Chapitre 3 : La traque
NB: Les lignes en italiques pendant les dialogues sont dans une langue autre que la langue commune.
Merci à Darkklinne pour ton commentaire et ta fidélité ^^.
Et merci aux autres, les inconnus, ça fait toujours plaisir de savoir être lue.

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10 août de l'année 3018 du T. A. - Rhovanion- Rhosgobel
Quand Essylt revint à la conscience abandonnant des ténèbres étaient obscures sans le moindre rêve, une vive douleur lui vrillait les tempes. Comme cette fois où, avec Ragnar, elle avait vidé plusieurs bouteilles de cet alcool de miel que fabriquaient les Béornides. Mais en pire. Elle entrouvrit les yeux pour les refermer aussitôt. A sa migraine venait se rajouter l'élancement de ses mains. Comment était il possible qu'elle fût assez stupide pour attraper une marmite en fonte pratiquement chauffée à blanc….
Radagast.
Tout lui revint subitement. L'étrange mal du magicien, la tentative de guérison, le baiser…Et ce truc dans sa bouche... Cette fois ci, elle ouvrit grand les yeux oubliant la brûlure du soleil. Elle allait le tuer !
Elle se releva sur les coudes. De ce qu'elle pouvait voir, elle était allongée à même le sol détrempé de la forêt, dans un tas de buissons. Avec beaucoup de difficultés, elle finit par se mettre en position assise. Elle était transie de froid et complètement trempée. Il avait dû pleuvoir. Ses muscles étaient endoloris et raides. Elle regarda ses mains. C'était pas beau à voir. A certains endroits, la peau était brune mais à d'autres heureusement moins nombreux, les chairs étaient à vif. Les plupart des petites cloques étaient percées. Elle appuya sur la plus grosse qui recouvrait son pouce gauche. Un étrange liquide transparent en sortit. Ça n'avait pas l'air infecté.
A sa grande honte, elle mit même un certain temps pour parvenir à enfin se redresser sur ses deux pieds. Elle fit un pas en avant en se maintenant du tranchant de la main sur un tronc qui se trouvait à proximité. Même ses genoux avaient du mal à se plier. Le poids de sa besace n'aidaient pas ses mouvements. Elle ignorait ce que lui avait fait ce vieux fou mais elle allait le massacrer. Mêmes ses foutus lapins ne le reconnaîtraient pas quand elle en aurait fini avec lui. Enfin, si il était en état. Car autant qu'elle s'en souvenait, il n'avait pas l'air d'aller bien, pas bien du tout.
Mais qu'est ce qu'elle foutait là ?
Elle fit un nouveau pas. Un léger frisson remonta le long de sa nuque. Elle n'était pas seule. Elle regarda autour d'elle. Des dizaines de pairs d'yeux la scrutaient. Elle se tourna légèrement et vit la même scène dans son dos. Il y avait là souris, mulots et autre rongeurs. Des oiseaux allant de la simple mésange à Bergamote le faucon. Elle vit une famille de renard et au moins une vingtaine de lapins à sa gauche. Et tous étaient fixés sur une chose. Elle. Pas du tout rassurant. Cela avait même quelque chose de terrifiant.
- Qu'est ce vous me voulez ?! Cria t-elle légèrement paniquée.
Aucuns d'entre eux ne bougea.
« Comme si ils allaient te répondre » Pensa t-elle.
Tout d'un coup un flot d'images et sons assaillirent son esprit. Complètement déstabilisée, elle tomba à genoux. Tout cessa abruptement sous les cris de crécelles du faucon. Elle posa ses mains au sol pour se stabiliser et cria sous la douleur des brûlures qu'elle mettait à mal. Elle ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Elle se releva en se servant de la force de ses avants bras. Il était possible qu'elle soit encore dans un songe. Elle se souvenait de cauchemars si profonds qu'elle avait eu une impression de réalité. Elle était sûrement encore assoupie chez Grimbéorn et tout ce qu'elle croyait être en train de vivre émanait de Midir , le dieu de la tromperie chez les Tuathas.
