WORSHIPPING TODD
CHAP. XVIII «PUNITION»
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«Ever wonder about what he's doing
How it all turned to lies,
Sometimes I think that it's better to never ask why…
Where there is desire
There is gonna be a flame…
Where there is a flame
Someone's bound to get burned.
But just because it burns
Doesn't mean you're gonna die!
You've gotta get up and try, and try, and try
I Gotta get up and try, and try, and try
You gotta get up and try, and try, and try (« Try », Pink) *
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- «Les péchés contre l'amitié doivent être punis, mais il est dur de punir ceux qu'on aime!» (Henri-Frédéric Amiel; Œuvre: Journal intime, 26 mars 1880.)
- «Il convient de punir par l'infidélité les amants qui se conduisent mal.» (Stendhal; Œuvre: «De l'amour, Fragments divers», 1822.)
- «On peut être cruel en pardonnant et miséricordieux en punissant.» (Saint Augustin; Œuvre: Epistolae, CLIII, début du Ve siècle.)
- «L'indifférence est la pire des punitions à faire subir à quelqu'un qu'on aime, mais qui nous a blessé.» (Anonyme)
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Orodon, village des Morgoths….
Assis sur un banc au milieu de la grand place où devait avoir lieu le mariage en ce jour, ses grandes mains couvrant son visage et ses coudes sur ses genoux, Avigdor était visiblement effondré.
Aussi grand et fort qu'il paraissait, il avait l'air maintenant aux yeux de tous d'un petit garçon qui venait de perdre tout ce qui lui tenait à cœur….
Derrière lui, les figures stoïques de Luxus, sa femme Shaïma et Balham, le leader du village, portaient la réprobation et une fureur contenue sur leurs traits.
À côté, Isora marchait de long en large, gesticulant, son discours incohérent variant entre la colère et l'incompréhension. La jeune Mia était assise sur une des chaises décorées de rubans blancs, ses joues tachées de larmes silencieuses.
- Je ne comprends pas! dit Avigdor en relevant la tête, la main de Balham venant appuyer sur son épaule en signe de support et de réconfort. Jamais Tiélan ne serait partie ainsi sans rien me dire! Si elle n'avait plus voulu m'épouser, je sais qu'elle est assez honnête pour venir me le dire directement…qu'elle ne voudrait jamais me faire souffrir ainsi! Ni décevoir aucun des gens de ce village qui font maintenant partie de sa vie.
John Sheppard pinça ses lèvres et marcha lentement en tournant sur lui-même, regardant encore une fois la place principale au centre du village: l'estrade décorée de fleurs, de rubans, de bougies. Les nombreuses chaises installées en cercle, témoins de la population complète qui tenait assez à ses deux enfants pour venir assister à ce qui aurait dû être une belle et grande cérémonie de mariage en l'honneur de Tiélan et de son jeune fiancé.
Il jeta un coup d'œil à Teyla, Rodney et Ronon qui avaient tous l'air aussi déconcertés et stupéfaits que lui. Quoique pour le satédien, une rage implacable se voyait sur son visage, témoin d'un jugement déjà fait depuis longtemps sur la réfugiée accueillie par les Morgoths, l'ex-adoratrice de wraith.
Avigdor était en déni, se dit Sheppard. Il parlait de Tiélan au temps présent, refusant d'envisager que la jeune fille ait pu de son plein gré s'enfuir si tôt du village, assez cruellement et indifféremment, sans ne rien lui avoir dit de ses intentions!
- Donc, vous croyez toujours qu'elle s'est fait enlever, dit le Colonel, venant se planter devant le fiancé abandonné.
Avigdor voulut lui répondre qu'il croyait en elle, mais Balham s'avança et fixa le colonel Sheppard durement:
- Nous avons fouillé la maison de Luxus et Shaïma, Colonel…nous avons ensuite fouillé le village en entier! Nous avons même battu toute la forêt jusqu'aux collines avant de vous appeler. Nous n'avons trouvé aucun signe de résistance, de bataille, d'enlèvement. Tiélan est une ancienne adoratrice de wraith…j'aurais dû m'en douter! Je me suis très rarement trompé en jugeant un réfugié, avant de l'accepter au sein de notre village, mais j'ai très mal évalué cette fille que vous nous avez emmené! Et maintenant, j'ai peur qu'elle n'attire les wraith sur nos têtes, que cet endroit ne soit plus jamais protégé de ceux qui ont toujours apporté le malheur et la mort sur tous les autres mondes de cette galaxie, exposés aux attaques des wraith!
Sheppard ignora volontairement le fait que le leader des Morgoths semblait porter une partie de la faute sur lui et ceux d'Atlantis, même si Balham se blâmait d'avoir mal évalué Tiélan et d'avoir accepté de l'accueillir parmi son peuple.
- Avant de sauter tout de suite à la conclusion qu'elle va mener directement les wraith jusqu'ici, répliqua Sheppard, je pense qu'il nous faut faire une enquête pour décider si oui ou non ce sont bien les wraith qui l'ont enlevée. Peut-être que ce sont des humains d'un autre village qui ont fait le coup? Y a-t-il eu récemment des conflits entre vous-mêmes et d'autres habitants de cette planète? Ou bien elle est partie d'elle-même, tout simplement? C'est ce qu'il nous faut déterminer.
- Nous ne sommes en guerre avec personne, Colonel, s'entêta Balham. J'en suis venu à la conclusion qu'elle s'est sauvée de son plein gré. Peut-être qu'elle est retournée à son ancien Maître, fit le leader avec une expression méprisante sur ses traits.
Mia renifla et releva la tête, regardant le Colonel avec défi :
- Je suis du même avis qu'Avigdor, dit-elle. Tiélan ne serait jamais partie ainsi. Elle n'aurait pas fait volontairement de chagrin à son fiancé, ni à aucun d'entre nous! Elle était parfaitement intégrée à notre vie ici.
Isora cessa de marcher nerveusement, venant se planter devant Mia :
- Je sais que tu es déçue Mia, mais plus vite tu vas accepter la duplicité de cette fille, plus vite tu t'en remettras. Tu as dit toi-même que tout était en ordre dans ses affaires dans votre chambre, que son sac et des vêtements manquent mais qu'elle t'a laissée quelques-uns de ses effets personnels et même la robe de mariage qu'elle devait porter ce matin. Si elle avait été enlevée, toutes ces choses seraient encore là et il y aurait eu des signes de lutte, voyons!
- Nous n'avons trouvé aucun mot de sa part…aucune explication, rien! dit Shaïma, effondrée. Elle…elle était comme ma fille. Pourquoi nous avoir traités avec tellement de nonchalance, de cruauté?
- Non. Cela ne ressemble pas du tout à Tiélan, s'entêta Avigdor, regardant le couple et Balham, ainsi qu'Isora. (Ils pensaient tous qu'il s'agissait d'une trahison de la part de sa fiancée bien-aimée). Il doit sûrement y avoir une autre explication!
Sheppard soupira, puis il fit signe aux quelques marines qu'il avait emmené avec lui et son équipe habituelle.
- Écoutez…c'est pas que je ne vous fait pas confiance, mais mes hommes sont très bons pour ce qui est d'effectuer des recherches et de relever des indices pour savoir ce qui s'est passé! Laissez-nous faire…
Il donna des ordres brefs, séparant ses troupes en trois groupes qui prendraient chacun un secteur du village pour trouver quelque chose, n'importe quoi qui pourrait expliquer la disparition soudaine de Tiélan.
- Ronon, prenez la tête du premier groupe. Teyla, vous prendrez la tête du second. Rodney et moi allons diriger le troisième; nous allons enquêter dans le premier secteur, celui de la maison où habitait Tiélan.
Ronon grommela quelque chose entre ses dents et Sheppard n'eut pas besoin de tendre l'oreille et de le faire répéter pour savoir que le satédien leur rappelait simplement à tous qu'il avait eu raison depuis le tout début sur cette adoratrice de wraith! Néanmoins, il obéit immédiatement. John Sheppard le savait très bon pour pister quelqu'un. Si Ronon Dex ne trouvait rien pour expliquer la subite disparition de Tiélan Quinn, alors cela voudrait dire que la jeune femme était partie de son plein gré….sans qu'il n'y ait d'équivoque!
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Avigdor, Isora, Mia et les parents de cette dernière le menèrent jusqu'à la maison où la fugueuse avait vécu avec sa famille adoptive.
Sheppard fit raconter à chacun les évènements de ces jours derniers, la veille du mariage en particulier, avant que chacun n'aille au lit.
- Comment était Tiélan? demanda le chef militaire d'Atlantis. Est-ce que parmi vous quelqu'un a senti chez elle de la tristesse? De la crainte? S'est-elle comportée bizarrement? Euh….Avigdor, désolé d'avoir à vous le demander mais…vous seriez-vous disputé avec Tiélan hier, au point où elle aurait pu souhaiter mettre fin de cette façon à vos fiançailles?
Il avait peur d'avoir offusqué le jeune homme mais Avigdor semblait bien comprendre que Sheppard et son équipe ne voulaient que les aider, et non faire porter la faute sur lui ou quelqu'un d'autre.
- Nous avons passé une soirée sereine et très agréable. Tiélan était heureuse, affectueuse et elle avait hâte à notre…notre mariage, dit le jeune homme avec une voix légèrement tremblante sur les derniers mots. Jamais nous ne nous sommes disputés, Colonel! Je sais très bien que j'aimais plus Tiélan qu'elle ne m'aimait elle-même, mais croyez-moi quand je vous dis que personne, ni moi-même ou quelqu'un d'autre ne l'a forcée à se marier avec moi. Elle était heureuse avec nous tous, déterminée à devenir ma femme et à vivre sur Orodon jusqu'à son dernier jour…
- Si seulement je ne dormais pas si dur! gémit soudain Mia, recommençant à pleurer. Je l'aurais empêché de partir, je lui aurais demandé ce qui n'allait pas! Jamais, vous m'entendez? Jamais Tiélan ne m'aurait laissé seule! Elle était devenue ma grande sœur. Je suis sûre que quelque chose lui est arrivée!
Sa mère la prit dans ses bras, caressant sa belle chevelure pour la consoler.
- Elle semblait si sereine et heureuse hier, lorsque nous étions toutes chez la couturière pour l'essayage de sa robe, dit Shaïma. Nous avons ri, nous avons passé un très bon moment. Tiélan était très belle dans sa robe et je…je…
Prise par l'émotion, Shaïma étreignit sa fille, baissant sa tête pour l'enfouir contre le cou de Mia. Sa main se leva pour couvrir son visage, comme si elle avait trop de chagrin et de honte pour montrer ouvertement ses émotions aux visiteurs d'Atlantis.
- Je n'aurais jamais cru qu'elle serait aussi insensible, insouciante à notre chagrin à tous pour s'enfuir aussi lâchement! continua la femme, sans relever la tête.
- Ce n'est qu'une traîtresse! murmura Isora entre ses dents. Elle ne méritait pas notre amitié et notre amour, termina-t-elle d'une voix plus forte et amère.
- Allons Isora, dit Avigdor qui ne partageait pas du tout les doutes des autres au sujet de sa fiancée. Nous ne savons pas encore ce qui lui est arrivée. Cela ne ressemble tellement pas à Tiélan de nous faire ça! Je n'y crois pas du tout.
Luxus, appuyé sur la cheminée de pierre de la grande pièce servant de salon et salle à manger, n'avait pas dit encore un mot et semblait pensif, distrait.
- Vous vous rappelez de quelque chose, Luxus? demanda soudain Sheppard, ayant remarqué l'attitude distante de l'homme. N'hésitez pas à nous en parler, même si cela vous semble insignifiant!
- Elle me semblait parfois dans son monde, inatteignable, fit l'homme après avoir hésité quelques secondes. Elle était quelquefois perdue dans ses pensées, avec dans ses yeux cette lueur, comme s'il elle avait des souvenirs à la fois chers et douloureux. Je sais que le soir elle allait sur la colline là-bas, pour observer le ciel et être tranquille, m'a-t-elle dit un jour. Oui, elle s'est bien adaptée en général à notre village et à son style de vie. Elle était aimée de tous! C'était aussi une fille travailleuse, qui n'a jamais rechigné à aucune tâche. J'étais heureux de la voir épouser le meilleur parti de ce village mais….à quelque part, j'ai toujours senti qu'elle ne faisait pas vraiment partie de notre monde. Parfois son visage devenait distant, très loin d'ici et de nous tous…comme lorsqu'on devient nostalgique de quelque chose. Je ne suis pas un grand communicateur ou quelqu'un de sentimental, mais je lui ai demandé un soir si quelque chose ou quelqu'un lui manquait de sa vie passée?
Sheppard était maintenant vivement intéressé. Il vint se planter devant le père adoptif de Tiélan, l'encourageant à continuer avec un regard insistant.
- Que vous a-t-elle dit? demanda le colonel, voyant que l'homme restait muet, comme s'il se sentait coupable de ne pas avoir cherché à en savoir plus, comme s'il n'avait pas accordé assez d'importance à cette attitude nostalgique chez Tiélan.
- Elle a dit: non non!...en secouant sa tête très vivement. Elle m'a dit qu'elle nous aimait tous et qu'elle n'aurait jamais pu rêver d'une meilleure vie, après tout ce par quoi elle était passée. Que je devais cesser de m'inquiéter ainsi. Et puis le sujet est tombé à l'eau. Mais…ce ne sont pas ses paroles qui m'ont troublé et inquiété. C'est plutôt le fait qu'elle a très vite secoué la tête en déni, même avant que je n'aie terminé ma question. Elle a eu pendant à peine quelques secondes un regard fautif puis elle m'a serré très fort dans ses bras pour me rassurer…trop fort. Comme si elle me suppliait de ne plus jamais lui poser cette question!
Sheppard ravala un soupir irrité. Il en connaissait assez sur le caractère et la maîtrise de soi vraiment magistrale de Tiélan Quinn pour savoir que quelque chose la tourmentait vraiment pour qu'un homme bon, rustre et simple émotionnellement parlant comme Luxus, ait pu apercevoir une seule fois chez la jeune fille cette expression d'angoisse nostalgique!
- Todd… laissa soudain tomber le colonel Sheppard, la moutarde commençant malgré lui à lui monter au nez.
- Todd? fit soudain Rodney, ses grands yeux bleus s'ouvrant et se posant sur Sheppard (ce dernier venait de réaliser que le scientifique était resté muet pendant presque tout ce temps, depuis qu'ils avaient mis le pied sur Orodon!). Vous croyez qu'il a quelque chose à voir dans la disparition de Tiélan? s'inquiéta McKay.
- Qui est ce….Todd? demanda Avigdor, une lueur de jalousie se montrant pour la première fois dans ses yeux depuis la disparition de sa douce, ses poings impressionnants se serrant convulsivement. Si vous savez quelque chose Colonel, je..-
- Non, le coupa Sheppard. Plutôt oui je veux dire, mais ce n'est pas un humain. Todd est le nom avec lequel nous avons identifié le wraith qui était l'ancien maître de Tiélan. Je ne sais absolument pas s'il est responsable dans cette histoire, mais nous allons tout tenter pour le découvrir, ne vous en faites pas!
- Vous donnez des noms à ces…démons!? dit tranquillement Luxus, un rictus narquois sur ses lèvres…
- Euh…c'est une longue histoire vraiment, et je n'ai pas le temps de vous expliquer le pourquoi, fit Sheppard.
Il se tourna hâtivement vers Rodney McKay, content d'avoir d'autres matières à s'inquiéter pour éviter de devoir s'expliquer sur leurs négociations occasionnelles avec un wraith, aussi unique et spécial que pouvait l'être Todd!
- Rodney, en sortant d'ici nous allons partir vers ces collines que Tiélan semblait affectionner particulièrement et vous tenterez d'y relever des lectures d'énergie avec votre bidule, dit Sheppard en pointant du doigt le détecteur de signature d'énergie que le scientifique transportait toujours dans une de ses mains. En attendant, Luxus, si vous le voulez bien, j'aimerais voir la chambre que Tiélan partageait avec Mia...
- D'accord, par ici, dit l'homme, indiquant à Sheppard et à McKay l'escalier montant aux chambres à l'étage.
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- Je ne relève absolument rien qui indiquerait une présence de technologie wraith dans le coin, ou même des résidus encore présents, annonça Rodney après avoir pointé son petit gadget de lecture de signatures énergétiques partout, alors que le groupe s'était rassemblé au pied de la colline. Et la sensibilité de cet appareil peut aller jusqu'à 48 heures auparavant, fit l'homme en remettant l'appareil dans sa poche de veste.
- Est-ce que votre appareil peut saisir également les résidus d'un vaisseau wraith beaucoup plus petit qu'un croiseur ou une ruche, disons…un dart? demanda Sheppard.
- Oh ça, je ne crois pas, avoua McKay, un peu dépité. À moins que cela ne fasse que quelques deux ou trois heures, suivant la venue d'un si petit appareil, mon détecteur ne peut capter que les résidus énergétiques de ruches ou de croiseurs. Si nous avions été contactés tout de suite après que les habitants aient réalisé la disparition de Tiélan, alors j'aurais peut-être eu des chances de savoir si ce sont vraiment les wraith qui l'ont enlevée!
Un peu plus loin, l'air sombre et distant, Teyla Emmagan semblait étirer tous ses sens, (son Don en fait) tentant de trouver une présence wraith quelconque.
- C'est évident qu'elle est retournée vers eux, laissa tomber Ronon, s'arrêtant à un point précis au pied de la colline.
- Vous avez trouvé quelque chose? demandèrent presque en chœur Sheppard et McKay, se précipitant vers le satédien.
L'ex-runner hocha affirmativement la tête, montrant du doigt une empreinte de pieds.
- Comment pouvez-vous être certain qu'il s'agit des empreintes de Tiélan? demanda Sheppard. Les Morgoths sont nombreux à s'être rendus jusqu'ici pour essayer de la trouver. Ils portent presque tous le même type de chaussures à semelles feutrées. Je n'ai pas pu distinguer quelque chose de différent pour les relier à celles de Tiélan, à part que les hommes ont bien sûr de plus grands pieds que les femmes!
- Regardez, lui fit remarquer Ronon. Le chaos des autres empreintes se terminent ici, mais quelqu'un a marché plus loin et il n'y a plus qu'une seule paire plus petite qui va par là, un peu plus loin. Elle s'est arrêtée à ce point précis, pas plus loin…et si elle s'en était retournée dans le but de regagner le village, alors des traces plus fraîches seraient présentes, effaçant presque toutes les autres. Je crois qu'elle a attendu, plantée là...et qu'ensuite un dart est venu l'enlever, conclut le satédien.
Sheppard sourit, hochant de la tête et claquant l'épaule de Ronon en reconnaissance de son expertise si précise, gagnée par ses années en tant que runner.
- Et vous Teyla? demanda-t-il en se retournant vers l'athosienne. Vous sentez quelque chose?
Depuis qu'ils étaient arrivés sur Orodon pour y constater la disparition de l'ancienne adoratrice de wraith, Sheppard et les autres avaient senti l'athosienne tendue, son humeur assombrie et ses traits cachant discrètement sa surprise et sa déception de la disparition probablement volontaire de Tiélan. De toute évidence, elle avait encore du mal à reconnaître que sa confiance avait été mal placée, que la jeune fille avait ainsi fait preuve de déloyauté envers les Morgoths qui l'avaient gentiment accueillie et aussi envers Atlantis qui lui avait offert une seconde chance!
