Bonjour à tous,
avant de vous faire profiter de la suite des aventures d'Essylt, je me permets de parler de ce qui s'est passé ce vendredi 13 novembre 2015.
Vous « parler » de ce dégoût , de cette haine, qui m'ont saisi devant la mort horrible de ces personnes que je qualifierais d'innocentes, et pour les survivants aux vies blessées atrocement aussi bien physiquement que moralement, leurs familles, leurs amis... Du dégoût pour ces sois disant « humains » qui prétextent une religion saine afin d'envoyer des personnes complètement lobotomisées, pour la plupart, se tuer et tuer en leur nom, à leur gloire, leur richesse… Du dégoût envers moi même pour avoir fermé les yeux en pensant que tout cela était loin de chez nous, dans d'autres pays, ce malgré les horreurs de Janvier et d'avoir « oublié ». Et plus particulièrement du dégoût de ces politiciens qui profitent de chaque petite parcelle de cette horreur pour se remettre encore plus sur le devant de la scène.
J'adresse toutes mes pensées a ces gens aux vies effacées que j'ai peut être croisé dans le métro, au théâtre, en soirée… A ces victimes de la violence et de la bêtise humaine où qu'elles soient dans ce monde. Et en souhaitant de toutes mes forces que des amalgames n'en feront pas d'autres tout aussi stupides. Et aussi très peu mais tout de même quelques unes a ces « enfants » qui meurent en croyant donner leur vie pour une cause légitime et juste, et qui ne sont que chair à canon aux connexions synaptiques atrophiées…
Et de manière plus brève mais toute aussi sincère, merci a ceux qui me lisent et prennent la peine et le temps de m'adresser leurs encouragements, leurs critiques et leurs avis. Auquel j'ajoute tout de même un MEGA câlin à celle qui me soutient depuis le début de cette aventure !
Petite annonce 1: Je suis à la recherche d'un ou d'une bêta pour relecture et correction de fautes. J'ai vaguement recherché (très vaguement par manque de temps, je l'avoue) donc avant d'approfondir réellement ses recherches, peut être que l'une de ces personnes « spécialisées »qui me lit sera intéressée.
Petite annonce 2 : Vraiment navrée pour le retard pris. Comme je l'ai expliqué à Darkklinne, je me suis lancée dans la création de calendrier de l'avent fait-main pour mes deux nièces (je sais pas dire non…). Et… ça m'a pris un peu de temps, plus que prévu. Auquel s'ajoute des tracas avec internet qui commence à me…enfin voilà, quoi ! Mais pour me faire pardonner le prochain chapitre arrivera avant un mois, promis.
Chapitre 8 : Un Hobbit.
L'après midi était bien entamée lorsqu'ils furent enfin libérés par le Seigneur Elrond. Le dirigeant des Elfes d'Imladris n'avait pas tari de questions plus pertinentes les unes que les autres et n'avait pas hésité à demander à Essylt ou Ragnar de se répéter à plusieurs reprises sur leurs versions de certains événements.
La Tuatha s'étira tout en descendant l'interminable escalier qui menait en contrebas de la cité, les membres endoloris d'être restée assise durant plusieurs heures. Ces foutus Elfes commençaient vraiment à l'énerver de manière conséquente. Entre ceux de la forêt qui l'avait emprisonnée et ceux là qui estimaient qu'elle n'avait pas le droit de se rendre auprès de Radagast… De quel droit lui interdisait on de pouvoir se rendre à son chevet ? Elle l'avait mené jusqu'ici et elle devait se contenter d'attendre des nouvelles de cet Elrond... Un étrange picotement remontait le long de ses bras. Elle était en proie de plus en plus souvent à cette émotion. Même si elle n'avait jamais été une personne douce et calme, cela l'étonnait. Peut être la magie des Elfes qui lui mettait les nerfs à vif. Et cela n'aidait en rien sa situation, bien au contraire. La colère n'apportait jamais rien de bon. Elle inspira une grande bouffée d'air, la garda un moment avant de la recracher tout doucement. Il fallait qu'elle se calme. Dés que ce Gandalf arriverait, il s'occuperait du magicien et ils assisteraient à ce fichu conseil pour repartir ensuite chez eux loin de ses oreilles pointues. Définitivement. Les siens lui manquaient et elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Seuls les dieux savaient ce qu'il se passait actuellement dans les bois. Non pas qu'ils ne sachent pas se défendre sans elle, mais ne pas y être la rendait très inquiète. Au moins, dans son malheur, elle n'était pas seule….
Elle rejoignit Ragnar qui marchait d'un pas lourd un peu plus loin devant elle. Elle voyait bien qu'il gardait ses distances sans toutefois savoir pourquoi.
- Ragnar ?
Aucune réponse. Son ami ne daigna pas même ralentir son allure. Pas un regard. Le Béornide ne lui avait pas décroché le moindre mot depuis qu'ils étaient sortis. Habituée au changement soudain d'humeur dont il lui faisait honneur depuis qu'ils se connaissaient, elle tenta de ne pas en prendre ombrage quand bien même cela l'irritait. Lui aussi devait sûrement se demander ce qu'ils allaient pouvoir faire chez ses Elfes. Peut être se faisait il quelques angoisses à propos de son peuple tout comme elle. Ça passerait. Et comme à chaque fois, il reviendrait de lui même. La jeune femme ralentit son rythme. Son mollet la tirait. Elle se demanda un instant si elle garderait des séquelles de cette blessure. Elle n'était pas idiote. Le fait d'avoir mis autant de temps à se faire soigner serait loin d'être positif pour sa jambe. Pour oublier la douleur, elle s'imagina alors transformer celui qui l'avait blessée en cible d'entraînement, savourant l'idée de le décorer de flèches avant de le jeter encore vivant dans une de ses horribles toiles d'araignées géantes. D'ailleurs, il faudrait qu'elle profite du temps qu'ils étaient ici pour se fabriquer un nouvel arc. Avec les bois sains qui entouraient la cité, elle trouverait bien son bonheur quelque part. Et après, quand ils rentreraient elle s'occuperait du propriétaire de l'épée à sa manière. Comme le disait les Tuathas : main pour main, coup pour coup et sang pour sang.
