Tout d'abord, je tiens à présenter des excuses à tous ceux qui me lisent pour le retard dans ma publication. Je suis tombée malade et je suis ensuite partie promptement en vacance dans un bled paumé en bourgogne sans connexion internet, la 3G ils ne connaissent pas... Et à mon retour, il m'a fallu reprendre le difficile rythme du boulot. J'avoue avoir mis un peu de temps à me remettre dans le bain.

Merci à Darkklinne qui est venue aux nouvelles.

Merci à Darkklinne, beta-test, juliefanfic et mimi70 pour vos reviews.

Je souhaite aussi vous conseiller une bande dessinée que je viens de découvrir : les Chroniques d'Arcéa par la talentueuse Vyrhelle. Vous pouvez aller sur sa page Facebook ou son compte DeviantArt afin d'y admirer ses splendides œuvres.

En espérant être toujours à la hauteur...

Chapitre 7 : La vallée cachée.

Essylt essayait de contrôler la tension nerveuse qui ne la quittait pas.

Elle s'était préparée a beaucoup de surprises pour leur voyage jusqu'à Gandalf. Elle avait échafaudé de dizaine de façons différentes des plans pour contrer des attaques de Kobolds* ou d'autres créatures tout aussi sympathiques. Elle avait même tenté d'envisager l'échec total de leur action avec le décès prématuré de Radagast. Mais ça, jamais elle ne l'aurais prévu. Que ce seigneur Elrond puisse être informé par Dana seule savait par quel moyen de leur venue et que cinq cavaliers elfique leur aient été envoyé en escorte, elle pouvait le concevoir : elle avait compris depuis quelques jours que le monde dans lequel elle vivait depuis vingt-sept printemps lui était en réalité totalement inconnu. Mais qu'un foutu canasson elfique ai décidé de lui pourrir l'existence, ça, elle ne pouvait pas l'accepter.

Voler sur le dos d'un aigle géant, c'était merveilleux. Même grimper sur le dos de Ragnar sous sa forme d'ours était amusant. Mais ce cheval prétentieux, était un véritable engin de torture. Elle avait mal. Ses fesses n'étaient plus qu'un amas indéfini de douleurs qui lui remontaient le long de la colonne vertébrale avec un point des plus vifs au niveau de ses reins. Sans oublier son entrecuisse qui lui brûlait comme si on l'avait besognée pendant des heures. Elle abhorrait Aiglos*. Et il le lui rendait bien. Car, non content de lui ruiner son derrière, ce cheval s'était donné la mission de lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue sur son dos.

L'Elfe Elladan, derrière qui elle avait été invitée à monter, n'avait pourtant pas tari d'éloges à l'encontre de l'animal sur tout le chemin. Mais contrairement à ce que prétendait le cavalier, sa monture n'était ni douce, ni gentille et encore moins agréable. Bien au contraire.

Déjà la veille, tentant de mettre de coté l'appréhension de son premier voyage à cheval, la Tuatha avait tenté gentiment de communiquer avec lui mais, à peine l'avait-elle saluée que ce stupide cheval l'avait rabrouée en lui faisant comprendre qu'il ne s'adresserait pas avec quelqu'un d'une sous-race comme la sienne. Et il s'était ensuite chargé de la ridiculiser avec un grand plaisir. Quelques heures auparavant, après avoir voyagé pendant toute la journée et une partie de la nuit à vive allure à travers les bois verdoyants, les cavaliers elfiques s'étaient décidés à scinder le groupe en deux partie. Trois d'entre eux continueraient la route pour amener le plus rapidement possible Radagast à Fondcombe, deux autres dont Elladan, resteraient avec elle et Ragnar pour qu'ils puissent se reposer durant d'une brève halte. Complètement absorbée à regarder le magicien disparaître derrière les feuillages avec ses trois accompagnateurs, Essylt ne pris pas garde au léger, très léger mouvement des muscles dorsaux que fit Aiglos après que son propriétaire est sauté au sol. Quelle erreur. Elle avait alors senti son corps glisser tout doucement sur le coté sans pouvoir se rattraper au poils courts de l'animal. Et c'est le souffle coupé par le choc, que ses fesses, déjà ruinées, étaient entrées en contact avec le sol dans un bruit sourd. Les deux Elfes avaient affiché un visage surpris et désolé mais Essylt avait parfaitement discerné l'amusement dans leurs yeux. Et cet idiot de Ragnar, qui par chance pour lui avait gardé sa forme animale et donc une certaine distance, n'avait pas pu s'empêcher de rire aux éclats. Ce qui pour un ours ressemblait à un étrange mélange de grognement et de cris totalement ridicules.

