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Merci à mes soutiens : Darkklinne et julifanfic
Et bonne lecture à tous. 400 "views" sur Tavaril... je sais parfaitement que ce chiffre ne signifie pas grand chose, techniquement parlant, mais il fait tout de même un peu chaud au cœur.
Je ne suis pas totalement satisfaite de ce chapitre, mais j'ai eu beau le tourner et le retourner dans tous les sens, j'ai pas réussir à faire mieux.
NB: Les lignes en italiques pendant les dialogues sont dans une langue autre que la langue commune.

Chapitre 5 : Soins et décisions

24 août de l'année 3018 du T. A. - Rhovanion- Terres des Béornides

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A l'Ouest du territoire des Béornides, au pied des premières pierres marquant la fin de la vallée de l'Anduin, le grand fleuve, s'élevait le Carrock. Il avait été façonné bien des années auparavant par Béorn et était un lieu de rencontre entre ses gens et ceux de leur race encore cachés dans les montagnes. Il s'agissait d'un immense rocher qui montait vers le ciel avec un escalier qui l'enserrait en spirale jusqu'à un large mais effilé promontoire. C'est tout en haut de ce sommet, au bord du vide, qu'Essylt, guerrière libre de la tribu des Tuathas de forêt noire, héritière des techniques ancestrales de chasse des gens de son peuple et depuis quelques jours amie de bêtes en tout genre, était entrain de vider tout le contenu que son pauvre estomac pouvait encore contenir. Les mains posées sur les genoux, elle vacilla, affaiblie par la bile et les aliments prédigérés qui se frayaient un chemin par sa bouche et aussi malheureusement par le nez.
Au dessus d'elle, volant en cercle, le grand aigle Landroval* se moquait de la "fragilité" des "femelles des second nés". Elle était certaine qu'il lui tenait rigueur de son refus d'être menée dans son aire située sur l'une des corniches de l'une des plus hautes montagnes des Monts Brumeux. Passer la nuit dans des branchages sur un pic enneigé ne faisait pas du tout partit de ses projets immédiats, ni prochains d'ailleurs. Ce qui avait valu d'être "jetée" sur la colline de pierre et de subir les railleries du grand aigle. Au moins, Grison la respectait un minimum. Comme si voyager toute plus d'une journée entière maintenue juste par des serres était agréable. Et autant voler à travers les visions de bergamote était quelque chose de grisant que là, voir le monde d'en haut dans un équilibre qu'elle avait estimé plus que précaire, l'avait rendue malade.
Un aigle géant. Elle n'aurait pas crût que de telle créatures puissent exister. Elle revit la tête surprise des Elfes et plus particulièrement de celui hautain qu'elle avait blessé à la joue. Rien que pour avoir vu ça, ça valait le coup de vomir ses tripes.
Une fois certaine qu'elle ne rendrait plus rien, elle s'écarta légèrement pour se laisser tomber au sol sur les fesses. En plus, son mollet lui faisait horriblement mal. Quand soudainement l'aigle avait décidé qu'elle devait descendre, forcément sans la prévenir, elle avait dû se rattraper tant bien mal et avait roulée au sol, brisant le trait. Saleté de volaille.
Elle se laissa aller sur le dos les bras en croix reprenant son souffle. Fourbue, elle avait mal partout. Elle allait rester là quelques minutes avant de de descendre le rocher sur un pied et courir, ou plutôt boiter, chez Grimbéorn. Elle avait l'habitude de vivre des journées plutôt mouvementées mais là ça dépassait l'entendement. Elle n'en pouvait plus. Elle sentait le point de rupture approcher à grand pas.
Pourtant, elle allait devoir trouver la volonté de se lever, encore, et d'emprunter cet escalier sans se rompre le cou. D'après ce que Ragnar lui en avait dit, le Carrock était à deux ou trois heures de marche des fermes béornides pour un humain normal. Avec un pied en moins, elle mettrait au moins une demi-journée. Mais avant toute chose il lui faudrait viderde sa vessie pleine.
Landroval la salua brièvement et elle l'observa disparaître dans le ciel. Essylt se remit sur son séant. Avant de partir, il lui fallait s'occuper de sa plaie. Elle se saisit de la tunique fine elfique qu'elle portait et tira. Pendant plusieurs minutes elle tenta d'en déchirer un pan, en vain. Elle avait beau tirer de toute ses forces, il n'y avait rien à faire.
- Ces Elfes, je les déteste! Lâcha t-elle à bout de nerfs.
