Mira se réveilla bien avant que son alarme ne se fasse entendre. Cinq heures du matin. Elle avait désespérément besoin de dormir, gagner l'énergie nécessaire pour survivre à la journée qui l'attendait. Laxus tenterait de rencontrer son père aujourd'hui. Bien que l'homme qu'ils avaient affronté n'ait pas précisé l'heure, il était indirectement convenu que le soleil devrait être couché. Cela leur laissait donc la journée pour se rendre. Ceci étant dit, elle devait d'abord convaincre Laxus de la laisser être à ses côtés. Ils n'en avaient pas vraiment reparlés depuis le refus catégorique du jeune homme dans son appartement.

Mira avait déjà pris la décision d'y aller, et ce, peu importe sa réponse. Dans l'un des cas, elle le suivrait comme elle l'avait fait la première fois, veillant sur lui de loin. Dans l'autre, le moins probable, mais aussi celui qu'elle espérait le plus voir se réaliser, elle serait avec lui pour non seulement s'assurer que tout aille bien, mais aussi lui offrir son support… Si seulement il pouvait laisser les autres l'aider... La jeune femme soupira. Il n'aurait pas le choix d'accepter son aide. Pas cette fois.

Elle tourna quelques fois dans son lit, mais, n'y tenant plus, elle se leva. Cinq heure quinze. La journée allait décidément être la plus longue qui soit. Dans les heures qui suivirent, beaucoup trop longues à son goût, elle se prépara un petit sac, histoire de ne pas devoir porter les pantalons de Laxus à nouveau. Le rouge monta aux joues de la fille aux cheveux blancs. Malgré la taille exagérément trop grande pour elle, Mira avait adoré l'odeur qu'ils avaient. C'était un mélange de lessive propre et de l'odeur personnelle du jeune homme. Depuis quand appréciait-elle de tels détails? Depuis quand les remarquait-elle seulement? Mais la jeune femme connaissait la réponse. C'était depuis ce matin-là, dans l'hôtel. Ce n'était pas à cause de la vision paradisiaque qu'elle avait eu en le surprenant en train de se changer, quoique cette dernière ne nuise pas à la cause. C'était plutôt la facilité avec laquelle il avait réussi à la saisir, à comprendre comment elle agissait et percer son mode de défense. Sans compter le fait qu'elle ait, elle-même, eut accès à un brin de sa personnalité que trop peu de gens connaissaient.

Pour ce qui lui sembla une éternité, elle attendit que le temps passe puis prit son téléphone et composa le numéro de Monsieur Makarov. D'une voix qu'elle s'efforça de faiblir le plus possible, elle annonça qu'elle ne se sentait pas bien et qu'elle ne pourrait pas aller travailler cet après-midi. Ça lui fendait le cœur de mentir ainsi à son patron, mais elle savait qu'elle prenait la bonne décision. Ceci étant fait, elle quitta la maison en direction de chez Laxus.

Ignorant la douleur à sa jambe qui persistait malgré les énormes progrès, elle monta rapidement les escaliers menant au troisième étage et cogna. À la vue du jeune homme, Mira comprit que, comme elle, il devait être debout depuis longtemps. En prenant conscience de l'identité de la personne derrière la porte, l'expression intriguée de Laxus se changea en expression de découragement.

- Pas question, trancha-t-il avant même qu'elle ait prononcé un mot.

- Tu ne sais même pas ce que j'allais dire! Protesta Mira.

- Je sais très bien que tu allais m'harceler pour m'accompagner et la réponse à ça est : pas question!

Mira fit une moue ennuyée, croisant les bras, comme si elle entendait qu'il change gentiment d'avis.

- Tu bloques la porte, dit-il.

- De toute façon, tu ne pars pas sans moi, non?

- Je ne sais pas c'est quoi le problème avec tes oreilles, à moins que ce soit à cause de ce qui se trouve entre elles, mais Tu. Ne. Viens. PAS.

Il avait marqué une pause entre chaque mot, faisant visiblement de grands efforts pour ne pas crier et alerter tout le monde.

- Oui. Je. Viens. Dit-elle en imitant sont attitude.