Pendant quelques secondes, Teyla ne dit mot. Tous ses sens étaient déployés vers le ciel, ses yeux fermés, sa bouche en une fine ligne mince, un pli profond sur son front.
- Non John….je ne sens rien. Je n'ai rien ressenti d'une présence wraith dans le village lorsque je l'ai fouillé, et ici non plus. Si les wraith sont venus pour enlever Tiélan, alors ils sont partis depuis longtemps! Et je ne ressens plus la connexion que j'avais avec elle.
- Allons! ricana Ronon. Ils ne sont pas venus «l'enlever». C'est elle qui est partie volontairement le rejoindre….c'était à prévoir, je vous..-
- Oui oui oui, vous nous l'aviez dit, je sais ça! soupira John Sheppard, scrutant le ciel comme s'il avait pu y déceler un grand écriteau fait de nuages et proclamant en très gros caractères: «je suis venu reprendre ce qui m'appartenait de droit!»
Mais évidemment, il n'eut pas cette chance.
Personne n'avait plus prononcé le nom de Todd...mais ils savaient tous qu'il y avait une forte probabilité que ce soit ce vieux renard qui ait retrouvé - par ils ne savaient quelle magie noire! - la jeune femme, après presque un an de recherche!
Et il était fort probable que ce n'était pas toute une armada de vaisseaux qui se seraient déplacés pour venir chercher une seule et unique humaine, ceci étant volontairement fait pour ne pas alerter l'attention des villageois et semer la panique.
- Depuis combien de temps a-t-elle disparu et combien d'heures sont passées depuis que les Morgoths nous ont prévenu? se demanda Sheppard à voix basse, comme s'il n'attendait pas réellement de réponse.
- Le mariage devait avoir lieu à 11h00, lui répondit quand même McKay. Les gens se lèvent tôt ici et Shaïma croit que Tiélan a dû partir au plus tard vers 5h00 du matin. Ils ont cherché et attendu jusqu'à l'heure prévue du mariage, croyant qu'elle leur faisait peut-être une blague, je ne sais pas moi? Mais quand ils ont vu qu'elle ne revenait pas pour son propre mariage, ils ont paniqué et cherché dans tous les coins. Balham nous a prévenus vers 15h00, c'est moi qui ai pris son message. Et ça fait déjà plus de deux heures qu'on la cherche. Alors disons en gros qu'elle est disparue depuis un bon dix heures, en conclut le scientifique. Vous…vous croyez que si c'est Todd, il va revenir bientôt et attaquer ce village, vu qu'il connaît maintenant les coordonnés de ce monde qui était jusqu'ici inconnu des wraith?
- Pas le genre de Todd, fit Sheppard en hochant négativement la tête. Il est sûrement content de connaître la position de cette nouvelle et potentielle réserve nourricière, mais c'est un vieux filou et il doit avoir d'autres plans…il veut garder cette carte en main pour plus tard, en déduisit le colonel.
Actuellement, Sheppard était soulagé que ce soit Todd qui ait trouvé la planète Orodon au lieu de wraith inconnus qui n'auraient pas hésité à cueillir ce monde et à annexer ce village à leurs propres territoires pour des ravitaillements futurs.
- Non, continua à réfléchir à voix haute John Sheppard. Tiélan semble être partie de son plein gré. Son côté de chambre était soigneusement rangé. Elle a apporté son sac avec très peu de vêtements. Il n'y avait aucune lettre d'adieu, aucun signe de batailles, pas de résistance. Teyla, croyez-vous qu'à une forte distance, un wraith puisse communiquer avec quelqu'un comme vous, comme Tiélan, alors que vous possédez toutes deux le Don?
- Pour quelqu'un comme Todd qui a une très forte présence mentale, oui, ce serait possible je pense….répondit l'athosienne. Vous croyez que c'est ainsi qu'il a communiqué avec Tiélan?
- Son traqueur subspatial lui a été enlevé sur Atlantis mais malgré cela oui, je crois qu'il l'a fait rechercher. Lorsqu'il a trouvé où elle se cachait, il s'est arrangé pour reconnecter leur lien...
- Continuez à vous leurrer! dit Ronon d'une voix cinglante, son visage recouvert du mépris habituel qu'il ressentait toujours pour les wraith et ceux qui les servaient. Moi, je vous affirme que c'est elle qui a communiqué avec lui et qui l'a attiré ici! Les adorateurs sont tous pareils. On peut encore moins leur faire confiance qu'à leurs maîtres!
Sans attendre de réplique, le satédien leur tourna résolument le dos pour se mettre à marcher en direction du village, là où l'équipe avait fait atterrir les deux jumpers.
- Vous pensez que Todd lui a fait du chantage pour qu'elle parte plus tôt ce matin avant que les autres se lèvent et qu'elle est venue le rejoindre ici! dit Rodney McKay, comprenant soudain les déductions de Sheppard. S'il est venu tout seul dans un simple dart, alors il n'est pas surprenant que je n'aie rien lu comme résidu énergétique sur mon détecteur! Et il n'avait pas l'intention d'attaquer Orodon, termina le scientifique atlante.
- Exactement! fit Sheppard. Connaissant Todd, je crois qu'il a passé un marché avec elle. Elle devait venir le rejoindre ici et ne rien dire aux habitants de ce village. En retour, il a promis d'épargner la vie de tous.
Sheppard serra les mâchoires, son expression devenant sombre, implacable. Pourtant, il devait s'avouer qu'ils étaient impuissants. Ils n'avaient aucune idée où chercher Todd, aucun moyen de savoir où se trouvait l'alliance des vaisseaux-ruches de leur ancien allié wraith. Et même s'il espérait fortement que Tiélan n'avait pas trahi de plein gré Atlantis et son village adoptif, il y avait toujours l'infime possibilité que Ronon n'ait pas tort dans son raisonnement plutôt borné!
À l'expression amère et impuissante sur les visages de Rodney et Teyla, Sheppard comprit qu'ils en étaient arrivés à la même conclusion que lui.
En ce moment même, John Sheppard aurait adoré avoir le cou de Todd entre ses doigts et pouvoir le presser jusqu'à ce que ce maudit wraith étouffe, pour ensuite lui vider un plein chargeur de son P-90 dans le ventre! Ou pire…le laisser dix minutes entre les pattes du redoutable spécialiste Ronon Dex!
- Elle est retournée avec lui….pour éviter qu'Orodon et tous ses habitants ne soient cueillis ou exterminés, dit enfin Teyla, sa voix et ses yeux pleins de tristesse.
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Pendant ce temps-là, sur un vaisseau-ruche au-dessus d'une autre planète…..
Quand Tiélan se réveilla, l'atmosphère pure et fraîche habituelle de la ruche, tout comme ses lumières tamisées, l'entourèrent de leur noirceur, de leur froideur.
Normal…tout cela lui était familier.
Cependant, elle n'avait PAS prévu du tout de se trouver elle-même tout au fond d'une cellule!
Seule, les barreaux organiques épais et luisants, représentant une barrière à sa liberté, tout comme les deux drones sinistres et silencieux gardant la porte et lui tournant le dos.
La jeune fille se leva et vint vers les barreaux, ne comprenant pas pourquoi elle ne s'était pas rematérialisée dans les quartiers de son Maître en sa présence.
Elle ne tenta pas de sonder l'esprit des soldats drones. De toute façon, ils semblaient avoir leurs ordres; elle pourrait même être punie pour avoir tenté d'influencer leurs pensées.
- Pourquoi ne suis-je pas dans les appartements du Commandant? demanda-t-elle plutôt à voix haute. Pourriez-vous lui dire que je désire le voir, s'il-vous-plaît? plaida-t-elle humblement d'une voix stressée.
Mais ils demeurèrent immobiles, stoïques, comme si elle n'avait rien dit!
Tiélan soupira longuement.
Bon, c'était autre chose! se dit-elle. Une pénitence en quelque sorte?
Il n'y avait rien d'autre à faire que d'attendre le bon plaisir de son Maître. Elle marcha jusqu'au fond de la cellule où elle se laissa glisser contre le mur, ramenant ses genoux vers elle et y déposant ses bras et ensuite sa tête entre ses mains.
Tentant de comprendre, elle se rejoua la brève scène précédente, lorsque son Maître était venu la chercher sur Orodon….
* flashback *
Une fois arrivée à l'endroit convenu pour le rendez-vous, Tiélan avait patiemment attendu que le Commandant wraith se manifeste.
Cela n'avait pas tardé. Elle n'avait amené avec elle ni torche, ni lampe de poche; la seule lueur de la grande planète Rivula, la plus petite des deux, agissant comme une pleine lune, avait été suffisante pour permettre à la jeune femme de parfaitement visualiser son chemin jusqu'ici.
Elle s'était immobilisée au pied de la colline qui faisait face à une des grandes montagnes de cette région, son regard levé vers le ciel, patiente et résolue à cesser de pleurer, à oublier tout ce qui avait été sa vie pendant cette année bénie passée sur Orodon.
Cela ne lui servait plus à rien en effet de s'apitoyer sur son sort. Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était que les habitants de ce monde paisible soient en sécurité, oubliés des wraith…
Soudain, un tout petit point noir en mouvement se faufila entre deux étoiles brillantes. Le point grossit régulièrement et Tiélan distingua enfin un dart. Le petit vaisseau wraith approcha sans faire plus de bruit que le vent qui agite les branches d'un arbre…
Elle n'avait pourtant rien entendu du son habituel de gémissement ressemblant tant à celui d'un insecte, si caractéristique de ces petits engins qui avaient pour principal but la cueillette des humains.
Mais une fois que le dart fut assez proche pour qu'elle en distingue la forme habituelle, elle vit le vaisseau cibler un espace non loin de l'endroit où elle se tenait et venir y atterrir; la jeune fille comprit que le wraith avait probablement altéré le son des moteurs ou bien réussit à actionner un contrôle spécial, dans le but de dissimuler son arrivée pour ne pas alerter les habitants du village.
Bientôt, elle vit le toit opaque de l'appareil disparaître. Un grand et élégant wraith en sortit, s'extirpant avec agilité du petit vaisseau pour ensuite marcher avec détermination jusqu'à elle…
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Todd s'avança jusqu'à l'endroit où l'attendait patiemment son adoratrice.
Mille émotions tourbillonnaient dans son esprit...mais il garda l'expression de son visage parfaitement neutre et illisible.
Tiélan était aussi belle que dans son souvenir….
Habillée simplement de vêtements blancs fait d'un tissu assez grossier, probablement fait pour la vie pratique des fermiers. Mais sur elle, une poche de jute aurait paru le summum de la toute dernière mode de la galaxie de Pégase! pensa le wraith avec ironie, tant sa silhouette frêle mais gracieuse et féminine se découpait sur ce fond de nuit, soulignée par la lueur jaunâtre des rayons de la grosse planète occupant presque entièrement le décor arrière dans la toile céleste.
Elle était exquise, ses grands yeux posés sur lui, pleins d'appréhension.
Elle se mordillait la lèvre inférieure et un petit tic agitait une de ses mains à ses côtés, seuls signes apparents de sa nervosité. Il remarqua qu'elle avait changé de coiffure. Au lieu d'atteindre le milieu de son dos, sa belle chevelure couleur miel habituellement bouclée avait été ramenée en arrière en une queue lisse et raide, coupée probablement en longueur un peu plus bas que ses épaules.
Il en fut contrarié; mais les cheveux repoussaient vite chez les humains, se dit-il.
Todd laissa traîner le silence, parfaitement conscient de la peur et de l'hésitation présentes dans l'esprit de l'humaine alors qu'il avait renoué leur connexion, en profitant pour examiner ses pensées et son état d'esprit.
En ce moment, le wraith aurait aimé laisser ses émotions se manifester: son contentement de la revoir enfin, la jouissance de l'avoir enfin retrouvée, ce qui l'aurait porté à lui tendre simplement les bras.
Mais Tiélan était celle qui avait permis que de telles émotions ne puissent rejaillir aujourd'hui, cela à cause de ses mensonges et de sa traîtrise!
Si Todd était contrarié et encore plein de rage, c'était de sa faute à elle. Il était bien conscient que tout autre wraith que lui l'aurait exécutée sur-le-champ pour tous ses «crimes», la dégradant de son rôle d'adoratrice humaine en la ramenant à l'unique fonction de nourriture!
Mais une partie de lui n'était pas prête à cela. Et à cause de cette faiblesse qu'il avait toujours eu pour elle, Todd ressentit sa fureur renaître encore une fois.
Le wraith se mit à marcher vers la jeune femme, ne venant s'arrêter qu'à quelques pouces de sa silhouette. Tiélan recula d'instinct d'un pas, effrayée. Mais sa bravoure habituelle la fit ravaler sa peur. La jeune fille se força à rester en place, même lorsque le wraith qui s'était relevé de toute sa haute taille se pencha sur elle comme une formidable tour, commençant ensuite à la scruter en tournant autour d'elle lentement, l'évaluant, la reniflant.
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Le cœur de Tiélan bondissait fortement dans sa poitrine alors qu'elle subissait l'examen du Maître. Il continua à demeurer silencieux, jouissant de toute évidence de la peur qu'il avait fait naître en elle.
Ce n'était pas du tout les retrouvailles qu'elle avait imaginé dans ses rêves les plus fous! Mais quand même, à quoi s'attendre d'un wraith après l'avoir renié et lui avoir menti?
Il était même surprenant qu'il ne soit pas déjà en train de lui arracher toutes ses années!...quand bien même le Commandant aurait eu l'intention de la faire revivre après coup en lui donnant le Cadeau de Vie.
Les secondes devinrent des minutes, longues et atroces.
Le Maître termina son cercle autour d'elle. Il vint encore une fois stopper devant elle, grand et autoritaire, son visage aussi impassible que celui d'une statue.
- Te voilà enfin, Tiélan! laissa finalement tomber le wraith d'un ton calme. Je te fais rechercher depuis près de onze mois. Ces humains semblent t'avoir traitée d'une façon très correcte…tu es en bonne santé, donc tu pourras sans tarder te remettre au travail!
- Naturellement Maître! dit la jeune fille, ses yeux agrandis à la fois de confusion et de soulagement. Je suis à votre..-
- Trêve de civilités! coupa soudainement le Commandant d'une voix forte et impatiente. Ne bouges pas d'ici; je vais regagner mon vaisseau et activer le rayon cueilleur pour venir ensuite te prendre dans son faisceau. Il ne sert plus à rien de s'attarder dans cet endroit!
Tiélan s'inclina en soumission, déçue de leurs retrouvailles mais soulagée toutefois que le wraith ne l'ait pas dévorée sur place.
Alors que le petit dart s'élevait sur lui-même et faisait un arc de cercle habile pour s'apprêter ensuite à la cueillir dans son rayon fantomatique, la jeune fille jeta une dernière fois un long regard de regret sur le paysage paisible autour d'elle, surveillant les faibles rayons de l'astre encore lointain qui allait faire lever le jour sur Orodon.
Elle allait mettre fin à ce court chapitre de sa vie de liberté, pour le bien de ceux qu'elle avait appris à aimer dans ce village. Elle retournait sur la ruche avec le Commandant.
Il semblait bien que l'Univers lui rappelait impitoyablement qu'il avait d'autres plans pour elle!
*Fin du flashback*
() () ()
Tiélan s'était assoupie contre le mur du fond de la cellule où elle s'était réveillée, sur la ruche de son Maître.
Elle ne savait pas depuis combien de temps elle végétait ici, attendant que le Commandant vienne la chercher pour lui énoncer sa punition.
Parce qu'elle était tellement certaine qu'il y aurait des représailles!
Cependant, une surprise l'attendait lorsqu'elle se réveilla en sursaut. Elle venait d'entendre des pas ténus et légers, accompagnés des pas plus lourds et plus sonores, produits par les bottes des drones wraith.
Elle ne sentait même pas à travers le lien la présence du Maître à bord! Alors, elle ne fut pas réellement étonnée de ne pas voir sa silhouette impressionnante tourner le coin dans le corridor. Non. Ce qu'elle vit, ce fut plutôt une femme petite mais déterminée, marchant entre les deux gardes masqués qui l'accompagnaient.
Tiélan s'éloigna du mur où elle s'était recroquevillée, se levant lentement lorsque le groupe s'approcha des barreaux de sa cellule.
Un commandement mental et les traverses organiques reculèrent dans le mur. Seule la femme entra dans sa cellule.
- Navaré!? ne put-elle s'empêcher de s'exclamer, confuse, reconnaissant cette adoratrice d'un passé pas si lointain que cela.
- Tiélan...dit tranquillement l'adoratrice, avec un hochement de tête sec et bref.
Navaré était cette petite brune, assez jolie aux yeux bleus éveillés, l'une des premières que Tiélan avait connue lorsqu'elle avait été intégrée en tant qu'adoratrice sur la ruche du Commandant.
Elle n'avait jamais trop su quoi penser d'elle; ce n'était pas une personne à qui on pouvait faire totalement confiance, malgré sa relative popularité parmi les autres filles.
Mais elle ne s'attarda pas trop à dévisager la femme qui n'avait pas changé d'un poil depuis la dernière fois où elle l'avait vu, ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : elle bénéficiait régulièrement du Cadeau de Vie.
Par contre, elle portait une élégante robe longue de couleur crème avec de belles broderies couleur argent, ce qui impliquait que sa situation personnelle sur la ruche s'était améliorée.
Tiélan se demanda pourquoi elle était la première à venir la visiter dans sa cellule? Mais son expression s'assombrit lorsqu'elle comprit soudain: si Mirani n'était pas devant elle en ce moment (alors que le Maître avait décidé de la bouder et de ne pas venir lui-même la récupérer!), ceci ne pouvait signifier qu'une chose: Mirani n'était plus la Madria, soit par disgrâce ou bien parce qu'elle était morte!
Navaré avait une expression légèrement ennuyée lorsqu'elle s'approcha de Tiélan pour prendre compte de son état de santé et de son allure actuelle:
- Bon, lèves-toi et suis-moi, dit-elle tout simplement, sans même lui dire bonjour ou lui souhaiter la bienvenue.
Tiélan obéit et suivit Navaré hors de sa cellule. La personne qui venait la délivrer lui importait peu en ce moment finalement! décida-t-elle, en autant qu'on l'escorte jusqu'aux appartements du Commandant.
Elle se mit à marcher entre les deux gardes wraith, Navaré prenant la tête du petit groupe.
L'adoratrice demeura silencieuse. Cela ne lui ressemblait pas du tout: Navaré était un grande bavarde, sociable mais maniérée. Normalement, elle aurait questionné Tiélan sans relâche pour connaître son histoire depuis qu'elle avait quitté la ruche, dans le but d'alimenter sa boîte à rumeurs et à potins!
Cette fille était du genre à vouloir tout savoir, à se nourrir des bavardages et racontars de tout genre. Oh bien sûr, elle avait de grandes qualités. C'était une adoratrice dévouée, sociable et engageante, toujours la première à vouloir aider, à donner des conseils et à constamment s'occuper des plus faibles.
