais avec une vraie personne : un autre vieillard tout de gris vêtu. Depuis le temps qu'elle visitait le vieux sage, jamais elle n'avait vu d'autres humains a ses cotés.
- Tu es en retard, Grogna le mage crasseux en se tournant vers elle. Comme d'habitude !
L'autre vieillard fit de même et la salua d'un mouvement de tête. Les yeux bleus s'attardèrent un instant sur la marque qui ornait le front de la Tuatha.
Essylt pris place à table dans un vieux fauteuil face à lui en le regardant avec curiosité. Même assis, il paraissait plus grand que Radagast. Là où son ami arborait cheveux emmêlés de fiente et barbe crasseuse remplie de nœuds, l'autre était entretenu, si l'on pouvait réellement l'être avec une telle longueur. La seule chose qu'ils partageaient tous deux était ce regard bleu pâle où brillait intelligence et sagesse. Un étrange et intrigant chapeau pointu du même gris que ses robes était posé à ses cotés. Ainsi qu'un bâton taillé dans un branche, comme celui de Radagast. Essylt se demanda si lui aussi était une sorte de magicien.
- En retard ? Aucune heure n'avait été convenue, il me semble. Lança t-elle après son examen.
Le vieux sage brun grommela quelque chose dans une langage inconnu mais qui fit sourire l'autre vieux. Il déposa devant elle une assiette remplie de champignons cuits à l'odeur infect. La jeune femme la repoussa en grimaçant.
- On a un invité, petite humaine. Ajouta -il. Alors ne soit pas… comme d'habitude. Et tiens tes…tes méchantes grosses bêtes !
Essylt leva les yeux au ciel.
- Ils ne tentent plus de croquer le moindre de vos amis, Radagast. Soupira t-elle exaspérée. Pas depuis que vous avez tenté de leur trancher les oreilles.
Le dit invité sourit à son encontre. Elle ne lui rendit pas la pareille, méfiante.
- Vous devez être la « satanée fille d'homme aux loups toujours en retard » j'imagine, dit le vieil homme en gris en tassant des feuille séchées dans sa pipe.
- Je crois en effet que c'est ainsi qu'il me nomme, dans ses bons jours.
Le vieillard alluma son tabac sans la moindre flamme, à la grande stupeur d'Essylt, et une odeur épaisse envahi rapidement toute la pièce. Un parfum qui rappela à la jeune femme des souvenirs lointains de contes et de sécurité.
- Et bien, mon ami. Voilà bien agréable compagnie. Dit le vieil homme d'une voix rocailleuse. Laissez moi me présenter, je suis Gandalf, Gandalf le gris.
Avant qu'elle ne puisse répondre, Radagast surgit devant son ami.
-Agréable compagnie ! Cria t-il. A ça non ! Toujours entrain de me râler dessus ou de manger de la viande ! De la viande, Gandalf !
Le nommé Gandalf le gris ricana dans dans sa barbe.
- Puisqu'il en est ainsi je repars, vieille branche. Grogna Essylt. Et avec moi, le cadeau des gens de Grimbéorn.
Avec une impressionnante vitalité, le vieillard crasseux lui sauta dessus.
Surprise, elle ne se débattit pas quand il lui arracha des mains sa besace pour la vider sur la table. Énervée de voir tous ces effets ainsi répandu, Essylt se leva et bouscula le vieillard. Il revint à la charge pour s'emparer du sac de tissus qui contenait les gâteaux. La jeune femme le foudroya du regard et entreprit de tout ramasser. Elle sentait le regard de ce Gandalf sur elle. Elle était entrain de réunir toutes les petites plumes qui lui servaient en ré-empenner ses flèches et qui s'étaient éparpillées hors de leur poche quand un petit éclat attira son attention. Avant qu'elle n'est eut le temps de s'en saisir, ce dernier s'empara du petit bijou qui avait roulé vers lui. Le vieil homme fit tourner l'étoile entre ses doigts. Elle s'en saisit abruptement dés qu'il le lui tendit.
- C'est une très belle pièce, jeune Dame. Souffla t-il dans un nuage de fumée. Une de celles qui n'ornent que certaines gens du Nord.
Essylt plissa les yeux sentant la colère s'emparer d'elle. Est ce que ce vieillard sénile sous entendait qu'elle l'avait volée ? Magicien ou pas, ami de Radagast ou non, elle ne se laisserait pas traiter injustement de voleuse.
- C'est sur votre cou qu'elle devrait briller et non au fond d'un sac de cuir car là n'est point sa place.
La guerrière le quitta des yeux un court instant pour regarder la pierre blanche.
- Qu'est ce que vous…
- A table joyeuse compagnie ! La coupa Radagast les bras chargés de restes d'assiettes où reposait les sucreries au miel et qui avait vraisemblablement retrouvé sa bonne humeur.