- Pousse-toi de là!

Il la tassa du revers de la main pour se frayer un passage.

- Laxus… l'appela-t-elle d'une voix calme alors qu'il faisait quelques pas vers les escaliers.

L'espace d'un instant, elle crut qu'il n'allait pas se retourner. Puis, avec un contrôle de lui-même qui surprit Mira, malgré son apparente contrariété, il s'arrêta, attendant qu'elle parle.

- Je sais où c'est. Que tu le veuilles ou non, tu ne seras pas seul aujourd'hui. Que je doive conduire derrière toi ou non, j'y serai. Je voulais simplement te prévenir.

Mira se surprit elle-même du calme avec lequel elle lui avait annoncé. Elle était pourtant submergée par l'anxiété. Elle savait que Laxus l'était aussi, à sa manière. Il soupira avec lassitude, ou bien gronda de frustration… c'était plutôt un mélange des deux, pensa Mira.

- Tu peux m'accompagner jusqu'à Hargeon, laissa-t-il tomber. Mais tu ne sors pas de la voiture si mon père est bel et bien présent. Je dois régler ça seul.

C'était sa condition. Et elle était plus que raisonnable. Soulagée, Mira le suivi jusqu'à une voiture qu'elle reconnut vite comme étant celle de Monsieur Makarov. Il l'avait surement prise la veille. Elle s'assit silencieusement sur le banc passager alors que Laxus démarrait la voiture. Le silence se poursuivi durant la majorité du trajet, une tension régnant dans l'automobile.

- Laxus? Finit-elle par briser le silence.

Il tourna les yeux vers elle. Ce qu'elle y vit lui fendit le cœur. Même s'il reprit son air agacé une fraction de seconde plus tard, Mira avait eu le temps de voir ce qu'il tentait de cacher. Ses yeux avaient exprimés de la douleur, de l'anxiété et fort probablement de l'anticipation. Son père serait-il vraiment à la hauteur de ses attentes après toutes ces années? Serait-il même présent? À cet instant, Mira comprit qu'Ivan Dreyar représentait tous les démons intérieurs du beau blond et ce soir, tout serait remis en question. Sans réfléchir, la jeune femme posa la main sur la sienne, reposant elle-même sur le bras de vitesse. La main du jeune homme se tendit, mais il ne tenta pas de se dégagée. Encouragée, Mira serra un peu la main dans la sienne, montrant qu'elle l'appuyait. Peut-être, après tout, acceptait-il une petite part de son soutien.


Après ce qui lui sembla la plus grande attente de toute sa vie, Laxus se gara à l'entrée du port. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il n'avait pas retiré sa main, mais la chaleur provenant de celle de la jeune femme l'avait apaisé… un peu. Lorsqu'il arrêta la voiture, il se retourna vers Mira. Cette dernière comprit par le regard qu'il lui jeta qu'elle devait honorer sa promesse et l'attendre ici. Elle hocha pour lui faire signe qu'elle avait compris.

Le jeune homme en fut soulagé. Il ne se sentait pas d'attaque pour une nouvelle confrontation et il avait vraiment envie de faire ça seul. Sans compter qu'il préférait la savoir à l'écart de tout ça. Sa propre dernière pensée le surprit. Depuis qu'il l'avait vue sous son vrai jour, Laxus s'était surpris à se soucier de ce qui lui arrivait. Probablement parce qu'il se sentait coupable qu'elle ait été blessée par sa faute… Stupide culpabilité, pensa-t-il.

Sans un mot, il laissa derrière lui la voiture et se rendit au hangar. Personne ne s'y trouvait. Le soleil était à peine couché. Même si c'était très peu probable que quelqu'un se présente de sitôt, il ne pouvait ignorer complètement la mauvaise impression que son père ne se présenterait pas.

Comme s'il ne l'avait pas déjà assez fait, l'impatient jeune homme dut attendre encore. Puis il la vit. Une silhouette au loin. Celle qui n'était plus qu'un souvenir. Celle de son père. Il était accompagné, mais ça, Laxus s'en balançait. Il ne pouvait porter son attention ailleurs que sur Ivan Dreyar.