- Pourquoi n'est-ce pas Mirani qui est venue m'accueillir et me chercher? demanda Tiélan qui ne pouvait plus attendre pour satisfaire sa curiosité, son ton plein d'appréhension.
La femme sortit de son état de mutisme, tournant son expression légèrement soucieuse et ennuyée vers elle, s'arrêtant au coin d'un corridor pour faire face à Tiélan. Les drones s'arrêtèrent également, attendant patiemment.
- Mirani est morte, dit un peu sèchement Navaré. Lorsque la ruche royale a été détruite, elle rendait visite à Loana et à quelques filles qui avaient été échangées pour rejoindre le groupe des adoratrices de la reine. On m'a alors fait le grand honneur de prendre sa place, termina-t-elle en se redressant, visiblement fière.
Tiélan était sous le choc. Mirani devait être très regrettée, elle en était sûre!
Cela faisait des années qu'elle occupait la place de Madria et bien que Tiélan ne s'était jamais sentie proche d'elle, ou plutôt bien qu'elle n'ait jamais voulu s'en faire une amie ou la voir comme une figure maternelle, elle avait appris à l'apprécier et à la respecter. C'était une adoratrice loyale, qui se faisait un devoir de s'occuper du bien-être de ses «filles». Elle était justement partie voir si tout allait bien pour elles ce jour-là et malheureusement, elle avait payé de sa vie son sens du devoir et son dévouement, son attachement envers ses filles d'adoption.
Tiélan se dit que les maîtres wraith avaient dû se sentir assez décontenancés de cette perte importante! Ils n'avaient pas eu vraiment d'autre choix que de nommer Navaré à sa place; il n'y avait pas tellement d'autres femmes plus âgées parmi les adoratrices!
Navaré connaissait tout des bases de la vie quotidienne pour un humain sur une ruche, des devoirs des adorateurs, tous les potins et les nouvelles circulant parmi la petite communauté des humains au service de leurs maîtres. Elle était également née sur une des planètes où les jeunes hommes et jeunes femmes choisis pour devenir adorateurs et adoratrices étaient soumis et conditionnés dès leur plus jeune âge à ce futur rôle.
Tiélan n'avait jamais fait totalement confiance à Navaré qu'elle trouvait plutôt sournoise et hypocrite, sous des dehors avenants. Elle cherchait à plaire, à devenir l'amie de tout le monde, mais pour mieux vous poignarder dans le dos, si jamais cela lui convenait! On ne pouvait se fier à ce genre de personne qui dissimulait ses vraies intentions; le genre qui dirait n'importe quoi, pourvu que cela lui vaille l'approbation inconditionnelle des autres!
Tiélan ravala son chagrin aux nouvelles de la mort de Mirani et elle se remit à marcher aux côtés de Navaré.
- Je suis vraiment désolée, dit-elle enfin. Mais je te félicite pour ta nomination comme Madria.
Il lui sembla que la femme à ses côtés marchait d'une allure fière et même arrogante, son visage à l'expression morne s'éclairant soudain de satisfaction de soi. Un léger sourire condescendant relevait le coin de ses lèvres.
- Oui, merci. Nous la regrettons toutes, fit Navaré, mais la vie doit continuer n'est-ce-pas?
Il était toujours difficile de dire si cette femme était sincère ou si ce qu'elle disait était faux, si ses paroles suaves ne cachaient pas plutôt ses véritables pensées, se dit Tiélan. Elle décida toutefois qu'il ne serait pas sage du tout de s'attirer l'inimitié de la nouvelle Madria, de se la mettre à dos.
Voyant que le groupe ne prenait pas du tout le chemin menant aux appartements du Commandant, Tiélan s'inquiéta un peu.
- Où allons-nous? demanda-t-elle. Tu ne me mènes pas chez mon Maître?
Pour la seconde fois, Navaré s'arrêta en plein milieu du corridor, regardant à gauche et à droite pour voir si un des maîtres wraith ne se dirigeait pas vers elles.
- Non. dit-elle enfin d'un ton plutôt embêté. Tiélan, je ne sais vraiment pas pour quelles raisons tu t'es méritée le courroux de notre Seigneur le Commandant, mais j'ai des ordres bien précis, fit-elle d'un ton un peu irrévérencieux, imbue de son importance.
- Mais…je ne comprends pas!? dit Tiélan, tout-à-fait confuse.
Navaré se pencha sur elle avec des airs de conspiratrice :
- Hummmm, il va falloir que tu m'en dises plus, que tu me révèles ce qui s'est passé entre vous deux et pourquoi il m'a demandé de te faire une place dans les aires communautaires des adoratrices et de te mettre au travail! Il veut que l'on prenne soin de toi, que tu sois bien nourrie et soignée. Mais tu devras travailler dur, ma fille! Ah! Et puis je veux savoir tout de ta vie, pendant cette année où tu as été absente de cette ruche…
«Tu peux toujours courir pour savoir quelque chose de ma part!» eut envie de lui lancer Tiélan qui resta cependant totalement muette, se remettant à marcher. Elle grommela intérieurement, son expression sombre, comprenant soudain que sa punition avait débuté.
Elle regarda Navaré avec un peu de ressentiment, sa mouche amincie en un pli mécontent.
Demeurant muette et fermée, elle se contenta de suivre Navaré qui lui jeta un regard curieux du coin de l'œil, comprenant d'après son expression butée qu'elle ne tirerait rien de cette fille.
«Ahhhh! pensa la nouvelle Madria. Ce sont toujours les plus belles qui ont la chance d'attirer l'attention des maîtres les plus importants. Mais encore, celle-ci a eu la chance d'être choisie comme adoratrice personnelle du plus puissant et attirant Commandant qui soit, et elle a tout gâché en se valant sa disgrâce, perdant son poste important mais conservant toutefois la vie!"...ce que la nouvelle Madria ne comprendrait jamais.
En attendant, Navaré devait tout de même obéir aux nouvelles instructions du Commandant et affecter cette fille aux tâches normales révolues à une adoratrice venant juste de rejoindre le «troupeau». Elle devrait toutefois veiller à ce qu'elle soit bien nourrie et reste en santé, au cas où le wraith voudrait l'envoyer en mission ou bien l'affecter à de nouvelles tâches.
() () () () ()
Pendant les deux jours suivants, Tiélan dût partager de nouveau le dortoir et la cuisine communautaire et revêtir les vêtements modestes et grossiers des travailleurs humains. On lui donna des tâches ingrates telles que le ménage des aires communes et aider à la confection des repas dans la cuisine suffocante. Si elle terminait plus tôt, alors elle recevait l'ordre d'apporter son aide à la buanderie, aux réparations des vêtements des maîtres et même, récurer les planchers des salles communes des adoratrices.
Il semblait que Navaré et elle-même avaient deux significations très différentes de ce que c'était que de «prendre soin d'elle, de veiller à ce qu'elle soit bien nourrie, soignée et en santé»!
Comme elle travaillait plus fort, elle avait plus d'appétit. Mais lorsqu'elle tenta d'avoir de plus grosses portions de nourriture pour pallier à son manque d'énergie après avoir effectué les travaux lourds, elle ne reçut de la cuisinière que des éclats de rire méprisants et comme explication: «que la ruche était encore loin d'une planète où les wraith allaient envoyer les chasseurs et les négociants humains pour se procurer la viande et les autres aliments nécessaires, et qu'il leur fallait tous se rationner pour encore quelques semaines!»
Pourtant, elle nota que ses compagnes de travail avaient des assiettes plus largement et joliment garnies. Que le matelas de son lit était mince et dur, bien plus inconfortable que tout ce sur quoi elle avait déjà dormi. Elle avait également droit à moins de pauses pendant sa journée de travail.
Mais Tiélan en avait vu d'autres, surtout lorsqu'elle était runner! Alors elle décida qu'elle pouvait endurer tout cela, sans broncher.
Le pire cependant, c'était d'être mise à part. Personne ne semblait vouloir partager sa table. Ou bien, s'il ne restait plus aucune place et qu'elle marchait vers la seule place disponible à une table déjà bondée, les conversations cessaient et les filles se hâtaient de finir leur repas et de quitter aussitôt que possible, sans un mot.
Lorsqu'elle arpentait les corridors des aires communes des adoratrices pour aller vaquer à ses occupations nombreuses ou bien pour aller se reposer, elle sentait le regard de réprobation générale la suivre, ainsi que les commentaires méprisants et moqueurs à peine voilés. Les filles n'attendaient même pas qu'elle ait tourné le coin et soit hors de portée d'entente!
Tiélan se souvenait pourtant d'avoir été distante, froide et fermée, même méprisante lorsqu'elle était arrivée sur la ruche, la toute première fois. Évidemment, on le lui faisait payer amplement!...surtout qu'elle avait perdu la faveur du Maître, le Grand Seigneur de la ruche.
«Ah! Eh bien c'est donc ainsi que les choses vont se passer!? se dit Tiélan, toute aussi méprisante envers ses compagnes adoratrices.
Elle ne croyait pas cependant que ce soit les ordres du Commandant de la mettre ainsi au ban de la société humaine. Non, ça c'était la pénitence infligée par les autres filles, jalouses de sa position antérieure et bien contentes de lui faire sentir que si le Commandant l'avait enfin rejetée, elles avaient donc leur chance de se faire valoir auprès de lui!... peut-être d'avoir un jour enfin l'honneur de le servir comme adoratrice personnelle!
() () ()
Lorsque Tiélan avait quitté la ruche pour se rendre sur Atlantis, la vie des adorateurs était plus facile qu'auparavant, ceci depuis l'entrée en fonction du Commandant. Les règles étaient strictes, mais plus justes. Les humains jouissaient d'une meilleure protection; les punitions abusives de certains maîtres étaient sévèrement punies, donc bien plus rares. Le nouveau Commandant connaissait la difficulté de recruter de bons adorateurs et il avait sensibilité son équipage wraith à ce qu'ils traitent mieux les humains à leur service.
Cependant, dès la troisième journée de son retour sur la ruche, Tiélan nota que ces règles s'étaient relâchées; soit parce qu'une bonne moitié des wraith sur le vaisseau-ruche lui étaient inconnus parce que nouveaux, (probablement de nouvelles forces ayant rejoint la faction du Commandant), ou bien ils avaient été acquis par le biais de victoires sur des ruches ennemies. C'était donc avec leurs propres règles qu'ils traitaient, ou plutôt maltraitaient leurs humaines!
Le Commandant avait-il relâché volontairement sa vigilance ou bien avait-il simplement négligé de raffermir les règlements? Toujours est-il que Tiélan fut choquée de voir que plusieurs adoratrices étaient légèrement ou même sévèrement maltraitées par leurs maîtres, ou même par d'autres membres du cheptel humain, jaloux ou abusif de nature. Certaines maladies ou blessures n'étaient pas soignées par les habilités naturelles de guérison de leur maître et si quelqu'un n'était pas assez remis ou en forme au bout d'une couple de jours pour performer ses devoirs habituels, alors il ou elle risquait la mise à mort, se retrouvant dans les cocons alimentaires de la ruche...
Bien que Tiélan travaillait dur et sans relâche, sans se plaindre, déterminée à subir sa punition avec stoïcisme jusqu'à ce que son Maître juge qu'il était temps de la reprendre à son service personnel, un plan germa dans sa tête: elle ne pouvait laisser les filles souffrir ainsi, alors que ses dons de guérisseuses pouvaient aider en quelque sorte à améliorer leur sort...
Le cinquième jour, n'ayant toujours pas vu le Commandant, elle décida d'aller le voir à ses quartiers et de demander une audience, non pas pour supplier qu'il la délivre des tâches lourdes et la reprenne, mais plutôt pour qu'il la laisse porter secours aux adoratrices blessées ou malades.
Lorsque Tiélan se présenta aux portes des quartiers qu'elle avait l'habitude autrefois de partager avec son Maître, deux drones montaient la garde et s'avancèrent vers elle, menaçants, lui interdisant évidemment l'accès.
La jeune fille étira son esprit pour tenter de sentir la présence du Commandant, mais il ne semblait pas là.
«Si au moins je pouvais lui laisser un message?» s'enquit mentalement Tiélan qui aurait aimé pénétrer dans les appartements pour y écrire une note, demandant une audience au Commandant.
Mais les gardes restèrent muets, leur esprit tout aussi impassible et hermétique que le masque gris et sinistre recouvrant leur visage.
Tiélan poussa un soupir, s'apprêtant à tourner les talons quand le sifflement des doubles portes organiques se fit entendre; elles se séparèrent pour laisser passer une jeune femme.
Son pas était ferme et déterminée mais elle s'arrêta en tressaillant, plutôt surprise de voir la jeune fille.
- Mais qu'est-ce que tu fais là? demanda la femme avec plus de surprise que de mécontentement dans le ton de sa voix.
Cela prit juste deux secondes à Tiélan pour enfin reconnaître l'adoratrice:
-Bélisana! dit-elle, stupéfaite.
La dernière fois qu'elle avait rencontré cette adoratrice, Tiélan s'était presque cognée sur elle, tout comme maintenant. La femme avait servi de remplaçante auprès du Commandant, alors qu'elle était partie en mission.
Devinant que la situation était sûrement la même, Tiélan ne s'inquiéta pas outre mesure. Elle reprit contenance, recouvrant les traits de son visage d'une indifférence polie:
- J'étais venue demander audience auprès du Commandant, dit enfin Tiélan. Mais je vois qu'il n'est pas là. Pourrais-tu s'il-te-plaît lui laisser un message?
Bélisana était toujours aussi belle que dans son souvenir. Grande, mince, statuesque. Des cheveux châtains, fins et bouclés, atteignant le creux de son dos juste avant la croupe, décorés de minces tresses visiblement rajoutées ici et là. Son teint pâle, sa bouche rosée et ses dents très blanches étaient mis en valeur par la longue robe bleu nuit faite de tissu veloutée qu'elle portait. Largement dévoilée, sa poitrine généreuse et avenante faisait paraître celle de Tiélan plutôt insignifiante, alors que d'habitude elle attirait facilement le regard, s'équilibrant très bien avec sa silhouette harmonieuse.
La tête fière et relevée de l'adoratrice ainsi que ses yeux bruns noisette se posèrent sur Tiélan, lui renvoyant ses réflexions et son hésitation.
Enfin, la femme abaissa le menton et fit un sourire incertain à Tiélan.
- Entres! fit-elle enfin, prenant fermement l'avant-bras de Tiélan, agitant son autre main nonchalamment pour ordonner aux drones de s'écarter.
Tiélan suivit Bélisana à l'intérieur, frappée de l'ordre scrupuleux qui régnait dans les appartements du Commandant.
Mais surtout, elle renifla discrètement, voulant saisir l'odeur du wraith, la nostalgie montant instantanément en elle.
«Pourquoi donc ne m'a-t-il pas au moins fait venir ici pour me parler dès notre retour sur la ruche? Je sens encore sa colère contre moi, mais me traiter ainsi après tout ce que j'ai fait pour ce wraith? Je ne comprends pas!…et maintenant, j'en suis réduite à devoir implorer cette fille de lui faire parvenir mon message…»
Une fois à l'intérieur, Bélisana lui fit signe de prendre un des fauteuils imposants entourant la grande table rectangulaire en bois. Tiélan se souvint de toutes les fois où elle avait méticuleusement verni cette table, ainsi que que les lourdes chaises faites du même bois sculpté amoureusement par un artisan pégasien, qui avait sûrement terminé sa vie au bout d'une main wraith...
L'adoratrice s'assit en face de Tiélan, croisant de longues jambes minces et nerveuses, dévoilées généreusement par la fente de sa robe, montant vers le haut de sa cuisse droite.
- Je crois que tu n'es pas au courant des…changements récents apportés par le Commandant, déclara enfin Bélisana d'un ton circonspect.
- Tu es ici, comme la dernière fois pour me remplacer pendant ma….enfin. Jusqu'à ce que mon Maître me juge suffisamment punie! dit un peu impatiemment Tiélan, ne pouvant s'empêcher de montrer son impatience et son agacement.
Bélisana eut un sourire un peu las, qui eut au moins le mérite de n'être ni méchant ni ironique.
Tiélan se rappela à temps que Bélisana ne pouvait en rien être comparée à la dangereuse et venimeuse Allyria, celle qu'elle avait dû vaincre sur la planète où le Maître les avait envoyées toutes les deux pour s'affronter, afin de choisir qui serait la meilleure candidate à envoyer en mission. Allyria l'aurait tuée sans hésitation pour prendre sa place auprès du Maître, pour satisfaire son orgueil et ses ambitions! Et puis, si elle voulait que cette femme fasse parvenir son message au Commandant, Tiélan se devait de ravaler son énervement et ses sarcasmes. Il lui fallait se calmer et démontrer du respect envers Bélisana.
Comme le silence s'éternisait, comme si l'adoratrice tentait de trouver les mots les plus appropriés pour lui révéler ce qu'elle avait à lui dire, Tiélan se força à rester muette et immobile, alors qu'elle n'avait qu'un désir: chasser cette fille d'ici et aller s'étendre dans le grand lit du Maître pour l'attendre et le supplier de la reprendre!
Mais cela n'allait pas arriver.
- Tiélan…il s'agit de plus que cela, dit enfin Bélisana. Je suis officiellement l'adoratrice personnelle du Maître, avec tout ce que cela implique. Et cela, depuis le moment où il est revenu sur cette ruche. Je suis désolée que personne n'ait jugé bon de te mettre au courant!
Il fut impossible à Tiélan de cacher la surprise et la déception qu'elle ressentait en ce moment, comme si l'autre venait de lui donner une claque en plein visage! Pendant un bref instant, ses yeux brillèrent de colère.
Elle savait bien ce que cela impliquait. Bélisana possédait désormais le rang le plus élevé parmi les adoratrices de ce vaisseau-ruche, et elle partageait aussi le lit du Commandant!
Tiélan ravala sa salive et durcit ses émotions. Quelque chose dans l'expression de Bélisana l'empêcha de mettre en doute ce qu'elle venait de lui dire. Elle aurait voulu sauter sur la femme et la griffer, la frapper en l'accusant de mentir mais l'expression perplexe et navrée sur le visage de l'autre lui confirma que Bélisana ne lui avait dit que la vérité!
Et comme si ce n'était pas assez, elle perçut enfin les phéromones du Maître dans le tourbillon des senteurs, s'agitant autour de la très belle remplaçante qu'il s'était trouvé...
Tiélan ne pouvait même pas lui en vouloir, pensa-t-elle soudain, l'image d'Avigdor son fiancé et amant humain, revenant tout-à-coup dans sa mémoire.
La femme rayonnait également, comme toute femelle satisfaite des attentions sexuelles très gratifiantes procurées par un mâle aussi habile et avec tant d'expérience que le Maître.
Il n'y avait rien d'ironique ou de moqueur sur le visage de Bélisana. S'il y avait une qualité que possédait cette adoratrice, c'était cette empathie qu'elle lui démontrait en ce moment. Elle avait tenu à lui révéler la vérité, sentant le chagrin de Tiélan et la prenant en pitié. Oui, Bélisana était visiblement fière d'être devenue l'adoratrice personnelle et l'amante du Commandant le plus puissant de cette alliance, mais elle n'était ni hautaine, ni méchante envers Tiélan. Ce n'était pas du tout son genre...