Souriante aux images violentes qui défilaient devant ses yeux, elle ne prit pas garde à Ragnar qui s'était arrêté sur l'un des nombreux paliers de l'escalier et le percuta. Elle voulut s'excuser mais l'homme ours lui attrapa le bras sans douceur et la tira dans son giron. Essylt protesta mais il n'en tint absolument pas compte et continua à avancer. Ils traversèrent ainsi l'un des nombreux jardins de la cité envahis de fleurs odorantes en tout genre et de buissons. Le Béornide finit par s'arrêter au pied d'un édifice où trônait une impressionnante fontaine et leva le nez. Pendant qu'il humait l'air, elle parvint à récupérer son bras et le massa. Ragnar ne l'avait pas ménagée. Il voulait l'affrontement, il l'aurait.
- Qu'est ce qu'il t'arrive ? Grogna t-elle. T'as intérêt à avoir une bonne raison !
Le change-peau se tourna enfin vers elle et la foudroya du regard. La jeune femme frissonna. Il avait l'air d'être très en colère. Beaucoup plus qu'elle. Elle l'avait rarement vu ainsi et ce n'était pas rassurant. Elle choisit de rester silencieuse attendant qu'il se décida à lui exposer ses remontrances. Mieux valait faire profil bas. Elle ne faisait pas le poids face à lui, dans cet état. Surtout qu'elle ignorait totalement pourquoi il avait l'air d'en avoir après elle.
- Pourquoi tu ne lui as pas dis ?! Cracha t-il.
La jeune femme fronça les sourcils.
- Dire quoi ?
Le Béornide ferma les yeux et inspira une grande bouffée d'air.
- Ce que Radagast t'a fait…
Un éclair de compréhension traversa soudainement l'esprit de la Tuatha. Ainsi, il lui reprochait d'avoir omis au Seigneur Elrond certaines choses qui s'étaient passées à Rhosgobel. Essylt prit place sur l'un des banc ouvragés qui encerclait le plan d'eau. Ragnar, visiblement décidé à garder son regard sur elle se déplaça aussi afin de rester face à elle, debout.
- Je ne sais pas, soupira t-elle. C'est comme si ça n'avait pas voulu sortir.
Les sourcils du Béornide semblèrent se réunir comme si une vie propre leur avait été allouée. En d'autres circonstances, elle en aurait sûrement ri. Mais là… Ragnar n'apprécierait pas. Elle en était convaincue.
- Et ça ne t'inquiètes pas ?!
- Je ne fais pas confiance en ces Elfes ! Cracha t-elle de nouveau énervée. Il n'a pas besoin d'en savoir plus !
Son ami décroisa ses bras de sa poitrine, se pencha vers elle et posa ses larges mains sur les épaules de la Tuatha. Ce contact apaisa quelque peu la jeune femme.
- C'est peut être dangereux pour toi, Essylt. Dit il d'une voix douce. Et peut être que c'est important pour la guérison de Radagast…
- Je vais bien, Sourit elle. Et je sais que cela ne changera rien à la condition actuelle de Radagast.
Ragnar la relâcha pour reprendre ses distances. La courte trêve était finie.
- Oh vraiment, Lâcha t-il d'une voix désagréable. Et comment peux tu en être aussi sûre ?
- Je le sais, c'est tout. Répondit Essylt en haussant les épaules.
Elle même ne parvenait pas à se l'expliquer, mais elle en était certaine. C'était instinctif.
- Et si je dois en parler à quelqu'un, ça ne sera qu'à ce Gandalf. Ajouta t-elle. Radagast a était très clair là dessus. C'est à ce Gandalf que je dois avoir à faire.
Le change-peau secoua la tête en soupirant. Il fit quelques pas, semblant réfléchir puis s'installa à ses cotés. Essylt put sentir son odeur musquée et sa grande chaleur se diffuser contre elle a travers le tissu de sa robe. La présence de son ami lui faisait un bien fou.
- Tu sais très bien que je te suivrais toujours mais je pense que cette fois, tu as tort. Argumenta Ragnar. Le seigneur Elrond est quelqu'un d'avisé. Il saurait peut être quoi faire.
La jeune femme tourna son visage vers lui et plongea ses yeux dans les orbes mordorées qui étaient les siens.
- Peux tu me garantir que l'on peut avoir une confiance totale en lui, Ragnar ? Le peux tu ?
Le change-peau soutint son regard.
- Mon cœur me dit que l'on peut lui confier nos vies…
- Et le mien me dit de me méfier… Soupira Essylt rompant l'échange visuel. Tu ne trouves pas cela un peu étrange qu'il a pu savoir qu'on venait ici ? Radagast craignait quelque chose ou quelqu'un. Et il m'a dit de trouver Gandalf. Alors je ferais ce qu'il a dit.
Pendant de longues minutes, aucun des deux ne parla. La Tuatha se plongea dans la contemplation du ciel qui s'assombrissait. Elle jeta tout de même un bref coup d'œil à son compagnon qui préférait s'extasier sur l'herbe. Et en voyant ses traits toujours tendus, elle devina que la conversation n'était pas terminée.
- Ce n'est pas normal. Finit par lâcher Ragnar.
- Quoi ? Qu'est ce qui ne va pas ? L'interrogea t-elle dans un soupir.
- Ton odeur est étrange. Semblable et en même temps si différente.
Essylt ouvrit de grands yeux surpris. Ce n'était pas la première fois qu'il lui faisait cette allusion. Et à chaque fois...
- Ragnar… Souffla t-elle sans chercher à cacher son exaspération. Je suis une femme et d'ici quelques jours je vais saigner, comme à chaque lune alors…
- Ce n'est pas ça ! La coupa t-il abruptement.