À l'exception des quelques cheveux gris contrastant avec sa chevelure noire et de fines ridules au coin de ses yeux, il n'avait pas changé. Mais à quoi s'attendait-il après tout? Si pour lui six ans marquaient la différence entre l'adolescence et l'âge adulte, pour un homme dans la cinquantaine, ce n'était qu'une petite fraction de sa vie. Il arriva finalement à quelques pas de lui.

- Ivan, lâcha-t-il.

- C'est tout ce que tu as à dire à ton père après tant d'années, dit-il d'un rire mauvais.

Laxus n'ajouta rien, se contentant de fixer son père. Ce dernier le fixait également, semblant l'analyser sous toutes ces coutures.

- T'as réussi à devenir un homme après tout, dit-il avec satisfaction. Dernière fois que je t'ai vu, je me demandais si tu allais prendre de la masse musculaire un jour…

- Pourquoi tu ne m'a pas dit que tu t'étais évadé de prison? Bon sens, je ne savais même pas que tu étais en prison! Éclata-t-il n'y tenant plus.

Il n'avait pas prévu une telles réaction, mais la frustration accumulée au cours des années recommençait à faire surface.

- Tu n'étais pas prêt, dit-il simplement. Le fait que tu sois ici aujourd'hui est la preuve que tu l'es maintenant.

- Pas prêt? Tu as disparu du jour au lendemain! Et le vieux n'a jamais voulu me dire quoi que ce soit!

- Je vois que ce vieil imbécile n'a pas changé, dit Ivan en mettant une main sur l'épaule de son fils. Tu pourras dorénavant mieux exploiter ton potentiel avec moi, aucun doute là-dessus.

- Potentiel? Gronda-t-il, détestant la terminologie.

- J'avoue que j'avais des doutes avant, mais en te voyant aujourd'hui, je crois que tu risques d'être un bon acquis.

Laxus voyait rouge. Après six ans, tout ce dont son père était capable, c'était d'évaluer sa valeur. La déception viendrait, mais pour l'instant, elle était camouflée par la colère. Serrant les poings, il était sur le point de rétorquer quelque chose lorsqu'un éclat argenté attira son attention.

- Je t'avais dit de rester dans la voiture! Beugla-t-il en reconnaissant Mira.

Elle ne répondit pas. Elle ne le regardait même pas. Elle était figée de stupeur et ses yeux bleus s'étaient agrandis plus que Laxus ne les en auraient cru capables. Puis il reconnut quelque chose qu'il n'avait jamais vu chez elle : la peur.


Cela faisait des heures que Mira attendait le jeune homme dans la voiture. Avait-il pu voir son père ou attendait-il toujours, seul, près du hangar? Peut-être s'était-il fait attaquer? Pouvait-il l'avoir laissée ici? Son cœur se serra à cette pensée. Après un moment, avant que la série de scénarios ne la rende complètement folle, elle se dit qu'elle jetterait un œil… juste pour s'assurer que tout allait bien. Lorsqu'elle parvint à portée de vue du groupe, elle reconnut facilement Laxus. Il discutait avec l'homme devant lui qui ne pouvait être que son père. Soulagée, elle entreprit de retourner l'attendre lorsque homme en retrait la vit.

- Où vas-tu ma jolie, dit-il en la poussant vers le groupe d'un geste si vite qu'elle en fut prise par surprise.

De nombreux regards se tournèrent vers elle alors qu'elle tituba. L'un d'entre eux lui glaça le sang. D'un coup, elle sentit le sang quitter son visage. C'était lui. Ce ne pouvait être quelqu'un d'autre. Une bouffée de nausée s'empara de la jeune femme lorsqu'elle comprit que l'homme à l'origine des tourments de Laxus était aussi celui qui avait créé ses propres démons.

Bonjour à tous! Désolée d'avoir coupé le chapitre si sec, mais j'avais beaucoup trop de choses à dire pour un seul chapitre ;) Bref, attendez-vous à avoir des révélations et la réponse à certaines questions dans le prochain! ;)

À bientôt! Lily xx