Un puissant bruissement d'ailes l'intrigua et elle vit Bergamote se poser au sol. L'oiseau la fixait. Essylt déglutit. Depuis quand ce foutu piaf la mettait autant mal à l'aise…Sans savoir pourquoi, elle lui rendit son regard. Les étranges visions lui revinrent mais cette fois beaucoup plus clairement. Elle ferma les yeux et derrière ses paupières elle découvrit des images qui ne venaient pas d'elle. Elle voyait la forêt vu d'un point élevé et mouvant. Elle volait. C'était si grisant. Elle sentait le vent s'engouffrer dans ses plûmes. Elle était libre. Les images changèrent d'un coup. Elle ne volait plus. Toujours en hauteur, elle se vit, elle, et Radagast. Elle était allongée, inconsciente le corps secoué par des tremblements. Elle percevait la voix lointaine du mage mais pas un mot ne se détachait des autres. Il s'agissait plus la d'un murmure. Tout disparu pour une nouvelle scène, Radagast se démenait pour la tirer sur le sol de la forêt aider par des animaux. La dernière vision qui s'empara de son esprit la fit hoqueter de peur. Des Kobolds surgissaient dans la clairière. Ils envahissaient la maison et dévastaient tout. Le feu. Et Radagast encerclé par ces horribles créatures. Le magicien, couvert de sang qui se démenait alors qu'il disparaissait dans les ténèbres des bois, emporté par les Kobolds.
Elle rouvrit les yeux et cria.
Le souffle court, elle reporta à nouveau son attention sur le rapace. C'était comme si elle avait vu à travers ses yeux. C'était impossible. L'oiseau secouait la tête de haut en bas. Comme si... Comme si il voulait… Non, c'était impossible. Seul Radagast pouvait… Lui seul communiquait avec ses foutus bestioles et croyait qu'elles lui répondaient.
Radagast.
La jeune femme se remit sur pieds en grimaçant. Elle fit quelques pas peu assurés puis s'arrêta. Elle n'avait aucune idée de la direction à prendre. Réfléchir. Il fallait réfléchir. Mais la vision de Radagast blessé ne la quittait paq. Elle se retourna. Un peu effrayée, elle vit que toutes les bestioles s'étaient rapprochés dans son dos, la fixant toujours. C'était vraiment dérangeant. Et si...
Elle n'arrivait pas à croire qu'elle allait faire une chose pareille.
- Où… Où...est la maison ? Grimaça t-elle.
Avant qu'elle n'eut le temps de maudire sa bêtise, un écureuil roux s'avança vers elle. Il fit de petits bruits ressemblant à de petit couinements. Essylt se demanda si elle était entrain de devenir folle. Ou alors de rêver, mais la douleur lui affirmait que c'était impossible. Impossible… Ce mot lui revenait en tête comme une prière. Il était impossible que les visions venaient de Bergamote. Il était impossible que cet écureuil est réellement compris sa demande. Mais surtout il était impossible qu'elle est su ce que lui disait ce foutu rongeur. Car a travers ses petits cris elle avait perçu distinctement « Suis moi ». Elle repensa à cette chose qui avait empli sa bouche quand Radagast l'avait saisie. Peut être qu'il lui avait lancé un sort. Après tout, n'était il pas un magicien, et elle ignorait toute la portée réel de ses pouvoirs.
Quand l'écureuil s'élança à sa droite, elle cessa de réfléchir et le suivit.
Au début, elle manqua d'embrasser le sol à plusieurs reprises, les jambes tremblantes. Mais au fur et à mesure de ses pas elle sentait qu'elles reprenaient leur anciennes souplesse. Elle arriva à la clairière. Ou tout du moins ce qu'il en restait. La maison n'était plus que cendres fumantes. La réminiscence du massacre de son village la saisit de plein fouet. Secouant la tête, dans une tentative inutile de se sortir de ses pensées, elle s'avança. Il était évident qu'il y avait eu affrontement. Le corps d'un de ces dégoûtants Kobolds trônait contre un rocher. Essylt voulut se saisir de son couteau mais elle n'attrapa que du vide. Son arc et sa dague avaient du rester dans la maison. Elle marcha doucement vers la créature. Elle aperçut ce qui ressemblait à une épée courbe dans l'herbe. Elle s'en empara tentant de faire fi de sa douleur et donna un petit coup sur le corps du Kobold. Ce dernier glissa a terre comme une poupée désarticulée.
