Alana était devant nous, plongée dans un silence pesant et sans aucune lumière. Il nous avait fallu trois jours pour réussir à rattraper la cité sachant que nous avions dû sacrifier nos nuits pour réaliser cet exploit. Nos nerfs étaient à vif mais nous étions parés, armés et prêt à nous battre. Eden avait levé son bouclier pour nous permettre de passer, son frère était à ses côtés. Elle avait essayé de le ligoter dans le garde-manger mais nous avions réussis à l'en empêcher. Elle nous avait maudits dans sa langue maternelle à n'en plus finir et Julius n'avait pas osé nous traduire ces paroles. Et je m'en passais fortement. Kuraï pour mon plus grand soulagement était revenu la nuit dernière m'affirmant que ma fille était en sécurité. J'en fus grandement soulagée.
Mais l'inquiétude avait été rapidement balayée. Nous avions une bataille à mener. Mon cœur battait à tout rompre, je pris une profonde inspiration et nous franchîmes le bouclier que Yaën avait conçut. Les armes commencèrent à se déclencher, provoquant une tension chez mes hommes, mais j'appuyais sur le bouton de mon escargophone et elles se désactivèrent.
« Ivy ?
_ Juste une précaution au cas où. Mais je n'ai jamais rien fait de plus.
_ Dommage. Brrr. Ça me fait froid dans le dos ce silence. J'ai un mauvais pressentiment.
_ Restez sur vos gardes. Ils doivent déjà être extrêmement vexés que les armes et le bouclier ne nous est pas freiné. Nous sommes bien d'accord, j'espère, si vous savez que votre adversaire est plus fort, que vous ne tenterez pas le diable. Et je vous prierais de ne pas mourir. »
Ils hochèrent la tête. Je dois avouer ne pas être non plus à mon aise avec ce silence. Le calme avant la tempête. Je commençais à étendre mes fils. Je sentais chaque vibration et comme nous le pensions les adultes étaient dans la grande salle. Je cherchais maintenant les enfants. Je les trouvai enfin, dans une salle souterraine en dessous de la volière. Je fis part de cette nouvelle information à la personne chargée de cette partie du plan.
Le bateau se stoppa et je partis en tête de mes hommes. Là nous nous séparâmes en plusieurs groupes. Je fonçais pour ma part droit vers l'investigateur de ce désordre avec la ferme intention de lui remonter les bretelles avec enthousiasme. Je remontais les marches tout en évitant quelques projectiles. Ça y est, la bataille commençait. Des hommes apparurent et s'attaquèrent à moi. Je sortis mon arme et me défendis, mes fils s'enroulant autour de leurs corps pour les laisser ensuite suspendus au-dessus du vide. Je n'en avais tué aucun, ce n'était pas à moi de décider de leur sort, du fait qu'ils doivent vivre ou mourir. Je continuais de parcourir ces couloirs, qu'il y a encore quelques semaines, était sans aucun danger. Tout semblait lugubre et sans vie. Je chassais ces pensées d'un mouvement de tête, il ne fallait pas se laisser abattre alors que rien n'avait totalement commencé. Je me trouvais maintenant en face de la porte massive conduisant à la salle que nous utilisions pour nos réunions.
Raknard y était. Il était assis sur le siège le plus imposant, un regard hautain sur le visage. Un sourire apparut sur ces lèvres tandis que pour ma part je fronçais les sourcils. Il se leva lentement.
« Je ne pensais pas que vous seriez aussi rapide.
_ Raknard. Je viens t'arrêter. »
Il ricana et je me mis en position de combattre.
« Je ne te laisserais pas mettre en périls l'avenir de cette cité !
_ On va voir ça ! Serpent ! »
Je fis une petite grimace en voyant une quantité impressionnante de serpents sortirent de ces manches. Je n'étais déjà pas fan de ces bestioles mais là c'était pire.
« Je vais écraser la cité sur Barbe-Noire !
