Sur une île de West Blue. Quelques temps avant la mort de Barbe Blanche et de Portgas D Ace.


Je regardais l'horizon. Mes yeux dorés repérant jusqu'au plus petit détail insignifiant de ce village. Je détestais mes yeux. Ces yeux qui font que les autres enfants ont peur de moi. Ces yeux qui font que je suis toujours seul. Ces yeux qui font que les gens pensent que je les défiais. Moi je n'aspirais qu'à une chose, le calme et la tranquillité. Certes ces deux choses voulaient dire pratiquement la même chose mais je les désirais profondément. J'entendis les battements d'ailes et le poids de Furtif venant se poser sur mon épaule. Evidemment il avait fallu que ce dernier s'attache à moi, rendant mon existence encore plus inexcusable. Après tout, j'étais un bâtard. Ma mère s'était amourachée d'un pirate. Et pas n'importe qui. Pour mon plus grand malheur.

« Josh ! »

Mon seul ami s'envola au loin. Je me levais en faisant face à ma tante. La gifle partit et une douleur cuisante se fit sentir sur ma joue.

« Espèce de bon à rien ! Qu'est-ce qui t'as pris de t'attaquer le jeune Richard !? Tu sais que c'est sa famille qui dirige cette île ?! Tu sais qu'à cause de toi on risque de gros ennuis ! T'es vraiment comme ta mère ! Un bon a rien et un bâtard ! J'aurais dû t'abandonner dans la forêt et te laisser dévorer par les lupus ! »

Elle m'agrippa le bras, le serrant fortement. Je ne bronchais pas, j'avais l'habitude depuis le temps. Ma tante ne me voyait qu'ainsi, une gêne, un poids, une dose d'ennuis supplémentaires. Elle me tira jusqu'à la riche demeure où le pleurnichard s'était réfugié dans les jupons de sa mère. Je fronçais les sourcils. Quel lâche ! C'était lui qui était venu m'embêter et qui voulait me frapper. Je m'étais juste défendu. Et je l'avais battu, lui et ses amis. Ma tante planta ses doigts dans ma nuque et me força à m'incliner.

« Il est vraiment désolé. Je vous en supplie, pardonnez son comportement.

_ Il a frappé mon petit ange ! »

Je ne disais rien, j'avais l'habitude. C'était toujours pareil. On venait m'attaquer, je me défendais et je les battais. C'était après que ça devenait embêtant. Ces sales chieurs allaient se plaindre à leurs parents, n'assumant absolument pas leurs actes et encore moins leurs défaites. Je me faisais passer un savon et ensuite ils revenaient à la charge. Et ce manège recommençait. Encore et encore.

Je restais incliné, ne voulant même pas poser mes yeux sur le chialeur. Je savais pertinemment quelle expression il arborait. Un sourire moqueur et un regard de dédain. Je retiens un soupir las, si seulement je pouvais partir d'ici. Mais pour aller où ? Faire comme dans les livres et partir à l'aventure sur les mers ? Tch ! Je n'étais pas suicidaire. Je sais me battre contre des gosses mais contre les adultes, c'est une autre histoire. Je n'aurais aucune chance.

Je sentis la poigne de ma tante devenir plus ferme. On put enfin partir et lorsque nous fûmes à l'extérieur je sentis un coup à l'arrière du crâne. Je ne bronchais pas et ma tante me tira jusqu'à notre maison, une maison simple pas très différente des autres, faite en bois avec un toit de chaume comme toutes les maisons de cette île. La seule chose qui la différenciait des autres était la présence d'une tombe dans le jardin. La tombe de ma mère. Je lui jetais un coup d'œil puis je baissais les yeux.

« Bon sang ! J'en ai marre de me faire humilier ainsi tous les jours ! Pourquoi tu ne restes pas dans ton coin comme les autres enfants ? Pourquoi fallait-il que ta mère te donne naissance ?! »

J'encaissais, encore. Je me posais la même question très souvent. Après tout, depuis ma naissance j'étais rejeté. Le bâtard. Mais bien sûr personne n'osait me tuer. Après tout, que ce serait-il passé si mon père apprenait que j'existais et que je m'étais fait tuer alors que je n'avais pas encore atteint ma huitième année ?

Je sentis une nouvelle douleur cuisante sur ma joue. Ma tante. Elle était maigre, acerbe et avait toujours détestée ma mère. Je la regardais dans les yeux et une nouvelle gifle tomba.

« Ne me regarde pas ! Tes yeux sont détestables ! Ne me regarde pas ! »

Une nouvelle gifle. Je baissais les yeux et sortis m'assoir contre la tombe de maman, Furtif vint se poser près de moi et je lui caressais l'encolure. Allez savoir pourquoi mais tous les faucons avait tendance à venir vers moi. Peut-être à cause de mes yeux. Je glissais mes doigts sur eux. J'aurais préféré avoir ceux de ma mère. En fait j'aurais préféré avoir tout de ma mère. Mais pour le plus grand malheur de ma tante, les seules choses que j'avais héritées de ma mère étaient ses cheveux châtains clairs et son sourire. Sourire que je ne montrais plus maintenant. Qui voudrait sourire dans une situation comme la mienne ?