La Tuatha repoussa toute la tristesse qui l'a saisit. Il n'était pas temps de pleurer. Pas cette fois. Elle n'irait pas se cacher et attendre qu'une bonne âme vienne à son secours. C'était à son tour, ce serait elle le sauveur.
Elle était une guerrière, formée à traquer et à éliminer. Elle allait trouver ses créatures, les massacrer et récupérer Radagast. Et une fois qu'elle aurait sauver cet idiot farfelu, elle s'arrangerait de faire en sorte qu'il se souvienne de ne plus jamais posé ses sales pattes sur elle. Et après ils mangeraient des gâteaux au miel, comme avant.
Se concentrer. Ne pas penser au fait qu'il était peut être déjà mort. Ne pas penser qu'elle parlait avec un rongeur. Se concentrer.
D'abord ses mains. Si elle voulait se battre, il fallait se soigner. Elle planta le sabre dans le sol. Elle jeta un regard circulaire autour d'elle. Il lui fallait quelque chose pour se bander.
Sa sacoche.
Elle ôta la lanière passée en bandoulière et vida le contenu de sa besace sur le sol humide. Sous l'insistance de Siobhan, elle emmenait toujours des linges propres avec elle. Elle trouva ce qu'elle cherchait et plus encore. Les petit pots que Radagast avait glissé dans ses affaires roulèrent au sol. Elle s'en saisit. En les ouvrant, elle découvrit qu'ils contenaient tout deux une pâte grisâtre à l'odeur piquante. N'ayant aucune idée de ce que cela pouvait être, elle les remis dans son sac avec tout le reste, les feuillets remplis d'écriture, le cristal bleu et ses maigres possessions, ne gardant que les bandes de tissus et le sachet que Grimbéorn lui avait donné. Elle savait qu'en plus des gâteaux il y avait glissé un pot en terre de miel pour le magicien. Elle banda difficilement ses mains en badigeonnant de miel la chair à vif. C'était plus que rudimentaire mais elle devrait s'en contenter.
Elle se dirigea ensuite vers le cadavre. Elle le fouilla sommairement et le soulagea de ses « armes ». Un petit arc et des flèches aux plumes noires mais aussi d'un couteau taillé vraisemblablement dans de l'os. Mettant de coté le fait qu'il pouvait provenir d'un os humain, elle l'attacha à sa ceinture. Le sabre courbe le rejoignit peu après. Elle débanda l'arc pour le glisser dans la poche de cuir qui contenait les traits et l'accrocha à sa besace, à porté de main.
Enfin prête, il ne lui restait plus qu'une chose à faire. Trouver une piste à suivre.
La pluie avait dû faire disparaître beaucoup de traces et elle était de loin la meilleure pisteuse de la tribu, c'était Sloan qui s'occupait de ça. Par Dana, ses loups auraient été d'une grande aide. Elle fureta prêt des frondaisons mais ne trouva rien d'apparent. Partir à l'aveugle était inenvisageable. Et retourner chez les Tuatha tout autant. Elle ignorait déjà l'avance qu'ils avaient sur elle et perdre plus de temps signifiait la mort du magicien.
Les animaux.
Bergamote lui avait transmis sa vue de l'enlèvement. Il pourrait lui indiquer la voie. D'ailleurs où étaient ils.
Elle allait se rediriger vers l'endroit où elle avait repris conscience quand elle les vit. Tous à l'orée de la clairière, à moitié cachés dans les buissons. Ils avaient l'air terrifiés et elle aussi. Elle trouvait ça vraiment troublant.