Même à l'autre bout de la forêt, a de nombreux jours de marche, ils continuaient à lui pourrir l'existence! Et elle cria. Un long et profond cri qui lui permit de relâcher une partie de la pression que son corps accumulait depuis des jours.
- Essylt ?!
Elle s'interrompit subitement. Elle avait crû entendre une voix crier par dessus son hurlement. Une voix grave et puissante.
-Ragnar! S'écria t-elle.
Un bruit de course se répercuta contre les roches et le change-peau surgit en haut des escaliers. Il avait dû reprendre sa forme humaine il y avait peu car il était complètement nu. Un énorme soulagement l'envahit. Elle n'était pas seule. Elle sentit des larmes de joie monter à ses yeux.
- Oh Ragnar, je suis si heureuse de te voir!
- Où est ce que tu étais passée ?! Nous t'avons cherché pendant plusieurs jours!Cria t-il en se précipitant vers elle.
Elle le laissa la palper brièvement au vu de l'inquiétude qu'elle pouvait lire sur son visage.
- Vous avez trouvé Radagast? Demanda t-elle d'une voix rendue légèrement tremblante par l'émotion.
- Oui, il y a de cela cinq jours. Répondit son ami. Tu es blessée! C'est une flèche des elfes! Comment...
- Comment va t-il? Il n'a rien?
Le change-peau cessa son inspection et la regarda. Elle essaya de lire la réponse dans ses yeux et ce qu'elle y vit l'angoissa.
- Essylt...
- Dis moi comment il va! L'interrompit elle.
- Pas bien... Maintenant laisse moi voir... Soupira t-il.
Il lui cachait quelque chose. Quelque chose ne pas bon du tout, elle en aurait mis une tresse au feu.
- Pas bien comment?
- On s'occupe de ta blessure et on va le voir d'accord? Lui proposa t-il.
Essylt accepta silencieusement. Pour qu'il élude totalement sa question c'est que les nouvelles ne seraient pas bonnes. Elle acquiesça quand le change-peau lui désigna la tunique douce qui la recouvrait. Elle l'ôta et la lui tendit. Complètement frustrée, elle regarda le tissu elfique se déchirer facilement sous la poigne de son ami. Était-elle si faible que cela? Ragnar prit la bande de tissu et s'empressa de la nouer autour de son mollet de par et d'autres de la flèche.
Elle tenta de se relever avec son aide mais ne réussit car se faire encore plus mal. Ragnar s'empressa de passer ses bras autour de ses épaules et de ses genoux mais elle l'interrompit, le regard posé sur le métal qui brillait un peu plus loin.
- Attends, mon épée! S'exclama t-elle en pointant l'arme du doigt.
Ragnar alla chercher l'objet. Il l'observa un instant et la lui tendit. Le change-peau se baissa et la prit dans ses bras.

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Après qu'elle se soit soulagée dans des fourrés en contrebas du Carrock, Ragnar la porta pendant tout le trajet. Ils gardèrent le silence, la jeune femme sommeillant sur l'épaule du change-peau. Ils mirent moins de deux heures à rejoindre les fermes fortifiées des béornides. A peine eurent ils passé l'immense porte de la palissade que Grimbéorn sortait de sa maison s'avançant vers eux. Il écarta doucement le tissus qui recouvrait son mollet et observa la blessure de la Tuatha.
- Il va falloir soigner ça.
- Plus tard! Je veux le voir, Grimbéorn! Exigea t-elle.
Le chef des change peau avait lui aussi le regard fuyant. Mais à quoi jouaient ils tous? La colère et l'incompréhension l'excédait.
- Vous allez me dire ce qui se passe?! S'écria t-elle.
Grimbéorn leur fit un signe de tête. Ils s'avancèrent vers la maison du fils de Béorn, Essylt toujours maintenue dans les bras de Ragnar. Et heureusement, car si cela n'avait pas été le cas, elle était sûre qu'elle aurait été capable d'agresser physiquement l'un des deux change peaux, inutilement.
- Essylt, Commença le père de Ragnar. Il faut que tu saches que...
Elle déglutit alors qu'il cherchait visiblement ses mots. L'envie de le frapper s'imposait de plus en plus à elle.
- Que quoi, Grimbéorn? S'énerva t-elle.
- Il a été torturé... Répondit il après un moment.
La boule d'angoisse dans sa poitrine s'amplifia. Le change-peau ouvrit la porte de son bâtiment et s'écarta pour les laisser entrer. Sans un mot, Ragnar la conduisit vers la chambre du maître de maison.
