CHAPITRE 10 : Sous contrôle
Une imposante structure de pierre, semblable à une église, se dressait au milieu des terres désolées. Il devait sans doute s'agir de l'église de Mystic Falls, au-dessous de laquelle des vampires avaient été enfermés dans une crypte au XIXème siècle.
Elena ne parvenait pas à distinguer les rayons du soleil qui pourtant brillaient intensément à quelques centaines de mètres du cimetière. Cette nature morte l'entourant s'ajoutait au ciel gris sombre et aux nuages qui avaient pris la teinte rougeâtre de l'aura qui enveloppait le bâtiment. Des restants de vitraux s'accrochaient encore à l'église mais les bris de verre tranchants avaient depuis bien longtemps remplacé les ornements décoratifs.
Alors que les voix n'avaient cessé de scander son prénom, Elena se mit à inspecter les lieux, intriguée par sa découverte. Elle se demanda comment il avait été possible de la part des humains de laisser ce lieu dans un état aussi délabré, alors qu'ils avaient reproduit tout Mystic Falls dans les moindres détails. La réponse était simple pourtant : lors des affrontements qui avaient opposé les bêtes de sang aux humains il y a des années de cela, Mystic Falls avait été réduite en cendres. Avant même que les humains ne trouvent les cendres du Vieux Chêne, les hybrides s'étaient alliés aux vampires et loups-garous et ensemble, ils se lancèrent dans une chasse aux Sorcières qui avaient osé se liguer contre eux. Par la suite, elles furent toutes exécutées à un unique endroit, sur les restes de la ville, et leur mort provoqua un raz de marée d'énergie si puissant qu'il détruisit tout les bâtiments encore debout aux alentours. A quelques pas du lieu d'exécution, seule l'église, dont les vitres avaient été soufflées par le flux d'énergie, était restée quasi intacte. Cependant, l'anéantissement des Sorcières, représentantes de la Nature, provoqua la disparition de la faune et la flore. Elles hantèrent et continuaient d'hanter ce lieu qui était devenu le leur. Les Humains, bien qu'ils fussent les régisseurs de l'Arène, ne pouvaient l'approcher, cela leur était tout simplement impossible. Seules les personnes appelées par les esprits y parvenaient. Les Humains se contentèrent de reconstruire la réincarnation de Mystic Falls autour de ce lieu symbolique.
Elena se fraya un chemin parmi les décombres et arriva devant la porte principale de l'église. Celle-ci était dotée d'une poignée de fer forgé, couverte de rouille et quand le jeune vampire l'actionna, un long crissement se fit entendre. Elle poussa la porte de bois massif et pénétra dans l'église, là où les voix semblaient les plus fortes. A l'intérieur, tout semblait normal, à l'exception d'une lueur rouge qui illuminait la pièce.
Elena poursuivit son inspection, examinant cette fois attentivement les alentours. Elle se demanda alors qui l'avait appelée et surtout dans quel but.
« - Il y a quelqu'un ? demanda Elena
- Elena…Elena… reprirent les voix
- Qui êtes-vous ? Montrez-vous ! »
Personne ne répondit. Elena entendit encore une fois son prénom, mais cette fois, les voix qui faisaient écho précédemment ne faisaient plus qu'une.
Elle s'avança vers l'autel, au-dessus duquel la nef culminait, et attendit quelques secondes. Tout à coup, elle cru voir une ombre se déplacer autour d'elle. Elena regarda encore une fois aux alentours mais ne distingua rien de particulier. Pourtant, il lui semblait que quelqu'un l'épiait, que quelqu'un cherchait à l'espionner.