- Aidez moi ! Ordonna t-elle. Par où sont ils partis ?
Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle parlait à des rongeurs et des volatiles.
Une seule réponse lui vint sous des vues différentes mais avec le même sujet. Les visions portaient toutes sur la même personne. Le vieillard qu'elle avait rencontré l'année précédente. Gandalf le Gris. Radagast lui avait aussi demandé de le trouver avant qu'elle ne s'évanouisse. Mais il lui était impensable de faire une telle chose. Elle ne connaissait ni cet homme ni le moyen de le trouver. Elle n'abandonnerait pas son ami, aussi pervers et dérangé soit il.
- Non ! Leur cria t-elle alors qu'ils continuaient à l'abreuver des mêmes images encore et encore.
Les vues cessèrent. Et un concert de piaillements et autres cris s'éleva des fourrées. Elle n'allait quand même pas se faire dicter sa conduite par des rats !
- Je vais chercher Radagast ! Aidez moi !
Aucun d'eux ne bougea n'y ne lui envoya une réponse perceptible. Elle allait faire demi-tour pour se débrouiller toute seule quand un mouvement provint d'une branche d'arbre. Un éclair roux qui sauta sur son épaule y plantant ses petites griffes.
« Grison aider »
- Grison ? C'est ton nom ?
« Grison trouver ami»
L'écureuil descendit en marchant à la verticale sur son dos et courut à l'opposé de la clairière. Elle s'élança derrière lui.
- Un écureuil roux qui s'appelle Grison… Je suis sure que c 'est Radagast qui t'a nommé ainsi !
Il n'y avait que lui pour faire un truc pareil. Son cœur se serra à la pensée de ce que devait subir le magicien. La jeune femme serra les dents. Pour l'instant, il lui fallait se contenir. Se concentrer, remonter la piste. Mais dés qu'elle le mettrait la main dessus, elle laisserait sortir toute cette rage qu'elle gardait en elle depuis si longtemps. Ils allaient amèrement regretter d'avoir croisé sa route.

17 août de l'année 3018 du T. A. - Rhovanion- Forêt de Grand'peur
Eärmir ne peut empêcher la joie d'arriver à ses lèvres et sourit.
Sept ans.
Cela faisait sept années qu'ils avaient été envoyés à la lisière Nord Ouest de Taur e-Ndaeledos*. Sept années à surveiller les allées et venues de ces Yrchs. Sept années à se battre dans les arbres pour protéger les leurs. Sept années loin de leur cité. Plusieurs d'entre eux avaient rejoint les cavernes de Mandos, d'autres leur avait été envoyés en renfort. Mais du groupe initial des quinze frontaliers il n'en restait que huit. Les huit meilleurs, ceux qui suivraient leur capitaine jusque dans la mort non sans avoir massacré le plus d'ennemis possible. Ils étaient tous de la même générations, ils avaient été élevés ensemble, s'étaient entraînés ensemble, avaient prêté serment ensemble. Les frères Tholgil et Tathor, la froide Arya, Ninniach qui aimait chanter aux les étoiles, Imloth, l'imposant Gelirion, Maellas le fils aîné du roi et il y avait lui, Eärmir, l'éclaireur.
Sept années, ce n'était rien dans la vie d'un Elfe... Et bien, Earmir aurait bien voulu échanger sa place avec celui qui avait décrété ce genre d'ineptie. Parce que sept années à garder la frontière, c'était pas vraiment une promenade parmi les légendaires Mellyrn* de la Lorien.
Les chants de sa cité, la quiétude de leur caverne et pouvoir de nouveaux admirer les Ellith*, voilà ce qu'il voulait faire. Parce que, n'en déplaise à Ninniath, sa fiancée n'était pas vraiment un modèle de la grâce des Eldar. Elle était belle, c'était indéniable, mais le fait qu'elle accorde autant d'importance à son aspect qu'un troll des montagnes ne jouait pas en sa faveur.