Et désormais, grâce au sale coup que lui avait fait cette saleté de bestiole, elle se retrouvait toujours à le chevaucher mais cette fois à l'avant, encadrée par les bras d'Elladan. Et pendant que l'Elfe qui la rendait toute chose la maintenait, son fidèle destrier, "Aiglos le bel" comme il se plaisait à se nommer lui même, lui adressait des gentillesses allant de « stupide humaine » à « bouse de troll » incapable de saisir l'immense chance qu'elle avait de voyager sur lui.

Elle ne regardait même plus la superbe forêt qui défilait autour d'elle trop concentrée à ne pas céder à l'envie de répondre à l'animal. Le « grosse vache » qu'elle lui avait lancé après sa chute lui avait valu le regard réprobateur des Elfes. Gilion, le second cavalier, avait même émis l'idée qu'Aiglos n'avait fait que répondre à une provocation de sa part.

Elle haïssait ce cheval. Et ces Elfes, par finalité, même si ils étaient très loin de ressembler à ceux qu'elle avait eu la malchance de rencontrer dans sa forêt. D'ailleurs, elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander, au vu de la douleur à son assise, comment les cavaliers pouvait chevaucher ainsi sans sembler ne ressentir aucune gène. Car elle était une femme et elle souffrait à une certaine zone de son anatomie alors comment faisaient ils... Ou bien, les Elfes mâles n'avaient aucune sensation ou il n'y avait rien. Après tout, dans les histoires qu'on racontaient sur eux, il était toujours dit que peu d'enfants Elfes venaient au monde. Peut être qu'une partie de leur peuple était inapte à se reproduire. Elle plaignit un court instant leurs femmes.

Le terrain dans lequel ils évoluaient changea soudainement. Les arbres se firent plus rares. Les cavaliers ralentirent et dirigèrent les chevaux sur un sentier qui grimpait. Ils le parcoururent durant un bon moment. La Tuatha n'en menait pas large, à sa droite s'étendait le vide et elle avait l'impression que leur désagréable monture dépassait en largeur l'étroit chemin. Elle n'avait aucun contrôle. Et sa confiance dans les oreilles pointues aussi beaux soient ils était plus que légère.

La main droite d'Elladan quitta les rênes pour se poser sur son bras avec une légère pression. La Tuatha tourna la tête vers l'Elfe.

- Voyez ma Dame, la cité d'Imladris. Lui indiqua t-il. Première maison simple de l'Ouest et demeure du Seigneur Elrond.

Son cavalier ponctua son annonce d'un geste du menton vers la falaise. Essylt déglutit et regarda dans la direction indiquée, en contrebas du sentier. La jeune femme entrouvrit la bouche malgré elle devant ce qui se présentait à ses yeux. Autant elle pouvait convenir que la caverne de Elfes des bois était plutôt joliment ouvragée pour le peu qui lui avait été donné de voir, autant ce qui se présentait à l'instant à elle était sublime.

Dominée de tout coté par des versants abrupts et élevés, la gorge de Fondcombe s'étendait sous leurs pieds. La cité elfique était bâtie sur une île d'immense rochers entourée d'une mer de pins très odorants. Face à eux, à l'Est, un nombre incalculable de cascades l'arrosait, la traversait pour finir par gonfler ce qui devait être un fleuve qui serpentait vers le Sud Ouest. La lumière tombante du jour habillait la vallée de multiples tons qui donnait aux lieux une teinte totalement irréelle. En réalité, elle doutait que sublime ne suffise à décrire les lieux.

Tout à son observation, elle ne prit pas attention à Gilion qui parla dans sa jolie langue chantante à Elladan. Elle se tendit quand l'elfe resserra ses bras autour d'elle et les chevaux s'élancèrent sous un petit cri de surprise d'Essylt. Ils avancèrent ainsi pendant quelques minutes avant de s'engager dans une vertigineuse descente. Les cavaliers semblaient beaucoup apprécier ce soudain élancement, pas la Tuatha. Elle souffrait. A chaque foulée du cheval, ses fesses se soulevaient et venaient frapper la croupe musclée de l'animal. Elle serra les dents, priant intérieurement tous les dieux qu'elle connaissait pour que cela cesse au plus vite. Ils arrivèrent rapidement dans une sorte de cour en contrebas de la cité où d'autres oreilles pointues attendaient. Beaucoup trop vite au goût d'Essylt qui avait le cœur au bord des lèvres. Les chevaux ralentirent leur course dans un bel ensemble d'une manière très abrupte. Tremblante de peur, elle était certaine qu'elle aurait fini au sol si Elladan ne l'avait pas maintenue fortement contre lui. Son cœur battait à tout rompre. Il ôta finalement son bras et sauta gracieusement d'Aiglos. La jeune femme laissa l'Elfe la saisir comme si elle ne pesait rien et la poser précautionneusement au sol.