Obéissante et affamée, Essylt rangea le bijou dans sa besace et reprit place. Elle entreprit de dévorer l'un des pains farci d'une crème épaisse sucrée sans quitter ce Gandalf des yeux. Ce qui ne passa d'ailleurs pas inaperçu puisque le vieil homme lui adressa un nouveau petit sourire en coin.
-Vous aussi vous êtes un magicien ? Finit-elle par lui demander, curieuse.
Gandalf tira à plusieurs reprises sur sa longue pipe.
- En effet, jeune fille.
- Je ne suis pas une jeune fille, j'ai vingt sept printemps !Grogna Essylt. Et en quoi consiste votre magie ?
Le vieillard recracha la fumée bleutée sans la quitter des yeux. Mal à l'aise, la guerrière baissa les siens.
- Des trucs et d'autres, jeune fille.
- Et quels genres de trucs ?
- Arrêtes d'ennuyer Gandalf ! Intervint Radagast en les aspergeant de miettes de gâteau.
Le reste de la soirée se passa tranquillement. Gandalf fût même amusé quand ils lui racontèrent chacun leur point de vue sur leur rencontre.
Rapidement, le mage de Rhosgobel, repue, s'écroula et ronfla le visage à même la table. Comme à chaque fois, Essylt le recouvrit avec attention d'une couverture épaisse sur ses épaules. Sous les yeux de Gandalf qui ne la lâchaient pas, elle pris place ensuite auprès de ses loups. Alors qu'elle fourrageait les poils drus de Ryann, elle sentit la présence du vieil homme gris à ses cotés. Elle le devina s'installer dans la chaise taillée dans le chêne qui traversait la maison de part en part et continuer son observation.
Exaspérée, la jeune femme leva les yeux vers lui prête à en découdre mais elle fût totalement happée dans le regard bleu du vieillard. Elle eut l'impression de franchir des eaux si pures, des étendues d'eau remplies d'étoiles et d'une lumière indescriptible. Un rire féminin aussi pur que du cristal résonna dans sa tête. Elle ne put pas saisir pleinement le souvenir duquel il émanait.
- Vous ne m'avez toujours pas donner votre nom, jeune égarée.
La voix de Gandalf la sortit de cette étrange béatitude. Elle se frotta les yeux de sa main libre. Sentant sûrement son désarroi, Cyann se leva et alla poser son museau dans son cou.
- Je me nomme Aer...Essylt !
- Aeressylt? En voilà un drôle de nom. Sourit le magicien.
- Juste Essylt, soupira t-elle.
Gandalf inspira plusieurs bouffée de sa pipe, et recracha la fumée avec un soupir satisfait. La guerrière eut l'impression que les volutes prenaient vies. Un papillon se détacha battant de ses ailes vaporeuses. Elle regarda l'insecte de fumée exploser contre le tronc de l'arbre.
- Essylt…Répéta t-il. Cela signifie « belle » dans la langue des Tuathas.
Elle fronça les sourcils et cessa le petit grattement qu'elle prodiguait au loup.
- Pourtant vous n'en n'êtes pas une… Beaucoup moins et tellement plus.
Elle resta coite. Si il était comme son vieil ami, ses paroles seraient un peu étranges. Elle se demanda quand même comment on pouvait être beaucoup moins que quelque chose et l'être encore plus. Vraiment mystérieux ces magiciens…. Ou c'était un truc de personnes âgées. La vieille Etain était parfois aussi incompréhensible. Ou alors elle ne l'avait peut être pas compris. Elle ne parlait la langue commune que rarement et parfois certains mots lui échappaient.
Elle avait la sensation qu'elle pouvait lui faire confiance, ce qui l'agaça prodigieusement. Il devait être en entrain d'utiliser une quelconque magie sur elle. Il ne pouvait entre être autrement. Mais sa curiosité était forte. Elle pourrait peut être obtenir des informations. Son ami, le mage brun, ne lui répondait jamais.
- Qu'est ce que vous êtes comme magiciens, vous et Radagast ? Vous n'avez pas l'air très puissants… Pas comme ceux des histoires de vieille femme.
Elle crût qu'elle était allée trop loin et qu'il allait l'ignorer mais il n'en fit rien. Alors qu'elle commençait à se coucher entre ses deux loups, la voix rocailleuse résonna à nouveau.
- De simples messagers. Parfois des conseillers.
Radagast, un conseiller… Elle en doutait, un conseiller pour qui ?
- Et quels genre de conseils ?
- De ceux que les gens veulent entendre. Et vous, jeune Essylt, qui êtes vous ?
Elle respira l'odeur de Cyann à plein nez et posa la tête contre le ventre chaud de l'animal, apaisée et sereine. Une partie de son esprit lui disait qu'il n'était pas normale d'être aussi confiante, et l'autre s'en moquait puisqu'elle était si bien.
- La seule survivante d'un village du sud détruit par une horde de… (Elle releva la tête vers le vieil homme) je ne me souviens plus du mot équivalent à Kobolds*…
- Hn. Des Orques, c'est ainsi que l'on les nomme en langue commune.