Dans une toute autre situation, elles auraient même pu devenir de bonnes amies.
Tiélan sortit de ses réflexions amères, trouvant Bélisana en train de la regarder patiemment, ses yeux posés sur elle et ses mains croisées sur le bord de la table.
- Je…je vois. dit-elle enfin avec difficulté, une boule de plomb se logeant dans son ventre, un sentiment de jalousie pénétrant dans son cœur comme un poignard.
Évidemment, ni Navaré ni les autres n'avaient pensé à lui révéler ce fait important, ceci pour en rajouter plus à sa punition! devina Tiélan.
Et maintenant elle devait faire comme si elle n'avait pas cette peine immense, comme si elle n'avait pas cette rage au cœur….
Prenant une longue inspiration, elle força un faux sourire sur son visage et décida de s'en tenir à la requête qu'elle était venue faire. Elle ne voulait surtout plus voir l'expression légèrement inquiète et empreinte de compassion sur le visage de l'autre.
- J'aimerais au moins que tu lui donnes mon message, dit-elle finalement. Je peux le lui écrire et te le laisser et s'il accepte de me voir..-
Bélisana la coupa en se levant tout-à-coup, ce qui troubla Tiélan.
- Je suis désolée Tiélan, dit-elle en lui indiquant bien poliment la porte, geste sans équivoque signifiant qu'elle ne pouvait rien pour elle et qu'elle devait partir. Le Commandant avait prédit que tu viendrais ici pour tenter de lui parler. Mes ordres sont formels. C'est lui qui te contactera en temps et lieu. Je ne peux rien de plus pour toi. Je t'ai reçue parce que je te respecte et parce que je voulais te mettre au courant de ces…changements. Mais le Maître ne tolèrerais pas de savoir que tu es restée ici plus que nécessaire!
Tiélan ravala la rage soudaine qu'elle ressentait. Soudain, elle en voulait tout autant au Maître qu'à cette fille! Pourtant elle devait admettre que l'autre tentait par son attitude et dans ses mots de la heurter le moins possible. Bélisana ne faisait qu'obéir aux ordres après tout...
- Alors il est encore plus furieux que je ne l'imaginais…murmura Tiélan, mordillant sa lèvre inférieure et fixant ses doigts qu'elle avait croisé sur ses genoux.
Bélisana dût tendre l'oreille pour l'entendre; elle eut un petit haussement d'épaules impuissant. Elle fut sur le point de dire quelque chose, mais Tiélan se leva d'un bond et marcha résolument vers la porte.
Elle se sentait trop humiliée pour accepter des paroles apaisantes ou bien d'encouragement de la part de l'adoratrice qui réchauffait désormais le lit de ce wraith, celui pour qui elle se morfondait tant!
() () ()
Tiélan comprit bien cette nuit-là que le Commandant était de retour sur la ruche, de peu importe l'endroit où il avait dû se rendre…
Elle ressentit sa présence dans le lien, même si ce n'était pas elle qui l'avait initié.
Cependant, ce n'était pas du tout la manière à laquelle le Maître l'avait habituée…
Et elle se serait bien passée de ressentir le tourment des phéromones s'échappant des appartements du Commandant à travers la toile communautaire wraith, alors que son Maître et sa nouvelle flamme s'accouplaient!
La jeune fille pleura silencieusement, seule dans son lit, rageant de jalousie.
Est-ce que c'était par inconscience ou avec une cruauté volontaire que le wraith l'avait ainsi mise en contact avec ce qu'ils étaient en train de faire? Et est-ce que cela faisait partie de sa punition?
Apparemment, oui.
Tiélan se boucha les oreilles, comme si elle pouvait éloigner dans sa tête les soupirs et petits bruits de jouissance lui parvenant par le lien communautaire.
Le Maître tirait son plaisir du corps délicieux de sa remplaçante et la jeune femme se donnait consciencieusement avec dévouement, gémissant de plaisir sous les mains habiles du wraith….
« -Maudit soit-il….» murmura la jeune fille, réussissant grâce à sa force de concentration acquise par la méditation à se distancer des plaisirs lui parvenant par la connexion qu'elle partageait avec le Commandant.
Elle enfouit sa tête sous l'oreiller mais dût attendre que leurs ébats se calment et que leurs corps reposent, constatant et se réjouissant que l'acte sexuel ne soit pas suivi des manifestations de tendresse et des petites douceurs habituelles, qu'elle avait partagées uniquement avec son Maître autrefois.
Apparemment, il satisfaisait ses besoins sexuels avec elle, mais rien de plus!
«J'ai eu peu couru après…», devait admettre Tiélan, se rappelant qu'elle avait choisi la liberté offerte par les atlantes et aussi de s'unir à un humain sur Orodon.
Elle se mit à réfléchir. Il lui fallait trouver une façon de faire valoir son point auprès du Commandant, de l'atteindre pour qu'il lui permette d'apporter son aide en tant que guérisseuse aux adoratrices de cette ruche. Et il lui fallait aussi trouver un moyen de se faire pardonner, de s'amender. De reprendre pleinement auprès de son Maître ses anciennes fonctions d'adoratrice personnelle!
«Arrêtes de te lamenter sur ton sort et penses, Tiélan!» se réprimanda-t-elle. «Tu as juste à te montrer soumise, à endurer. Travailles encore plus fort et guettes la moindre occasion où tu pourras trouver une ouverture, chercher la faille qui te fera gagner. Et surtout, tu dois déceler les changements d'humeur chez le Commandant et observer le comportement de sa nouvelle adoratrice. Tôt ou tard, Bélisana pourrait laisser entrevoir son mécontentement d'une situation, ou bien rapporter aux autres quelque chose que son Maître a dit ou fait, que tu pourrais utiliser à ton avantage. Il te préfère toujours, même s'il se sert d'elle pour te punir!».
Étendue sur le côté, son visage posé sur une de ses mains sur l'oreiller, ses lèvres se retroussèrent en un sourire optimiste et malicieux alors qu'elle séchait de son autre main ses dernières larmes.
«Il m'aime encore. Je ressens toujours sa colère bien sûr, mais sa rage est aussi dirigée contre lui-même parce que malgré sa jouissance de me faire souffrir, il s'en veut de ressentir encore de la tendresse et de l'attirance envers moi. Donc, je dois me montrer patiente et tenace; je suis peut-être tombée, mais je vais me relever et le reconquérir!» se dit la jeune femme, juste avant de se laisser enfin couler entre les bras de Morphée.
() () ()
Le lendemain, Tiélan s'évertua à mettre en pratique tout ce qu'elle avait décidé la veille...
Après une journée chargée où elle avait travaillé plus fort que d'habitude, elle décida d'aller trouver Navaré pour lui demander s'il y avait autre chose à faire ou bien si elle pouvait aller se reposer dans le dortoir commun.
Mais en chemin, elle eut une idée.
Lorsqu'elle parvint dans la petite chambre de la nouvelle madria, lui servant aussi de quartier général, elle trouva la femme en nage, son expression tourmentée, en train d'essuyer la sueur sur son front.
Ce qui lui fit deviner que Navaré sortait de la cuisine ou de la buanderie, ayant sûrement donné un coup de main aux autres adoratrices...
Navaré ne la vit pas tout de suite entrer, Tiélan étant témoin de sa fatigue et surtout de sa vulnérabilité.
- Navaré, dit-elle prudemment en s'avançant vers elle, contente que l'état de la madria lui donne un argument de plus pour lui permettre de faire passer son message au Commandant. Mais que se passe-t-il donc? J'arrive à un mauvais moment? Tu as tellement l'air exténuée!
Navaré sursauta et se retourna. Tiélan vit qu'elle était même sur le point de fondre en larmes. Elle attendit néanmoins, pas du tout certaine que son aide serait bien accueillie.
- Ah c'est toi Tiélan! Oui, je dois avouer que la journée a été épuisante! Tu sais que nous avons perdu beaucoup d'adorateurs lors de l'explosion de la ruche royale. Malgré la récente cueillette de nouveaux humains pour renflouer nos rangs, je dois bien souvent malgré moi vous surcharger de tâches pour pallier au manque. Et je dois aussi moi-même aider. Cela, malgré le fait que je dois continuer d'être attentive aux besoins de chacune, voir à ce que tout le monde soit apte au travail et en santé et surtout, je dois m'assurer que toutes les règles des maîtres soient bien suivies. Et il y a des journées comme aujourd'hui où je…eh bien, je….je m'efforce d'être comme notre ancienne madria, mais j'ai bien peur de ne pas être aussi efficace et maternelle qu'elle l'était envers nous toutes!
Encore une fois, Navaré fut sur le point de s'effondrer, surtout lorsque Tiélan posa une main apaisante et un regard navré sur elle.
Mais elle se recula et la repoussa, refusant de montrer encore plus de faiblesse.
- Bon, assez d'apitoiement sur moi-même! dit Navaré avec un regard dur. Que puis-je pour toi Tiélan? Tu as terminé tes tâches?
- Oui, dit Tiélan, j'ai terminé. Et tu sais…je te comprends. Ne t'en fais pas, tu fais l'unanimité parmi les filles; elles trouvent que tu remplies très bien tes fonctions. Et…je crois que je pourrais peut-être t'aider, j'ai une idée.
Navaré eut une expression de curiosité, mais resta silencieuse.
- Je…je peux te suggérer quelque chose, continua Tiélan, voyant dans son silence une exhortation à parler. J'ai remarqué depuis mon retour que plus de filles sont malades ou même carrément blessées. Cela va à l'encontre des nouvelles règles que le Commandant avait instauré sur ses ruches, avant mon départ. Je sais qu'il y a de nouveaux officiers wraith qui se sont joints à ses troupes, mais je n'ai pas pu m'empêcher de voir que les nouveaux sont plutôt négligents et même carrément mauvais dans leur façon de traiter leurs adoratrices…
Navaré soupira.
- Oui, c'est vrai. Et c'est un problème….mais où veux-tu en venir, Tiélan? Quelle est cette si brillante idée? dit la madria d'une voix curieuse.
- Euh….tu t'es aperçue que les maîtres ont recommencé à maltraiter les adoratrices et tu n'en as rien dit au Seigneur Commandant? lui demanda Tiélan, ne répondant pas tout de suite à sa question.
- Je n'aime pas du tout que tu doutes ainsi de mes décisions en tant que madria! se rebiffa tout de suite Navaré. D'abord, je suis sûre que notre Commandant est au courant et je n'irai certainement pas risquer sa colère en lui rapportant ces…incidents. Mon travail est de voir au bon ordre parmi les adoratrices. Je dois rapporter les situations les concernant, et non ceux reliés à nos maîtres! Ce n'est pas à moi d'aller mettre en doute les règlements instaurés par le Commandant, ou même à remettre en question le fait qu'il change d'avis!
- Écoutes, je ne voulais surtout pas t'offenser ou te critiquer! se défendit Tiélan en levant ses deux mains en signe d'apaisement. Mais si tu dois voir à la bonne marche de la communauté des adoratrices et que les wraith les maltraitent et refusent de les soigner, alors les filles devront travailler en mauvaise forme, faire de plus longues heures et ainsi risquer de commettre encore plus d'erreurs….
Tiélan crut que Navaré allait encore regimber, mais elle vit plutôt la madria soupirer profondément, un pli d'angoisse se creusant sur son front, sa bouche se plissant de chagrin.
- Je….je sais, avoua-t-elle enfin. C'est un vrai problème. Tiélan, je ne sais plus quoi faire pour bien m'occuper des filles et continuer à satisfaire nos Maîtres. Je ne sais pas comment les empêcher de démontrer autant d'agressivité envers leurs adoratrices, je ne sais plus quoi dire aux filles et comment les motiver pour qu'elles soient parfaites et qu'elles ne se fassent pas attaquer par leur maître au moindre mot ou geste de travers! Je crois que je suis nulle, je n'arrive pas à la cheville de Mirani. Elle me manque tant!
Sa voix craqua et cette fois-ci Tiélan s'avança franchement, la prenant par les épaules et la secouant doucement:
- Mais non voyons, je viens de te dire que toutes les filles te font confiance et sont heureuses que tu sois leur madria! C'est peut-être un problème d'organisation des tâches? Écoutes, je sais qu'il y a eu une cueillette récemment et que de nouvelles adoratrices se sont jointes à notre communauté….est-ce que..-
Navaré la coupa en ricanant tout-à-coup, poussant même un sifflement dédaigneux, digne d'une reine wraith.
- Ne m'en parles pas! Oui, nous avions reçu quinze nouvelles filles, jeunes et en santé mais…les choses ne sont plus comme avant. Je suis née sur un des mondes protégés par les Seigneurs wraith, là où on nous a enseigné qui sont les vrais maîtres de la galaxie. Que nous devons les servir du mieux que nous le pouvons, cela jusqu'à notre dernier souffle. Mais certains de ces mondes ont été détruits par les ennemis de nos maîtres, Tiélan. Et les nouvelles adoratrices viennent d'une planète où elles ont été enlevées de force. Elles ne sont pas consentantes, elles sont effrayées et plusieurs se sont rebellées contre les maîtres…
- Attends. Tu as bien dit que nous avions quinze nouvelles filles? dit Tiélan. Il…il en reste combien maintenant?
Navaré haussa les épaules, son visage se durcissant.
- En effet, quinze. Mais une est tombée malade et elle est morte de fièvre au bout de deux semaines. Il y en a deux qui se sont rebellés contre leur maître et qui ont fini au bout de leur main comme repas. Ensuite, deux autres ont été choisies pour être envoyées en mission, mais leurs maîtres étaient de la vieille école, venant d'une ruche vaincue. Ils ont décidé de les convertir à l'enzyme wraith, mais les filles n'étaient pas assez fortes et ont succombé au traitement de dépendance à l'enzyme! Il n'en reste plus que dix. Et quelle chance pour moi, fit la madria, usant de sarcasme: ce sont des faiblarbes et des pleurnicheuses! Elles ont peur de leur ombre et j'ai toutes les misères du monde à bien les motiver. Tu vois mon problème? Je n'ai pas encore réussi à les mettre au travail pour qu'elles fassent preuve du même talent et de la même efficacité que nos bonnes anciennes adoratrices! Si cela se trouve, elles se retrouveront toutes bientôt dans un cocon, en attente pour servir de repas.
Un autre soupir profond. Tiélan y vit soudain une opportunité d'offrir son aide à Navaré et de faire sa demande en même temps:
- Écoutes…je t'ai dit que j'avais une idée. Laissez-moi t'aider, Navaré. Tu sais que j'ai des dons de guérisseuse; je pourrais m'occuper de soigner les filles maltraitées. Je vais fabriquer des potions pour soigner leurs maladies, je fais concocter des onguents qui vont guérir plus vite les blessures infligées par les maîtres et les accidents de travail. Tout ce que je te demande en retour, c'est d'aller en parler au Commandant. J'ai demandé à Bélisana, mais elle a refusé de m'aider. Mais si cela vient de toi, je suis sûr que le Seigneur Commandant va t'écouter et comprendre que le bien-être des adoratrices passe par mes soins, s'il ne veut pas changer les règles parmi son équipage! Qu'en dis-tu?
Navaré la regarda pendant une minute, perplexe.
- Je suis désolée. Bélisana a dû refuser pour la même raison que je vais te donner: je ne peux pas interférer avec les conséquences des décisions des maîtres wraith. Si l'un d'entre eux a jugé bon de ne pas guérir les blessures qu'il a infligé à son adoratrice pour la punir, s'il ne lui donne plus le Cadeau de Vie, alors qui suis-je pour m'opposer? Si je demande à notre Commandant de te permettre de guérir les filles, alors c'est comme si je critiquais ouvertement la punition infligée par l'un d'entre eux. C'est à toi de tenter de le rencontrer par toi-même et de lui soumettre ton idée. Je ne vais certainement pas risquer ma vie en provoquant sa fureur, juste pour toi! Tu sais, si tu avais tout fait pour garder ta position d'adoratrice personnelle au lieu de faire je ne sais quoi pour mettre notre Seigneur Commandant tellement en colère au point de te répudier et de ne plus se préoccuper de notre sort, alors tout cela ne serait pas arrivé. C'est uniquement de ta faute, Tiélan. Tu ne peux que t'en prendre à toi-même! termina la madria d'un ton véhément.
Tiélan la regarda la bouche entrouverte, incrédule, ne croyant pas qu'elle fasse preuve de si mauvaise foi envers elle! Elle ravala les paroles de rage et d'indignation qui montaient de sa gorge et décida qu'il valait mieux pour elle de se montrer calme et logique, plutôt que d'éclater et de perdre la totale collaboration de la madria.
- Écoutes-moi Navaré, dit-elle enfin le plus tranquillement possible, ignorant les stupides accusations de la femme. Tu sais bien que j'ai fait tout mon possible pour entrer en communication avec lui, mais sans succès! Cela fait partie de la punition qu'il m'inflige…je ne vais certainement pas te dire le pourquoi de sa colère contre moi, mais saches que je ne lui ai jamais manqué de fidélité, de loyauté. Tout ce que je veux faire, c'est de t'aider à améliorer les choses ici. Si tu ne veux pas lui parler toi-même de mon idée, alors soit. C'est moi qui vais risquer ma vie mais…tu pourrais au moins lui demander une audience pour moi?...s'il-te-plaît…
Tiélan vit la lèvre inférieure de la femme trembler, puis un petit sourire satisfait s'esquisser sur ses lèvres. Navaré se sentait certainement puissante et heureuse de voir l'ancienne «grande privilégiée du Commandant» être acculée à la supplier pour avoir son aide. Elle regarda Tiélan avec hauteur, pesant le pour et le contre de sa demande.
Évidemment, que Tiélan puisse s'occuper des malades serait un grand atout, au lieu des filles qui se portaient secours entre elles avec si peu de connaissances médicales et parfois des résultats pires, vu que certaines infections s'étaient déclarées dans les blessures à cause de soins inappropriés! Mais Navaré était le type d'adoratrice qui croyait fermement que les maîtres n'avaient jamais tort; s'ils avaient décidé de laisser une de leurs adoratrices souffrir et dépérir, alors c'était qu'il y avait de sérieuses raisons à cela. La plupart du temps, le maître revenait au bout de plusieurs jours de souffrance et redonnait le Cadeau de Vie à l'humaine, mais il y avait aussi celles qui mouraient, ignorées du wraith à qui elles appartenaient, malheureusement.
- Soit…je vais peut-être lui parler, laissa enfin tomber la madria d'un ton suffisant. Je ne peux rien promettre du résultat cependant. Je vais attendre qu'il soit de meilleure humeur, moins occupé et simplement lui demander une audience pour toi, mais sans donner de raison….
- Qu'il soit de meilleure humeur ou moins occupé? demanda Tiélan, curieuse. Il se passe quelque chose avec notre Commandant, Navaré?
Elle avait ressenti également dans l'aura communautaire un certain désordre, une perturbation apportée par l'état d'esprit actuel du Maître. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser planer une frénésie aussi chaotique dans le lien, de laisser ses sentiments teinter le bien-être habituel et la bonne marche de la ruche. Que se passait-il? Elle vit Navaré hésiter et elle supplia silencieusement l'Univers pour que le besoin de répandre les rumeurs et potins chez cette femme qu'elle connaissait bien pour être bavarde et se sentir importante en révélant tout ce qu'elle savait, surpasse les règles de ses fonctions, soit de garder le plus d'informations possibles secrètes sur le monde des wraith...