- Nous l'avons trouvé en compagnie d'une dizaine d'orcs se dirigeant vers le nord. Expliqua Grimbéorn derrière eux. Une chance qu'ils passaient prés de nos terres.
Alors elle s'était totalement fourvoyée. Elle avait choisit la mauvaise piste et Radagast en payait le prix. Tremblante, elle tapota le bras de Ragnar. Son ami la fit descendre, la maintenant toujours par un bras. La pièce était plongée dans une semi pénombre éclairée par seulement quelques bougies. Ils s'avancèrent.
- Ils étaient entrain de le torturer, Essylt. Continua Grimbéorn. Ils lui ont coupé plusieurs doigts des mains et des pieds, mais... il y a autre chose...
Ses yeux mirent un peu de temps à s'habituer à la luminosité basse.
- Son état ne s'améliore pas, bien au contraire.
Essylt ouvrit la bouche sous le choc de la vision qui se présenta à elle.
Elle entendit la voix profonde de Grimbéorn qui continuait à parler mais n'y prêtait plus aucune attention. Elle repoussa Ragnar et s'approcha du lit en claudiquant ne se préoccupant plus de sa douleur. Elle n'avait plus d'importance, pas devant ce qui se présentait devant elle. Radagast avait été installé sur le lit qui mangeait toute la pièce. Il paraissait si petit dans l'immense matelas. Et si mort. La couleur de sa peau était si transparente qu'elle pouvait parfaitement deviner les entrelacs de ses veines.
- Il a cessé de hurler la nuit dernière, Ajouta le chef des Béornides.
La Tuatha toucha le visage de son ami du bout des doigts. Il était glacé. Sous ses yeux bleu si injectés de sang que seuls les iris bleuté n'étaient pas écarlates, s'étendaient d'énormes cernes violettes. Mais ce qui acheva émotionnellement la jeune femme, était cette bouche béante ouverte sur une mâchoire où des dents manquaient. Sa gencive brune et noircie empestait. Comme si il pourrissait de l'intérieur. Elle avisa plusieurs autres endroit sombre sur sa peau si pâle qui ressemblaient à des brûlures.
- Il n'a pas été empoisonné, du moins pas rien que je ne connaisse. Soupira Grimbéorn. Ce n'est pas naturel.
- Qu'est ce que vous voulez dire? Demanda t-elle d'une voix blanche sans se retourner.
- Il empeste la magie noire et la mort.
Ainsi, Grimbéorn pensait que son vieil ami été victime d'une malédiction. Elle eut envie de rire, de pleurer et de crier mais se contenta de ne rien en faire. A quoi cela servirait il? Elle s'empara de la serviette qui se noyait dans une céramique remplie d'eau et de feuilles des rois. Avec lenteur, elle tordit le linge et rafraichit le front du vieil homme. Elle ne comprenait pas pourquoi il subissait une telle chose. Il ne se battait même pas. Il se contentait de vivre avec ses animaux en paix. De quel droit lui avait on infligé une telle horreur?
Elle n'entendit pas les change-peaux partir. Ni Ragnar revenir bien longtemps après, de nouveau vêtu. Incapable de réfléchir et contenant avec beaucoup de mal la rage qui s'insufflait en elle lui hurlant de se venger, elle restait assise au chevet de Radagast inerte.
- Il faut te soigner, Essylt. Dit Ragnar d'une voix douce.
- Ça va...
- Non, ça n'ira pas si on ne fait rien!
L'héritier de Grimbéorn la reprit dans ses bras avec autorité, ignorant ses protestations. Mais même si l'envie était dans un coin de son esprit, elle ne se débattit pas. Elle était à bout. Il l'emmena à l'extérieur de la maison et la déposa sur la table où un peu plus de deux semaines auparavant ils s'étaient assis pour déguster du lait de chèvres encore tiède. Tout ça lui apparaissait si lointain, comme le souvenir fugace d'un rêve au réveil. La couleur du ciel était sombre et étonnamment l'air frais de la soirée d'été la revigora, lui insufflant un peu de force. Une des femmes des béornides dont Essylt ignorait le nom surgit sous l'appentis. Sans douceur, elle dénoua le tissu protecteur et elle palpa le mollet de la Tuatha qui serra les dents. Foutus Elfes, que Dana les maudisse.
- Pas de chance ma fille. La pointe n'est pas ressortie.
- Je sais! Grogna Essylt.
Oh oui, elle le savait. Et elle n'ignorait point qu'il allait falloir remédier au problème.