« - Qui est là ? Que me voulez-vous ? Pourquoi m'avez-vous appelé ? »
Dans la pénombre qui régnait dans l'église, l'ombre était immobile et se cachait à moitié derrière un pilier de marbre. Elena ne parvenait pas à l'identifier. La jeune fille ne savait même pas s'il s'agissait là d'une personne physique ou bien du fruit de son imagination. Elle s'avança avec prudence de cette silhouette étrangère, mais tout à coup, celle-ci se volatilisa avant même qu'elle n'ait pu vraiment s'en approcher. Quand elle réapparut quelques secondes plus tard, Elena lui tournait le dos et ce manque de vigilance allait lui être fatal. Le mouvement de recul qu'elle effectua ne lui suffit pas à esquiver l'attaque et elle reçut sur la tête un violent coup qui l'assomma à la seconde où l'objet contondant heurta sa tête. Elena eut le temps d'apercevoir la face de son ennemi. C'était une chose qu'elle n'avait jamais vue auparavant : une silhouette sans visage, impossible donc à identifier. Elle s'écroula alors à terre, inconsciente, et surtout exposée à tous les dangers. La jeune femme était bien loin d'imaginer que le sort qu'on lui réservait allait être bien pire que la mort.
La silhouette se pencha sur le corps inerte et le souleva sans aucun mal. Elle se dirigea vers l'autel de l'église et y fit glisser la jeune fille sur la table de marbre. Au contact de la pierre froide, les poils de ses bras et derrière son cou se dressèrent sur sa peau frémissante. Elena ne bougeait toujours pas. La silhouette sans visage se pencha au-dessus d'elle et murmura ce qui ressemblait à une incantation magique :
Tu nous appartiens,
Par ton sang nous nous lions,
Nous serons les seuls à nourrir tes passions,
Jour et nuit, tu ne croiras pas les mensonges des tiens.
Elle prit délicatement une mèche de cheveux d'Elena et la trancha net à l'aide d'un couteau aiguisé. Puis, dans un verre à pied, elle fit couler quelques gouttes de son sang et le versa sur la mèche de cheveux qu'elle déposa dans un morceau de soie noire. Puis elle reprit la formule :
Quoi qu'il arrive, tu nous appartiendras,
Eternellement, tu nous obéiras,
Ainsi soit-il.
Le petit paquet de soie noire fut brûlé dans un feu tandis que de la sauge enfumait l'église. La silhouette déposa sa main sur le visage d'Elena et c'est alors qu'elle prit une forme plus humaine. Petit à petit, Elena commençait à reprendre conscience. Elle avait un mal de crâne insupportable, mais heureusement pour elle, elle ne semblait pas être blessée. Quand elle ouvrit les yeux, c'est avec surprise qu'elle reconnut un visage familier.
« Stefan, c'est toi ! dit Elena. »
Stefan ne répondit pas, incitant la jeune femme à poursuivre.
« Mais que fais-tu ici ? J'ai été assommée, je ne me souviens plus de rien…C'était une personne sans visage, continua-t-elle d'un air affolé.
- Ne t'en fait pas pour ça, Elena. Je m'en suis occupé. A cause du coup que tu as reçu, tu n'as pas du distinguer son visage.
- Non, je t'assure, cette chose n'avait pas de visage !
- Voyons, ça n'existe pas, Elena ! Je l'ai pourchassé, c'était Tyler !
- Mais pourquoi Tyler voudrait me faire du mal ?
- Elena, nous somme dans l'Arène. Tout a changé. Tu dois me croire ! »
Elena ne broncha pas.
« Nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous, il faut nous dépêcher, répondit Stefan.
- Mais pour quoi faire ?
- Pour nous échapper de l'Arène…
- S'échapper de l'Arène ? Comment cela pourrait-il être possible ? Même si nous arrivions à en sortir, tu le sais comme moi, ces Humains n'hésiteront pas à utiliser les Armes Antiques.
- Je connais un moyen de le faire mais il faut absolument que tu m'écoutes… répondit Stefan. »
Stefan était vêtu de sa tenue de captif, la capuche relevée. Celle-ci ne laissait entrevoir que le bas de son visage, mais Elena n'avait aucun doute, il s'agissait bien de Stefan Salvatore. Elle avança d'un pas en sa direction et porta la main à son visage. Tout à coup, Stefan recula et dans la précipitation, sa capuche dévoila l'intégralité de son visage : les yeux du vampire étaient uniformément noirs et non pas rouges. Elena fit un bon en arrière à la vue de ces yeux démoniaques et se mit à courir vers la porte, cherchant à s'échapper. Malheureusement, Stefan s'y précipita avant elle pour lui barrer le chemin.
« Tu dois m'écouter Elena. Nous pourrons nous en sortir tout les deux, lui promit-il.