- Le Commandant est très occupé ces temps-ci, laissa enfin tomber la madria avec un petit air de conspiratrice, trop contente de partager comme un grand secret ce qu'elle savait. Il travaille sur quelque chose de mystérieux et de très privé dans son laboratoire principal, mais je ne sais vraiment pas ce que c'est, dit-elle avec dépit. Et surtout, il fait des aller-retour très fréquents pour aller rencontrer des reines….je crois qu'il veut faire une sorte d'alliance!
- Des reines? s'étonna Tiélan. Mais je croyais qu'il ne voulait plus jamais servir une reine, dit la jeune femme, voyant les yeux de Navaré s'illuminer, contente d'une nouvelle information qu'elle ne possédait visiblement pas. (En effet, Tiélan était la seule à savoir que le Commandant était cette sorte de wraith auto-suffisant et adorant le pouvoir, qu'il ne désirait plus être le commandant-consort et favori d'une reine à qui il devrait obéissance en tout point, autant sur sa propre ruche que pour celles de toute son alliance).
Il était trop tard pour ravaler cette révélation, se dit Tiélan, mais parfois quand on voulait quelque chose, c'était du donnant-donnant, surtout dans le monde complexe des adoratrices!
- Je suis simplement étonnée qu'il veuille s'allier de nouveau à une reine, alors que la sienne est morte depuis plus d'un an et qu'il peut très bien fonctionner sans être sous les ordres directs d'une femelle wraith, poursuivit Tiélan, essayant d'expliquer gauchement ce qu'elle savait sur son Maître au sujet de son aversion envers les reines.
- Ce que j'ai appris, lui confia alors Navaré, toute contente d'en savoir plus sur ce coup que l'ancienne adoratrice du Commandant, c'est plutôt qu'il se cherche une femelle wraith assez puissante et fertile pour produire des soldats drones, car nous en avons perdu beaucoup trop, lors des derniers affrontements avec les Réplicateurs, ainsi que contre les autres factions ennemies. Il voudrait qu'une reine s'allie avec lui pour renflouer ses rangs, mais sans nécessairement qu'elle devienne la reine de son alliance….
- D'après ce que je connais des femelles wraith, cela me semble impossible que l'une d'entre elles accepte volontairement de créer des drones au Commandant, sans qu'il ne lui donne quelque chose de grandiose en retour! dit Tiélan, sa voix pleine de scepticisme.
- Eh bien Tiélan Quinn, tu te trompes pour une fois! dit Navaré d'une voix pleine de fiel et avec un sourire mauvais. Mon information est véridique! Je la tiens de Laïlana, qui est elle-même l'adoratrice personnelle du Troisième Officier du Commandant! Et je ne sais pas comment elle a pu le faire parler, mais cette femme est si habile et si appréciée de son Maître, qu'elle a réussi à savoir quelque chose d'aussi important.
Tiélan inclina la tête sans un mot, préférant laisser Navaré jouir de sa petite victoire.
Elle se sentait étrangement soulagée...si le Commandant recherchait une reine, simplement pour qu'elle lui procure les drones nécessaires à renflouer leurs rangs, alors cela voulait dire qu'il n'allait pas se retrouver assujetti à l'une de ces monstrueuses créatures. Ni devenir son favori non plus, ce qui aurait signifié qu'il n'aurait plus aucun besoin d'une humaine pour réchauffer son lit.
Et comme son intention était éventuellement de retrouver sa place auprès de lui, alors c'était plutôt une bonne nouvelle!
Mais cela ne lui enlevait pas l'inquiétude de le voir si occupé à mener sa mission diplomatique délicate et si obsédé par ses recherches. Rencontrer Tiélan n'était pas du tout dans ses priorités du moment à ce qu'elle comprenait!
- D'accord, finit-elle par dire. Alors Navaré, tu acceptes de lui demander une entrevue pour moi? essaya-t-elle encore, décidée à conclure cette discussion et à retourner à ses tâches.
L'autre pinça ses lèvres, visiblement excédée.
- Je t'ai dit que je le ferais peut-être. Je ne peux rien te promettre! Bon, cela dit, j'ai une tâche pour toi.
Tiélan inclina encore une fois la tête, un peu déçue de ce dialogue de sourds. Elle ne perdait pas espoir cependant.
Elle s'attendait à ce que Navaré lui confie une de ces pénibles corvées pour finir la journée, mais l'autre la surprit plutôt:
- Parmi les dix nouvelles adoratrices dont je t'ai parlé, il y en a une qui me pose particulièrement un problème. Elle est en train de perdre sa santé, tant elle est effrayée à chaque fois qu'elle croise un wraith. Elle n'a que seize ans et lors de la dernière cueillette, sa famille a été consommée en entier devant ses yeux, expliqua Navaré qui avait l'air agacée.
Tiélan pouvait voir la grande différence entre elles deux: que Navaré vienne d'un monde où on adorait les wraith dès le plus jeune âge, où l'on apprenait à les servir en toutes choses, elle pouvait le comprendre à la rigueur…
Mais qu'elle soit «ennuyée, irritée» parce qu'une jeune humaine enlevée contre son gré soit terrorisée par les wraith et malheureuse de la mort des siens, alors ça, c'était au-delà de sa tolérance! Cependant, elle resta muette alors que la madria continuait:
- L'un des maîtres l'a poursuivie hier parce qu'elle s'était aventurée jusqu'à la baie des darts. Je ne peux pas croire qu'elle soit assez stupide pour s'être crue capable de s'enfuir d'ici! Enfin bref, il a failli lui prendre sa vie en aspirant ses années, mais il a été arrêté par un autre wraith de plus haut rang qui lui a ordonné de cesser. La pauvre fille en a été quitte pour sa peur et une simple injection d'enzyme pré-nourrissement, continua Navaré, comme si elle racontait un fait banal et quelconque de tous les jours. Il lui a donné une nouvelle chance en la reconduisant dans notre communauté, mais depuis ce temps elle est au lit et ne veut pas se lever, tant elle se sent malade et effrayée. J'ai peur qu'elle fasse une autre gaffe et qu'elle y perde malheureusement la vie. Je ne peux pas me permettre de perdre une autre de nos nouvelles adoratrices! dit la femme en se tordant les mains d'anxiété. Je devrais alors rendre des comptes au Commandant…
Tiélan se retint de lui dire que Navaré aussi était totalement terrorisée par les wraith, qu'elle devrait au moins faire preuve de sympathie envers la pauvre fille. Elle hocha la tête, devinant ce que Navaré lui demandait comme tâche:
- Tu veux que je m'occupe d'elle, dit Tiélan, tentant de cacher l'ennui dans sa voix. Que je lui montre comment survivre sur la ruche….
Elle n'avait jamais elle-même était sociable ni compatissante, lorsqu'elle avait mis le pied ici pour la première fois. Elle n'avait jamais voulu se faire des amies, trop sauvage et pleine de hargne pour se montrer humaine...
Mais puisqu'elle avait connu les atlantes, peuple si différent venant d'une autre galaxie, puisque qu'elle avait passé presque un an à vivre parmi des humains vaillants, chaleureux, plein de bonté, acceptée pleinement au sein d'une bonne famille, Tiélan avait changé et elle était elle-même devenue empathique, plus douce et plus aimable avec le genre humain.
Navaré ne répondit pas mais hocha la tête, voyant que Tiélan avait bien deviné.
- Comment se nomme-t-elle? demanda Tiélan, résignée, décidée à aller rencontrer la fille tout de suite et à voir si elle pouvait «l'entraîner».
- Elle s'appelle Misha. Elle ne veut pas se lever ni se laisser approcher par les autres adoratrices. J'ai bien peur que si toi tu ne réussis pas à l'apprivoiser et à lui enseigner nos règles et comment obéir aux maîtres et les satisfaire en tout point, alors sa vie ne tiendra plus qu'à un fil dans les jours à venir…
() () () ()
Tiélan trouva Misha dans le dortoir communautaire des adoratrices.
- Laisses-moi tranquille! grogna la jeune fille sans se retourner, entendant entrer quelqu'un qui se dirigeait vers elle.
Sa voix était enrouée par les sanglots qui avaient secoué son corps, probablement pendant des heures.
Elle lui tournait le dos, sa voix étouffée par un oreiller mouillé de larmes où elle avait enfoui son visage.
- Je m'appelle Tiélan, dit cette dernière en faisant le tour du lit pour apercevoir la toute nouvelle adoratrice. Et toi, Misha à ce qu'on m'a dit?
- Eh bien bravo, mademoiselle Évidence! rétorqua la fille, refusant toujours de la regarder. Maintenant, tu peux partir, merci!
Tiélan laissa fuser un petit rire. Misha n'était pas dépourvue d'humour et d'ironie, ce qui lui plût! Elle lui faisait même penser à elle, la toute première fois où elle avait mis le pied sur cette ruche.
Mais elle était là pour la guider et l'aider à affronter la réalité, alors elle se mit tout de suite en mode "travail".
- Bon, ça suffit les bouderies et les larmes. J'ai été envoyée vers toi pour te prendre en charge, pour te guider et te montrer comment survivre sur une ruche. Lèves-toi. Je veux mieux te regarder et puis ensuite, nous parlerons!
Misha la regarda enfin, tout en lui envoyant en pleine face son oreiller humide de larmes.
- Me prendre en charge!? s'écria la fille d'un ton mordant et véhément. Mais je n'ai pas besoin qu'on me prenne en charge! Je veux partir d'ici! Je veux être libre!
Tiélan reposa l'oreiller sans un mot sur le lit de la fille et se mit à observer son visage et sa silhouette en désordre. Seize printemps tout au plus, une tête rousse et échevelée, ses mèches toutes en boucles lui tombant au niveau des épaules, encadrant un petit visage triangulaire à la peau très pâle avec plusieurs taches de rousseur garnissant ses joues, un nez étroit et fin. Une bouche cependant large aux lèvres généreuses, roses, s'ouvrant sur de petites dents blanches qui se retroussaient en ce moment comme les crocs d'un wraith défiant et colérique!
Elle avait été forcée de revêtir la longue chemise beige informe au tissu rêche et épais qui constituait la chemise de nuit standard des nouvelles adoratrices arrivant sur la ruche. Le tissu en était déchiré et ensanglanté, là où la main du wraith qui l'avait attaquée avait commencé à lui injecter de l'enzyme.
Les yeux de Misha étaient en feu, une lueur de rage et de détresse dans le regard de ses iris larges d'une belle couleur brun-doré, fixant durement et sauvagement le visage calme et imperturbable de Tiélan.
Cette dernière fronça le nez, réalisant que la nouvelle adoratrice avait également refusé de se laver, probablement depuis son premier jour de captivité sur la ruche!
Elle savait que tout avait été sûrement essayé avec cette fille, par Navaré et les autres: paroles pleines de compassion, cajoleries, directives sèches et autoritaires, exhortations exaspérées, tendresse, menaces, etc. et que rien n'avait fonctionné.
Alors voulant éviter de perdre de son précieux temps, Tilan opta pour un dernier moyen: l'action!
Sans un mot, elle se pencha et agrippa Misha sous les aisselles, la tirant du lit et le jetant par terre.
- Lèves-toi, dit sèchement Tiélan. Avant que nous parlions, tu vas te laver. Tu pues comme c'est pas possible!
Misha était toujours par terre, les quatre fers en l'air, bouche béante, tant elle était incrédule et indignée de ce qui venait de se passer! Elle sauta ensuite sur ses pieds comme un ressort, s'avançant vers l'autre, les poings fermés, dans le but de la frapper.
Mais Tiélan l'évita facilement en plongeant sous son bras étendu, se retrouvant bien vite derrière elle et pesant fermement de ses deux mains sur son dos pour la pousser par en avant.
La fille retomba par terre, se retenant à peine sur ses deux bras étirés pour éviter de tomber en plein visage. Stupéfaite, toujours par terre elle se retourna et dévisagea l'adoratrice, ses yeux se voilant de larmes tout soudainement.
Pas le moins du monde émue, Tiélan la souleva de nouveau, le regard déterminé, lui pointant du doigt la direction de la salle de bain communautaire.
- Tu y vas par toi-même ou bien je te traîne par les cheveux? dit-elle d'un ton tranquille, mais avec une menace sous-jacente qui ne supporterait aucun autre mouvement ou parole de révolte.
Obéissant brusquement avec un regard outré, Misha se dirigea vers la salle de bain. Mais aussitôt qu'elle eut passé le pas de la porte, elle tenta de contourner Tiélan et de s'enfuir!
Tiélan lui fit un croc-en-jambe et pour lui éviter de tomber encore une fois, elle la saisit par la taille et la traîna vers la première cabine de douche.
Même si Misha se débattait, cette dernière était bien moins forte, affaiblie par le stress de sa peine, par le fait qu'elle avait sûrement refusé de manger suffisamment pour se sustenter et rester en forme.
Tiélan n'eut donc pas beaucoup d'effort à produire pour la projeter sous la douche toute habillée, ouvrant la conduite d'eau et la réglant hâtivement pour que ce soit tiède, mais légèrement frais pour «réveiller» la fille. Sans broncher, Tiélan entra elle-même toute habillée sous la douche, préférant se mouiller également pour ne pas perdre le contrôle et pour éviter que Misha ne tente à nouveau de fuir.
Misha poussa de petits cris d'indignation puis ses pleurs recommencèrent.
Elle se mit à laisser sortir sa colère et son désespoir par des cris, des pleurs et des gémissements, les concentrant sur celle qu'elle jugeait comme sa tortionnaire en ce moment.
Tiélan crut entendre entre deux sanglots : «qu'elle n'était qu'une putain de wraith, un être qui ne méritait plus le titre d'humain, une traître à son espèce!»…. «que ces monstres avaient tué toute sa famille et son village, ne laissant à peine qu'une centaine de personnes pour repeupler son monde!»….«qu'elle détestait les wraith et préférait mourir, plutôt que de les servir!»….«qu'elle avait tellement peur que chaque fois qu'elle en croisait un, elle se sentait malade de terreur, certaine qu'elle ne survivrait pas!»…. «que…que…et puis qu'elle…..que…».
La litanie n'en finissait pas.
Tiélan avait ramassé une brosse et commencé à frotter le corps de la fille par-dessus ses vêtements, espérant plus la calmer que vraiment la laver, ce qu'elle ferait elle-même plus tard lorsque la crise d'hystérie serait passée.
- Faudrait savoir ce que tu veux! l'interrompit Tiélan d'un ton plus moqueur que mordant. Mourir plutôt que de les servir ou bien vivre, parce que tu as peur à chaque fois d'en croiser un et de ne pas survivre? Mais tu sais quoi Misha? dit l'adoratrice en prenant finalement un ton plus gentil. Moi, je crois que tu veux vivre. J'en suis sûre, sinon tu n'aurais pas tenté de t'enfuir par la baie des darts. C'est ce que la madria m'a affirmé. Oui je sais, tu es malheureuse parce que tous les tiens sont morts. C'est pareil pour moi et pour la plupart des humains de cette ruche. Tu te sens coupable d'avoir survécu, tu crois devoir mourir pour expier cette «faute», mais tu devrais savoir que ni ton père, ni ta mère et le reste des tiens ne voudraient que tu meures ainsi, s'ils pouvaient en ce moment même te parler! Ils te conseilleraient de rester en vie…
- N…non! gémit Misha entre deux hoquets. Pas dans mon village! Tous….tous les miens détestent les…les wraith et nous avions tous fait le serment de mourir, plutôt que de les servir! Mes…mes parents me détesteraient en ce moment parce que….je…je suis toujours en vie et j'ai si peur de mou…mourir! Ils m'auraient conseillé de tenter de fuir…ou bien de me suicider!
Elle cessa de lutter et se jeta contre Tiélan, s'effondrant soudain. Tiélan résista à l'envie de la prendre dans ses bras et de la serrer. Elle se contenta de rester debout, stoïque comme une statue et de simplement la soutenir par les avant-bras, pour éviter que la fille ne glisse dans l'eau de la grande douche. Navaré l'avait bien choisie pour cette tâche finalement, philosopha Tiélan. Elle savait se montrer dure et pratique quand il le fallait. Elle ne devait pas faiblir et démontrer trop de compassion envers la fille, si elle voulait en faire finalement une "bonne petite adoratrice obéissante", se dit Tiélan avec une ironie amère. Et puis la pitié n'avait pas fonctionné sur la fille, de toute façon.
Elle la laissa se calmer quelque peu, refusant de la voir comme une petite sœur qui souffrait; puis elle la prit par les deux épaules et la secoua légèrement mais fermement.
- Ce serait un conseil stupide et à ne PAS suivre! dit-elle d'un ton énergique. Tous les tiens sont morts et ils n'ont aucune idée de la loi de la survie ici, de ce que notre être intérieur ferait dans une telle circonstance! Tu ne trahis personne en faisant tout ce qu'il faut pour survivre, Misha. Ils ne sont plus là pour te juger de toute façon. Et qu'auraient-ils fait, dis-moi? Ils auraient fait exactement la même chose. La peur salutaire des wraith et notre instinct de survie les auraient poussés à tout faire pour demeurer en vie…même si cela veut dire se soumettre et servir leurs nouveaux maîtres!
Prise de rage, Misha la repoussa soudain de ses deux bras étirés. Mais Tiélan s'y attendait: donc elle ne tomba pas, ses deux pieds bien campés sur le sol poreux de la douche, demeurant debout comme un mur inébranlable.
Cependant la fille tomba, glissant dans la douche à cause du mouvement de retour du balancier de sa poussée mise en échec. Son corps se retrouva par terre, sa tête et sa chevelure qui n'étaient pas totalement mouillées jusque-là, complètement trempée, les mèches de ses cheveux rendues lourdes par l'eau, plaquées contre ses oreilles.
Exaspérée, Tiélan se pencha et la ramassa d'un seul bras. Elle la remit sur pied sans dire un mot. La bouche de la fille était béante, ses yeux agrandis de haine et d'indignation:
- On…on m'a parlé de toi! cracha enfin Misha en tentant d'échapper à la poigne de fer de Tiélan. Tu avais la plus haute position ici…tu étais la première pute du Commandant! Mais apparemment, rajouta-t-elle d'un ton moqueur et dédaigneux, tu as déplu à ton Maître et tu l'as trahi! Comme punition, tu as été déchue de ton poste et remplacée par une autre. Maintenant, tu en es réduite à devoir t'occuper de filles rebelles et désespérées comme moi! Ah vraiment!...et je devrais suivre tes conseils!?
Elle partit d'un grand éclat de rire hystérique, une cascade entrecoupée de sanglots, qui ne semblait plus vouloir finir…
Tiélan dut se résoudre à la gifler. Deux claques retentissantes, aller-retour, qu'elle lui donna sans aucune joie.
Le rire de la forcenée mourut soudain, dans un dernier sursaut nerveux, plein de désespoir. Les yeux de la fille étaient remplis d'un brouillard de larmes alors qu'elle fixait Tiélan, toute velléité éteinte, se contentant de rester là les bras ballants, le corps mou, vaincu, totalement trempé.