La Béornide saisi le couteau qui pendait à sa ceinture et entreprit de couper tant bien que mal sa botte. Elle ne pût pas retenir un cri quand cette dernière peu souple glissa le long du trait brisé. La femme s'attela à faire le même sort à ses chausses. La Tuatha la regarda trancher les liens qui maintenait les pièce de cuir ensemble. Et dire qu'elle avait mis plusieurs semaines à les coudre entre eux. Cette fois, préparée à la douleur qui allait suivre, elle ne cria pas quand ses braies firent vibrer la flèche. Ragnar lui tendit un verre rempli d'un liquide ambré. A l'odeur, il s'agissait d'un alcool plutôt fort. Elle en avala une gorgée. La brûlure de sa gorge lui fit oublier un court instant celle de sa jambe. Elle vida le contenu d'un trait et rendit le gobelet à son ami.
- Le saignement est tari et la peau se referme. Combien de temps à passé depuis que les Elfes t'ont prise pour cible?
- Un peu plus d'une journée. Répondit Essylt d'une voix tremblante.
- Si cela avait une flèche d'orc tu serais morte! Vous ne savez pas vous soigner, les Tuathas ?!
- J'ai pas vraiment eu le...
Elle s'interrompit la bouche ouverte coupée par une vive brulure. Un haut le cœur la saisit quand la femme commença à limer avec sa lame le morceau rompue de la flèche. Elle mordit son poing. Elle commençait à trembler sous la douleur quand les grosses mains de Ragnar se posèrent sur ses épaules, la maintenant immobile.
- Ragnar, trouvez lui autre chose à mordre que ses doigts!
Le change-peau relâcha sa prise et disparu. La femme cessa ses mouvement et partit à son tour. Quand elle revint, elle tenait un petit marteau dans sa main. Essylt déglutit avec difficulté. Elle inspira plusieurs petites bouffées d'air pour tenter de se calmer. Son cœur battait à une vitesse impressionnante. Ragnar revint aussi et lui présenta un morceau de bois. La jeune femme s'en saisit. Elle le plaça dans sa bouche, entre ses dents.
- Tiens là! Si elle bouge la plaie s'agrandira plus que nécessaire.
La Tuatha sentit l'étau des mains puissantes se refermer sur sa jambe blessée. Elle eut à peine le temps de saisir les bords de la table de ses doigts que le premier coups frappa. Les dents serrées sur le bois tendre, elle gémit, les larmes inondant son visage.
- Et bien, on voit que tu n'as jamais eu à expulser un p'tiot, ma fille! Tu pleures comme un homme!
Elle tapa une seconde fois.
- Pourtant, tu es largement en âge de te marier !
Elle arracha le trait d'un coup sec. Et cette fois, les dents d'Essylt relâchèrent le bois tendre pour crier.
- Traîne pas trop avant de te faner...
La guerrière grimaça en se relevant sur ses coudes, fébrile. La femme était entrain d'enrouler des linges imbibées d'un cataplasme autour de la blessure. Le froid de la préparation la soulagea. En observant son visage encore doux malgré son âge, Essylt pensa que la femme avait dû être très jolie dans sa jeunesse.
- C'est quoi votre nom? Grogna t-elle.
- Marlie.
- Je vous déteste...Marlie.
Le souffle court, Essylt se laissa retomber sur la table. Dans un état second, elle sentit qu'on lui tamponnait les tempes couvertes de sueur. Elle remercia Ragnar du bout des lèvres. Elle commençait à se laisser aller à la somnolence qui l'appelait quand des cris de surprise d'un enfant la ramenèrent à la désagréable réalité.
- Et bien, en voilà une drôle de chose, Dit Marlie.
Curieuse, elle se releva à nouveau avec l'aide de son ami. Et elle sourit légèrement. Dans la cour de la petite ferme, un écureuil roux sautait hors des serres d'un faucon. Bergamote et Grison faisaient une entrée étonnante chez les Béornides.

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24 août de l'année 3018 du T. A. - Rhovanion- Terres de Grimbéorn

Essylt avait beau se tourner et se retourner dans le lit de Ragnar, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Dés qu'elle fermait les yeux, de terribles pensées l'assaillaient. Et elle se sentait complètement impuissante pour Radagast, ne sachant que faire. Aller chercher ce Gandalf ou attendre la mort de Radagast qui semblait inéluctable... Ce qui reviendrait à la même finalité. Elle repoussa les draps avec rage et se redressa. Elle avait encore envie de hurler. Ce qui serait sûrement très mal vu par ses hôtes. Elle regarda Grison couché à l'autre bout du lit. Et dire que ce foutu écureuil ronflait à coté d'elle comme un bienheureux...
