CHAPITRE 9 : GHOST WORLD

Tandis qu'Elena tentait de reprendre ses esprits, Damon avait soif de sang pour se remettre de ses blessures. La confrontation avec Stefan avait été rude pour chacun et cela se ressentait.
Après de longues minutes de silence, elle s'adressa à Damon :
« - Damon, j'ai besoin de temps pour repenser à tout ce qui vient de se passer. Il faut que j'aille retrouver Stefan, tout ne peut pas se terminer comme ça.
- Laisse donc Stefan tranquille ! Tu as eu droit à la rédemption, n'est-ce pas ce que tu voulais ?
- Si, bien sûr que si ! Mais après ce qu'il m'a dit, je ne veux pas le laisser seul. On ne peut pas tirer un trait sur des siècles de haine de cette manière. Il mérite une explication. »
Damon savait qu'Elena était de nature très têtue et dès qu'elle avait une idée en tête, il était impossible de la faire changer d'avis. Il abdiqua et laissa Elena agir de son propre chef.
- Très bien, comme tu voudras. En attendant, j'irai chasser, en espérant que ces humains aient lâché quelques traîtres dans l'Arène.
- Fait attention à toi, Damon. Nous nous retrouverons dans deux jours, à cet endroit. Si je ne suis pas de retour, s'il te plaît, ne prends pas le risque de partir à ma recherche…
- Ne t'en fais pas, tout se passera bien » répondit l'aîné Salvatore.
Il affichait un sourire apaisé, prit le jeune vampire dans ses bras avant de l'embrasser avec fougue. En apparence, Damon semblait être rassuré mais il savait que c'était peut être la dernière fois qu'il voyait Elena. Pour garantir sa sécurité, il l'aurait suivi partout. Malgré cela, il devait respecter sa volonté. S'il y avait bien une chose que Stefan lui avait apprise, c'était bien que le libre arbitre primait en toute circonstance.
Blottie dans les bras de Damon, Elena avait l'impression d'être protégée de tous les dangers. Elle ne se leurrait pas pour autant, en ce lieu où la survie était incertaine, chaque étreinte ressemblait à un adieu définitif.

Elena quitta l'aire de Mystic Grill d'un pas peu assuré. Était-elle en train de commettre une erreur en quittant Damon de la sorte ? Stefan souhaitait-il être retrouvé après l'avoir pardonné ? Son changement radical de comportement avait rendu Elena douteuse, la motivant alors à parler une dernière fois avec Stefan sans interruption.
Se dirigeant d'abord vers l'Ouest de l'Arène, Elena ignorait en réalité ce que lui réservait le chemin qu'elle empruntait. Elle avançait à tâtons et prenait soin de se faire discrète, mais au plus profond de son être, elle espérait que Stefan la retrouve en premier.
Au fur et à mesure que ses pieds foulaient les sentiers de terre, un épais nuage de poussière gris enrobait sa silhouette filiforme, la dissimulant du danger environnant tandis que sa cape virevoltait au rythme de ses pas. Au détour d'un sentier, Elena s'engouffra vers un chemin brumeux et s'arrêta un instant pour étudier ce lieu intriguant. Elle s'accroupit et effleura le sol de ses doigts graciles. Celui-ci était parcouru de craquelures qui formaient comme des veines et aussi étrange que cela pouvait paraître, la végétation commençait à disparaître. Elena se demandait comment, au milieu d'un environnement si fertile, la flore avait pu disparaître aussi brusquement.
En dépit de la fatigue commençant à engourdir ses muscles, elle reprit son chemin et plus elle s'enfonçait, plus l'atmosphère se faisait de plus en plus pesante.
Tout à coup, le jeune vampire entendit un chuchotement, tel un son régulier venant lui susurrer des mots inintelligibles dans l'oreille… Elle crut d'abord avoir à faire à son imagination et se retourna brusquement, scrutant attentivement les environs, à la recherche d'une présence indésirable. Elle ne détecta toutefois personne dans les alentours. Les chuchotements reprirent de plus belle, mais cette fois, il lui semblait entendre son prénom…
« Elena… Elena… »

Les écrans se brouillèrent un instant et la silhouette d'Elena disparut au bout de quelques instants, laissant les spectateurs dans la confusion. Très rapidement, des images vinrent envahir les postes de télévisions, seulement, ils étaient les souvenirs d'un autre temps... d'un autre jeu.


ARCHIVE – L'ARENE EDITION N°1992


« - Syandre ! Arrête ! C'est moi ! Arrête ! criait un vampire dont le physique était celui d'un homme d'une trentaine d'années.
- Elles arrêteront si je le fais ! Je dois le faire ! Elles arrêteront, elles me l'ont promis ! »
La voix stridente du vampire résonnait sur le champ de bataille. Telle une démente, elle gesticulait autour de sa proie, le regard vide mais les yeux emplis de larmes.
« - Tu n'es plus toi-même, Syandre. Je t'en prie, ne fais pas ça !
- Elles m'ont appelé ! J'ai entendu mon prénom ! Elles m'ont appelé par mon prénom ! Elles m'ont parlé !
- Qui t'as appelé ? Qu'est ce qu'on t'a dit, Syandre ?
- Ne m'appelle plus comme ça ! Il n'y a qu'elles qui peuvent… Elles me l'ont promis… Si je le fais… je sortirai de l'Arène… Elles me l'ont promis !
- Mais de qui parles-tu ? Syandre, réponds moi ! »
La vampire fit une pause et cessa de bouger pendant un bref instant.
« On t'a piégé, Syandre. Rien de tout ce qu'on a pu te dire n'est vrai, tu dois me croire ! » lui cria Sebastian.
Syandre chargea en direction de son ex-compagnon d'Arène et avant même qu'il eut pu terminer sa phrase, elle plaqua Sebastian contre un chêne. La colère semblait décupler sa force et c'est avec aisance qu'elle le maintenait immobile. Sebastian se débattait comme un animal en furie, mais il n'y avait rien à faire. Il était paralysé malgré les efforts démentiels qu'il fournissait pour s'échapper.
« Je t'avais pourtant dit qu'il n'y avait qu'elles qui pouvaient m'appeler comme ça… »