Elle allait lui demander de quoi il parlait quand un bruit lui parvint aux oreilles. Essylt releva la tête en fronçant les sourcils. Elle avait entendu quelque chose. Pas un simple bruit quelconque, un cri. Un appel. Sans quitter le ciel azur des yeux, elle se leva du banc et fit quelques pas dans l'herbe. Elle sentit que Ragnar la suivait. Encore un autre, plus proche. Elle tourna soudainement son visage vers le nord et elle les vit. Une grande joie l'envahit lui faisant totalement oublier la discussion avec le Béornide. Elle leva sa main au ciel et l'agita. Le rapace se rapprocha et fondit sur eux dans un cri. Et elle reçut de plein fouet un écureuil gris. Elle parvint à le saisir dans ses mains lui empêchant de s'écraser au sol. Bergamote, lui continua à voler au dessus d'eux. Grison restait immobile. Le petit rongeur respirait toujours mais semblait paralysé.
- Qu'est ce qui s'est passé ? S'exclama t-elle inquiète à l'encontre de l'oiseau de proie.
Le concerné redescendit en piquet sur eux. Il se posa sans douceur sur l'épaule d'Essylt lui labourant la manche de sa robe avec ses serres. Le faucon se mit à piailler et Essylt comprit parfaitement.
- Qu'a t-il dit ? Demanda Ragnar.
- Que les écureuils sont de petites natures et qu'il devrait peut être le tailler en morceau.
Comme si la traduction à l'encontre du Béornide avait aussi fait son chemin dans sa petite tête, Grison reprit soudainement vie. Le rongeur se remit sur ses pattes. Sa queue reprit sa courbe touffue et il poussa de petits cris rageurs à l'encontre de Bergamote. Le cœur léger, Essylt se mit à rire. C'était qu'ils lui avaient drôlement manqué ces deux idiots même si ce n'était que des animaux. Elle vit même Ragnar se relâcher et sourire.
- Et bien, en voilà une bien étrange chose…
Essylt et Ragnar sursautèrent à l'entente de la voix inconnue. Ils pensaient vraiment être seuls. La jeune femme était vraiment surprise que les sens du Béornide ne les ai pas averti de la présence. Jamais son ami ne pouvait être surpris et ce n'était pas faute d'avoir essayé. Ils se retournèrent comme un seul homme dans la direction de la voix. Un vieux nain se trouvait à quelques pas d'eux, son corps appuyé sur une canne. La Tuatha réalisa finalement que malgré sa toute petite taille il ne ressemblait pas du tout aux nains qu'elle avait parfois croisés chez les gens de Grimbéorn. Il était plus petit et plus fluet, sans compter ses immenses pieds poilus et ses grandes oreilles larges et en pointes. Elle fronça les sourcils réalisant combien elle ignorait tout de son monde.
- Bonsoir. Je me présente, Bilbon Sacquet de la Comté. Lança la créature d'une voix enjouée en continuant à s'avancer vers eux.
Ni Essylt ni Ragnar, encore sous le choc de cette nouvelle et étonnante présence, ne répondirent. Bergamote agita les ailes fouettant le visage de la jeune femme avant de s'envoler. Dans un dernier cri il disparu de sa vue et Grison en profita pour se ruer sur son épaule pour fourrager ses cheveux qu'elle n'avait pas encore pris la peine de tresser.
- Si je puis me permettre, monsieur, serait-il possible que vous soyez de la parenté d'un certain Béorn ? Demanda Bilbon en s'arrêtant finalement à quelques pas. A moins que mes yeux ne me fassent défauts… Croyez moi la vieillesse...
- En effet, je suis Ragnar fils de Grimbéorn, lui même fils de Béorn.
En se tournant vers le Béornide, Essylt découvrit que son ami avait des yeux si stupéfaits qu'elle eut l'impression qu'ils allaient lui sortir de la tête.
- Enchanté !
Le petit être avait vraiment l'ai d'être ravi. Complètement coite, Essylt vit Ragnar le rejoindre.
- Vous êtes le Bilbon Sacquet ? Celui de la compagnie des nains de Thorin Ecu de Chêne et de Gandalf le Gris ? Le Hobbit qui a participé à la bataille d'Erebor ? Demanda d'une traite le Béornide soudainement enthousiaste.
Le petit être s'inclina légèrement un sourire toujours visible sur son visage tandis qu'Essylt se demandait ce qu'était un Hobbit. On aurait pu croire un savant mélange entre les Elfes et les Nains. C'était peut être ça.
- Lui même. Bien qu'il ne met point était donné d'en voir son déroulement.
- Vous connaissez Gandalf ? Demanda la jeune femme auquel le nom n'avait pas échappé.
Le regard de Bilbon se porta sur elle. Essylt, elle, ne croyait pas sa chance. Depuis l'attaque sur Radagast tout allait de mal en pis. Elle retrouvait enfin l'espoir que tout s'arrange.
- C'est un très bon ami, ma Dame ?
A la réponse du vieillard, elle eut presque envie de sauter sur place ou même de frapper dans ses mains comme une fillette.
- Essylt. Répondit elle rapidement sans prendre la peine de cacher l'excitation dans sa voix. Vous savez comment je pourrais le rencontrer ?
Le vieux Bilbon déplaça sa canne devant lui pour s'y appuyer des deux mains. Il prit un air désolé.
- J'ai bien peur de ne pouvoir vous aider jeune Dame. Les magiciens vont et viennent au gré de leurs envies mais j'ai ouïe dire qu'il ne tarderait pas à venir en ces lieux.
Évidemment, elle aurait dû s'y attendre. Comme si la chance pouvait être de leur coté, juste une fois.
- Ne soyez pas pas désappointée jolie Essylt… Voudriez vous vous joindre à moi pour une tasse de thé ?
- De tai ? C'est quoi le tai ?