Son regard fût attiré vers le sol. Elle se pencha et ramassa l'arme de l'Elfe qui brillait de mille éclats à la lueur des bougies.
C'était vraiment une très belle épée. Enfin, c'est ce qu'elle se disait car elle n'avait pas beaucoup d'expérience dans ce genre d'arme. Les Tuathas utilisaient des lames courtes faites seulement pour chasser ou tuer pas pour en faire de telles excentricités. Et les Béornides, eux se battaient à coup de griffes. Essylt ne gardait pas beaucoup de souvenir de celle de son père, mais elle était certaine qu'elle ne ressemblait en rien à cette pièce. Malgré sa longueur elle était aussi légère que le couteau qu'elle possédait avant que celui ci ne disparaisse dans les ruines de Rhosgobel. La jeune femme passa le doigt sur les gravures somptueuses qui ornaient le métal blanc : Des motifs et des volutes dorées. La lame n'était pas dans du fer mais dans un métal argenté et pâle. Le cuir de la poignée était lui aussi gravée de lignes. Cet objet devait valoir son pesant d'or. Une bien belle prise. Elle comptait la laisser à Grimbéorn au cas où des Elfes débarqueraient chez lui mais finalement elle se demanda si elle n'allait pas la garder. Après le traitement que lui avait prodigué son propriétaire, elle estimait être en droit de la garder en paiement. Elle la reposa sur la couverture de laine.
Devant elle apparu un gobelet rempli d'où montait de la vapeur malodorante. Elle le prit, remerciant Ragnar du bout des lèvres. Elle poussa ses jambes et son ami prit place sur son lit.
- C'est une infusion de camomille, Grimaça t-il. D'après Marlie, cela devrait t'aider à dormir.
- Où elle essaie encore de me tuer... Je crois qu'elle ne m'aime pas beaucoup.
Le change-peau éclata d'un rire puissant devant sa moue. Il eut même l'audace de profiter de son état et de lui frotter le dessus de la tête comme on le ferait à un chien. La Tuatha le repoussa en grognant. Grison releva la tête avant de replonger dans son sommeil. Sale bête chanceuse.
- Tu veux bien me raconter ce qui t'es arrivé? Demanda t-il une fois son hilarité calmée.
Essylt lui raconta tout sans s'arrêter. Son arrivée à Rhosgobel, l'étrange mal de Radagast, ce qu'il lui avait fait et sa capacité à son réveil de communiquer avec les animaux. Sa traque en compagnie d'un écureuil, l'arrivée des kobolds et des Elfes. Leur roi et pour finir son évasion dans les pattes d'un aigle géant. Au fur et à mesure de son récit, elle vit le regard de son ami s'agrandir. En d'autres circonstance elle se serait moquée de sa mimique mais elle n'en avait même pas la force. Alors qu'elle lui racontait ses "aventures", elle prit conscience du bordel dans lequel elle avait mit les pieds, totalement en aveugle.
- C'est déroutant, finit par dire Ragnar après un long silence.
- Je ne sais pas quoi faire, je suis complètement perdue, soupira t-elle. Je refuse d'abandonner Radagast. Et en même temps, je suis une Tuatha, j'aurais dû rejoindre la tribu il y a deux semaines. C'est ce je devrais faire même si au vu de ma disparition, ils ont dû à nouveau changer de campement. Ils doivent me croire morte...
Le change-peau lui mit une main qui se voulait rassurante sur son épaule.
- Essylt, je ne crois pas que tu es le pouvoir d'aider Radagast, personne ne le peut.
- Il y a peut être quelqu'un qui le pourrait...
Ragnar se tourna vers elle dans un mouvement brusque.
- Qui?
- Il y a plus d'un an j'ai rencontré un autre magicien à Rhosgobel. Et avant qu'il ne soit enlevé et que je m'évanouisse, Radagast m'a demandé de voir ce même magicien. Ce Gandalf. A Fondcombe.
- Fondcombe... La demeure du semi elfe Elrond... Souffla le change-peau.
- Un semi-elfe? C'est quoi ça encore?! S'exclama t-elle.
Ragnar l'ignora et laissa son regard s'attacher à la flamme tremblante d'une bougie.
- Pendant que tu dormais, un messager des Elfes s'est arrêté chez nous. Dit-il.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit?! Il me cherchait? S'inquiéta t-elle.