Malgré elle, de légers tremblements se répandaient dans ses jambes. Elladan du le sentir car il raffermit la poigne qu'il avait sur sa taille. Elle se sentit rougir devant le magnifique visage de l'Elfe baissé sur elle.

- Vous allez bien, ma Dame ? Sembla-t-il s'inquiéter.

- Oui, ça doit être la fatigue. Répondit-elle d'une voix qu'elle aurait voulu plus assurée.

- Assurément.

Il lui fit un sourire qui se voulait encourageant mais qui fit surtout rougir encore plus la jeune femme.

Reprenant finalement contenance, Essylt s'écarta de lui en baissant les yeux. Aussi beau que soit cet Elfe, il était hors de question qu'elle se montre faible. Lui et son compagnon s'étaient déjà suffisamment moqués d'elle durant le voyage, raillant sa raideur, sa peur et sa chute.

Elladan la jaugea un instant puis se redressa.

Ragnar émit un grognement significatif. Essylt attrapa les vêtements du change peau qu'elle avait laissé sur cet idiot Aiglos. Elle voulut s'approcher de son ami mais Elladan se déplaça à une vitesse incroyable entre elle et lui.

- Votre compagnon est nu. Expliqua-t-il en l'empêchant de faire un pas de coté.

Essylt fronça les sourcils.

- Et alors? Demanda-t-elle.

L'Elfe ouvrit ses grands yeux d'argent, visiblement choqué.

- Une dame ne doit pas voir un homme nu…

- Jamais...? Demanda-t-elle avec un amusement non dissimulé.

L'apparition de petites rides entre les sourcils de l'Elfe lui démontra que la touche d'humour n'avait pas eu l'effet escompté, bien au contraire. L'elfe brun croisa les bras sur sa poitrine. Essylt remarqua la soudaine puissance qui émanait de lui. Visiblement non, il était hors de question qu'elle passe.

- Je conçois que vous soyez surpris par ce genre de… manière, Seigneur Elladan, mais c'est chose commune parmi les miens. Alors si je ne lui donne pas ses vêtements il va rester dans cette condition et je doute que cela soit du goût du Seigneur de ces lieux !

Elladan lui arracha les vêtements, contrarié. Malheureusement pour lui, Ragnar qui avait du suivre leur échange le contourna pour la rejoindre. Le Change-peau était dressé de toute sa hauteur offrant à tout regard sa virilité avec une fierté non dissimulée.

Des murmures de désapprobation s'élevèrent autour d'eux. Essylt ne put s'empêcher de rire quand Elladan se mit à nouveau entre elle et le Béornide. Le regard des Elfes qu'elle sentait sur elle la calmèrent immédiatement. Ces êtres magnifiques n'avaient vraiment aucun sens de l'humour hormis le leur.

Un raclement de gorge la fit se retourner et elle vit un Elfe richement vêtu de robes dans les tons vert émeraude en bas de longs escaliers ornés des statues d'un homme et d'une femme qui tenaient respectivement une lune et un soleil au dessus de leur têtes.

- Bienvenus à Imladris demeure du seign… commença l'Elfe.

Essylt suivit son regard qui restait figé non loin d'elle et rit silencieusement en comprenant. Ragnar n'était toujours pas vêtu car Elladan tenait toujours la tunique de laine dans ses mains. L'Elfe sembla lui aussi le comprendre et donna les vêtements au Change-peau sans douceur avant de lui jeter un regard amusé au plus grand étonnement de la Tuatha. Il fit un signe de tête vers le nouveau venu. La jeune femme se retourna.

L'Elfe qui les avait rejoint était écarlate.

- Respire Lindir, Dit la voix de Gilion.

Le rire d'Elladan se mêla au sien. L'Elfe qui se nommait Lindir ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Ainsi les Elfes pouvaient perdre toute dignité.

Derrière lui, apparût un autre Elfe qui descendait les escaliers avec grâce. Il émanait de lui une prestance absolue. Brun et de haute stature, il se dégageait de lui encore plus de puissance que chez les siens qu'elle avait rencontrés jusqu'à maintenant. Alors qu'il se rapprochait, Essylt nota la ressemblance qu'il avait avec Elladan.

Lindir sembla réaliser qui venait de les rejoindre car sans se retourner, il baissa la tête et s'écarta.