_ Tu as pensé aux habitants ?
_ Des insectes sans importance.
_ Tch ! Tu baisses encore plus dans mon estime Raknard !
_ Je vais t'écraser et te garder en vie assez longtemps pour que tu puisses voir le spectacle ! »
Je tranchais les serpents trop près en évitant leurs crochets avant d'utiliser mes fils pour me maintenir au-dessus d'eux et courir vers mon adversaire. Raknard sauta à son tour, essayant d'utiliser mes fils à son avantage mais ce ne fut pas le cas. J'allais le trancher lorsqu'il utilisa son bras comme bouclier.
« Hebi Hebi no Mi, Cobra Cracheur ! »
J'évitais de justesse ses griffes acérées, perdant un peu l'équilibre mais je réussis à me rattraper.
« Hey t'es pas au courant mais normalement les serpents n'ont pas de main !
_ Va te faire, l'araignée ! »
Je me précipitais à nouveau vers lui et quelques serpents, qu'il avait lâché, avaient réussis à trouver mes fils et s'y enroulaient pour ensuite tenter de se rapprocher de leur cible, c'est-à-dire moi. Je montais encore d'un cran et attaqua à nouveau Raknard. Je ne lui laisserais pas l'avantage. Pour Alana.
Je me mordis la lèvre en grimaçant. Je relevais mon bouclier et lançai mes dagues dans le corps de mes adversaires. Je me relevais et épousseta mes vêtements. Deux bras puissants me saisir et se resserrèrent sur mon corps avec violence. Je lâchais un gémissement en essayant de me libérer. La personne qui me tenait se pencha alors en arrière avec l'intention de me fracasser le crâne contre le sol. Je créais un bouclier et fis lâcher prise à mon adversaire qui se retrouva propulsé un peu plus loin.
Je me redressais et récupérais les dagues que j'avais lancées avant que l'autre gorille ne se relève. Ce qui ne tarda pas mais je ne le remarquai que lorsque son point s'abattit sur ma joue. Je « volais » jusqu'à entrer en contact avec l'un des piliers où je retombais au sol bien sonnée.
« Bah alors Eden ? Tu n'arrives pas à te battre ?
_ Sta 'zitto!
_ Je ne crois pas non. Prépare-toi ! »
Il se saisit d'un marteau et commençait déjà à frapper l'air pour essayer de m'atteindre. Je me protégeais avec mon bouclier mais sous la force des impacts je reculais de plus en plus et mon bras encaissait tous les coups. C'était ça le problème majeur avec mon bouclier, chaque choc encaissé se répercutait sur moi. Autant dire que lorsqu'ils l'avaient testé avec la bombe j'avais eu un mal de chien à rester debout après. Je grimaçais un peu plus à chaque coup. Prenant une profonde respiration je relâchai mon bouclier et l'expulsa le plus loin possible, entrainant le gorille qui se prit la paroi en pleine face. Il grogna et réattaqua.
J'esquivais de mon mieux mais par rapport à lui j'étais une petite fourmi. Je gardais mon épée courte en main. Je me jetais sur lui et lui fit de même. Je me servais de mon bouclier pour esquiver ou prendre appui pour ensuite lui infliger une blessure. Après plusieurs minutes d'esquives et de feinte nous étions tous les deux dans un état peu engageant.
J'essuyais ma lèvre d'un revers de main. Il fallait que je le mette hors-jeu maintenant car là je n'allais pas tenir plus longtemps. Je tendis ma main pour tenter une chose mais le marteau s'abatis sur mon poignet le brisant net. Je ne pus retenir un cri douloureux en gardant le membre blessé contre moi.
« Je vais te briser sec, voleuse à deux Berry. »
Il leva son marteau au-dessus de lui. Avec les dernières forces qu'il me restait je créais une sphère mais celle-ci était dans le corps de mon adversaire venant se resserrer autour de son cœur. Il écarquilla les yeux et se mit à cracher du sang avant de s'écrouler juste devant moi.