- Du thé, la reprit le Hobbit en insistant bien sur la prononciation. Une délicieuse boisson chaude que l'on déguste avec des gâteaux. Et ainsi pourrions nous échanger quelques histoires. Car voyez vous, je suis entrain d'écrire un livre et de nouvelles choses y trouveraient parfaitement leur place.
Avant qu'elle ne puisse repousser l'invitation du petit homme, Ragnar obtempéra d'un coup de tête. Elle ignorait totalement qui était ce Bilbon ni pourquoi il souhaitait leur compagnie mais son ami semblait le tenir en haute estime. Elle avait bien entendue parler de la grande bataille d'Erebor où plusieurs peuples s'étaient alliés face aux hordes d'Orcs mais ce Bilbon ne lui disait strictement rien. Sans rien dire, elle suivit elle aussi ce Hobbit attiré par la curiosité et la faim. Des gâteaux… Le frugal repas des Elfes remontait à plusieurs heures et ce n'était pas quelques morceaux de fruits ou de feuilles qui avaient apaisé son estomac. Et le petit homme, si il était réellement un ami de Gandalf, aurait peut être deux ou trois choses à leur apprendre. Elle aurait bien voulu demander à Grison si il savait quelque chose à propos de ce Bilbon Sacquet de la comté mais le petit rongeur s'était endormi contre son cou cramponné au tissu de sa robe. Faisant attention à ne pas faire de mouvement brusque, elle calqua son pas sur celui du petit vieillard qui s'était lancé dans une grande discussion avec Ragnar sur les savoureux gâteaux de miel dont les Béornides avaient le secret. Un frisson remonta subitement le long de sa colonne vertébrale. Celui qui vous prévenait que vous n'étiez pas seuls. Essylt se retourna et jeta un regard peu avenant autour d'eux. Rien. Elle allait repartir vers ses compagnons quand elle sût. Elle leva alors les yeux. Adossé à la rambarde du balcon au dessus d'eux, toujours engoncé dans ses riches étoffes brodé, le Seigneur Elrond les regardait. Il était bien trop loin pour qu'elle puisse affirmer une telle chose mais elle en avait la certitude. Elle le sentait poser ses yeux gris sur eux, les espionnant. Elle serra les dents et souffla violemment l'air par ses narines. Et si ce Bilbon était envoyé par cet Elfe brun pour en apprendre plus sur eux. Ils ne l'avaient pas vu arriver. Il était peut être entrain de sournoisement les écouter avant de se décider de se révéler à eux. Quels choses pouvait il avoir entendu de leur échange ? Que pourrait il rapporter à cet Elrond ? D'autant qu'elle ne s'était pas vraiment dissimulée pour parler à Bergamote et Grison….
Abandonnant son observation, Essylt reprit finalement son chemin. Elle rattrapa sans grande difficulté ses compagnons prit dans une grande discussion dont elle ne parvint pas à saisir le sujet trop occupée à ruminer contre les Elfes qui ne se mêlaient pas de leur affaires mais aussi Ragnar qui avait une soudaine tendance à penser que tout le monde était gentil. Le Hobbit leur fit traverser le jardin vers le sud pour les mener à de nouveaux escaliers. Dans sa grande mansuétude, le Béornide voulût aider le petit être en le portant mais le Hobbit le repoussa en râlant. Ils grimpèrent ainsi tout doucement au rythme du vieillard jusqu'au pallier où s'élevait une nouvelle bâtisse. Celle ci était différente des autres, non pas moins ouvragée mais moins imposante. Une table à l'extérieur était remplie de papiers de différentes tailles dans un équilibre précaire qui menaçaient de tomber à chaque courant d'air.
- Bienvenue à la maison des Hobbits ! Clama Bilbon en trottinant devant eux.
Essylt lança un regard éloquent à Ragnar, lui envoyant toute sa réprobation à l'idée de rencontrer une troupe de petits êtres étranges. Le Béornide se contenta de hausser les épaules.
Bilbon se tourna vers elle et lui fit un signe de la main pour qu'elle se penche. Maintenant Grison d'une main, elle obtempéra.
- Non pas qu'il y en ai d'autres comme moi en ces lieux, mais le seigneur Elrond a convenu que les Hobbits avaient eux aussi droit à leur lieu de paix si ils le désiraient…, lui dit il en dissimulant sa bouche derrière l'une de ses mains pour qu'elle soit la seule à entendre sans pour autant baisser la voix.
Le Hobbit reprit sa marche.
- Venez ! Venez !
Ahurie devant son attitude infantile, elle le regarda marcher si joyeusement vers l'entrée du bâtiment qu'elle eut l'impression de le voir sautiller avec sa canne. Ce petit être était étrange et elle devait admettre que nulle menace n'émanait de lui. Gardant tout de même l'idée de ne pas se faire abuser par un sourire, la Tuatha suivit Ragnar qui était déjà entré dans la maison. Elle les rejoignit dans une large pièce après avoir traversé un petit couloir. Le Hobbit s'activait autant que son âge le lui permettait à déblayer une table rempli de livres mais aussi de relief de repas.
- Pardonnez moi ce chaotique… Désordre, s'excusa Bilbon avec un air qui semblait vraiment contrit. Je ne reçois jamais personne ou que trop rarement. Aragorn est toujours sur les routes et le Seigneur Elrond n'a pas vraiment l'occasion en ces temps de malheurs…. Bien qu'il vienne de temps en temps s'enquérir de mon bien être. Un grand Elfe ce seigneur Elrond !
Ragnar et Essylt entreprirent d'aider le Hobbit mais la petite créature leur arracha ce qu'ils étaient parvenus à saisir dans leurs mains.
- Ah non ! S'écria t-il. Vous êtes mes invités ! Il n'est pas dans la coutume des Sacquet de laisser le ménage aux convives ! Prenez place et patientez !
Joignant le geste à la parole, Essylt et Ragnar se firent repousser par Bilbon vers les chaises disposées tout autour de la table. Les deux amis obéirent et prirent place l'un à coté de l'autre face à la danse que continuait à mener le Hobbit. La jeune femme se rapprocha du change-peau.