L'éclaireur sourit à nouveau. Derrière lui, dans toute sa discrétion, Gelirion se targuait déjà de reprendre sa cour auprès d'une elleth* du nom de Niphredil.
- Dés qu'elle me verra, elle me suppliera de l'épouser.
- Il m'est avis quelle te suppliera plutôt de prendre un bain, Rit Tholgil. Tu empeste l'orch à des lieux !
- Tu aurais dû enterrer cette horreur, Grogna Arya.
Pour le malheur de la pauvre elleth, Gelirion s'était mis en tête de lui offrir l'une de ses armes volé à un gobelins, comme prise de guerre. Leur ami avait une conception très étrange d'un cadeau à offrir à une femme.
Le seul qui gardait son visage fermé était Maellas. Aucune joie n'émanait du prince. Earmir savait parfaitement que son ami aurait préféré passer encore un siècle à surveiller Gundabad plutôt que de retourner à leur cité. L'héritier du roi n'avait pas une relation des plus saines avec son père depuis le départ de son frère cadet quelques soixante ans plus tôt. Legolas avait toujours réussi à tempérer les deux caractères, et sa disparition n'avait fait qu'envenimer les choses entre Thranduil et son fils aîné.
Eärmir stoppa abruptement sa progression.
Il avait perçu quelque chose. Cela avait été rapide et lointain mais rien ne pouvait échapper à ses sens acérés. La question était de savoir si c'était le genre de chose à éliminer ou non. Il sentit ses compagnons stopper non loin derrière lui. Il se tourna vers Maellas qui venait d'atterrir sur une branche à ses cotés. L'éclaireur répondit à la question muette de son supérieur en indiquant le Sud Ouest d'un mouvement du menton. Le capitaine leva le bras sans dissimuler son sourire satisfait. Obéissants à l'ordre silencieux, le groupe d'Elfes s'élança.
Cette fois, ce n'était pas ces maudites araignées qu'ils avaient rencontrés depuis leur départ. A la puanteur qu'ils pouvaient tous désormais percevoir, ils savaient tous à quoi ils s'attaquaient.
Des Yrch*.
Une nouvelle chasse débutait.
Ils couraient sur les branches, sautant d'arbres en arbres et sans faire trembler les nombreuses toiles géantes qui recouvraient les végétaux. Sans le moindre bruit. Leur proie n'aurait aucune chance.

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Du bout de sa botte, Essylt secoua légèrement les feuilles mortes que lui avait indiqué Grison. Un petit piquet apparu, sur lequel était noué une petite cordelette brune. Un piège. L'écureuil venait sans doute de lui sauver la vie. Sans le toucher, elle le suivit. Il montait le long d'un arbre disparaissant derrière les branches. Prenant garde à ne pas s'en approcher, elle escalada tant bien que mal l'imposant frêne. Grison, qui l'avait suivit, grimpa avec légèreté sur son épaule s'accrochant à sa peau nue avec ses petite griffes. Elle grimaça mais continua son ascension. Elle ne s'y ferait jamais. Arrivée à une hauteur suffisante, elle s'assit et passa une jambe de chaque coté de la branche. Se maintenant à la force des cuisses, elle se pencha et écarta toute les ramures qui cachaient à sa vue le piège. Surprise, elle resta immobile un instant. Si elle comprenait correctement le mécanisme, à l'instant où elle aurait pousser la cordelette du pied, l'énorme bouclier percé de lames l'aurait transpercé de part en part. La seule fois où elle avait vu une de ses choses, un Tuatha était déjà entrain d'agoniser, accroché dessus. Et il avait mis beaucoup de temps à mourir.
Remerciant sa chance et surtout son compagnon d'infortune, Essylt recula en glissant de la branche en arrière pour finir le dos contre le tronc. Elle ressentit d'un coup toute la fatigue qu'elle accumulait depuis sa semaine de traque. Elle baissa les yeux sur ses mains toujours douloureuses. Le bandage de fortune commençait à s'imbiber de sang. L'écureuil descendit pour se poser à son tour face à elle. Il pencha la tête sur le coté.