Mes yeux se portèrent sur l'horizon. Je vis, au loin un bateau s'approcher. Je me levais et quittais ma mère pour monter jusqu'en haut du clocher, m'asseyant contre le mur. Je voyais beaucoup mieux en étant en hauteur et personne ne viendrait ici. Furtif n'était pas très loin. Je fixais le bateau, son pavillon se détachant petit à petit. Des pirates. Je fronçais les sourcils. Que venaient faire des pirates sur une île comme celle-ci ? Je fis une moue sceptique. Je patientais encore une heure après leurs arrivé au port avant de les apercevoir.

Je les fixais avec curiosité. Il y avait un manchot roux avec trois cicatrices sur son œil gauche. Un obèse qui n'arrangeait pas son état vu le gigot qu'il avait dans sa main. Un homme l'air sombre, les cheveux gris, une cigarette en bouche et une cicatrice sur le côté de son visage. Et un homme le teint mat et dreadlocks blondes attachés à l'arrière de son crâne. Le roux s'arrêta un instant et tourna la tête dans ma direction.

J'étais certain qu'il me voyait, qu'il me fixait. Je gardais mes yeux dorés posés sur lui un bon moment. Furtif lâcha une plainte et je descendis. Ces pirates n'étaient pas là pour détruire cette île. Dommage. Je partis vers la place. Malgré mes origines, je restais un enfant et ma curiosité était piquée à vif par ces étrangers. Furtif volait au-dessus de moi et je devais avouer que je me sentais rassuré en voyant son ombre se refléter sur le sol.

J'arrivais finalement sur la place du village où le roux parlait avec le maire. Apparemment, ils s'entendaient assez bien car leur conversation n'était en rien agressive. Je sentis un regard sur moi et me tourna vers son origine. Les garçons du village. Ils avaient tous un sourire mauvais. Tch, ils allaient encore attaquer en groupe. Je reportais mon attention sur le rouquin un instant. Il avait les yeux fixés sur moi.

Les pas se rapprochèrent, je n'attendis pas qu'ils soient sur moi pour partir plus loin et ils me poursuivirent. Je sifflais un coup pour appeler Furtif, le faucon me suivait à la trace. Je réussis à trouver un morceau de bois assez épais, de quoi faire une arme efficace. J'entendais leurs voix devenir plus forte. Je devais adopter une stratégie. De quoi leur faire croire qu'ils auraient l'avantage. Une impasse. Je souris un court instant et me retourna, faisant face à mes adversaires. Eux aussi avaient des bâtons et des pierres également. Quels dégonflés. Ils n'avaient aucun honneur et surtout aucune honte à m'attaquer ainsi.

« Alors Josh ? Tu crois pouvoir tous nous battre ?

_ Je vous ai déjà battus un par un, je mettrais seulement un peu plus de temps à vous battre tous en même temps.

_ Tu vas voir ! »

Les deux plus costaud se jetèrent sur moi, une barre de fer rouillée dans les mains. J'évitais habilement et para l'attaque du deuxième avec mon propre bâton. Un troisième s'approcha. Je donnais un coup sec dans les côtes de celui qui j'avais bloqué et un autre coup sur celui que j'avais évité. Tous deux tombèrent au sol, inconscients. Je ne me retiens pas sur le nouvel arrivant et le mis à son tour KO mais il en restait encore sept. Le pleurnichard envoya les derniers sur moi. Furtif agit à cet instant, fondant comme sur une proie sur celui qui tentait de m'attaquer par derrière. Il donnait de grand coup d'aile en lâchant des cris perçants. J'avais confiance en lui et attaqua les autres. Je donnais des coups net et précis pour les assommer ou du moins les immobiliser. Pas de quoi les tuer où laisser d'autres traces que des bleus ou des égratignures. Le pleurnichard me regardait, incapable de faire le moindre geste. J'étais debout au milieu de ses amis défaits et Furtif vint se poser sur mon épaule.

« Tu vas voir, tu vas en baver ! »

Il partit rapidement et je plissais des yeux en le regardant détaler. Je savais déjà ce qu'il allait faire. Retourner dans les jupons de sa mère pour se plaindre. Le truc qu'il n'avait pas prévu c'était de se cogner contre une autre personne dans sa fuite. Le manchot de tout à l'heure.

« Oh ? On dirait que je n'arrive pas au bon moment. »

Il posa ses yeux sur moi et le chialeur réagit rapidement en me pointant du doigt.

« Il nous a attaqué et c'est pas la première fois ! C'est un vrai malade !