Autant dire que j'avais lâché un soupir extrêmement soulagé. Je me relevai rapidement et descendis au laboratoire où j'emprisonnai les adversaires dans une sphère.
« Eden !
_ Yaën, Daren, tout le monde. Vous allez bien ?
_ Non, libère nous maintenant ! »
Je les détachais rapidement et Yaën se précipita vers le tableau de bord tandis que Daren examinait mon bras.
« Qu'est-ce qu'il y a Yaën ?
_ Pas de bonnes nouvelles, je le crains. »
Je me glissais telle une ombre. Ils étaient nombreux, tous biens plus grands que moi, il faut dire aussi que je n'ai que douze ans. Je voyais la trappe et j'entendais la voix des enfants à travers. Je n'étais pas rassuré sans mes rapaces mais pour une raison de sécurité je les avais enfermés dans ma cabine. Je me mordis un peu la joue et me décida à attaquer. Dégainant Kagami je me jetai sur le première adversaire. Il sortit une lance et répondit avec acharnement. Je suivis le moindre de ses mouvements, prévoyant la moindre attaque pour ensuite répliquer efficacement, Cord m'avait appris à me battre et ce n'est pas pour rien.
Je lui fis une large entaille au torse et il s'écroula. Maintenant, fini l'échauffement, passons aux plats de résistance. Les hommes se jetèrent sur moi sans crainte et j'allais devoir utiliser la capacité de Kagami pour m'en sortir. J'interceptais le premier coup en posant ma deuxième main sur la garde. Un nouveau coup résonna et l'épée se sépara en deux pour donner deux lames jumelles. Je souris et lança l'originale plus loin et laissa la doublure donner une nouvelle copie. Kagami était unique. Elle avait la capacité de se copier elle-même autant de fois que son utilisateur le désirait.
Je continuais d'attaquer du mieux que je pus mais je n'en sortais pas indemne. J'avais un énorme bleu à la joue et sur le corps. J'avais reçus un coup assez violant pour me propulser plus loin. Je tentais de me débarrasser du dernier obstacle quand une explosion se fit entendre, détournant notre attention et je vis le bâtiment principal s'écrouler. J'écarquillais les yeux, Ivy, Eden et Kuraï étaient partis dans cette direction.
« Ça doit être les bombes. Ils n'ont même pas dû sentir le coup venir.
_ C'est pas une bombe ça, c'est autre chose.
_ Qu'est ce tu veux dire gamin ?
_ Le feu ne réagit pas comme ça lorsqu'il y a une explosion.
_ Et moi je reviens rapidement à l'attaque ! »
Je passais devant lui, allant ouvrir la trappe.
« Pas assez rapide pour moi. »
Il tomba lourdement au sol dans une gerbe de sang. Lorsque la trappe s'ouvrit les enfants hurlèrent d'abords de terreur et ensuite de joie en me reconnaissant. Je ne pus m'empêcher de rosir un peu.
« Faites le moins de bruit possible, je vais vous conduire au bateau, là vous n'en bougerez plus.
_ Compris.
_ Allons-y. »
Ils sortirent tous en vitesse et me suivirent comme promis. On arriva rapidement au bateau, j'avais mis hors d'état de nuire ceux qui tentaient de nous ralentir et je les conduisis jusqu'à la cabine d'Ivy, comme elle me l'avait demandé. Hana me saisit par la manche lorsque je voulus repartir.
« Ils ont dit qu'ils allaient tuer tous les oiseaux que tu as élevé parce qu'ils ont attaqués les méchants messieurs.
_ Quoi ?! »
Je sortis du bateau à la vitesse de l'éclair, retournant à la volière le plus rapidement possible où je montais les marches quatre à quatre en ne faisant pas dans la dentelle lorsqu'un ennemi tentait de m'arrêter. Hors de question qu'ils tuent mes amis ! J'arrivais au sommet mais j'arrivais trop tard. Ils avaient saccagés l'endroit et de nombreux œufs étaient éclatés à terre, tous comme les corps inanimés de mes amis. Je me mordis la lèvre et ne pus retenir mes larmes.