- On continu, Répondit elle à sa question muette.
Oui, il fallait continuer. Seuls les Dieux savaient dans quel état pouvait se trouver Radagast. Et une semaine entre les griffes de ces sales bestioles…. Sans compter que d'après le rongeur, elle était restée inconsciente pratiquement une journée entière. Refusant de céder à nouveau à son inquiétude, Essylt se releva. Elle profita de sa hauteur pour regarder dans la direction qu'avaient pris les créatures. Trois jours plus tôt, il lui avait fallu faire un choix : deux pistes à suivre. Elle avait opté pour le Nord en espérant ne pas avoir fait une erreur. Au loin, à travers ce qu'elle pouvait discerner entre les feuillages, elle crût identifier de grands voiles de soie blanche. Si la piste remontait jusqu'à l'un des territoires de ces horribles araignées géantes, ça allait devenir très problématique. Elle était seule. Et si elle ne voulait pas perdre de temps, la contourner n'était pas une possibilité.
Décidée à réfléchir à la question que lorsqu'elle y serait, elle entama la descente de l'arbre, les muscles raidis par sa courte pause. Une fois au sol, elle enjamba le filin.
Elle s'apprêtait à rejoindre le rongeur un peu plus loin quand mû par un réflexe instinctif elle plongea en avant lorsqu'un sifflement trancha le silence de la forêt. D'un rapide coup d'œil, elle vit qu'une large flèche à l'empennage noire était enfoncée dans un tronc à l'endroit où devait se trouver sa tête quelques secondes auparavant. Des Kobolds. Elle roula au sol pour se cacher derrière l'arbre, opposé à la provenance du trait.
Elle sortit arc de la poche mais n'eut pas le temps de le bander. Elle eut à peine le temps de le lever pour parer le coup venant de sa droite. La créature grogna. Profitant de la surprise, la jeune femme donna un violent coup de pied dans l'une des chevilles de son adversaire l'envoyant au sol. Avant qu'il ne se relève, elle fût sur lui et lui trancha la gorge. Sans attendre son dû, elle reprit position derrière son tronc couverte de sang noir. Elle essuya négligemment son visage du dos de sa main et se pencha doucement. Ils étaient une bonne vingtaine à s'avancer et peut être plus si certains avaient décidés de se cacher. Ça allait vraiment être très difficile.
Le piège !
Elle se pencha à nouveau. Ils se rapprochaient d'elle en lui promettant de s'occuper d'elle. Si elle se débrouillait bien et rapidement, elle pourrait en avoir deux ou trois. Elle se déplaça derrière l'orme à sa gauche se rapprochant un peu plus de sa cible et attendit. Jugeant le moment opportun, elle lança le petit couteau en os à l'opposé de sa position et plongea. Par chance, les Kobolds étaient assez stupides pour que son simulacre de diversion fonctionne. Profitant des quelques secondes qui lui était octroyée, elle rampa au piquet et relâcha la corde.
Elle roula au sol tandis qu'au dessus d'elle la mort fouettait l'air. Elle ferma les yeux priant pour que l'instrument mortel soit suffisamment élevé pour lui épargner une horrible agonie. Elle rouvrit les yeux, le souffle court. Pas de chance, un seul était tombé. Ses comparses avaient l'air très en colère. Elle eut à peine le temps de se remettre sur pieds qu'ils se jetèrent sur elle, la poursuivant en criant alors qu'elle s'enfuyait. Elle était la plus rapide en course des Tuathas et les Kobolds, contrairement à elle, étaient alourdis par leurs imposantes pièces d'armures.
Elle sauta derrière le large tronc d'un arbre, profitant de la distance qu'elle était parvenue à mettre entre elle et ses ennemis. Les doigts tremblants et recouverts des bandages n'arrivaient pas à bander ce fichu arc.
Elle allait jeter l'arme quand plusieurs sifflements suivis de bruits de chute la firent sursauter. Elle se pencha à nouveau. Devant ses yeux, se déroulait une scène inattendue. Des flèches pleuvaient des arbres et les Kobolds tombaient les uns après les autres. Elle essaya de discerner qui été entrain de lui sauver la vie, en vain.