- Mais qu'est-il arrivé à tes yeux ?
- Ne t'en fait pas pour ça, je me suis nourris d'un humain tout à l'heure, leur sang est légèrement différent. C'est pour ça que mes yeux sont teintés de noir.
- Comment allons-nous sortir d'ici ?
- Tu vas devoir m'écouter et faire exactement ce que je te dis de faire.
- Très bien… concéda Elena sans aucune réticence. »
Elena remarqua que Stefan tenait dans ses mains un drap de lin semblant envelopper un objet. Il lui tendit le paquet qu'elle s'en empara aussitôt. Elle l'ouvrit soigneusement et découvrit un pieu de bois qui était loin d'être ordinaire.
« A quoi cela va me servir ? Questionna-t-elle naïvement.
- C'est la clé de sortie de l'Arène, répondit Stefan.
- Mais en quoi ce pieu va-t-il nous aider ?
- Regarde et examine-le attentivement, il ne s'agit pas d'un pieu quelconque. »
Elena scruta le pieu et au premier abord, rien ne lui semblait différent. Il s'agissait d'une arme basique, taillée dans du bois massif sur lequel on pouvait distinguer quelques veines.
« Je ne vois rien de spécial, Stefan… énonça-t-elle, un peu penaude.
- Regarde mieux alors, répondit-il tout simplement. »
Elle rapprocha l'arme de ses yeux, à la recherche d'un détail accrocheur et c'est alors qu'elle aperçut finement gravé dans le bois : une inscription en latin ancien.
« Qu'est ce que cela signifie ? demanda Elena d'un air interrogateur
- Il s'agit de l'unique pieu magique du jeu. C'est lui qui te permettra de sortir d'ici. »
Bien entendu, tout ce que Stefan racontait ne comportait pas une once de vérité. Il ne s'agissait pas du Stefan qu'elle connaissait. Après l'avoir pardonnée, le vrai Stefan était parti, à des lieues d'ici. Elena avait été appelée dans le cimetière des sorcières et c'était loin d'être le fait du hasard. A partir du moment où elle avait poussé les lourdes portes de l'église, les sorcières avaient commencé à s'imprégner d'elle, prenant petit à petit le contrôle de ses pensées et de son corps. Afin de gagner sa confiance plus facilement, elles avaient fait de telle sorte que soit matérialisée la personne qui comptait le plus pour elle, celle qu'Elena désirait le plus voir. Ainsi piégé, le vampire ne serait qu'un pantin animé d'une volonté infaillible, manipulé par des esprits sournois.
Stefan poursuivit son discours et Elena l'écoutait, le regard hagard :
« En plus des douze joueurs de l'Arène, les Humains ont créé à l'aide des sorcières une bête qui n'est faite ni de chair, ni de sang. Elle est le fruit de la magie et seule la magie peut annihiler la magie. Quand tu auras utilisé le pieu sur elle, ramène son cœur ici. Tu entreras alors en possession d'un grand pouvoir et grâce à cela, tu pourras sortir de ce lieu maudit... Tu dois te mettre à sa recherche au plus vite Elena, le temps presse. »
Elena buvait les paroles de son ancien amant et ce malgré l'absurdité de ses propos. Aucune bête n'avait été crée et les douze participants suffisaient amplement à divertir le public. Malheureusement, ce qu'Elena ne savait pas, c'est qu'elle verrait la première personne qu'elle croisera sous les traits de la soi-disant bête.
« Je t'aiderai dans ta tâche, nous y arriverons ensemble Elena, conclut-il ».
Elena acquiesça d'un signe de la tête et garda précieusement le pieu dans sa main. Elle quitta pleine d'espoir l'église. Le Stefan fantomatique se dématérialisa et cette disparition ne troubla pas un instant Elena. Les sorcières avaient atteint leur but : elles contrôlaient le jeune vampire. Comme pour Syandre, l'histoire se répétait. Elena était à présent seule dans sa quête vide de sens, animée par la seule et unique volonté de tuer cette bête fictive qui lui permettrait de sortir d'ici. Depuis qu'elle avait posé un premier pied dans l'Arène, Elena avait secrètement nourrit en elle des rêves de liberté, de renaissance, qu'elle comptait voir se réaliser très prochainement…