La saison d'Arène n°1992 s'était déroulée pendant l'été et la chaleur ne faisait qu'accentuer le délire psychotique du vampire. L'atmosphère était étouffante et l'air se faisant suffoquant. Sebastian ne parvenait à respirer qu'avec difficulté. Syandre, quant à elle, était haletante et ses yeux étaient vitreux. Elle tendit le bras en direction du vieux chêne contre lequel Sebastian était adossé de force et resserra la main sur une branche qui dépassait. Le bois craqua sèchement lorsqu'elle tira dessus, et au bout, l'ancienne ramification formait une pointe acérée.
« Que fais-tu, Syandre ? »
Au moment où il comprit ce qu'elle entreprenait de faire, Sebastian su que son temps de jeu en Arène allait prendre fin dans les minutes qui venaient.
« - Elles me l'ont promis… Je serai récompensée pour mon acte. Je sortirai enfin de ce lieu maudit et j'irai retrouver Sebastian...
- Mais voyons, c'est moi ! Regarde-moi ! Je suis là, devant toi ! C'est moi Sebastian !
- Tu mens ! Tout ici n'est que mensonge ! Sebastian m'attend dehors. Je dois le faire, c'est le seul moyen pour que l'on soit à nouveau réunis! »
Sebastian devait l'admettre, la femme qu'il aimait avait été manipulée. Les deux amants avaient été ligués l'un contre l'autre et il était impossible de la raisonner dans son état. Que pouvait-il encore faire ? Il ne voulait en aucun cas blesser Syandre, mais à l'heure actuelle, il était dans une position plutôt inconfortable pour sa survie. Il ne vit qu'une seule possibilité s'offrir à lui : laisser l'amour de sa vie le tuer pour qu'elle ait une chance de s'en sortir.
Avant que Syandre ne perde la raison, Sebastian et elle s'étaient promis qu'ils feraient tout ce qui était en leur pouvoir pour laisser l'un ou l'autre survivre, même si cela impliquait de tuer des anciens amis ou des proches. Il n'avait pas prévu qu'il serait sa victime, néanmoins il valait mieux qu'il meurt rapidement que dans d'atroces souffrances, torturé par un quelconque autre participant. Et si cela permettait à Syandre de gagner, alors ce sacrifice serait honorable. En l'espace d'une seconde, Sebastian fixa sa femme dans les yeux. Il contempla son regard émeraude une dernière fois et lui murmura ses paroles d'adieu. Il conclut par une seule et unique phrase :
« Ne t'en veux pas pour ce que tu vas faire, je sais que ce n'était pas toi. »
Sebastian ferma les yeux tandis que Syandre pointait le pieu de fortune vers son cœur. Alors que son corps commençait à prendre une teinte cadavérique et que le pieu s'enfonçait plus profondément dans son cœur, Sebastian dit une dernière phrase avant de sombrer dans le néant de la mort :
« Je t'aime, Syandre. »
Lorsque le vampire lâcha son emprise sur son amant, le corps inerte de Sebastian s'écroula tel une poupée désarticulée. Au contact du sol, une épaisse couche de poussière se souleva et forma une fine pellicule sur ce corps sans vie. Syandre ne semblait toujours pas avoir repris conscience, elle était toujours plongée dans cet état de transe. Même en étant un être surnaturel, le vampire avait succombé à la psychose. Pour elle, il ne s'agissait que d'un ennemi de plus qu'elle venait d'éliminer avec brio. Abandonnant le corps de Sebastian, Syandre repartit immédiatement vers un sentier de terre battue.
En chemin, elle ne cessait de répéter les mêmes mots.
« Elles vont me libérer. J'ai fait ce qu'elles m'ont demandé. Les sorcières du cimetière me laisseront sortir… »

La diffusion de la saison d'Arène actuelle reprit, là où on avait vu Elena se diriger vers un sentier dénué de toute végétation. Elle progressait prudemment, attentive au moindre son qu'elle pouvait entendre. Au départ, les voix qu'elle entendait n'étaient qu'un écho presque imperceptible et Elena pensait que son esprit lui jouait des tours, raisonnant que l'absence de sang la faisait divaguer. Mais à présent, elle était certaine qu'elles chuchotaient son prénom. Les voix ne s'arrêtaient pas et Elena décida de partir à la recherche de ce phénomène intriguant. Les sons qu'elle entendait lui servaient de boussole. En effet, à mesure qu'elle avançait sur le chemin, les voix se faisaient plus distinctes.
Au détour d'un fourré, Elena aperçu un lieu étrange d'où émanait une mystérieuse lueur rougeâtre. Les voix tambourinaient dans sa tête jusqu'au point de la surdité, alors elle su qu'elle était arrivée à destination. Au premier coup d'œil, elle ne reconnut pas immédiatement l'endroit où elle était arrivée. Peu à peu, les souvenirs lui revinrent et elle se rendit bientôt compte que cet endroit ne lui était pas inconnu. Là où s'était arrêté, une puissante énergie flottait dans les airs, juste au-dessus du sol calciné.
Elena se trouvait à l'endroit même où toutes les sorcières avaient été exécutées. Elle avait été appelée dans le cimetière aux sorcières.