- Seigneur Elrond, souffla-t-il.

Le concerné passa devant lui en lui faisant signe de se relever. Il s'arrêta devant Ragnar et l'observa un instant.

- Bienvenue à Fondcombe, Ragnar fils de Grimbéorn. Jamais l'un des vôtres n'a foulé nos terres, c'est donc avec un très grand honneur que je vous reçois.

Il se tourna ensuite vers elle et la rejoignit. Les yeux gris sans âge qui se posèrent sur elle étaient curieux mais non dénués d'une grande douceur. A sa grande surprise, il lui prit doucement la main qu'il sera dans les siennes.

- A qui ais je l'honneur, ma Dame?

- Essylt, fille de Galaad. Répondit la Tuatha avec une grande fierté non dissimulée.

L'Elfe lui retourna un regard amusé qui lui déplut.

- Comment va Radagast ? Gandalf a pu le voir ? S'empressa-t-elle de demander.

Le Seigneur Elrond relâcha sa main qu'il n'avait pas cesser de tenir avec douceur. Et, à la grande surprise de la jeune femme s'inclina légèrement devant elle.

- Nous prenons grand soin de Radagast le brun, il reprend des forces. Dit il sans la quitter des yeux. Quand à Gandalf le Gris, il n'est pas dans ces lieux. Il n'en ai pas moins attendu et sa venue devrait être l'affaire de quelques jours. En attendant, vous trouverez asile en ma maison, héritière des hommes de l'Ouest.

Essylt ouvrit de grands yeux. Elle ignorait totalement de quoi le seigneur Elrond parlait. Elle sentit tous les regards qui étaient posés sur elle et rougit, mal à l'aise. Elle tourna son visage vers Elladan et Gilion pour y découvrir dans leurs yeux de la surprise.

- Lindir ! Mènent nos invités à leurs appartements afin qu'ils puissent se reposer, je te prie.

L'Elfe concerné les rejoignit à l'appel d'Elrond.

- Bien, mon Seigneur, répondit Lindir. Ma Dame, Sire….

Sans rien dire car encore surprise des réactions autour d'elle, Essylt talonna Lindir suivie de prés par Ragnar.

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Le jardin était magnifique, comme toujours.

Les dernières lueurs rougeoyantes de la soleil illuminaient chaque arbres, chaque fleurs et chaque brins. C'était comme des milliers de joyaux précieux qui s'animaient soudainement. Plusieurs Eldar affirmaient que les jardins d'Imladris n'étaient qu'un pâle reflet de ceux de Valinor.

Du bout de son index, Idris* caressa le délicat pétale d'une des roses de l'arbuste à coté du banc sur lequel elle s'était installée. Si doux et si fragile. Et si éphémère. Toute leur beauté était là, dans ce si court instant de vie. Pendant un temps trop court à ses yeux, les fleurs déployaient leurs somptueux artifices avant de flétrir.

D'ici quelques jours, elle partirait. Elle entreprendrait le voyage sans retour. Plus d'un mois à traverser l'Eriador pour rejoindre la baie des Havres Gris et de là… Beaucoup des siens ne rêvaient que de cela. Ceux qui en étaient venus ne songeaient qu'à y retourner et les autres ne détachaient pas leurs pensées des rivages immortels. Du moins, ceux qui avaient reçu ce que l'on nommait vulgairement l'Appel. Toute sa famille était déjà là-bas, sa mère ,son père et ses deux sœurs, leurs maris et enfants. Elle aurait dû se sentir heureuse de les rejoindre, totalement en paix et accomplie. Et pourtant….

Autour d'elle, d'autres Ellith étaient installées, comme toujours. Ses compagnes. Et comme chaque matin que les Valar faisaient, depuis des siècles et des siècles, elles venaient s'installer dans les jardins. Que ce soit pour la broderie, la musique ou les chants, elles se retrouvaient en ces lieux avant de s'atteler aux taches qui leur incombaient. Toutes allaient aussi se joindre au voyage. Et, une fois arrivée à destination, reprendraient elles ses habitudes ancrées depuis si longtemps ? Idris ne parvenait pas à s'imaginer vivre ainsi à Valinor. Elle n'arrivait pas à songer y vivre en réalité. Et plus le départ se rapprochait, plus une pensée se diluait en elle : elle ne voulait pas partir. Pas encore. Pas maintenant.

Mais elle n'était qu'une simple servante, et son devoir était d'accompagner ses seigneurs.