Tiélan ne lui en voulait même pas pour ce qu'elle venait de dire d'elle. Elle haussa les épaules, indifférente aux paroles venimeuses de Misha. Tout cela lui coulait sur le dos comme l'eau sur les plumes d'un canard. Au fait, elle était toute aussi trempée maintenant!
Elle décida que la fille ne sentait plus mauvais maintenant et qu'elle pourrait faire une toilette élaborée plus tard.
Agrippant le bras de Misha, elle la sortit de la douche et l'autre la suivit, obéissante, dans un état complet d'hébétude.
Elle alla chercher dans une des alcôves deux grandes serviettes et des plus petites pour leur chevelure dégoulinante.
Elle commença d'abord par envelopper les petites serviettes autour de leur tête puis elle se mit à sécher Misha avec des gestes qu'elle ne put s'empêcher d'être doux et attentifs. La fille se laissait faire, toujours abasourdie, pleurant silencieusement maintenant.
- Viens, dit simplement Tiélan en la menant vers son lit, une fois que leurs corps furent suffisamment asséchés.
Il y avait un plat de fruits et de noix séchés, laissé près du lit de la fille. Quelqu'un avait probablement eu l'espoir que la nouvelle accepte enfin de se nourrir. Tiélan saisit quelques noix et quelques morceaux de ce qui ressemblait à une poire pégasienne, se mettant à nourrir Misha, sans lui dire un seul mot. À sa grande surprise, Misha ne résista pas du tout et ouvrit la bouche, son regard toujours vide, ses yeux tristes.
Au bout d'un moment, elle mangea même avec avidité, vidant le plat au complet à la grande surprise de Tiélan.
- Tout doux! Nous ne voudrions pas que tu deviennes malade! dit Tiélan, inquiète qu'elle ne se mette à vomir.
Mais Misha vida tout de même le plat, le prenant des mains de Tiélan. Puis elle vit une grande carafe d'eau laissé près du plat et tendit la main pour la prendre au complet, dédaignant le verre et buvant à grandes gorgées à la carafe même!
- Hé! C'est assez! dit Tiélan en lui arrachant soudain la carafe des mains. Pas trop vite ou tu vas tout rendre!
…ce que fit évidemment la pauvre fille, détournant la tête à temps pour vomir sur le sol, directement près des chaussures feutrées de Tiélan. Baissant la tête, elle vit que ni ses chaussures ni ses vêtements n'avaient été souillés mais elle poussa un long soupir agacé, devinant que c'est elle qui devrait tout nettoyer.
Misha la regarda, son regard vide remplacé par une expression confuse et butée à la fois.
À quelque part, Tiélan devina que son petit discours avait porté fruit. Était-ce parce qu'elle avait trouvé les bons mots?...ou bien parce que la fille était tellement épuisée qu'en ce moment même, elle aurait cédé de toute façon?
- Tu veux m'aider à survivre ici, as-tu dit…fit la fille d'un ton défait. Alors quoi…tu veux donc devenir mon amie?
Cette fois-ci, sa voix ne comportait aucun ton d'ironie, mais plutôt une sorte d'indifférence fataliste.
Tiélan décida de la détromper tout de suite:
- Je ne veux PAS me faire d'amie. J'ai déjà donné, dit-elle d'une voix ferme. Vaut mieux ici ne compter sur personne, c'est la première règle que tu dois apprendre! Tu dois me voir plutôt comme…..un guide, disons. Je vais t'apprendre à accepter ton sort….à en tirer le meilleur parti. À….survivre.
- Survivre!? Sur une ruche remplie de wraith!?
Misha éclata d'un rire qui menaçait encore une fois de devenir hystérique, incontrôlable.
Tiélan n'eut qu'à la regarder sévèrement, sa main se levant légèrement.
Le rire de Misha mourut et elle fixa la main de Tiélan en reculant un peu, ne voulant pas renouveler l'expérience de la gifle:
- Je vais mourir ici….tout comme toi, dit-elle d'un ton découragé. Les wraith ne nous voient que comme de la nourriture, comme…des esclaves dont nous devons satisfaire les moindres besoins. Oh-mais-quelle-vie-de-rêve! termina-t-elle avec des accents mécaniques et sarcastiques.
Tiélan faillit éclater de rire. Mais elle se maîtrisa et garda son sérieux :
- Nous allons tous mourir un jour, c'est vrai, laissa-t-elle tomber. C'est juste plus dangereux ici en effet! Écoutes Misha, je ne me donnerais pas la peine de m'occuper de toi si je ne croyais pas que tu peux survivre, que tu peux apprendre, que tu en as la force! Je retournerais simplement voir la madria pour lui dire que tu es en effet une cause perdue qu'on doit laisser à son sort futur, soit la mort. Alors maintenant, dis-moi si je me trompe sur ton compte et si je dois te laisser continuer à geindre et à attirer l'attention des wraith sur toi, pour qu'ils décident finalement d'aller t'enfermer dans un cocon, jusqu'au moment où l'un d'entre eux sera affamé? Ou bien, on se met au travail toutes les deux et je t'enseigne l'art d'être une bonne adoratrice, de garder les maîtres contents et de conserver ta vie, d'éviter tous les pièges qui te mettraient dans une position plus que fâcheuse. Que décides-tu? Parce que vraiment, je n'ai pas de temps à perdre avec une pleurnicharde comme toi!
Les derniers mots avaient été prononcés sur un ton dur, excédé.
Misha resta interdite pendant plusieurs secondes. Elle baissa la tête et dit finalement d'une toute petite voix, sans lever ses yeux sur Tiélan :
- Je veux vivre…avoua-t-elle enfin.
Tiélan eut un large sourire satisfait.
- Bon! Il était temps, fit-elle d'un ton docte. Maintenant, habilles-toi et vient me rejoindre à la cafétéria. Tu dois manger, tu n'as rien gardé parce que tu as tout avalé trop vite! Après cela, nous nous mettrons au travail. Je suis sûre que tu es assez intelligente et que tu as du potentiel…
Tiélan se leva pour quitter le dortoir sans un regard en arrière, sûre maintenant que la petite avait fait son choix et allait obéir.
() () () () ()
Une dizaine de jours plus tard….
L'apprentissage de la vie d'une «bonne adoratrice» ne se passait pas si mal pour Misha, avec Tiélan comme "guide".
La petite regimbait parfois, avait encore des crises de larmes et d'angoisse, mais son comportement s'améliorait à chaque jour qui passait.
Tiélan commençait à croire que Navaré avait eu amplement raison de lui faire confiance pour former cette fille et ainsi la sauver.
- Tu fais un bon travail, la complimenta Navaré, un soir où Tiélan revenait du dortoir communautaire où elle avait reconduit Misha au lit, avant d'aller faire son rapport à la madria. Grâce à toi, cette fille fera probablement une adoratrice soumise et efficace et ne se fera pas tuer par un maître exaspéré ou trop impatient!
Tiélan devait admettre que Navaré avait eu un excellent jugement en la choisissant.
Elle devait cependant se restreindre de ne pas ressentir plus que de l'empathie envers la fille. Misha lui faisait penser à elle en partie, mais aussi à Loana. Mais il n'était absolument PAS question que Tiélan retombe dans le piège de l'amitié avec une autre adoratrice! Elle avait déjà assez donné…et souffert.
Elle se contentait de faire minutieusement et fidèlement son travail, accomplissant ses ordres à la lettre et allant même au-delà. Certaines adoratrices recommençaient à lui démontrer de l'intérêt et de la sympathie, voire à lui parler avec gentillesse…mais un grand nombre lui démontrait encore une hostilité ouverte, voire de la haine ou bien de l'indifférence.
Tiélan ne bronchait pas, ne répliquait pas, restant muette aux paroles venimeuses, continuant à effectuer ses tâches et à aller donner un coup de main à toutes, estimant qu'elle devait subir sa punition sans se rebeller, avec fatalisme et même une certaine grâce.
Elle sentait que Navaré l'appréciait de plus en plus et lui accordait même une certaine confiance….quoiqu'on ne savait jamais avec une telle personne hypocrite! se dit Tiélan.
Quelque chose cependant l'irritait. La madria n'avait plus dit un mot au sujet de la demande de Tiélan, qui datait maintenant de plus de deux semaines. Avait-elle trouvé le temps et le courage de parler au Commandant? Elle décida de lui poser franchement la question alors qu'elle aidait Navaré à plier la lingerie fraîchement lavée qui irait en piles bien droites et alignées sur les étagères de la grande salle de bain commune:
- Navaré…je me demandais si tu avais pu parler de ma requête au Commandant? demanda-t-elle d'un ton humble et un peu hésitant. Le temps passe et…il ne m'a pas encore envoyée quérir...
Navaré leva sa tête, regardant Tiélan d'abord comme si elle ne comprenait pas la question, comme si elle ne se souvenait pas de sa demande.
- Mais oui, je lui ai parlé!...quelques jours après notre discussion, répondit-elle d'une voix un peu irritée. Il m'a écoutée, mais il n'a absolument rien répondu et s'est contenté de me chasser du revers de la main. Que veux-tu que je te dise? La décision de te recevoir et de t'écouter est maintenant entre les mains du Maître.
Est-ce que c'était la vérité? se demanda Tiélan. Cette fille était tellement sournoise, qu'elle se demandait si Navaré avait bel et bien adressé sa requête au Commandant, ou bien si elle inventait tout cela pour la calmer! Mais la réaction du Maître lui ressemblait bien...il l'avait écoutée attentivement et impassiblement pour ensuite la chasser sans un mot; cela lui semblait véridique. Elle n'avait pas le choix de faire confiance à la madria et d'espérer que son Maître se laisse fléchir et trouve du temps pour la recevoir….
Si elle ne se faisait pas appeler pour aller le rencontrer pendant les quelques jours qui viendraient, alors…elle n'aurait d'autre choix que de s'adresser à quelqu'un d'autre.
Et ce quelqu'un d'autre lui faisait peur….parce que c'était risqué comme approche.
() () () ()
Tiélan ne dormait pas très bien la nuit.
Ses journées étaient chargées et en plus, elle devait s'occuper de bien former et surveiller Misha, sa protégée.
Elle sentait encore la réprobation, la haine et la jalousie des filles autour d'elle et comme elle voulait regagner la confiance et l'affection du Maître, elle s'efforçait de tout bien faire, de subir sans ciller et sans rétorquer avec des paroles bien senties, sans se rebeller, la cruelle punition d'ignorance choisie par le Commandant. Elle devait aussi donner le bon exemple à Misha.
«Je dois me compter chanceuse qu'il m'ait laissé la vie!» se dit-elle ce soir-là, épuisée, recroquevillée dans son misérable lit.
Pourtant, elle osait espérer que c'est parce qu'il ne l'avait pas totalement oubliée, qu'il allait un jour changer d'avis et faire lever cette répudiation publique pour la reprendre à ses côtés et dans son lit, comme si de rien n'était!
«Tu te fais des idées ma vieille!» se réprimanda-t-elle, reniflant de dérision envers elle-même. Il ne va pas se débarrasser de Bélisana pour toi. Elle semble faire son affaire et c'est la petite adoratrice-modèle parfaite! ricana-t-elle silencieusement, mordant son oreiller pour n'attirer l'attention de personne. S'il ne t'a pas encore dévorée, c'est parce que tu lui seras utile lorsqu'il aura besoin du module d'énergie restant sur Kélowna que tu lui as promis.»
Tiélan réalisa soudain qu'elle pleurait, tenant entre ses mains son oreiller mouillé.
Ce maudit wraith lui manquait. Elle en avait assez qu'il joue à monsieur l'Indifférent, au point de même lui refuser une simple audience!
Si Navaré n'avait pas réussi à faire valoir son point pour sa requête, alors elle devrait s'adresser au Second.
Elle était sûre que le Commandant écouterait son sous-commandant…
Mais voilà, le problème était qu'elle avait peur de cet individu…et il la détestait.
Il était plus étroit d'esprit et bien que c'était bel et bien l'officier qui avait favorisé sa rencontre avec le Commandant en poussant sa candidature, dans le but de calmer le wraith que la reine avait repoussé en le défavorisant pour un autre, dans le but de le relaxer également de son tourment sexuel à cause des phéromones de la reine, elle savait bien que le Second officier avait changé d'avis à son sujet!
Il devait regretter de l'avoir mise dans les pattes de son supérieur et Tiélan sentait que le Second se retenait de la consommer comme nourriture. En quelque sorte, elle était encore sous la protection du Commandant!
Il jugeait que Tiélan avait une mauvaise influence sur le Commandant de cette alliance et il rêvait qu'elle fasse un faux pas; il aurait alors un prétexte justifié pour sceller définitivement et mortellement son sort de misérable humaine!
Elle l'avait très bien senti, les deux seules fois où elle avait eu la malchance de croiser le Second du Commandant dans les corridors de la ruche…
Il la regardait avec hauteur et mépris, la scrutant comme on le fait d'un insecte qu'on est sur le point d'écraser!
Pourtant, elle allait bravement aller le confronter, humblement et prudemment. Si Navaré n'avait pas eu de succès, alors elle tenterait de convaincre le sous-commandant qu'il lui fallait absolument aller faire sa proposition de devenir la soigneuse officielle des adoratrices et adorateurs de ce vaisseau-ruche….
Elle savait l'officier responsable, loyal au Commandant et surtout plein de bon sens. Elle avait quand même une chance – quoique très mince! – de faire valoir son point au wraith.
Mais elle espérait ne pas en arriver là...
Tiélan sentait qu'elle-même avait également bien changé : elle n'était plus la runner pleine de morgue qui ne souhaitait que mourir pour rejoindre dans l'Univers sa famille et tous ses amis de Kélowna. Elle n'était plus la fille qui levait le nez sur les autres adoratrices, qui se refusait à les voir comme des humaines, tout comme elle.
C'était sûrement à cause de son séjour sur Atlantis parmi ces humains d'une autre galaxie qui avaient voulu l'aider à refaire une vie «honnête», à redevenir libre et maîtresse de sa propre vie.
C'était aussi à cause de ses longs mois sur Orodon, parmi les Morgoths, avec sa famille d'adoption.
On lui avait montré à nouveau ce qu'était la compassion, l'amitié, l'entraide, le partage avec d'autres. Elle avait travaillé avec eux, avait souri, ri, et elle avait aimé à nouveau….
L'amour, le sexe….que c'était compliqué!
Surprise, elle réalisa qu'elle n'avait pas réellement pensé à Avigdor depuis un bon moment. Elle se sentait coupable de l'avoir laissé seul sur Orodon, abandonné, le jour de leur mariage! Mais surtout, elle se sentait honteuse lorsqu'elle ressentait des désirs sexuels, de n'avoir en tête seulement... que le Commandant.
Elle soupira, irritée, agrippant son oreiller avec la tentation de le lancer sur le mur, comme si cette cible infortunée représentait cet impitoyable wraith si entêté. Mais elle n'en fit rien, ne voulant pas déranger les quelques heures de sommeil réparateur des autres filles.
«Pourquoi donc ne veut-il pas me recevoir, au moins quelques minutes!?»
Tout ce qu'elle voulait, c'était se rendre utile, s'occuper des filles, de leur santé et forme physique négligée. Que soit maudite cette compassion qu'elle avait apprise pendant son année de liberté, car maintenant elle ne pensait qu'à cela!
Tiélan s'agita dans son lit et tenta de se calmer en trouvant une position confortable. Une fois qu'elle se sentit plus calme, elle prit quelques inspirations et expirations dans le but de retrouver le sommeil, se disant que le lendemain lui amènerait peut-être une solution….
()()()()
Le lendemain matin….
Tiélan marche dans le corridor situé entre le niveau réservé aux adorateurs et celui réservé aux laboratoires. La madria lui a demandé d'aller porter des serviettes fraîches dans le laboratoire central des scientifiques; ils en ont souvent besoin pour nettoyer les dégâts ou éponger les éclaboussures laissées par leurs expériences.
Après avoir accompli sa course, elle sort du labo en se hâtant comme toujours. Elle adopte une attitude soumise, la tête basse, surtout lorsqu'elle croise des wraith. Il ne faut jamais se mettre en travers du chemin des maîtres et surtout pas les défier du regard, cela elle le sait bien…
Pourtant, alors que sa tâche accomplie elle se remet en route pour regagner le niveau des aires communes des adoratrices, quelque chose dans le lien communautaire wraith l'alerte qu'un personnage familier s'approche…
Plusieurs drones s'effacent du mieux qu'ils le peuvent avec leur masse imposante, se plaquant contre le mur. Même chose pour leurs gérants, les sous-officiers wraith.
Le Commandant de la ruche surgit soudain au détour d'un corridor, suivi de près par la première adoratrice, Bélisana.
Tiélan retient son souffle et s'arrête également, s'aplatissant le plus possible, collée tout contre une des alcôves garnissant les murs de la ruche.
Le couple singulier passe presque en coup de vent.
Mais Tiélan a le temps de ressentir les effluves des phéromones puissants et si masculins du wraith qui la favorisait, il y un an. Il est grand, presque un monument, dégageant une aura d'autorité et de puissance incroyable! Même les officiers les plus terrifiants et les plus agressifs de ce vaisseau baissent leur tête avec obédience et humilité, ne voulant surtout pas s'attirer les foudres du Premier Commandant de l'Alliance.
Le manteau du Maître vole derrière lui comme la grande aile noire d'un aigle puissant, suivi de sa longue chevelure argentée et désordonnée, soulevée par l'air déplacé par sa démarche rapide et déterminée.
Bélisana marche derrière, soumise et yeux baissés. Il y a un sourire de satisfaction retroussant ses belles lèvres rouges. Il y a de quoi, soupire doucement l'ancienne première adoratrice maintenant bafouée. Posséder le rang de favorite du wraith le plus important de cette alliance n'est pas n'importe quoi! Tiélan en était venue à ressentir une grande fierté d'avoir l'attention de ce grand Seigneur…
Elle devine que le Maître et son adoratrice se dirigent vers les appartements du Commandant.
Alors que le couple passe devant elle, le Maître ne ralentit pas, ne tourne même pas légèrement la tête, l'ignore totalement!
Elle aimerait arrêter le wraith, attirer son attention, lui demander si au moins il a pensé à sa requête d'une audience? Mais elle reste figée sur place, sa bouche entrouverte, suivant de tous ses sens la marche conquérante du Commandant, sachant que de tenter de lui parler ou même de s'avancer vers lui pour se mettre sur son chemin serait probablement un arrêt de mort…ou du moins lui vaudrait un grognement de colère et de mépris, suivi des sifflements furieux et réprobateurs des autres wraith présents.
Alors elle se contente de rester là, respirant l'air soulevé par la présence de l'imposant wraith, remplissant ses yeux de sa vue. Son cœur se brisant en mille morceaux en voyant bien qu'il ne lui a pas pardonné, qu'il ne fait montre envers elle que d'une superbe indifférence, comme si son insignifiante personne était invisible…
Elle n'ose même pas réinitier le lien, car elle sait qu'il refuserait, qu'elle subirait une violente rebuffade.
«Sois chanceuse d'être encore en vie!» lui dirait Navaré, et avec raison.
Mais Bélisana vient de la voir, à demi cachée dans son alcôve, son petit visage déçu. Tiélan recompose hâtivement ses traits, reprenant une expression soumise et impassible...mais trop tard.