Elle n'avait aucune envie que les Béornides aient des ennuis à cause d'elle et encore moins que ces oreilles pointues lui remettent la main dessus.
- Ce n'était pas l'un de ceux qui vivent dans les bois, mais un envoyé du seigneur Elrond, à l'Ouest par delà les montagnes. Lui expliqua Ragnar. Il nous a convié à se rendre dans sa cité, afin de participer à une sorte de conseil de guerre.
- Un conseil de guerre? Mais quelle guerre? Je doute que les problèmes de l'Est intéresse l'Ouest... Fit remarquer la Tuatha.
- Le peu de personnes que nous voyons traverser le gué parlent de temps de grands malheurs, de sombres présages et de cavaliers noirs...
Essylt ne voyait pas du tout ce que cela pouvait signifier. Il y a bien longtemps que de grands malheurs et de sombres présages avaient envahis les terres où ils vivaient. A vrai dire, elle n'avait jamais rien connu autre chose. Pas depuis l'attaque.
- On dit que le fléau d'Isildur a été retrouvé...
- Le fléau d'Isildur? Répéta t-elle en fronçant les sourcils.
Elle avait l'impression de connaître ce mot, Isildur, mais n'arrivait pas à se rappeler où elle avait pu l'entendre.
- Si cela venait à arriver, alors que mes ancêtres nous protège! Dit Grimbéorn faisant sursauter la Tuatha.
Elle était tellement absorbée dans sa conversation avec son fils qu'elle n'avait pas pris conscience que l'immense change peau les avait rejoint. Et elle se prétendait chasseuse hors pair...
- C'est quoi le fléau d'Isildur? Demanda t-elle au deux hommes.
Grimbéorn s'adossa contre le mur de la chambre. A l'ombre des bougies, il était encore plus impressionnant qu'à l'accoutumée.
- De ce que m'a raconté mon père il y a de ça plusieurs décennies, il s'agirait d'une arme maléfique capable d'assujettir toute la Terre du Milieu. Expliqua t-il. Un anneau.
La Tuatha avait beaucoup de mal à s'imaginer comment un anneau, aussi maléfique soit il, pourrait détruire le monde.
- On dit qu'un grand malheur est arrivé de l'Ouest il y a des milliers d'années sous la forme d'un seigneur noir. Continua Grimbéorn. Et qu'il aurait créer cet anneau en y versant tout ses plus sombres sortilèges. Une grande guerre a suivit. Une alliance d'armées d'Elfes, d'Hommes et de tous ceux les races qui voulaient restées libre, l'a affronté, lui et ses hordes d'orcs, et l'a déchu. Mais l'anneau aurait survécu à cause d'un homme, un roi nommé Isildur, qui au lieu de le détruire s'en ai emparé. Ce roi a été tué par une embuscade d'orcs dans le marais des Iris au Sud. Certains prétendent que c'est l'anneau qui l'aurait tué et qu'il aurait disparu.
Elle connaissait vaguement ce récit, elle en était certaine. Un souvenir lointain, d'une époque où elle grimpait sur les genoux de son père, prés de l'âtre. Un temps d'insouciance avant les malheurs qui avaient tout changés.
- Ça ressemble beaucoup à une de ces histoires que les anciens aiment raconter aux plus jeunes pour les veillées, Fit remarquer la jeune femme.
- Vous les Hommes ne pouvaient ressentir ces choses, mais nous, nous avons un lien avec la terre. Dit le Change-peau avec un air plus sombre qu'auparavant. Et je t'affirme qu'elle pleure les malheurs à venir.
Un lourd silence s'abattit dans la petite pièce suite aux déclarations du chef des Béornides. Un silence pesant. Même si Essylt ne croyait pas un seul instant à ses histoires d'anneau maléfique, l'ambiance instaurée n'avait rien de rassurant. Elle avait la désagréable que quelque chose de mauvais était avec eux, dissimulée dans l'ombre prête à leur sauter à la gorge.
- J'ai entendu ton récit, Essylt. Reprit Grimbéorn. Tu dois aller voir ce Gandalf.
La jeune femme soupira.
- J'ignore comment y aller, rétorqua t-elle. Et le temps que je trouve ce magicien, Radagast sera mort!
- Il partira avec toi.
Elle leva les yeux surprise vers son ainé. Avant qu'elle ne réplique, Ragnar se leva pour faire face à son père.
- Dans son état?! Les montagnes sont pleines de Gobelins et elle sera seule et bléssée! S'emporta t-il.