Une tache sombre lui fit détourner les yeux du rosier et elle vit Lindir, l'intendant du Seigneur Elrond, descendre les quelques marches qui menaient au jardin. Les babillages autour d'elle cessèrent. Il était encore bien tôt pour qu'on leur assigne leurs s'arrêta devant leur petit cercle. Idris remarque que son visage si marmoréen était étonnamment assombri. Il les salua rapidement d'une manière bien tendue. Quelque chose avait vraiment l'air de le peiner.

-Le Seigneur Elrond demande à ce que l'une d'entre vous entre au service de l'un des deux nouveaux arrivants de l'Ouest, une femme humaine. Leur expliqua t-il.

La belle Lindorië se leva dans toute sa grâce.

- Maître Lindir, s'agit il de la femelle Hravan* arrivée en fin d'après midi ? Demanda t-elle.

- En effet, Lindorië. Acceptez vous de vous en charger ?

- Je suis navrée, Répondit l'intéressée en élevant une main au niveau de son cœur comme si la nausée l'avait prise. Mais je n'ai point un tel courage….

Les Ellith se regardèrent, les yeux agrandis de surprise. Mais aucunes n'eut l'audace de donner de réponse positive a l'intendant : Lindorië avait donné le ton.

- On dit qu'ils s'accouplent avec des orcs, Dit soudainement Miriel.

- Et qu'ils dévorent leur progéniture !

Idris les observa les unes après les autres jeter à l'assemblée la moindre rumeur absurde qui leur venait en tête. Elle jeta un regard à Lindir. Le pauvre semblait complètement dépassé. Il ouvrit la bouche mais Idris le devança.

- J'accepte.

Toutes ses compagnes se turent et elle devint soudainement le centre de leur attention. L'intendant d'Elrond ne cachait pas son soulagement. Un peu gênée, elle savoura tout de même le regard surpris de Lindorië.

- Voyons, mon amie, tu ne peux pas accepter une telle chose... C'est une de ses sauvages! S'exclama Miriel.

Lindorië s'approcha d'elle.

- Oui, Idris, ne devais tu pas partir pour les Havres dans quelques jours ?

- Rien ne presse. Répondit elle.

Elle se leva du banc et rejoignit l'intendant en lissant sa robe.

- Lindir, je m'occuperais du bien-être de cette mortelle. Affirma t-elle.

L'Elfe la remercia en inclinant la tête. A sa demande, elle le suivit.

- La femme a été installée dans le quartier des Hommes, L'informa t-il.

Idris acquiesça et s'apprêtait à rejoindre les appartements qui avait été alloués à la mortelle quand Lindir la retenue par le bras.

- Merci Idris. Lui dit il.

L'Elleth sourit à l'intendant et reprit son chemin. Il croyait sûrement qu'elle avait pris cette décision par dévotion mais il n'en était rien. En s'occupant ainsi de l'humaine sauvage ou non, elle repoussait son voyage et ses pensées. Une solution précaire car à un moment ou un autre, elle serait contrainte de faire face à son destin.

Elle se rendit rapidement jusqu'aux appartements qui avaient été attribués à l'humaine. Elle repoussa les fins rideaux de l'entrée et y pénétra. Aucun bruit n'y régnait hormis un léger ronflement qui lui parvenait de la chambre. Elle s'en approcha sans un bruit.

Sur le lit, était couché ce qui devait être une femme. L'humaine n'avait même pas pris la peine de se déchausser, et ses bottes sales reposaient sur les draps lavande. Et au vu de l'odeur qui émanait de la pièce et de la touffe de cheveux emmêles, la femme n'avait pas dû voir un bain depuis bien longtemps.

Dans quoi s'était elle engagée…

Les êtres humains sentaient vraiment forts. Elle se demandait vraiment ce que Dame Arwen pouvait trouver de séduisant chez le Seigneur Aragorn.

L'humaine commençait à remuer. Elle ne tarderait pas à sortir de ses songes.

Idris quitta la pièce rapidement. Il lui faudrait tout d'abord trouver de quoi la baigner.

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Essylt sourit de contentement. Elle adorait ce moment. Ce court instant où l'esprit quittait les royaumes des rêves pour revenir dans son corps. Ce moment de tranquillité absolue. Elle était vraiment bien. Un petit courant d'air venait caresser son visage. Elle avait dû laisser le volet de la chambre ouvert. Radagast allait encore râler… A l'instant même où elle pensa à lui tout lui revinrent. Les Kobolts, l'attaque, l'enlèvement, les Elfes…

Elle ouvrit les yeux et se leva avec précipitation. Comment pouvait-elle se complaire ainsi alors que le vieux sage subissait sûrement mille tourments. Une pensée des plus sombres trouva son chemin a travers son esprit : la médecine des Elfes ne pourrait peut être pas l'aider et alors... La jeune femme secoua la tête pour chasser cette idée. Elle refusait d'y croire. Elle ne le voulait pas.