La première adoratrice sourit plus largement, cette fois-ci d'une façon presque mauvaise, ce qui ne lui ressemble pas vraiment.
Le Commandant saisit presque brutalement le coude de la fille pour qu'elle hâte son pas. Bientôt, le couple disparaît. Le tout n'a duré que quelques minutes à peine.
Tiélan reste là comme une idiote, poussant un soupir nostalgique, combattant les larmes qui montent dans ses yeux.
Elle est loin d'avoir encore vu le bout du tunnel de son purgatoire, se dit-elle.
«Le Maître m'en veut encore….et beaucoup!» pense la jeune femme, désespérée, reprenant sa marche vers les aires communes des adoratrices.
() () () ()
- Vous avez encore besoin de moi mon Maître?
Todd se retourna vers Bélisana. Le visage de l'humaine à son service était éclairé d'un sourire, plein de promesses lubriques.
Elle avait fini ses tâches, alors qu'il s'était absorbé depuis son arrivée dans la lecture des différents rapports de ses officiers, sur le terminal de ses quartiers.
Surpris qu'elle soit encore ici, même si cette même question de sa part lui était posée tous les jours, Todd regarda son adoratrice de la tête aux pieds.
Son Second avait fait un choix judicieux en lui proposant cette fille qui était venue de la ruche royale avant qu'elle ne soit détruite et qui maintenant remplaçait Tiélan:
Soumise, sans reproche, obéissante et loyale, la jeune femme s'évertuait de plus à toujours paraître à son meilleur, sa silhouette séduisante mise en valeur en ce moment par une belle robe toute blanche et fluide, quoique le corsage serré et décolleté mettait en valeur ses formes, rehaussant sa poitrine ronde et forte.
Sa coiffure était impeccable, sa bouche rouge, sa chair ferme et crémeuse. Surtout, son désir de lui plaire, tout autant dans la routine courante des jours et au lit, était écrit clairement sur son expression.
Il fut tenté de lui dire d'aller l'attendre dans son lit, toute nue…
Mais l'image d'une autre femme s'imprima soudain clairement derrière ses rétines, renaissant du souvenir de la rencontre qu'il venait de faire avec Tiélan dans le corridor.
Il s'était intérieurement réjoui d'avoir fait montre envers elle d'une indifférence parfaite et implacable. Pour le wraith, c'était à tout le moins une rencontre qui lui avait laissé une impression de vide en dedans, un grand manque qui serait impossible à combler par sa remplaçante Bélisana, même si cette dernière possédait un corps sublime et la meilleure volonté du monde pour le satisfaire...
- Non, se décida finalement le Commandant.
Son ton était plus brusque qu'il n'en avait eu l'intention.
- Laisses-moi et ne reviens pas avant demain matin! rajouta Todd, soudain las et excédé.
Surprise et visiblement déçue, Bélisana recula vers la porte avec un «oui bien sûr mon Maître» mortifié, ne comprenant visiblement pas pourquoi elle était ainsi chassée alors qu'une heure plus tôt, le Commandant lui avait clairement indiqué son souhait qu'elle l'accompagne dans ses quartiers pour y prendre «soin de lui».
Mais obéissant à la lettre, Bélisana savait mieux que de remettre en question les caprices de son Maître!
Une fois qu'elle eut quitté prestement ses quartiers, Todd s'éloigna de son terminal pour sonder la profondeur de l'espace, observant les minuscules étoiles brillantes au loin à travers la grande fenêtre séparant la pièce du vide sidéral...
Son esprit lui renvoya la silhouette hésitante et figée de Tiélan dans ce corridor, quelques heures plus tôt.
Il était encore furieux après elle.
C'est son corps qu'il aurait voulu broyer sous le sien en le possédant, couvrant sa chair de baisers, son long cou de cygne de douces morsures. C'est son odeur si spéciale qui était montée à ses narines et par les fentes sensorielles de ses joues, ses phéromones qui l'appelaient tout aussi ardemment que les siennes attiraient la jeune femme à lui!
Il avait bien senti que la jeune femme voulait lui parler, était tentée de connecter le lien entre eux. Mais elle avait eu la décence et la prudence de ne pas le faire. En lui, un mélange de tendresse et de mélancolie se leva en pensant à la chaleur, au corps de la jeune femme, à son caractère bien trempé, à son passé si spécial…à tout ce qui faisait d'elle une humaine unique, bien différente de toutes les autres dans son passé.
Mais sa rage refleurit lorsqu'il repensa à sa dissimulation, à son mensonge et à la façon, fort habile il est vrai, dont elle l'avait trompé en lui cachant l'existence des E2PZs sur Kélowna.
Il comprenait maintenant la séduction exercée par Sheppard et les atlantes qui avaient convaincu Tiélan de le fuir et de reprendre sa liberté…de vivre à nouveau parmi les humains, caché de lui. Et en toute vérité, il ne pouvait l'en blâmer!
Mais sa traîtrise lorsqu'elle lui avait dissimulé l'existence des modules d'énergie toujours en bonne marche, était vraiment ce qui l'empêchait de la faire venir à lui. De faire d'elle à nouveau sa favorite, même si pour cela il devrait chasser la fidèle et efficace Bélisana!
Déjà que son Second le regardait de travers, parce que son supérieur n'avait pas tué immédiatement cette arrogante femelle humaine déserteur?
Todd ne voulait pas céder tout de suite à son désir de la reprendre. Certainement pas!
Le wraith siffla et grinça des dents, son humeur plus orageuse que jamais. Il s'éloigna de la large fenêtre pour regagner son terminal principal.
C'est lors de sa prochaine et finale rencontre avec cette reine qu'il allait conclure enfin le marché qu'il voulait passer avec elle.
C'était une opération délicate. Il lui fallait ménager l'orgueil de cette reine, la convaincre que cette alliance entre eux leur serait à tous deux profitable. Cela, sans que la femelle wraith royale ne veuille faire de lui son favori, ni ne réclame de mettre la main sur les quatre ruches de sa nouvelle alliance. Il manquait cruellement de drones wraith pour combattre et se défendre contre les autres factions ennemis...alors il n'avait plus le choix de tergiverser.
Il ressentait encore de la rancœur pour ces humains d'Atlantis, venus d'une autre galaxie, qui avaient par inadvertance réveillé les wraith de leur sommeil.
Bien trop tôt. Conséquence?...cette guerre civile coûteuse en vies, divisant les wraith autrefois fiers et solidaires.
Si ce n'était pas de ce conflit cruel et irritant, Todd ne se serait pas soucié de remplacer les grandes pertes de drones.
L'installation de clonage désaffectée mais encore en bon état de marche qu'il possédait dans un de ses territoires nourriciers avait terriblement besoin de cette reine et de ses pouvoirs prolifiques de reproduction.
Il ne pouvait s'en sortir sans elle, même s'il abhorrait maintenant les reines de sa race et leur soif de pouvoir ultime, leurs grands pouvoirs mentaux les rendant si implacables et féroces. Il était pourtant sur le point de faire un marché avec l'une d'entre elles et de lui donner ce qu'elle voudrait comme récompense, en échange de ses «services» pour la reproduction de drones.
Donc, il aurait besoin très bientôt d'aller chercher le dernier module d'énergie sur l'ancien monde détruit de Tiélan. Une bonne raison pour la faire appeler, accepter sa demande d'audience, se dit Todd.
Oui, c'est ce qu'il allait faire…
Il fit taire la petite voix agaçante dans sa tête qui lui chantonnait qu'au fond, il voulait la voir devant lui, lui parler, sentir son odeur et renouer avec son esprit…que c'était la vraie raison!
Il ouvrit un canal de communication pour appeler l'officier responsable des adorateurs et ordonner que lui soit emmenée l'adoratrice Tiélan le lendemain matin à la première heure, dans la salle du trône…
() () ()
- Tiélan! Vite, dépêches-toi! dit Navaré à bout de souffle en entrant dans la cuisine communautaire. Le Seigneur Commandant veut te rencontrer immédiatement dans la salle du trône…
Tiélan était en train de suer au-dessus d'une grande marmite, enseignant à son élève Misha, qui bougonnait un peu depuis le début de la matinée en la suivant, comment faire de la nourriture pour une grande quantité de personnes. Elles faisaient mijoter une sorte de sanglier aux légumes, qui devrait être prêt pour le repas du midi.
Elle leva la tête et ouvrit la bouche, estomaquée par l'arrivée inopinée de la madria, l'urgence dans sa voix et la nervosité s'étirant sur ses traits.
- Mais…mais je…je ne suis pas habillée d'une façon appropriée! Je suis à peine ici depuis 15 minutes et je transpire…ais-je le temps de..-
- Il a dit IMMÉDIATEMENT Tiélan! la coupa Navaré, presque hystérique. Ne me fais pas regretter d'avoir quémandé avec peine une audience pour toi! Et comptes-toi chanceuse qu'il veuille bien t'accorder de son temps précieux. Allez, vite, vite, je vais m'occuper de Misha et de ton repas!
Tiélan ne se le fit pas dire deux fois. Elle lança un regard d'excuse à Misha en enlevant son tablier, se hâtant vers la sortie pour prendre le corridor qui menait aux étages supérieurs de la ruche. Cela lui prendrait plusieurs minutes pour atteindre la salle du trône qui était située en plein milieu du grand vaisseau wraith, alors que les cuisines se trouvaient tout à l'arrière de la ruche.
«Pas le temps d'aller revêtir une tenue plus propre et seyante, ni même de se rafraîchir un peu!» grommela-t-elle entre ses dents, toutefois excitée et pleine d'appréhension en même temps. «Il va me recevoir!» marmonnait la jeune femme en chemin, son cœur battant la chamade, tentant de ramener les mèches de ses cheveux rendues humides par la vapeur des cuisines par le devant, les attachant du mieux qu'elle le pouvait.
Courant pour rejoindre un des transporteurs elle y entra en coup de vent, reprenant son souffle en respirant profondément, espérant calmer la tempête de tous ses sens et de son cœur.
Une fois arrivée au bon étage, la jeune femme se rua hors du transporteur et ralentit le pas.
Ici, il y avait plus de va-et-vient: plusieurs wraith, dont d'importants officiers, marchaient soit vers les laboratoires, les salles techniques, les différentes pièces abritant la machinerie ou tout simplement vers le pont de commandement. Au bout d'un plus large et long corridor, elle savait trouver la salle du trône.
Encore une fois elle stoppa avant de faire connaître sa présence aux drones qui gardaient la pièce la plus remarquable de la ruche, avec ses murs aux couleurs fastes et son haut plafond plein de magnificence.
Les gardes la virent et ne bronchèrent pas d'un poil, à part bouger leur corps et leur longue lance paralysante pour lui permettre l'accès, prouvant qu'ils avaient reçu l'influx mental du Commandant de la ruche pour lui allouer le passage des grandes portes.
Une fois entrée, Tiélan plissa les yeux. D'habitude elle devait se forcer à faire le focus, car l'éclairage d'un vaisseau ruche était plus bas, tamisé, adapté pour les wraith et non les humains. Mais ici les lumières venant des murs étaient vives, riches et colorées.
La jeune femme s'avança dans l'antichambre royale, croyant devoir se rendre jusqu'à la grande salle centrale du trône. Mais elle aperçut bien vite le Maître au milieu de la première pièce des quartiers royaux, installé nonchalamment dans un fauteuil incliné.
Il semblait totalement à l'aise, ses pieds installés sur un tabouret bas, ses mains croisés sur sa poitrine, respirant le chic de la suprématie royale, la nonchalance de celui qui a tous les pouvoirs en mains.
Le voyant si confortable et indolent, Tiélan eut un instant l'espoir insensé qu'il l'avait fait venir pour lui annoncer que sa pénitence était terminée, qu'il la reprenait auprès de lui comme adoratrice personnelle!
Mais levant les yeux sur son noble visage, elle n'y vit qu'une expression vide, illisible, voire pleine d'ennui...
- Tu as demandé que je te vois. Que voulais-tu me dire, Tiélan? dit aussitôt le Maître d'une voix calme, un peu agacée. La madria m'a demandé de t'accorder audience, mais je dois t'avertir que je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder.
Toutes les espérances de l'adoratrice rejetée s'écroulèrent, comme un petit tas de cendres laissées après un grand feu vengeur.
«Évidemment qu'il ne m'a pas pardonné!»
Tiélan ne pouvait renouer leur connexion, car il l'aurait expulsée immédiatement, la punissant encore plus, même!
Mais rien ne l'empêchait de mettre sur son visage une expression pleine de de chagrin, de remords et de désir pour le wraith, enfin….tout ce qu'elle ressentait en ce moment.
Elle aurait tellement souhaité sauter sur les genoux du Maître et le cajoler, l'embrasser jusqu'à ce qu'ils soient tous deux à bout de souffle, lui prouver qu'elle était bien plus chaude, ardente et dévouée que Bélisana!
Mais elle se mit en mode «affaires», devinant que la réception qu'elle aurait alors reçue se serait avérée froide et sèche, l'humiliant totalement.
Elle abaissa aussitôt sa tête, son menton touchant presque son cou, sa longue chevelure emmêlée venant faire un rideau sur l'expression de son visage.
- Mon Maître…merci de m'avoir reçue.
«Allons droit au but!» se dit-elle.
- Je…depuis mon retour ici, j'ai constaté qu'il y a beaucoup de nouveaux wraith qui se sont joints à votre alliance. Des wraith inconnus qui ne sont pas au courant des règles régissant cette ruche, en regard aux adoratrices et surtout, à celles qui viennent également de se joindre aux effectifs humains de ce vaisseau. Je…oh, je ne veux pas dire que je désapprouve, pardonnez-moi! fit-elle aussitôt, entendant le grondement de mécontentement monter de la gorge du Commandant. Je ne me permettrais pas de juger de vos décisions, surtout pas! Mais j'ai bien vu que Navaré est débordée, surtout avec les toutes nouvelles et mal entraînées qui sont de plus en plus maltraitées. Ces nouveaux officiers refusent parfois de les guérir après les avoir…corrigées.
Ayant dit le tout presque sans s'arrêter, Tiélan prit le temps de faire une pause pour respirer, osant lever la tête pour voir l'expression du wraith:
Elle était tout aussi implacable et indéchiffrable.
Le Commandant émit un petit soupir excédé, un seul regard dur dans sa direction valant bien plus qu'un : «eh bien!? continues!».
- Je…j'ai fait une proposition à la madria. Vous savez que j'étais guérisseuse sur ma planète…j'ai continué d'exercer lorsque je vivais sur Orodon, rajouta-t-elle, mordant ses lèvres aussitôt.
«Idiote! Était-il bien indiqué de lui rappeler ton escapade sur ce monde choisi par les atlantes pour commencer ta nouvelle vie, loin de lui?».
Pourtant, aucun son ni regard de réprobation n'avait filtré de l'attitude du Commandant. Mais elle pensait bien le connaître et comprenait qu'il n'avait sûrement pas apprécié!
Elle devait faire un effort maintenant pour reprendre le fil de son discours, tant elle se sentait nerveuse.
- Parles! fit soudain la voix double-ton du Maître, dont la patience venait sérieusement d'atteindre ses limites. Fais-moi part de ta proposition pour que je puisse me remettre au travail! Je n'ai pas de temps à perdre avec de telles futilités.
Il n'avait point levé le ton bien fort mais pour la jeune femme, sa voix lui sembla sévère et tonitruante. Tiélan fut chagrinée de voir qu'il avait changé, que le bien et la santé de ses ressources humaines semblaient maintenant être «des futilités»!
«Comme s'il ne savait pas de quoi je parle, ce que je viens lui proposer!» maugréa en elle-même Tiélan, s'efforçant à la patience.
- Je peux les aider Maître! Je peux les soigner, leur enseigner comment devenir de bonnes adoratrices dévouées et ne pas mettre leur maître en colère…comment..-
Le Commandant la coupa en se levant d'un bond, agile et rapide comme une panthère, ses mouvements prestes et sournois en s'avançant vers elle.
Tiélan avait sursauté mais elle resta sur place, stoïque, refusant de reculer d'un poil.
- Pourtant, humaine…tu es bien mal placée pour donner des leçons aux autres, alors que tu t'es montrée déloyale et dissimulatrice!
Sa voix était basse, dangereuse et trop mielleuse. Elle devina que le Maître jouissait en ce moment de lui infliger du tourment, de retourner le fer dans la plaie!
- Vous…vous êtes encore en colère. Je ne puis commencer à trouver les bons mots pour vous dire à quel point je suis désolée mais..-
- IMPUDENTE! fit le Commandant en commençant à l'encercler vicieusement comme une vipère. Je ne t'ai pas donné la permission de commenter ce que je ressens! Contentes-toi de m'expliquer pourquoi et comment je devrais te laisser prendre soin de mes adoratrices, alors que mes frères ont jugé qu'elles devaient être punies selon leurs propres méthodes!
Désarçonnée par le fait que le Maître la regardait de la tête aux pieds avec dédain en tournoyant lentement autour d'elle, Tiélan prit quelques secondes pour tenter de reprendre contenance.
- Pourquoi? Parce…parce que quand je suis partie, vos nouvelles règles impliquaient que les maîtres wraith ne devaient plus maltraiter leur adoratrice pour ensuite les laisser à peine vivante. J'ai peut-être manqué un changement dans les règles, mais j'ai vu à quel point Navaré ne sait plus quoi faire pour s'assurer du bien-être, tout autant des filles que des maîtres de cette ruche! Je lui ai bien humblement offert mon aide en tant que soigneuse, mais elle m'a dit exactement la même chose: elle ne voulait pas s'ingérer dans les affaires des wraith de cette ruche et elle a refusé net de venir vous en parler. Mais à ce taux de….punitions physiques et mentales infligées aux adoratrices, vous finirez par en perdre un trop grand nombre et il n'est pas si simple d'en former de bonnes. Même les nouvelles ont trop peur pour performer un bon travail, même lorsqu'elles font preuve de bonne volonté!
Tiélan tenait son bout alors que le wraith ralentissait son cercle autour d'elle, son visage pensif. Aucune expression, bienveillante ou malsaine, ne transparaissait sur ses traits.
«Prenez-moi dans vos bras! lui télégraphiait la jeune fille de tout son être, restant juste sur le bord de lier son esprit au sien, espérant qu'il lise son désespoir dans son attitude. Prenez-moi totalement! Je suis vôtre et je peux vous prouver que je suis digne de confiance!»
Mais la vie sur une ruche n'était pas un roman à l'eau de rose.
Comme il ne disait rien mais commençait à regagner son fauteuil pour s'y laisser glisser avec lenteur et grâce, la jeune fille continua sur sa lancée:
- Comment? Eh bien, je vais m'efforcer d'utiliser ma science des plantes et racines pour calmer leurs douleurs, colmater leurs blessures, en hâter la guérison. Je pourrais le faire discrètement, par petites doses, pour ne pas que leurs maîtres croient que je critique ouvertement leur décision de ne pas leur donner le Cadeau de Vie. Et puis, je suis peut-être naïve et impudente comme vous me l'avez fait remarquer Mon Seigneur mais…je… j'espérais que…que vous pourriez leur parler. Demander à vos frères wraith de ménager les ressources humaines de ce vaisseau, restaurer les règles en vigueur autrefois…celles que vous aviez intégrées ici. Je sais que Navaré avait peur de vous en parler mais….cela semble la chose logique à faire, si évidemment vous désirez ménager les humains qui vous servent…
() () ()
Todd ouvrit de grands yeux, étonné de l'audace et de l'impertinence de la jeune femme. Il résista à son envie première de foncer sur elle, de se nourrir d'elle sur le champ, lentement, cruellement, pour la punir de son arrogance à remettre en question ses décisions!