Abandonnant l'idée de se servir de cet arc, elle le remit dans la poche. Elle ignorait qui venait d'intervenir et elle n'avait aucune envie de le savoir. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. Il y avait trop peu de buissons dans cette partie des bois, il lui serrait difficile de disparaître à vue. Elle pouvait peut être passer par le haut. Elle se releva sans un bruit. Elle allait commencer à grimper quand elle découvrit avec stupeur que son arbre était déjà occupé. Une silhouette entièrement dissimulée sous des vêtement bruns et vert faisait chanter son arc. Pas une de ses créatures répugnantes mais un être humain.
Complètement absorbée par son observation, elle ne vit le kobold que lorsqu'il fût elle. Elle eut juste le temps de se décaler d'un pas ce qui n'empêcha pas la lame souillée de lui mordre la hanche. Surprise, elle tomba au sol face contre terre. Elle roula sur elle même ce qui lui permit par chance d'éviter un nouveau coup d'épée. Elle n'eut pas le temps de se relever que le corps sans vie de la créature lui tombait dans les bras, se vidant de sang. Elle le repoussa en grimaçant et il roula sur le coté. Elle leva les yeux sur l'ombre face à elle. L'archer de son arbre était visiblement descendu et sa tentative de fuite désormais totalement avortée. Elle voulut se remettre sur pieds mais la flèche qu'encocha l'homme avec une vitesse stupéfiante à son encontre l'en dissuada.
Essylt se perdue à nouveau dans la contemplation de son sauveur. Ou plutôt dans les vêtements qui le dissimulaient. Elle n'avait jamais vu une telle chose. De ses épaules jusqu'au milieu du torse le couvraient des centaines de petites feuilles de métal sombres.
Elle prit conscience que les bruits de la bataille avaient cessés que lorsque d'autres hommes les rejoignirent. Ils échangèrent entre eux des paroles dans une langue qui lui était inconnue et rirent. Elle avait un très mauvais pressentiment. Il fallait qu'elle trouve un moyen de partir et vite. Elle n'était pas stupide. La Tuatha connaissait parfaitement ce qu'elle risquait, elle, une femme coincée en pleine forêt par une dizaine d'hommes.

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Maellas acheva l'orch* d'un rapide coup du tranchant de son épée. Il lui fit ensuite fendre l'air et le sang maudit de la créature quitta la pureté du métal. L'Elfe enjamba le corps sans vie à ses pieds et rejoignit les siens, la main toujours serrée sur la poignée de l'arme. Il ne comprenait pas pourquoi l'une de ses horreurs étaient encore en vie. Quelle ne fût pas sa surprise de découvrir non pas un orch mais ce qui semblait être un humain. Et au vu de ce qui débordait de sa brassière de lamelles de cuir tressés, c'était une de leur femelle. Ses cheveux n'était qu'un ramassis de tresses emmêlées où il discernait plumes de toutes sortes et perles argentées. Elle portait aussi des braies faites d'empiècements du cuir grossièrement cousus entre eux et de ce qui devait être des bottes retenus aux mollets par une simple ficelle. Il n'avait jamais vu un tel accoutrement. Mais ce qui le surpris le plus étaient les étranges motifs tatoués sur ses avant bras, son front et sur l'une de ses épaules nue. Une Druath*. Pour autant qu'il le sache, il était de réputation que ces hommes avaient choisis de rejoindre l'Ombre.
- C'est quoi ça? Grogna t-il en désignant la femelle.
Eärmir se tourna vers lui tout en gardant la femelle toujours en joue.
- Ça, mon frère, c'est une femme, à moins que mes yeux ne me trompent.
- C'est une de ces Druath, tuez là !