Elle soupira.

Promenant son regard autour d'elle, elle fût surprise. Quand ce Lindir l'avait amenée ici, elle n'avait pas pris le temps d'observer les lieux. Une grande fatigue l'avait submergée et elle s'était écroulée sur le lit sans prendre la peine d'ôter ne serait ce que ses bottes. Elle était dans une pièce étrange, faite de pierres et ouverte sur l'extérieur. Elle était magnifique, à la hauteur de la splendide cité qu'elle avait vue la gravures ornaient les murs et le plafond voûté était décoré de volutes végétales. Des femmes de grande beauté étaient détaillées sur les colonnes qui menaient au balcon où se soulevaient de fins rideaux de tissus. Essylt s'en approcha et les caressa. Ils étaient aussi doux que la peau d'un bébé.

Un froissement derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna.

Devant elle se tenait une femme d'une beauté encore plus grande que celles qui étaient sculptées. Cette dernière lui fit un sourire. Ses cheveux très longs avaient la couleur du miel et tombaient en belles ondulations autour de son visage parfait aux oreilles pointues. Elle tenait une grande bassine remplie d'eau fumante. Essylt se demanda comment une créature aussi frêle pouvait tenir un bac qui semblait bien lourd.

Une voix d'une douceur sublime sortit de la bouche de la femme.

La Tuatha fronça les sourcils. Elle chantait.

Le sourire de la femme Elfe s'agrandit. Elle passa devant elle et posa la bassine sur une table prêt du lit. Puis elle la rejoignit. L'Elfe mit sa main droite sur son cœur et s'inclina légèrement.

- Bienvenue en la demeure du seigneur Elrond, ma Dame. Dit elle d'une voix très douce. Je me nomme Idris. Je serais à votre service pour la durée de votre séjour. Puisse t-il être des plus plaisants.

- Mon… Service ? Répéta Essylt.

La Tuatha n'avait aucune idée de ce que cela pouvait signifier.

- Je souhaite voir Radagast.

- Bien entendu mais avant il vous faut vous libérer des souillures de votre voyage. Souhaitez vous que je vous aide à ôter vos… Vêtements ?

- Euh… Non.

Ces Elfes étaient vraiment étranges. Tout en gardant un œil méfiant sur cette Idris, elle se déshabilla et laissa tomber ses effets au sol. Une fois entièrement dénudée, elle s'approcha de la bassine et vit un petit morceau de tissu pâle. Elle voulut s'en saisir mais la femme Elfe fût plus rapide. Choquée de ne pas l'avoir entendue se rapprocher, Essylt sursauta en poussant un petit cri quand elle commença a lui laver le dos. C'était brûlant.

- Je vous ai fait mal ? S'inquiéta la prénommée Idris.

- C'est très chaud…

Elle vit l'Elfe froncer ses délicats sourcils et avancer une main pour frôler la surface de l'eau du bac.

- L'eau est tiède.

- Croyez moi, c'était brûlant, rétorqua Essylt.

- Soit, je vais m'occuper de vos cheveux le temps que l'eau refroidisse.

Idris entreprit de démêler ses cheveux. Elle ôta doucement tresses, perles et plumes de sa tê même si elle ne l'avouerait jamais, Essylt appréciait que l'on s'occupe ainsi d'elle. Elle ne put s'empêcher de fermer les yeux quand la femme s'attaqua à ses cheveux, ôtant plumes et perles. Assise sur une sorte de tabouret, la tête en arrière dans le bac, elle savoura pleinement le massage qu'on lui prodiguait en lui lavant les cheveux même si elle trouvait l'eau encore bien chaude.

La femme elfe interrompit cet agréable moment en entourant sa tête d'une sorte de drap. Elle lui tendit ensuite le petit morceau de tissu blanc et lui montra son corps. Essylt comprit qu'elle avait l'autorisation de s'occuper du reste de sa personne.

Idris l'observait toujours souriante.

Dans les histoires, on prétendait que leur race avait de grands pouvoirs. Etais ce ainsi qu'ils ensorcelaient leurs victimes ? En souriant continuellement… La femme aux oreilles pointues lui fit signe de rester là, prit ses vêtements et disparu derrière un autre rideau de tissu fin. Essylt s'attendit à entendre le bruit d'une porte mais rien ne vint. Elle s'approcha doucement de l'étoffe et l'écarta légèrement. Un couloir de fines colonnes. Pas de porte. Mal à l'aise, elle repoussa le rideau. N'importe qui pouvait surgir à n'importe quel instant.