- Alors comme ça tu le connais ? Demanda t-elle intriguée.
- Seulement à travers les histoires que mon grand-père a bien voulu me raconter, Répondit Ragnar. Il affirmait que le semi-homme Bilbon Sacquet de la Comté était un héros. Aussi bien chez les Nains que chez les nôtres. Il a combattu un drag…
Ragnar s'interrompit quand le Hobbit s'installa sans la moindre grâce face à eux, complètement essoufflé et tremblotant.
- Pardonnez moi, jeunes gens. Souffla t-il. Il semble que j'ai surévaluer mes capacités. Votre aide sera finalement la bienvenue.
Ragnar posa une main sur l'épaule d'Essylt l'empêchant de se remettre sur pieds.
- Je vais le faire. N'oublie pas que tu as été blessée.
Le Béornide s'attela à faire chauffer de l'eau, remplir une assiette de fruits et de gâteaux secs et remplir des coupelles de feuilles séchées sous les demandes un peu autoritaires du Hobbit et le regard d'Essylt.
- Vous êtes blessée ? Demanda alors Bilbon en se tournant vers elle.
- Rien de grave, Se contenta de répondre la jeune femme.
- Elle a eu le malheur d'être prise pour cible par des Elfes des Bois qui l'ont sûrement confondue avec un orc, Intervint Ragnar tout en continuant à veiller sur l'eau.
Les yeux de Bilbon s'écarquillèrent de surprise. Essylt, quant à elle, se demandait vraiment ce qu'il se passait dans la tête creuse de son ami. Cela non plus, elle ne l'avait pas dit au Seigneur Elrond d'un commun accord avec le change-peau puisqu'ils ignoraient totalement les relations que les deux peuples entretenaient. Et voilà que cet idiot racontait cela au premier venu qui lui inspirait confiance.
- J'ai moi même eu affaire avec les Elfes du Seigneur Thranduil, lui avoua alors le Hobbit. Pas très commodes.
La jeune femme avait beaucoup de mal à croire que le petit être ai pu se mettre des Elfes à dos tout en vivant parmi eux.
- Vraiment ? Et que vous est il arrivé ? Demanda t-elle suspicieusement.
Le Hobbit reprit un air conspirateur avec un regard des plus amusés.
- Il y a quelques années je suis parti dans une aventure en compagnie de treize nains et de Gandalf le Gris, Répondit Bilbon laissant aller ses yeux dans le vague. Nous avions comme mission de nous rendre à Erebor afin de rendre le trône du royaume des Nains à Thorin qui nous accompagnait dans ce périple. Car, voyez vous jeune fille, Erebor la riche et splendide cité des nains avait été détruite et investie par un horrible Dragon : Smaug le terrible !
- Un Dragon ?Répéta Essylt intriguée.
- Oui, un dragon !
- C'est quoi, un dragon ?
Même si il semblait surpris de son ignorance, Bilbon ne la releva pas. Il choisi plutôt de se lever de sa chaise et de farfouiller dans un tas de feuilles non loin. Il poussa un petit cri de victoire après quelques minutes de recherche. Il tendit alors à la Tuatha un papier. La jeune femme le prit et découvrit le dessin qui le recouvrait. Il s'agissait d'une créature qu'elle n'avait jamais vu, une sorte de gros lézard coloré de jaune et d'orange avec des ailes et une bouche remplie de crocs. A ses cotés avait été vaguement tracée une silhouette humanoïde. Essylt se demanda si c'était pour rendre compte de la grandeur de la chose.
- Pourquoi ce Smaug avait il pris la cité des nains ?
Ragnar les rejoignit en remplissant les petites coupes d'eau bouillante. La jeune femme réalisa alors que ce fameux thé n'était en réalité qu'une simple infusion d'herbes. Le Béornide reprit place à ses cotés et Bilbon se lança alors dans le plus incroyable récit qui lui avait été donné d'entendre. Son aventure avec les Nains. Il leur raconta comment lui, simple Hobbit, s'était retrouvé mêlé à tout ça à cause de ce Gandalf. De ses rencontres, des choses merveilleuses qu'il avait vu et des personnes qu'il avait pu rencontrer dont Béorn. La plupart des choses qu'il leur contait n'avaient aucune signification précise pour Essylt comme cette bataille des géants de pierre ou bien ces chiens doués de paroles qui vivaient chez le grand-père de Ragnar. Jamais elle n'avait entendue de telles choses. C'était invraisemblable. Un dragon… Et pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher de croire au récit du Hobbit. La fameuse bataille des cinq armées avait bien eu lieu et Ragnar lui avait déjà parlé de la participation de Béorn à cet affrontement. Bilbon lui appris aussi l'animosité qui régnait entre les Elfes et les Nains, l'histoire de la cité des Hommes à l'Est de sa forêt et la conclusion bien triste à cette aventure avec la mort de Thorin et deux autres de ces compagnons.
Essylt avait bu chacune des paroles du petit être et fût déçue de la fin de son histoire. Peu importe qu'il pût être un espion des Elfes, ce Bilbon lui était sympathique. Un sentiment qui se renforçait par leurs mésaventure commune avec les Elfes même si le Hobbit ne semblait pas leur en tenir grand reproche.
Le récit de Bilbon terminé, Essylt croqua dans un biscuit tout en distribuant quelques miettes à un Grison bien réveillé et affamé. Ce qui donna alors à Bilbon l'idée de discuter de fabrication des gâteaux au miel des Béornides dont le Hobbit avait vraisemblablement gardé un très agréable souvenir. La jeune femme, l'esprit tellement rempli par toute ses nouvelles choses, se leva de sa chaise, et se rapprocha d'une des nombreuses ouvertures de la pièce. Le soleil commençait à disparaître derrière les pins qui entouraient la vallée. Son regard tomba alors sur une drôle de chose qui reposait un peu plus loin. La jeune femme s'en approcha. Il s'agissait d'un étrange dessin fait sur un papier bien plus épais que celui que fabriquait Grimbéorn. Il n'était pas grisâtre comme le sien mais légèrement jauni. Elle posa les doigts dessus. La matière était étonnamment douce.