Essylt répéta le mot silencieusement à plusieurs reprises pour le mémoriser. Elle se réinstalla et laissa ses yeux observer la danse des flammes au plafond.
- Les Tuathas m'ont recueilli et élevée il y de cela quinze ans. Continua t-elle. Comment connaissez vous mon peuple ? Nous nous cachons des autres, seuls les gens du Carrock traitent avec nous.
- Je sais beaucoup de choses. Et j'en ai vu tout autant.
Essylt se maudit. Ne jamais faire confiance à personne ! Et surtout pas un inconnu. Et voilà qu'elle lui racontait sa vie comme si elle le connaissait depuis des années.
- Est ce là votre magie, des papillons de fumée et votre… pouvoir de faire parler les gens ? Demanda t-elle d'une voix froide.
- Je fais aussi des feux d'artifices, de temps en temps…
La jeune femme se remit sur ses fesses, intriguée. A coté, Ryann gémit devant l'inconstance de sa maîtresse.
- C'est quoi un feux d'artice ?
- Un feu d'artifice est une pluie d'étoiles dans le ciel.
- Faites en un, ordonna t-elle plus que suspicieuse.
Une pluie d'étoiles dans le ciel, bien sur… Il était entrain de se moquer d'elle.
- Je n'ai pas mon matériel ici.
- Donc vous n'êtes pas un très grand magicien….
Gandalf ne répondit pas à sa provocation évidente.
- Vous avez déjà vu des Elfes ? Demanda t-elle.
Elle entendit un petit rire du magicien.
- Oh oui ! Mais si vous souhaitez en rencontrer, vous pourriez voyager à Imladris demeure du Seigneur Elrond. C'est là un grand Elfe et ce même parmi les siens.
- Je ne quitterais pas ma forêt !
- Pas aujourd'hui mais peut être dans un avenir plus clément.
Un avenir plus clément… Essylt n'y croyait pas un instant.
- Vous devriez dormir, jeune fille. Votre harassement est visible. Ajouta Gandalf. Je veillerai sur votre sommeil et vos songes ne seront pas sombres.
A peine entendit elle son conseil qu'Essylt étouffait un bâillement. Elle n'avait dormi que quelques heures ces derniers jour et la fatigue commençait à l'assaillir. Elle voulait le questionner sur Imladris et plus particulièrement de ses habitants mais cela pouvait bien attendre le levé du jour. Elle papillonna quelques instants puis céda. Elle se recoucha entre ses loups, ferma les yeux qui lui brûlaient et sombra dans les douces ténèbres où dans les bras puissants de son père, elle buvait ses histoires remplies d'Elfes, de grands rois et de dragons.
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Le lendemain matin, quand elle rouvrit les yeux, après que Sébastien est décidé de partager ses puces a quelques centimètre de son visage, elle eut la déception de découvrir que le magicien gris n'était plus là.
Sans avoir besoin de fouiller la demeure, elle en avait la certitude.
Par contre, le mage brun était toujours là entrain de dormir, à l'écoute des ronflements.
Les loups, sentant qu'elle était réveillée, se levèrent eux aussi. Le pas traînant, elle alla leur ouvrir la porte avant qu'ils n'occasionnent plus de dégâts à la porte bien branlante.
Elle retourna ensuite dans la grande salle et prit une casserole. Elle alla la remplir de l'eau de pluie que Radagast récupérait par un astucieux système de tonneau tranché en deux et la mit à chauffer dans la cheminée.
Au vu des flammes, Gandalf avait dû remettre du bois avant de les quitter. Délicate intention. Elle était certaine qu'il lui avait lancé un sort pour la faire dormir. Elle soupira. Elle aurait voulu qui lui parle de son collier qu'il avait semblé connaître et des Elfes.
Elle farfouilla dans les pots du vieux mage qui s'étalaient dans toute la maison. Reniflant chacun d'entre eux avec méfiance, elle finit par trouver celui qu'elle cherchait à coté d'un tas de scarabées séchés.
Elle versa le thé dans deux brocs relativement propres et commença à secouer son vieil ami qui grommelait.
Si elle voulait arriver à mi-chemin de la tribu avant la nuit, elle ne devrait pas traîner à partir.
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*Tuathas : Le nom de la tribu d'Essylt. Ils sont inspirés des "Tuatha de Dannan" : un peuple de fées irlandaises. Certains prétendent que Tolkien s'en serait inspiré pour créer les Elfes. Bien entendu, dans ma fic, les Tuathas n'ont rien à voir avec les Elfes. Je les vois plus comme une tribu de celtes.
*Kobolds : Les Kobolds sont des sortes de lutins ou de nains en allemagne. Et pour ceux qui s'en souviennent ils s'agit surtout du nom donné en français aux orcs dans le film Legend (Tom cruise en armure de pièces étincelantes...). Un petit clin d'oeil. Donc pour les Tuathas, les Kobolds sont des orcs.