Elle retourna à la bassine d'eau. Elle se lava très rapidement, nerveuse.

A peine eut elle terminé d'enlever toute la crasse qui la recouvrait qu'Idris revenait les bras chargés de tissus. Toujours souriante.

- Je me suis permise de vous trouver de nouveaux vêtements.

Elle se laissa habiller par l'Elfe. Un vêtement d'une douceur identique au rideaux. La tenue se composait d'une longue et fine chemise pâle puis d'une première robe brune, auquel la femme en ajouta un autre plus court et moins large. Le second d'une couleur elle aussi brune possédait d'étranges reflets vert. Par quel magie pouvaient ils créer des choses aussi jolies. Curieuse, Essylt toucha un des petits morceaux de métal qui semblaient maintenir le vêtement en place.

- Il s'agit d'un bouton. Dit la femme en posant un doigt fin sur l'un d'entre eux.

- Un bouton, répéta la Tuatha.

La femme Elfe hocha la tête avec un nouveau sourire. Et sans lui demander permission, Idris s'empressa de dénouer le tissu qui lui couvrait toujours la tête pour libérer ses cheveux. La jeune femme la laissa à nouveau s'occuper d'elle avec délectation.

Le ventre d'Essylt se mit soudainement à gronder. Idris éclata d'un rire qui tintait comme une cloche très harmonieuse et lui attrapa le bras.

- Vous devez vous substancer avant que je vous mène au seigneur Elrond, lui expliqua-t-elle.

- Me quoi ?

- Manger, répondit Idris en secouant légèrement la tête.

Elles sortirent par le rideau dans le couloir puis Idris la mena, une main lui tenant le bras. Essylt était ébahie. La ville elfique dépassait en splendeur toute chose qu'elle avait jamais vu. Tout comme ses habitants. La femme Elfe continua à la guider en silence la laissant apprécier les lieux. Galaad ne la croirait jamais.

Elles finirent par arriver dans une grande pièce circulaire ou se trouvait plusieurs tables. D'autres Elfes y étaient installés ainsi que Ragnar, occupé à manger ce qui ressemblait à des fruits coupés. La jeune femme remarqua que lui aussi avait eu le droit à de nouveaux vêtements. Ils lui allaient vraiment bien. Ils étaient dans les mêmes couleurs que les siens. Après lui avoir dit qu'elle allait lui ramener quelque chose à manger, Idris lui fit encore un sourire avant de partir. La jeune femme prit place face à son ami qui la salua d'un bref coup de tête.

- Toi aussi tu as quelqu'un à ton service ? Lui demanda t-elle.

- Oui.

Essylt fronça les sourcils.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- Tu ressembles à une vraie femme…

Elle allait rétorquer quelques mots bien sentis à son compagnon quand elle sentit un regard sur elle et ses épaules se tendirent. Elle se retourna vers le groupe d'Elfes qui les observaient. Il s'agissait de trois hommes. Contrairement à Idris, deux d'entre eux avaient des cheveux d'un brun profond. Le troisième quant à lui possédait une rivière d'or. Ils étaient si beaux même si leurs yeux étaient froids et suspicieux. La Tuatha fit mine d'admirer le verre gravé face à elle, tandis que Ragnar continuait à dévorer le contenu de son plat, impassible.

Elle sursauta quand une assiette se posa devant elle remplie de fruits et de grosses feuilles vertes. Essylt se tourna vers Idris et la remercia d'un sourire.

Une voix grave mais mélodieuse émana de la table des trois Elfes. Essylt se tourna à nouveau vers eux et réalisa que celui aux cheveux d'or la regardait. Tout comme Idris lorsqu'elle s'était présenté, il mit une main au niveau de son cœur et se baissa sans la quitter des yeux. Elle ne put s'empêcher de rougir. Il était encore le plus beau et semblait même rayonner de l'intérieur.

L'Elfe mâle sourit et le cœur de la Tuatha rata un battement. L'un des hommes brun éclata de rire en la regardant. Elle devait être écarlate. Il dit quelque chose dans sa langue qui était vraisemblablement très drôle car son voisin se mit à rire aussi mais l'homme aux cheveux d'or soupira. Il s'adressa ensuite à Idris dans leur langue qui lui répondit d'une « révérence ».

Les trois hommes quittèrent la pièce les laissant seuls.

Fuyant le regard moqueur de Ragnar, Essylt porta son attention sur la femme Elfe aux cheveux de miel.