Mais….il s'agissait de Tiélan. Pas d'une vulgaire adoratrice, fruste et soumise, toute volonté et sens critique effacés en elle! Il s'agissait de la fille qu'il avait sciemment choisie pour sa défiance, pour son courage, pour sa rébellion. Il avait certes réussi à la rendre malléable à sa volonté dans le passé, soumise et conciliante, mais elle avait conservé son âme, sa personnalité. Il avait beau ressentir encore de la colère à son endroit, Todd reconnaissait pourtant que le niveau de rage en lui s'était largement abaissé.
En la voyant ainsi, échevelée, couverte de la sueur des cuisines, ses yeux pleins d'espérance et ses sentiments pour lui si ouvertement affichés, - il n'avait pas eu besoin du lien de l'esprit pour le ressentir! - il ne put s'empêcher de la trouver magnifique et de souhaiter que tout ce qui s'était mis entre eux dans cette année passée, (les atlantes, son désir de liberté, les mensonges, etc.) puisse disparaître et qu'il lève la punition pour la prendre...
Là. Tout de suite.
Ne pas penser, profiter de ce cadeau que la vie lui avait apporté….Tiélan.
Mais il était wraith. De plus, un grand Commandant qui ne pouvait tolérer cette façon de faire de la part d'une misérable humaine…
Elle était déjà en disgrâce et elle osait demander, exiger, suggérer qu'il change ses règles? Inconcevable!
Un grondement menaçant monta dans sa gorge, secouant profondément tout son être. On aurait même dit que la ruche approuvait son Commandant, les murs retentissant d'abord de l'écho de son mugissement de fureur, absorbant ensuite le son, le faisant rebondir partout dans la pièce.
Se calmant quelque peu, Todd observa la jeune femme. La peur exsudait d'elle, mais elle était restée stoïque, ne reculant même pas sous le grognement d'avertissement. Elle eut pourtant la prudence et la décence de baisser les yeux, n'osant pas démontrer plus d'insolence.
À bien y penser, elle n'avait pas tort. Todd avait été si absorbé dans sa quête d'une reine qui produirait pour lui un bon nombre de soldats drones qui seraient ensuite clonés par milliers, en ayant également le bon goût de ne pas briguer le poste de reine de son alliance, qu'il avait négligé de mieux entraîner les nouveaux wraith qui s'étaient joints récemment à son alliance, ceux provenant de ruches soit vaincues, ou s'étant alliées à lui de leur plein gré.
Lors de la perte de la ruche royale, il avait également perdu un bon nombre d'adorateurs de valeur, dont plusieurs adoratrices, fidèles et appréciées des officiers wraith.
Pourtant, certains jeunes wraith de son nouvel équipage avaient poursuivi leurs habitudes acquises dans leur ancienne ruche de maltraiter leurs adoratrices, sans tenir compte de l'importance d'une ressource dont la loyauté était difficile à acquérir. Sans parler d'un entraînement long et parfois difficile, avant qu'elles ne se montrent compétentes et satisfaisantes!
La nouvelle madria faisait son possible, mais sa peur de lui et son manque de leadership et d'expérience avaient comme résultat qu'elle avait du mal à bien gérer les humaines sous sa responsabilité. Tiélan n'avait fait que lui rappeler ce fait, offrant son aide pour soigner les adoratrices maltraitées.
Malgré cela, Todd jugeait qu'elle avait outrepassé ses droits et qu'elle aurait dû plutôt réfléchir à la précarité de sa situation personnelle, avant de le provoquer si imprudemment!
Tiélan semblait avoir changé également. «Probablement à cause de l'influence d'Atlantis, de son séjour parmi les humains d'Orodon, se dit le Commandant. Elle a réappris la compassion, l'entraide, le sacrifice entre humains pour porter secours à ceux qui souffrent….»
Pour le wraith qu'il était, tout cela était faiblesse!
- Tu oses remettre en question ma façon de gérer mes frères et mes ressources humaines!? gronda le wraith en s'avançant vers elle, toute son attitude aussi menaçante, un prédateur sur le point de se nourrir d'un humain.
Cependant, il ne leva pas du tout sa main pour la projeter contre sa poitrine. Il se contenta de s'arrêter à quelques pouces de son visage, au point où son souffle souleva les fins poils du menton de l'adoratrice.
Encore une fois, Tiélan resta fermement à l'endroit où elle se tenait, chancelante, cachant le tremblement de ses membres en agrippant fermement ses mains tout contre les plis de ses vêtements grossiers.
- Oh non Maître, je….je n'oserais jamais. Ce…c'était simplement une suggestion.
- Tais-toi! renifla le wraith en s'éloignant brusquement, décidant tout-à-coup que ça avait été une erreur de sa part de trop s'approcher d'elle, alors qu'il n'avait qu'une idée en tête: la broyer entre ses bras et écraser impitoyablement ses lèvres contre celles de la jeune femme, roses, frémissantes, sensuelles et appétissantes à souhait…
Ils savaient très bien tous les deux que Tiélan avait «osé» en effet, que c'était un affront à son Maître.
Gauchement, incapable de se défendre cependant, elle tentait de se reprendre, de se montrer conciliante et de s'amender. Et Todd se sentit soudain grandement soulagé de ne pas avoir accordé cette audience à Tiélan en présence d'autres humains, ou même de son Second qui aurait été estomaqué et outré que son supérieur ne la punisse pas violemment sur le champ!
() () ()
Elle était allée trop loin.
Encore incrédule d'être toujours en vie, Tiélan baissa brièvement les yeux pour constater qu'aucun vêtement déchiré, qu'aucune marque de nourrissement ne se trouvaient sur sa poitrine.
Le Maître tournait en rond, visiblement tourmenté entre son besoin d'exercer une punition sur elle ou bien de se laisser amadouer par celle qui lui manquait tant.
Et il y avait autre chose.
Elle l'avait bien senti: il la voulait encore, tout aussi fort qu'elle le désirait!
Le Commandant sembla en arriver à une décision. Mais au lieu de s'approcher d'elle pour aller lui infliger une correction ou bien lui manifester de la tendresse, il retourna nonchalamment à son fauteuil, installant élégamment les jupes de son long manteau de cuir et s'assoyant en un seul mouvement fluide, encore une fois.
- Navaré ne m'a demandé aucune aide supplémentaire pour l'assister dans sa tâche, dit finalement le wraith d'une voix insidieuse. C'est son devoir pourtant de me rapporter les irrégularités, les moindres problèmes dans l'accomplissement de son travail…que dois-je en conclure, Tiélan?
Tiélan pâlit, comprenant soudain que la madria pourrait subir des représailles, si jamais le Commandant trouvait qu'elle avait commis une erreur en ne venant pas le voir pour se plaindre de la lourdeur de sa tâche!
- Oh non, non Maître! S'il-vous-plaît...ce n'est pas elle qui s'est plainte de la lourdeur de ses tâches! Elle fait tout son possible, c'est moi qui ai remarqué que…enfin, qu'elle n'arrivait pas à tout faire toute seule et que les filles ne…qu'elles se faisaient punir, probablement parce qu'elles ont fortement mécontenté leurs maîtres. Et Navaré, eh bien comme je vous l'ai dit…elle a trop peur de vous pour venir soulever ce problème…
Le Maître pencha sa tête légèrement de côté, étudiant attentivement la jeune femme. Il semblait calme maintenant, toute agressivité absente de son auguste visage.
- Donc, tu comprends que les wraith que servent ces adoratrices ont jugé bon de les punir pour leurs erreurs ou un entraînement inadéquat…mais encore, tu proposes de soigner ces filles, sachant très bien que mes frères seront mécontents que tu aies défié leur décision? Et tu voudrais que je leur parle, comme tu dis…?
Le Commandant susurrait ces mots, sa voix pleine de malice. Tiélan comprit qu'il se jouait d'elle, tentant de la prendre au piège, de lui faire payer son impertinence. Elle réprima un long soupir d'agacement, certaine que le wraith n'attendait qu'une seule erreur de sa part dans ses réactions pour la prendre en défaut!
Il était de mauvaise foi et elle dût ravaler son indignation.
- C'est…à peu près ça, oui, dit enfin Tiélan, mettant le plus d'humilité dans ses paroles, gardant la tête baissée, ses longs cils soyeux abritant ses yeux pour cacher la lueur de bravade en eux.
() () ()
Todd s'avança sur son siège, tout son être luttant entre deux sentiments conflictuels : jaillir de son fauteuil pour aller lui drainer quelques années, pour la faire taire, pour qu'elle ravale son audace irrévérencieuse. Ou bien la soulever dans ses bras pour la mener séance tenante dans son lit…ensuite user et abuser de ce corps dont il ressentait une telle nostalgie! Les phéromones de la jeune femme dansaient dans la pièce, aiguisant son désir, ravivant les siens.
- Ne devrais-tu pas tenter de m'amadouer, garder profil bas, essayer de regagner ma faveur? siffla le wraith entre ses dents d'une voix si basse que la jeune femme dut tendre l'oreille pour mieux saisir ses paroles….au lieu de t'entêter à remettre mes règles et les traditions de cette ruche en question!? Ces humaines, avec qui tu vis maintenant…sont donc si importantes pour toi, alors qu'il y a plus d'un an tu ne te serais jamais préoccupée de leur sort, tant tu les détestais?
() () ()
Interloquée, Tiélan ne put s'empêcher de relever la tête et de dévisager le Commandant.
Elle était bouche bée. Est-ce ainsi qu'il l'a voyait, lorsqu'il l'avait prise comme adoratrice? Est-ce ainsi que les autres filles la considéraient? Fermée, indifférente à leur sort, les détestant même?
Pourtant, il y avait de la vérité dans ce qu'il disait. Elle avait repoussé toute offre d'amitié, sauf de la part de la petite Loana. Elle n'aspirait dans le temps qu'à courir, qu'à aller sur d'autres mondes pour servir d'espionne…elle n'avait jamais voulu s'attacher à d'autres adoratrices, partageant pourtant leur sort sur la ruche.
- J'ai changé, dit-elle enfin, retrouvant la voix. Oui, j'ai appris l'entraide et la compassion parmi les habitants d'Orodon. Mais, ajouta-elle d'un seul trait, je vous aime toujours et je vous serai loyale. Décidez ce que vous voulez, mais si vous m'accordez la permission de les soigner, de mieux les entraîner pour qu'elles ne déplaisent plus à leur maître, alors je vous serai encore plus dévouée et j'accepterai toute punition que vous jugerez bon de rajouter à celle que je subis déjà…
À bout de souffle, Tiélan s'arrêta, gardant ses yeux plantés dans le regard dur et implacable du Maître.
Une éternité passa, du moins pour la jeune femme.
() () ()
Todd était médusé. Elle avait le front de maintenir son offre, mais elle venait aussi de lui faire une profession de bonne foi, de fidélité…et d'amour.
Pourquoi en était-il si ébranlé?
Il décida soudain de lui accorder ce qu'elle souhaitait: soit la laisser aider la madria. Il était vrai qu'il avait remarqué le léger chaos régnant dans les rangs des adoratrices, ce qui tranchait sur les adorateurs masculins qui eux étaient bien gérés, alors que tout allait bien avec l'humain compétent qui s'occupait d'eux. Il avait simplement cru que les choses se replaceraient dans quelques temps, vu que la nouvelle madria manquait d'expérience….
Et pour tout dire, il avait aussi manqué de temps pour raffermir les règles prévalant dans son alliance, au sujet des ressources humaines. Tôt ou tard, il aurait parlé lui-même avec ces jeunes nouveaux wraith pour leur ordonner de mieux se comporter envers les adoratrices….
Ah…il ne pouvait se dédoubler, se trouver partout à la fois! se dit Todd, irrité. Et ces maudites négociations avec cette reine capricieuse et exigeante avaient trop pris de son temps et de son énergie! Pourtant, elle allait lui donner une réponse dans un ou deux jours, se rappela-t-il.
Maintenant, pour ce qui était de Tiélan, était-il temps de lever la punition et de la reprendre à son service?
Ennuyé, il jongla avec l'idée. Mais il n'avait rien à reprocher à Bélisana qui était attirante, fidèle, loyale, qui faisait tout en son possible pour lui plaire.
Rien à redire d'elle….sauf qu'elle n'était pas Tiélan!
Et la répudier ainsi le ferait paraître injuste, même si l'injustice envers des humains n'était pas réellement une chose dont les wraith se préoccupaient…
Mais la madria et les autres croiraient que l'adoratrice avait fauté. Elle serait mis au banc de leur petite société et cela, Bélisana ne le méritait pas!
Même le Second et ses autres frères se poseraient des questions, remettant son leadership en cause...
Encore une fois Todd se leva, plus lentement cette fois. Il vint se tenir debout devant la jeune femme, sans rien dire, se penchant sur elle comme une tour, son visage portant une expression sombre et perplexe.
- Comment te faire confiance? Ce pourrait être encore un mensonge...fit le wraith d'une voix trop onctueuse, dangereuse, emplissant toutefois ses fentes sensorielles de la délicate et enivrante odeur de Tiélan.
- Mais Maître, je..-
Tiélan eut le souffle coupé à la soudaine intrusion du Commandant dans son esprit. Elle se plia presque en deux, se retenant pour ne pas prendre ses tempes à deux mains. Évidemment, il fouillait son esprit, tentant de jauger sa bonne volonté, de voir sa sincérité!
Elle accepta vaillamment l'agression en gardant ses yeux ouverts, affrontant les siens, ne lui cachant rien.
Mais la pression était maintenant insupportable! Un léger filet de sang coula le long d'une des narines de Tiélan. Le wraith la scannait froidement, indifférent à sa souffrance, cherchant la vérité, sans aucune délicatesse dans son intrusion.
S'il ne la relâchait pas très bientôt, elle allait gémir, plier les genoux et s'effondrer…
Et tout fut bientôt terminé. Tiélan vacilla et faillit tomber, lorsque le Maître quitta son esprit. Il poussa la générosité jusqu'à attraper doucement son bras, l'aidant à rester debout...
- Je crois que tu es sincère, dit finalement le Commandant en commençant à s'éloigner. Je vais donc en parler à la madria et te donner la permission de servir de guérisseuse. Et je me réserve le droit de parler à mon équipage…au moment où je le jugerai bon! termina-t-il d'un ton qui ne souffrirait aucune réplique.
Tiélan poussa un grand soupir de soulagement: tout autant parce que la vague de pression douloureuse dans sa tête l'avait brusquement quittée, mais aussi parce que le Maître acceptait sa suggestion!
Elle savait bien pourtant qu'elle avait encore un long chemin à faire avant qu'elle ne soit totalement pardonnée.
Le Commandant lui tournait le dos. Murmurant un «Je vous remercie Mon Seigneur!», Tiélan commença à s'éloigner vers la porte, devinant que le temps qui lui avait été accordé était échu.
Mais alors qu'elle atteignait la porte, elle entendit le wraith murmurer doucement son nom.
- Oui? dit-elle en se retournant, ses yeux pleins d'espoir.
Mais le visage du Commandant ne portait aucune expression de tendresse. Rien d'autre que sévérité et autorité.
- Dans quelques jours, je te ferai appeler. Nous partirons pour ton ancienne planète, Kélowna. Et tu me donneras l'E2PZ que tu m'as promis.
Encore une fois, un ton qui ne souffrirait aucune objection.
- Oui mon Maître. Mais….? Si je puis me permettre…
Une lueur dangereuse et impatiente dans les yeux verts-dorés de prédateur du Commandant.
Pourtant il ne dit rien, ne la chasse pas, mais ne lui accordant pas non plus la parole. Il attend simplement, la laissant mijoter dans sa peur, son incertitude.
Tiélan décide de prendre son courage à deux mains:
- Il sera à vous bien sûr, Maître. Mais puis-je savoir ce que vous avez l'intention d'en faire?
() () ()
Todd faillit s'étouffer de rage. Pourquoi donc cette arrogante femelle s'obstinait-elle à le mettre en furie, à le défier, à s'entêter à faire durer encore plus longuement sa punition?
Pourtant, il se rappela que Tiélan avait fait une promesse à la Grande Prêtresse de son monde: elle voulait s'assurer que le module d'énergie servirait à bon escient, tomberait entre de bonnes mains.
Et les mains des wraith, de Todd en particulier, n'étaient pas nécessairement recommandables!
Il surgit encore une fois de son fauteuil, glissant d'une manière féline et s'arrêtant tout près de l'impertinente.
- Si je me rappelle bien Tiélan, tu n'as pas questionné John Sheppard et les autres sur leurs intentions au sujet du module que tu leur as pourtant donné sans hésitation! gronda le wraith, maintenant furieux.
La jeune femme rougit, baissant la tête.
- Pardonnez-moi encore une fois, Maître. Faites comme si je ne vous avais rien demandé, murmura-t-elle.
- Impossible. Tu l'as fait. Lorsque nous nous rendrons sur Kélowna, je te révélerai peut-être ce que je compte en faire. Maintenant humaine, quittes cette pièce immédiatement avant que tu n'aies l'idée insensée de poser encore une autre question inconvenante à ton Maître. Car cette fois-ci, je ne répondrais pas de moi!
À suivre….
() () ()
** Note de l'auteur :
- Pardon pardon pour le long délai de deux mois. J'ai manqué de temps, j'ai plutôt profité du bel été ici à Québec et puis bof...j'avais quelques «blancs» d'auteur! J'espère sincèrement que vous allez aimer ce chapitre et me laisser de belles reviews! ;o)
* : Traduction de « Try », Pink :
«Je m'interroge toujours sur ce qu'il fait
Comment tout cela n'est que mensonges,
Parfois, je pense que c'est mieux de ne jamais demander pourquoi…
Là où il y a du désir
Il y aura une flamme…
Là où il y a une flamme,
Quelqu'un va sûrement se brûler !
Mais juste parce que cela brûle
Ne signifie pas que tu vas mourir
Il faut te relever et essayer encore, essayer, essayer…
Je dois me relever et essayer, essayer, et essayer…
Tu dois te lever et essayer, et essayer, essayer encore…..»
() () ()
*** Note de l'auteur : Pour la personne qui m'a demandé ceci et dont je ne me souviens plus du nom: «Ah oui une dernière question: t'as jamais pensé à écrire un livre vu comment tu imagines bien tes fics, même en reprenant des séries ? En tout cas, continues sur ta lancée et rdv au chapitre suivant!»
Réponse: Oui j'y ai pensé et j'y pense encore. Me manque juste l'idée originale, l'histoire qui fera «tilt» dans ma tête et qui me rendra assez enthousiaste pour me lancer dans l'aventure de mon premier roman. C'est juste qu'en ce moment, je n'ai d'enthousiasme et d'idées que pour Stargate Atlantis et surtout les Wraith! Mais merci de poser la question et de me faire confiance.
Merci de votre fidélité mes amis lecteurs!