Malheureusement, le bâtiment se mit à trembler et craqueler. Un très mauvais signe.
Kuraï avait dû mettre le paquet pour qu'une telle explosion ait lieu. Je ne vis pas l'attaque de Raknard et fut propulsée contre le mur. Je lâchai un grognement sourd et retomba lourdement au sol.
« Tu sais, de toute façon Ivy même si elle n'atteint pas Barbe-Noire, Alana va sombrer sous les yeux de tous !
_ Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Que j'ai bousillé les réacteurs. Même si Alana n'écrase pas Barbe-Noire je suis bien décidé à vous obliger à le faire ! »
Je réussi à lui trancher la jambe d'un mouvement souple mais il cracha je ne sais quoi qui m'aveugla alors. Je retombais au sol et grimaça en remarquant que les serpents m'empêchaient de voir avec mes fils. Je vis la silhouette de Raknard se jeter sur moi. Je me protégeai avec mon bras me je sentis très nettement ses crochets pénétrer ma peau. Merde !
Je l'envoyais à l'autre bout de la pièce et frottais mes yeux de mon bras intact, ma vue s'éclaircis un peu mais pas assez pour empêcher ce sale serpent de s'enfuir. Je n'hésitai pas un instant à trancher les serpents encore vivants. Je tentais de poursuivre le traitre mais malgré sa jambe en moins il allait vite. Trop pour moi qui me cognais partout à cause de ma vue. Il entra dans le port et prit possession d'un des bâtiments. Pas mon bateau mais l'un des plus rapides. J'ai tenté de l'empêcher de partir, réellement, mais rien n'y fit.
« Raknard ! »
Il se tourna vers moi je crois.
« Que tu le veuilles ou non, la guerre va éclater et Alana en sera le déclencheur ! »
Je lâchai un cri rageur. J'allais sauter mais deux bras m'en empêchèrent.
« Ivy ! Arrête ! On a d'autre problème.
_ Kuraï ! Lâche-moi ! Je vais lui faire la peau !
_ Ivy la cité va s'écraser ! »
Je me stoppais en relevant les yeux sur lui. Qu'est-ce qu'il venait de dire ?
« Grouilles, viens ! »
J'acquiesçai mais après seulement un pas je m'écroulai inconsciente dans ses bras. J'avais l'impression que mon corps brûlait. Du poison.
Nous étions dans la salle de navigation, le regard posé sur l'île qui se rapprochait.
« On va s'écraser ?
_ Oui mais tu peux limiter les dégâts. Mettez tout le monde dans les bateaux, ceux qui pensent pouvoir rester en vie ici malgré le fait que l'île va bientôt s'écraser alors restez. Eden tu vas créer un bouclier.
_ Bien.
_ Pas autour d'Alana.
_ Quoi ?
_ Tu vas le créer autour de cette île.
_ Pourquoi ?!
_ Parce qu'Alana peut être reconstruite et qu'ici nous pouvons sauver un maximum de gens. Dans leur cas à eux c'est impossible. Wicks tu l'emmène sur l'île. Maintenant !»
La voleuse lâcha un grognement mais elle obéit. Wicks se transforma en corbeau et transporta la voleuse sur l'île. Je me mordis la lèvre.
« Ou est Ivy ?
_ Dans un sale état. Raknard l'a empoisonnée. Daren fait son possible.
_ Quelqu'un à de l'alcool ?
_ Moi.
_ Sers moi un verre.
_ Oui, Yaën. »
Mon collègue me servit un verre et je le savourai. Autant en profiter si ce sont mes derniers instants.
« Bon si on crève autant vous dire que j'ai été ravis de travailler avec vous et de vous avoir rencontré. »