Les deux change-peaux s'affrontèrent un cours instant du regard. Essylt ne cacha pas sa stupeur. Jamais elle n'avait vu son ami ainsi, tenant tête à son père.
- Ragnar a raison Grimbéorn. Dit elle finalement. Je serais incapable d'emprunter une telle route même si je le voulais. Je ne suis qu'une Tuatha...
- J'en conviens. Mais pas si le voyage se fait à vol d'oiseau.
La jeune femme fronça les sourcils. Elle comprenait où le chef des change-peaux voulait en venir. Mais elle ne se voyait pas voler à nouveau entre les serres de Landroval. Et avec Radagast... Cela était invraisemblable.
- Et tu l'accompagneras mon fils. Pour son escorte et pour ce conseil. Les miens ne resteront pas dans l'ombre, nous devons savoir à quoi nous avons à faire !
Ragnar ouvrit de grands yeux effarés.
- Quoi?! Mais...
- Qu'est ce qui vous fait croire que le grand aigle nous aidera? Et je doute que l'on tienne à trois dessus... Dit Essylt ignorant royalement l'intervention de son ami.
Non, peu importe de la manière dont elle pouvait se l'imaginer, elle ne voyait vraiment pas comment ils voyageraient sur un aigle, aussi grand soit il. Ragnar était quand même très imposant et Radagast, incapable de se tenir.
- Il n'est pas seul. Répondit Grimbéorn en souriant.
- Comment pouvez vous en être aussi certain?
- Sous mon autre forme, je peux moi aussi communiquer avec les animaux. Ce sont eux qui ont eu cette idée, Essylt.
Elle ne répondit pas surprise par l'information. Grimbéorn, dans son immense forme d'ours noir, discutant gaiement avec des oiseaux... Visiblement, elle ignorait beaucoup de choses sur les Béornides, et ce malgré le nombre d'années qu'elle les connaissait.
- Voler? Sur des Aigles?! S'exclama Ragnar d'une voix tremblante.
- Reposez vous. Vous partirez demain avant que la prochaine lune ne se lève. Ajouta Grimbéorn.
Essylt le regarda se détourner et quitter la pièce. Demain, elle partirait voir d'autre Elfes en volant au dessus des montagnes. Elle eut envie nerveuse de rire. Sa dernière rencontre avec ces êtres aux oreilles pointues ne lui donnait pas la moindre envie d'en voir d'autres, quand au vol avec Landroval... Elle se tourna vers Ragnar qui semblait paniqué. Le pauvre n'en menait pas large. Il n'était qu'un homme-ours qui avait plus sa place sur la terre ferme que sur les griffes d'un aigle. Avec une fausse sympathie, elle posa sa main sur son bras puissant et lui adressa un sourire moqueur. Il l'ignorait mais elle n'en pensait pas moins. Le voyage serait loin, très loin d'être agréable.
Elle se recoucha, cette fois aux cotés de son ami profitant de la chaleur élevée de son corps, mais ne trouva pas plus le sommeil ne cessant pas de penser que si elle avait suivit la bonne piste, la situation aurait pu être totalement différente. Il y avait aussi cette désagréable impression de faire le mauvais choix et d'abandonner les siens.

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24 août de l'année 3018 du T. A. - Rhovanion- Palais de Thranduil

Maellas traversait la cité de son père aussi vite qu'il lui était permis sans courir. Il n'avait même pas pris la peine de déposer ses armes en revenant de l'expédition, et c'est son arc toujours en main qu'il s'imposait dans les allées remplies de curieux, de gardes et autres courtisans. Le prince transpirait tellement la colère que ceux qui le croisaient s'en écartaient rapidement. Pour une fois, cela lui évitait de se cacher derrière de faux airs complaisants.
Depuis la double attaque simultanée des Yrch, la forteresse elfique était en état d'urgence. La garnison avait été doublée et les tours de garde considérablement augmentés. Une forte tension était palpable. Et il y avait de quoi. Jamais, depuis que Thranduil avait ordonné leur retraite dans ses cavernes, aucun des serviteurs de Dol Guldur ou du mont Gundabad n'était parvenu à trouver leur refuge. Ces êtres damnés avaient toujours été maintenus hors de leurs frontières. Ils craignaient les premiers nés d'Eru. Mais cette fois-ci, ils avaient osé les attaquer de front et d'une manière beaucoup trop intelligente pour n'être que de leur seul fait.