Alors que Tholgil sortait l'une de ses dagues, Eärmir se mit entre elle et le guerrier. L'humaine se mit à ramper en arrière ayant visiblement compris ce qui l'attendait. Arya, derrière elle, l'arrêta d'un mouvement de pied et se baissa pour lui trancher la gorge. Surpris de l'intervention de son ami, Maellas leva la main pour lui faire comprendre d'attendre.
- Eärmir ?
- Tu la trouves à ton goût ? Demanda Gelirion goguenard.
- Regarde ce qu'elle a autour du cou. Répondit l'éclaireur, ignorant l'intervention de l'imposant guerrier.
Maellas obéit intrigué. Il mit la pointe de son épée sous sa gorge et la força à lever la tête. Malgré tout le sang infect qui la couvrait, il vit de quoi parlait Earmir. La menaçant toujours de sa lame, il se pencha et prit le petit bijou entre ses doigts. Le pendentif en mithril de fabrication elfique symbolisait l'étoile à cinq branches, l'emblème de l'Arnor. Il se releva et croisa le regard de la femelle. Des yeux remplis de rage et de peur mais aussi d'une détermination impressionnante.
- L'étoile des Dunedain, confirma t-il.
- Il serait mal avisé de tuer l'une des leurs. Dit Eärmir en le rejoignant.
Arya se pencha et grogna.
- L'une des leurs… Pas sur. Elle empeste encore plus que le cadeau de Gelirion.
- Elle la sûrement volé sur le cadavre d'un de ses hommes de l'Ouest. Intervint Tholgil.
Maellas le pensait aussi.
- Ou l'as tu eu ? Demanda le prince en langue commune.
Comme il s'y attendait, la fille ne répondit pas.
Ils pourraient la ramener au palais. Si ils parvenaient à la faire parler, ils en apprendraient plus sur les plans de l'Ennemi. Son père se ferait un plaisir de l'interroger. Il soupira. Elle était blessée. Elle allait les ralentir. Et la nuit allait bientôt tomber. Même pour ceux de son peuple, il n'était pas sain de rester dans les ténèbres dans cette partie des bois. L'elfe ôta son épée de son cou et la rangea dans son fourreau.
- Puisque tu t'en soucie autant, Eärmir, charges toi d'elle. Ordonna t-il en se détournant. Et attaches la, j'ai aucune envie de lui courir après !
Il allait partir récupérer les flèches sur les cadavres quand finalement elle fit entendre sa voix.
- Laissez moi partir ! Je ne vous ai causé aucun tort !
Maellas retourna auprès de la prisonnière. Il remarqua qu'Eärmir n'avait toujours pas pris la peine de l'attacher.
- Tu as pénétré le territoire des Elfes et nul ne peut traverser nos terres sans l'autorisation du roi. Lui répondit il.
- Des Elfes ?
Le capitaine de l'escouade vit son regard s'agrandir de surprise.
- Attaches là !
Eärmir acquiesça.
L'éclaireur se pencha sur la femme et l'aida à se relever. Elle tenta alors de s'échapper. Elle repoussa violemment l'Elfe et se mit à courir. Avant même qu'elle ne fit plusieurs mètres, Gelirion la frappa d'un coup à la tempe avec l'un de ses poings. Maellas foudroya son amis des yeux. Eärmir comprit le message car il alla s'empresser de nouer ses mains d'une courroie auquel il attacha une corde. Cette fois, le femelle, sonnée, ne fit même pas mine de ses débattre et lorsqu'ils se mirent en route après avoir repris leurs flèches sur les cadavres des yrch, Maellas se surprit à observer le désespoir qui avait envahi les yeux enragés de la femme et d'où s'échappaient désormais des larmes.

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Taur e-Ndaeledos* : « La forêt de grand'peur », nom que donnèrent les Elfes à Mirkwood lors de l'avènement de Dol Guldur et son emprise sur les bois.
*Druath : Signifie "Hommes Sauvages" en Sindarin.
*Orch, Yrch : Orc au singulier et au pluriel.
*Elleth, Ellith : Femme Elfe au singulier et au pluriel.
* Mellyrn : Mallorn au pluriel, les arbres de la Lorien