- Qui étais ce ? Demanda la Tuatha.

- Celui qui était vêtu de bleu se nomme Erestor, un conseiller du seigneur Elrond. Avec lui, en vert, se tenait Galdor des Havres Gris, un envoyé du Seigneur Cirdan, ainsi que le Seigneur Glorfindel de Gondolin.

Essylt écarquilla les yeux.

- Glorfindel ?! S'exclama t-elle. Il existe réellement ?!

Idris lui jeta un regard outré.

- Bien entendu ! Il s'agit d'un très grand seigneur parmi les nôtres.

Essylt se retourna dans la direction des Elfes mais ils avaient déjà quitté la pièce.

La jeune femme ne parvenait pas à croire qu'il s'agissait du même Glorfindel dont son père lui avait conté les aventures dans sa jeunesse. C'était impossible.

- Est il vrai qu'il a combattu un démon de feu et qu'il en soit mort ? Demanda-t-elle à Idris.

Et Idris se mit a lui raconter son histoire et celle de la cité de Gondolin. La Tuatha n'arrivait pas à le croire. Glorfindel, le héros elfique de son enfance était bel et bien réel et non pas un personnage de contes. Le grand guerrier, celui qui avait affronté un immense démon et qui en était mort, celui qui était revenu à la vie. Essylt buvait les paroles de l'Elfe, tout en dévorant son assiette avec l'aide de Ragnar visiblement encore affamé.

Leur compagne finit par arrêter son récit.

- Nous devons désormais nous rendre auprès du Seigneur Elrond, leur annonça t-elle. Vous êtes attendus et nous n'avons que trop tardé.

Les deux amis suivirent l'Elfe blonde en abandonnant à la charge de serviteurs le soin de nettoyer les reliefs de leur repas. Les Elfes se comportaient vraiment différemment des siens, et Essylt se demanda jusqu'où cela pouvait-il bien aller. Ils arpentèrent à nouveau la cité. Cette fois ci, ils grimpèrent de longues marches. Au bout d'un moment, Essylt sentit ses jambes fatiguer et plus particulièrement celle blessée. Elle vit que Idris ne semblait pas le moins du monde être affectée par leur ascension. La jeune femme avait l'habitude avec les Béornides mais voir l'Elfe non pas marcher mais sautiller dans l'escalier était vraiment frustrant. Elle se sentait moindre comme Aiglos n'avait eu de cesse de lui répéter.

Au bout d'un moment qui lui avait semblé interminable, tous trois finirent par arriver devant un nouveau bâtiment dont toute les colonnes étaient décorées de femmes enlacées par du lierre. A l'intérieur, un Elfe masculin leur tournait le dos. Idris s'adressa à lui et il se retourna. Le seigneur Elrond.

- Dame Essylt, Seigneur Ragnar. Les salua t-il avec un léger sourire. Suivez moi.

Il les mena dans un pièce baignée par le soleil matinal. Un léger courant d'air secouait les fins rideaux. Contrairement à ce qu'elle s'attendait, l'Elfe brun les emmena dans un endroit rempli de livre, d'une table et de chaises, et non pas auprès du magicien.

- Où est Radagast ? Demanda t-elle inquiète.

- Sous nos soins, jeune Dame.

Le seigneur Elrond s'installa sur une chaise et leur fit signe de prendre place de l'autre coté de la table, face à lui. Ragnar obtempéra mais la Tuatha ne l'entendait pas de cette oreille.

- Je veux le voir ! Ordonna t-elle.

L'Elfe qui remplissait trois verres d'un liquide ambré s'interrompit.

- Dame Essylt, nous nous occupons de lui. La magie de mon peuple peut le soulager quelque peu et aucune perturbation ne doit avoir lieu. Même si nous parvenons actuellement à le ramener doucement à la lumière, son état est très inquiétant. Maintenant, installez vous.

Le ton du Seigneur Elfe ne laissait place à aucune discussion et étonnamment la Tuatha n'en avait pas le courage. Il avait parlé avec une voix de chef, de celle que l'on suis. La jeune femme obéit et s'assit à coté de Ragnar qui ne l'avait pas quitté des yeux, tendu. Comme si il craignait qu'elle fasse une bêtise.

- Maintenant, Dit Elrond. Racontez moi ce qu'il s'est passé.

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Kobold * : Les orcs version Tuatha

Aiglos* : Il s'agissait du nom de la lance de Gil-Galad. Signifie "Buisson de neige"

Idris* : Pas du tout un nom d'Elfe mais un petit clin d'œil à ma série favorite.

Hravan : "Hommes sauvages" en Quenya.