Quelqu'un ou quelque chose tirait les ficelles. Il y a plusieurs années que les rumeurs de son retour couraient dans la forêt et dans les paroles des hommes d'Esgaroth ou de Dale. Mais le roi avait choisi l'autarcie. Même après la bataille des cinq armées, il avait préféré qu'ils se terrent. Et voilà où cela les avaient menés. Douze des leurs étaient morts : Trois gardes et neuf sentinelles. Certains étaient des amis. Sans compter que la Druath*, son épée et cette créature, ce Gollum, s'étaient enfuis alors qu'ils étaient sous sa garde.
Il n'était pas en colère. Cela allait au delà de ça. C'était de la rage.
Maellas ne répondit pas au salut que lui adressèrent les membres de la garde rapprochée de son père et grimpa en courant les marches qui menaient à la salle du trône. En arrivant dans la pièce, il découvrit avec surprise que Legolas se trouvait auprès du roi. Tout les deux se tournèrent vers lui et le prince fit mime d'ignorer leurs regards qui se portèrent sur sa joue. Surtout celui moqueur de son frère.
- Tu es enfin de retour. Dit Thranduil. Alors, qu'en est-il ?
Maellas ravala les injures qu'il avait envie de vomir à son encontre. Il fallait qu'il se contrôle.
- Nous avons traqué les yrch. Ils se sont séparés en plusieurs groupes et ont disparus dans la forêt dans plusieurs directions. Et nous avons perdus la piste de Gollum aux Emyn Duir*. Répondit-il.
Le roi se détourna de lui après lui avoir accordé un sourire ironique. Serrant les dents, Maellas le regarda se diriger vers son trône avec sa grâce légendaire particulièrement irritante au vu des circonstances. Le roi lui donnait l'impression de se moquer totalement de la situation.
- La Druath est partie en direction du Sud Ouest, Ajouta t-il. Je souhaiterai la prendre en chasse.
Thranduil émit un claquement de langue réprobateur.
- Vu dans quel état elle t'as mis… Lâcha t-il. D'autres plus aptes s'en chargeront.
- C'est à moi qu'il revient de la trouver et de reprendre ce dont elle s'est emparée.
Le roi porta avec lenteur un verre de vin à son nez. Il sourit légèrement en inspirant tous ses arômes puis en avala une gorgée.
- Elle a été secourue par un des grands aigles. Fit remarquer Thranduil. Il apparait donc qu'elle n'était pas une ennemie car ils abhorrent le mal.
- Nous n'en avons aucune certitude! S'énerva Maellas. Ceux que vous avez envoyé à Rhosgobel n'ont rien trouvé de probant!
Il vit Legolas, inquiet, amorcer un pas vers lui devant son emportement. D'un signe du menton, Thranduil lui fit comprendre de rester à sa place.
- La colère n'est pas saine, mon fils. Soupira le roi.
- Contrairement à la peur... père...? Cracha Maellas.
- Si tu as été incapable de sauvegarder ton héritage, il se peut que tu ne le mérites pas...
Son père plongea ses opales bleutées dans les siennes. Maellas l'affronta déversant toute sa rage dans l'échange. Les sourcils du roi se froncèrent et pour la première fois, ce fût lui qui rompit leur affrontement. Il crût même voir passer un nuage de tristesse, un très court instant dans les yeux du roi.
- Va te faire soigner, Dit Thranduil avec une douceur qui stupéfia le prince.
Et il ne fût pas le seul au vu de la surprise qu'il lu sur le visage de Legolas.
Maellas retint ses protestations et baissa la tête en signe d'acceptation. Il prit congé sans ajouter quoique ce soit. Un peu plus loin, il écarta son poing qu'il avait gardé serré et jeta un coup d'œil au bijou qu'il avait arraché en tentant de retenir cette humaine du Sud. Puissent les Valar faire en sorte qu'il recroise sa route. Et si jamais il avait raison, si elle n'était qu'une sorcière à la solde du Mal, ce dont il en était persuadé, elle paierait. Et il la tuerait.

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Landroval * : Frère de Gwaihir, les grands aigles des monts Brumeux. Descendant de Thorondor (cf : Le silmarillon : le sauvetage de Maedhros)
Druath* : Signifie "Hommes Sauvages" en Sindarin.
Emyn Duir*: "Montagnes sombres" en sindarin. Au cœur de la forêt noire se dressent une chaîne de collines qui ont d'ailleurs servi un temps de demeure aux Elfes Sylvain de Thranduil à l'époque de la guerre de l'anneau du temps qu'Oropher était encore en vie. (le père de Thranduil qui se fit littéralement massacrer au portes du Mordor)