_ Oui, comme tu dis, il vous a attaqué. »

Je plissais des yeux en venant passer mes doigts sous le bec de furtif. Encore un idiot qui ne voyait pas les évidences. Le pleurnichard allait encore réussir à me faire passer pour le sale gosse.

« Il vous a attaqué pour se défendre. Je t'ai très bien vu avec tes copains le poursuivre. C'est pour ça que je vous ai suivis. A ta place je dirais la vérité à ta mère, car moi je n'hésiterais pas à le faire. »

Le chieur s'en alla sans demander son reste. Le rouquin me sourit.

« Hey ! »

Je restais silencieux, gardant mon bâton. Furtif quitta mon épaule et je partis à mon tour en ignorant le roux mais je l'entendis me suivre.

« Alors ton nom c'est Josh. »

Je continuais de l'ignorer mais il ne lâchait pas l'affaire. Je remontais le chemin terreux et en arrivant bientôt chez moi, je lançais le bâton dans les buissons.

« Ta mère n'aime pas te voir avec une « arme » ? »

Je me stoppais et me retournais en lui faisant face.

« Dégagez ! Je n'ai pas l'intention de m'adresser à vous plus longtemps ! Et en ce qui concerne ma mère, elle ne sait rien de moi pour la simple raison qu'elle est morte. Au revoir.

_ Josh ! »

Je lâchais un soupir, je savais déjà ce qu'il allait se passer. La douleur cuisante sur ma joue, les cris hystériques de ma tante puis ses plaintes concernant mon existence. Je ne disais rien comme d'habitude. Seulement quelqu'un saisi sa main alors qu'elle allait me donner un nouveau coup.

« Je crois qu'il y a erreur madame. Il n'a rien fait de mal. »

Elle retira sa main d'un geste rageur.

« Je vous interdit de me toucher et encore plus de mettre en doute l'éducation que je donne à mon neveux ! »

Elle attrapa mon bras en le serrant fortement. J'entendis Furtifs lâcher un cri et je regardais le manchot en lui lançant un regard mauvais. A cause de lui j'allais dérouiller un max. Ma tante ferma rageusement la porte et elle me lança contre le sol sans aucune délicatesse et les coups se mirent à pleuvoir sur moi. Je ne laissais aucune plainte sortir. Elle m'avait déjà frappé avec bien plus de violence quand elle avait les nerfs, quand elle était saoule ou encore quand elle avait subi une nouvelle humiliation publique. Elle porta un coup plus puissant que les précédents sur mon visage qui me sonna et je sentis mon nez craquer. Je plaçais mon bras devant mon visage pour le protéger un minimum. Elle s'arrêta finalement et sortie en claquant la porte derrière elle.

Je me relevais péniblement et essuya le sang qui maculait mon visage. J'avais mal partout. Lâchant un râle grognon, je sortis de la maison à mon tour. J'avais pris la boîte de premier soin pour faire le nécessaire, comme à chaque fois. Furtif était là, je lui fis un signe et il s'envola. Je partis au clocher, c'était le seul endroit où j'aurais la paix. Je traversais le village en me faisant discret. Il y avait une fête sur la place, les villageois l'avaient organisé en l'honneur des pirates. Ma tante était dans un coin et, pour mon plus grand soulagement, elle ne me remarqua pas. Par contre, je sentais des picotements dans ma nuque et je tournais mes yeux sur l'origine de ce regard. Le manchot, encore.

Il arrêta da sourire en me voyant et je lui lançais un nouveau regard mauvais. Oui, tu pouvais arrêter de sourire, parce que ces blessures s'étaient de ta faute ! J'entrais dans le clocher et monta les marches. Furtif m'attendait déjà, nettoyant ses plumes avec délicatesse. Je m'assis les pieds dans le vide et posa la boîte ouverte à côté de moi. Je passais déjà le coton sur les plaies de mes bras sans pour autant grimacer où gémir, Je n'étais pas une chochotte et j'avais déjà vu pire.

« Hey ! »

Je me retournais. Le manchot, encore.

« Vous pensez pas en avoir fait assez ? Je ne veux pas vous voir.

_ Oui mais … tu ressembles à quelqu'un que j'aime bien embêter. »

Je me relevais et Furtif comprit que j'étais énervé. Le faucon se jeta sur l'intrus et le roux écarquilla les yeux en mettant son bras devant son visage pour se protéger. Je sifflais un coup et Furtif retourna vers moi.

« Vous êtes tous pareil, vous les adultes ! Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ! Je vous déteste ! »

Je ne lui laissais pas le temps de réagir et descendis jusqu'en bas. Cette fois-ci c'était décidé. Je partirais. J'allais prendre la mer pour trouver la vie que je voulais, j'allais trouver une personne qui m'accepterait tel que j'étais. Avec un peu de chance, une femme qui voudra bien m'élever comme son propre fils.

J'allais partir et prouver au monde que j'étais là, que je n'étais pas un moins que rien.

J'allais trouver un endroit que je pourrais nommer chez moi.