- Qu'est ce que cela ? Demanda t-elle en interrompant sans grand état d'âme la discussion entre Bilbon et Ragnar.
Le Hobbit releva la tête vers elle.
- Une carte, jeune dame.
- Une carte ?
- Oui, il s'agit là de la représentation de notre monde tout du moins ce que nous en sachons.
- Oh. Lâcha Essylt qui ne comprenait toujours pas.
Elle ne voyait pas en quoi des lignes et dessins sur une feuille de papier représentait leur monde. Elle discernait des formes étranges et d'autres qui ressemblaient aux arbres que les enfants des Béornides s'amusaient à dessiner mais il n'y avait là rien qui puisse lui faire penser au monde. Bilbon dût s'apercevoir du scepticisme qu'elle affichait clairement car le Hobbit se déplaça jusqu'à elle. Il pointa son doigt sur un point dans une zone remplie de ses dessins d'arbres.
- Nous sommes actuellement ici.
En y regardant un peu mieux, et avec de l'imagination, elle pouvait voir d'autres dessins qui pouvaient ressembler à des montagnes à droite du point. Était ce ainsi que le Hobbit représentait les cimes qu'ils avaient traversés à dos d'aigles pour arriver ici ?
- La maison de Béorn se trouve ici. Ajouta Bilbon en pointant son doigt sur un nouvel endroit, à droite de la ligne des montagnes. Elle remarqua alors une immense zone remplie d'arbres encore un peu plus à droite.
- Et ça c'est ma forêt ? Demanda t-elle en l'indiquant du doigt.
Le Hobbit hocha la tête positivement.
- Et chez vous ? L'interrogea t-elle curieuse.
- La comté. Elle est ici.
A nouveau, un des doigts de Bilbon se posa sur la carte pour montrer un autre endroit beaucoup plus à gauche. Essylt vit d'étranges petites lignes qui se courbaient à l'endroit qu'indiquait le petit vieillard. Elle réalisa que la feuille en était couverte à plusieurs endroits.
- Et c'est quoi ces marques ?
Bilbon fronça les longs sourcils et se rapprocha un peu plus.
- Des marques ? Répétât il.
- Oh, mais ce sont des lettres. Il est écrit Hobbitbourg en Westron.
- En Westron ? C'est quoi ?
- La langue que nous sommes en train de parler, jeune Dame.
Essylt observa avec plus d'attention les lignes.
- C'est joli. Convint elle.
- Voudriez vous que je vous apprenne ?
- Quoi ?
La Tuatha se retourna vers Bilbon. Le petit être semblait amusé de la situation.
- Souhaitez vous que je vous apprenne à lire et à écrire, Dame Essylt ? Précisa t-il.
Essylt fronça les sourcil en observant les délicats petits traits. Lire et écrire, elle se rappelait que sa mère devait elle aussi lui apprendre. Elle l'aurait sans doute fait si elle n'avait pas été massacrée par ses saletés de Kobolds. Et elle, elle serait restée Aerynel, et ne serait pas là si loin de chez elle. Mais apprendre tout ceci maintenant… Cela ne sauverait pas sa forêt et les siens.
- Je… Je ne sais pas. Je doute que cela me soit bien utile…. Soupira t-elle.
Le Hobbit haussa les épaules.
- Comme il vous plaira. Ajouta t-il en retournant s'asseoir.
Dans un même temps, elle était très curieuse. Elle avait parfaitement vu l'immense collection de livres que les Elfes possédaient. Mais...
- Mais pourquoi feriez vous cela ? Demanda t-elle suspicieusement.
Elle ne comprenait toujours pas pourquoi ce Bilbon les avait convié, leur avait raconté son aventure et maintenant souhaitait lui apprendre encore d'autres choses sans rien d'autre en échange. Et si il s'agissait là d'un piège ?
- Parce ce qu'il m'en sied. Et qui sait, cela vous sera t-il bien utile un jour.
La réponse ne la satisfaisait pas vraiment. Le Hobbit se tapota le menton, le regard dans le vague comme prit dans une intense réflexion.
- Convenons d'un marché. Lâcha t-il
- Un marché ?
- Je vous apprends à lire et en échange vous me parlez de votre peuple. Vos coutumes, vos histoires, les marques sur votre visage, ce genre de choses… J'ignore tout des vôtres et je serais ravi d'en savoir un peu plus.
La jeune femme reposa la carte qu'elle tenait toujours dans sa main et croisa les bras sur sa poitrine.
- Les miens se plaisent à rester dans l'ombre. Rétorqua t-elle.
Un grand sourire apparût sur le visage du Hobbit.
- Oh, mais je ne veux pas savoir où vous vivez mais comment. Et je serais aussi très intéressé par votre cuisine.
- Nous acceptons, M. Sacquet, Répondit alors Ragnar qui était resté totalement silencieux depuis le début de leur échange, bien trop occupé à batailler contre Grison pour les quelques morceaux de biscuits qui restaient.
- D'autant que la raison de votre venue n'aura peut être pas lieu avant plusieurs semaines, Ajouta le Hobbit.
- Comment ça ?! Que savez vous ? S'inquiéta Essylt.
Elle en était sûre. Elle le savait. Il fallait ce méfier de ce Bilbon.
- Sachez une chose jeune dame, les Elfes sont discrets mais les Hobbits plus encore, rit le vieillard. La tenue d'un conseil va avoir lieu, plusieurs messagers sont partis sur ordre du Seigneur Elrond, car beaucoup sont attendus. Et ce cher Ragnar m'a confirmé votre présence à cette réunion.
Elle allait le tuer. Grimbéorn retrouverait son fils en petits morceaux minutieusement découpés bon à être donnés au premier chien qu'elle croiserait. Toute la colère qu'elle mit dans ses yeux à l'encontre du change-peau fit rire le Hobbit. Ce qui ne détendit pas Essylt, au contraire.
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A l'Ouest, à plusieurs jours de voyage, le Prince Maellas, dans ses appartements, savourait un verre de vin. Ou tout du moins, il s'y essayait. Le breuvage était pourtant divin. Il aurait dû. Les échansons rivalisaient de créativité pour ce qui était de mêler le jus fermenté à divers herbes aux goûts aromatiques qui se mariaient avec excellence à la boisson. Celui qu'il avait choisi avait été cuit avec une multitude d'épices qui le rendait divin. Et pourtant il ne parvenait pas à s'en délecter.
Comment, lui, un prince Sindar avait il pu se laisser avoir ainsi par une simple mortelle ?
Car elle était là. Encore. L'envahissant un peu plus à chaque instant qui passait, s'accrochant à son âme avec des serres acérées qui ouvraient des blessures qui jamais ne se refermeraient. Car il s'y refusait, il ne pouvait décemment pas l'accepter. Et avec elle sa rage augmentait. Il n'avait rien vu venir. Et pourtant cela avait commencé peu après qu'il soit revenu au palais sans avoir pu mettre la main ni sur elle ni sur Gollum. Il avait mis ses soudaines pensées à son encontre sur le compte de sa frustration de s'être fait berner. Il avait eu tort. Il n'avait rien vu venir, bien trop envahi par la honte de s'être fait avoir et sa colère si profondément ancrée contre lui même, son père et son frère. Au début, il n'avait s'agit que d'images issues de ses souvenirs de chaque moment où ses yeux avaient eu le malheur de se poser sur cette horrible créature. Mais après…. A peine s'accordait il un moment de repos, que désormais elle envahissait le moindre recoin de son esprit. Esprit qui se plaisait à l'imaginer actuellement à ses cotés…Offerte, soumise, a lui.
Il caressa de ses doigts fin le pendentif qu'il lui avait arraché. Le bijou en mithril représentait une étoile à six branches au centre duquel était enchâssé une minuscule gemme blanche dont son peuple raffolait tant. L'étoile des hommes de l'ouest. Un objet d'une grande valeur qui tranchait avec sa propriétaire.
Comme tous ceux de sa race, elle empestait. Pas autant que les Yrchs ou les nains mais la couche de crasse qui la recouvrait lui avait tout de même donné la nausée quand il l'avait approché et que l'odeur n'avait plus quitté ses narines plutôt sensibles. Même son père n'avait pu empêcher son nez de se froisser lorsqu'il l'avait interrogé. Il était certain que même après avoir mariné pendant une journée entière dans des eaux parfumés et pures, elle puerait tout autant. C'était dans la nature de sa race. Quand a ses cheveux, il ne se souvenait que d'une crinière remplie de terre, d'herbes et il ne savait quoi d'autres. Bien qu'étant totalement repoussante, elle était parvenue à l'attendrir. Cette manière qu'elle avait eu de lui tenir tête, de ne pas abandonner et toujours lutter l'avait touché. Elle lui faisait penser à un animal sauvage blessé. Une louve enragée au yeux de la même couleur que les châtaignes. Des yeux au regard déterminés et fiers quand elle avait sauté dans le vide pour lui échapper. Des yeux qui l'avaient totalement ensorcelé.
Et à cette souffrance qui fendait son âme à l'en faire soupirer depuis des jours, s'ajouter une douleur nouvelle pour lui : la peur. Car il ignorait où elle était et dans quel état. Au fond de lui, il la croyait en vie. La douleur lui aurait été insupportable si elle avait quitté cette existence. Mais il se pouvait qu'elle soit en danger quelques part, loin d'ici. Et le pire était qu'il ne la reverrait sûrement jamais.
Il était condamné.
Depuis un moment, il priait secrètement qu'Elbereth guide a nouveau ses pas vers elle. Cette fois ci, il ne se laisserai pas avoir par sa fausse faiblesse de mortelle. Il trouverait un moyen de se débarrasser d'elle, de l'annihiler avant que son emprise sur lui soit totale. Quand à l'épée de sa mère, elle retrouverait sa place à sa ceinture.
Ou il lui offrirai si elle acceptait de rester à ses cotés.
Maellas soupira.
En réalité, il doutait d'être capable de lui faire le moindre mal. Elle ne lui avait pas volé que son héritage mais elle lui avait aussi ravit son âme.
Le prince se resservit un verre qu'il vida d'un trait sans l'apprécier.
Non seulement elle était mortelle mais il se pourrait bien qu'elle soit alliée à l'ennemi. Le roi lui avait parlé de ce peuple de guerriers farouches qui s'était allié à l'armée de son grand-père pour combattre au Mordor. Mais aussi de leur massacre. Selon lui, ils s'étaient établi au sud de la forêt et n'avaient plus donné le moindre signe de vie depuis que l'ombre avait de nouveau envahie la forteresse de Dol Guldur. Et si elle faisait bien partie de ces sauvages, ce dont les étranges tatouages qui ornaient son visage et ses avant bras le prouvait, il se pourrait qu'elle ne soit qu'une esclave de Sauron, née ne captivité et simple espionne pour la libération de ce Gollum.
Et le bijou qu'il tenait dans ses doigts pourrait n'être qu'une prise de guerre sur le cadavre d'un de ces Rôdeurs qu'affectionnait tant son jeune frère.
Un léger grattement à la porte le sortit de ces horribles réflexions. Avant même qu'il l'eut rejointe, elle s'ouvrit sur Legolas accompagné du visage jovial d' Earmir penché derrière lui. Les deux Elfes entrèrent. Earmir ferma la garante de leur tranquillité tandis que son frère levait à hauteur de leurs yeux une bouteille de vin.
- Je peux voir que tu ne nous a pas attendus, Constata le cadet en avisant la carafe sur le guéridon où s'était installé Maellas avant leur incursion.
Par manque d'assise les deux nouveaux venus s'installèrent à même le sol.
- Je ne crois pas que cela soit une très bonne initiative, fit remarquer le propriétaire des lieux. Nous partons à l'aube demain matin.
Earmir leva son visage vers lui en grimaçant.
- Alors que le faire seul est une meilleure idée ?
- Avant que je ne parte, cela ne te déplaisait pas, Ajouta Legolas tout en faisant sauter la cire à l'aide de l'un de ses couteaux.
Cela fait, il tendit le breuvage à son aîné avec un grand sourire. Maellas la prit en soupirant. Lui qui avait choisi de se terrer dans ses appartements pour pleurer sur son sort avant de partir pour ce conseil à Imladris… Il observa la bouteille.
- Vous l'avez volée. Réalisa t-il en découvrant le cachet de cire rouge révélant l'appartenance de ce breuvage à l'un des conseillers de leur père.
- Bien entendu, où serait l'intérêt autrement. Confirma Earmir.
Maellas finit par les rejoindre au sol, le dos contre le mur. Il porta le goulot à sa bouche et en prit une gorgée avant de la tendre à Legolas. Décidé à oublier un temps ses propres problèmes, il se laissa aller à la bonne humeur transportée par Earmir tandis que Legolas entreprit de leur raconter quelques unes de ses aventures en compagnie des humains.
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Assise en tailleur sur le lit de sa chambre, Essylt ne se lassait pas de regarder la carte donnée par Bilbon. Et plus particulièrement sa forêt qui remplissait une bonne surface de la feuille. Elle était immense comparée aux autres lieux. Elle ne parvenait pas à situer où les siens pouvaient vivre. Avant qu'ils ne le quitte, le Hobbit lui avait indiqué plusieurs lieux dont Rhosgobel, la ville des Elfes des Bois mais aussi une ville d'homme à l'Est et la cité des nains. Elle était véritablement impressionnée. Pour elle, il y avait encore quelques temps, le monde se résumait à la forêt, une partie de la forêt. Quand elle expliquerait tout ça à autres, ils n'en croirait pas leurs yeux. Mais cette carte pourrait peut être les aider dans leur combat. Pour s'organiser, avoir une vue plus grande sur leurs terres… .
- Qu'est ce que ceci ?
La Tuatha sursauta légèrement en entendant la voix d'Idris à ses cotés. La jolie Elfe à son service s'était encore déplacée sans un bruit. En lui jetant un bref coup d'œil exaspéré, la jeune femme s'aperçut que la petite table de la pièce était désormais remplie de fruits et bien d'autres choses.
- C'est une carte que M. Bilbon Sacquet de la Comté m'a offerte, répondit Essylt en prenant garde à ne pas écorcher chaque mot. Vous le connaissez ?
- Non, il ne m'a pas encore été donné de le rencontrer.
La jeune femme fronça les sourcils.
- Il affirme être arrivé ici depuis maintenant plusieurs mois ,comment est il possible que vous ne l'ayez pas vu ?
- Quand je ne m'occupe pas d'invités du Seigneur Elrond, je passe mon temps dans le jardin. Sourit Idris. J'aime beaucoup les fleurs, et elles ont besoin continuellement d'attention.
Essylt ne pût s'empêcher d'imaginer l'Elfe entrain de cajoler des arbres comme une mère. Et pour ce qu'elle en savait, il se pouvait que cela ne soit pas des plus farfelus.
- Vous avez beaucoup de chance, Souffla Essylt. Les fleurs de ma foret disparaissent pour laisser la place à des horreurs empoisonnées… Siobhan, une amie, s'est piquée le doigt a une épine d'une jolie fleur que nous ne connaissions pas, et désormais son bras est comme mort.
Le visage de l'Elfe se teinta d'une peine qui semblait sincère qui surprit la Tuatha.
- Ne perdez pas espoir Essylt, lui dit elle d'une douce. Il y a certes des choses mauvaises, horribles en ce monde, mais il y a aussi des choses bonnes et elles finiront par remporter la bataille. Les puissants Valar y veillent.
Avant qu'Essylt ne puisse répliquer sur sa théorie de ces sois disant puissants Valar qui laissaient des enfants se faire massacrer, une multitude de cris leur parvinrent. Oubliant totalement leur discussion, Idris se précipita par la fenêtre de la chambre. La Tuatha descendit de son lit et s'apprêtait à la rejoindre quand l'Elfe la saisit par le bras.
- Venez ! Lui dit elle avec un immense sourire. Vous verrez que j'ai raison !
Essylt trottina aux cotés de la belle Elfe qui marchait d'un pas rapide. Elle les mena à l'extérieur de la chambre. Elles traversèrent ainsi plusieurs couloirs pour arriver dans une nouvelle pièce complètement ouverte sur l'extérieur. Idris la força à se rendre sur l'immense terrasse qui surplombait une des cours de la cité.
- Un Istari entre à Fondcombe, lui indiqua l'Elfe en pointant la cours en contrebas d'un doigt fin.
- Un Istari ? Demanda Essylt en se penchant.
La terrasse ne se trouvait qu'à quelques mètres au dessus de la petite cours pavée où régnait une grande agitation. Malgré la pénombre seulement éclairé d'étrange lampes bleutées, Essylt parvint à discerner trois choses. Le Seigneur Elrond qui se précipitait pour descendre des escaliers, Glorfindel, avec ses longs cheveux d'or grimpant sur un cheval blanc et s'élançant avec grande rapidité vers les bois. L'autre tout aussi reconnaissable même si elle ne l'avait vu qu'à une seule reprise il y a de cela plus d'un an. Le vieillard semblait éreinté et une troupe d'hommes couvert de noir l'encadrait.
Gandalf.
Gandalf le Gris était enfin arrivé.
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En espérant que cela vous a plu, à bientôt.
